Fusioon – Minorisa

Année de parution : 1975
Pays d’origine : Espagne
Édition : Vinyle, Vinilísssimo – 2010
Style : Prog-Rock d’influence Canterbury-esque, Jazz-Rock, Prog Symphonique, Funk, Expérimental, Kraut-Rock

Fusioon est un groupe majeur de la scène prog ibérique ; scène musicale qui me fascine actuellement. Ceci est leur 3ème et dernier album. C’est aussi probablement leur meilleur selon bien des bonnes gens… Je crois que je vais aussi devoir bientôt m’atteler aux 2 précédents parce que d’après les extraits entendus, ils ne sont pas piqués des vers eux non plus.

Donc on est en mi-70s. Le prog est partout. En Angleterre et en Italie, bien évidemment (scènes les plus connues, vu la quantité astronomique de disques légendaires provenant de ces azimuts). Mais chaque pays vit sa petite révolution prog-jazzy-expé-psych à sa façon. Et l’Espagne n’est pas en reste avec un nombre assez impressionnant de formations oeuvrant dans le style… C’est d’abord Triana, groupe de Séville, et leur sublime disque « El Patio » (fusion prog et flamenco = bonheur absolu) qui m’a ouvert grand la porte du monde fascinant qu’est celui du prog hispanique.

Fusioon, mis à part quelques similitudes, sont dans un tout autre genre. On parle ici de Prog symphonique (tous claviers déployés) mais avec plusieurs influences bigarrées. De un, on dénote une très forte influence de la Canterbury Scene (le groupe EGG en particulier). C’est Jazz-Rock jusqu’à la moelle. De deux, ça groove sans bon sens ce truc ! La musique du quatuor vrombit de funkytude dégoulinante. La section rythmique (basse et batterie) se croit tantôt chez James Brown, tantôt chez Goblin (ou Libra). La guitare peut être émotive comme chez leurs cousins italiens PFM ou bien enflammée (façon latino-rock) comme chez Santana. Pour les synthés, c’est encore plus compliqué et fascinant… Ils sont un brin schizoïdes les bougres ! Niveau claviers/piano, on ne sait pas si on a affaire à du Zappa, du Gentle Giant, du Yes, du Miles Davis, du Crimson… voir même du Klaus Schulze (ces moments expérimentaux vers la fin du disque, flirtant langue déployée avec la musique électronique/concrète).

La Face A consiste à un long morceau-fleuve complètement génial, « Ebuscus ». Ce bijou de près de 20 minutes nous montre presque tout l’éventail sonore ébouriffant des habiles Catalans. Prog tantôt sombre, tantôt lumineux ; mais toujours biscornu et loufoque. Des claviers omniprésents mais polymorphes à souhait (tel qu’évoqué ci-haut). Des changements de direction rafraichissants à toutes les 2 minutes. Une belle alternance entre moments extravagants, accessibles et contemplatifs. Une basse à faire jouir le fan de groove qui sommeille en vous, avec sa batterie habile qui la seconde merveilleusement… La musique est surtout instrumentale ; les comparses usant leurs organes vocaux uniquement à certains moments opportuns (et souvent en choeurs). Grande piste que voilà ! On ne s’ennuie jamais à l’écoute et même si l’ensemble peut avoir l’air un brin décousu (une suite de piécettes insensées), la qualité compo/perfo est tellement forte qu’on en redemande !

La Face B commence avec la pièce-titre, une autre suite (de 11 minutes celle-là) toute aussi jubilatoire. Après une intro un brin austère, des envolées de piano classique (à faire éclater de bonheur la cervelle de tout mélomane qui se respecte) entraînent le morceau vers d’autres sphères inusitées. Des samples de cloches d’église accompagnent le délire hautement théâtral offert à nos tympans gavés de segments orgiaques où s’entremêlent funk, folk, musique classique, jazz, etc… Autre réussite totale !

Puis c’est le grand saut dans l’inconnu avec « Llaves del Subconsciente », la dernière piste du disque… et pas la plus facile d’accès. Mais vous commencez à me connaître, n’est-ce pas ? Moi, plus c’est fucké, plus j’en raffole. Je pense que nos espagnols ont probablement bouffé pas mal de rock germanique à ce moment de leurs vies parce qu’on dirait qu’ils nous livrent ici leur vision bien particulière du Kraut-Rock… Cela commence comme un long jam acide et ambiant, très Amon Düül (premier du nom). Et après un certain temps, le jam devient confus… le morceau commence à se déconstruire dans la nuit des temps pour devenir un genre de frémissement sonore complètement barré. J’évoquais Klaus Schulze plus haut, mais ça fait aussi penser à Joe Meek, à de la Library Music ou au BBC Radiophonic Workshop… Claviers détraqués au menu. Et ça se finit soudainement, dans un beau vacarme électronique.

VRAIMENT un très très très très très bon disque que voilà ! À conseiller aux amateurs de prog aventureux et tiens pourquoi pas : aux fans de musique en général.


Si vous avez apprécié ce disque, Salade d’endives vous recommande aussi :

TRIANA – El Patio

Autre petit chef d’oeuvre de la scène espagnole… qui fusionne Flamenco et Prog à merveille.
GENTLE GIANT – Acquiring The Taste

Parce qu’eux aussi aiment mélanger leur prog si particulier à une panoplie d’autres styles musicaux.
EGG – The Polite Force

Pour les affinités Canterbury/Jazz-Rock
KLAUS SCHULZE – Cyborg

Pour le côté Kraut/Early Electronic de la dernière pièce

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