Kammarheit – The Starwheel

Année de parution : 2005
Pays d’origine : Suède
Édition : CD, Cyclic Law – 2005
Style : Dark Ambient

2003 et son été vaporeux. Je m’en rappelle plutôt mal… comme si c’était un film que j’avais vu à moitié endormi il y a longtemps… Les pires insomnies de ma vie. La solitude volontaire. L’enlisement dans soi. Les ballades en « bécyk »  à 3-4 heures du mat ; seul (toujours seul). Les marches sur la voie ferré. La nuit qui, au lieu de porter conseil, ne te laisse qu’errer furtivement en son sein, spectatrice muette et désintéressée. Mes pensées diffuses se répercutant dans un vide toujours plus abyssal. Cannabis à fond + visionnement de la scène du Winkie’s dans Mulholland Drive (pour la première fois… tétanisant). Quelques J-RPG sur Playstation 1 pour occuper le temps. Des bouquins de Poe. Du Black Metal et de l’Ambient comme fond sonore.

Quelques soirées sociales éparses aussi, mais où je n’ai pas vraiment l’impression d’être là. Dépersonnalisation dans toute sa splendeur clinique.  l’impression de visionner encore un film (toujours des films) avec une contrefaçon grossière de moi qui joue le rôle de moi et d’autres acteurs de série Z qui jouent (mal) mes connaissances de l’époque. Abus de substances. L’esprit qui vole autour de la pièce. Manquer des bouts… Se retrouver seul à 3 heures du mat, étendu sur le gazon devant une maison qui semble la seule électrifiée dans toute la rue mortifère de cette banlieue-tombeau.

Ce n’est pas vraiment une dépression. C’est juste de l’inexistence. De la fatigue. La fatigue comme mode de vie ; comme mode de perception des choses. Un genre d’envoûtement vaudou. De la brume qui n’est pas vraiment là mais que mon iris commence à apposer sur toute vision qui le traverse. Et cette pensée folle que je suis probablement déjà mort sans le savoir.

Le moment culminant de cet été là… L’hallucination la plus réaliste que j’ai vu de ma vie. Je me demande encore parfois si ce n’était pas réel… Il est entre 3 et 4 heures du matin. J’arpente les rues trifluviennes moribondes, chevauchant mon fidèle vélo. Pas loin de ce qui était jadis l’hippodrome, dans un quartier lorgnant la piste cyclable, j’aperçois soudainement une douzaine d’enfants (8-10 ans) alors que je tourne un coin de rue… La scène est particulièrement saugrenue (vue l’heure tardive évidemment). Mais ce n’est que le début du malaise. Ces enfants ont vraiment un truc qui cloche : visages impassibles, regard froid et absent… aucune interaction verbale entre eux. Ils marchent tous vers la même direction; formant une étrange procession funèbre ; aussi lente que silencieuse. Alors que je peine à comprendre le pourquoi du comment, je vois que les 2 derniers du peloton portent des masques neutres blancs… Grand frisson qui parcoure l’échine… et je les perds alors de vue. Le face-à-face n’a duré que quelques secondes.

Je poursuis ma chevauchée surréaliste au bout de ma nuit ; les enfants damnés s’en sont retourné vers leurs brumes originelles… Que faisait-il là ? À quel sombre Dieu païen ou mésopotamien s’étaient t’ils voués ? Personne ne le saura jamais… et moi même ne saura jamais si ils ont réellement existé ou si c’était mon état mental défaillant qui m’a fait les apercevoir…

Pourquoi je vous parle de tout cela me direz-vous ? Et bien premièrement, « The Starwheel » est un peu la bande son idéale de cet été maudit. C’est sombre à souhait, enveloppant, mystique, habité mais c’est aussi distant et diffus, un peu comme ma matière grise évoquée ci-haut… Et ce n’est pas surprenant que cela provienne de Suède, comme beaucoup de canons du style. Les sous-bois scandinaves recèlent de bien lugubres secrets on dirait bien…

Deuxièmement, je préfère vous relater des souvenirs épars et confus (même si vous en avez rien à foutre) en parlant de dark ambient plutôt que de vous sortir le verbiage éculé du style, comme : ya des boucles, des nappes sonores envoutantes, c’est onirique, c’est bô, ça fait planer, etc… Bref, tout cela vous pourrez le constater à l’écoute de cet excellent disque de Kammarheit.

Quand tous vos cauchemars et tous vos rêves se seront entredévorées et qu’il ne restera plus que le vide… sublimez le avec cette roue étoilée… Vous m’en donnerez des nouvelles (ou pas).


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