Sonic Youth – Sister

Année de parution : 1987
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Geffen – 1994
Style : Noise Rock, Rock Alternatif, Expérimental, Post-Punk

Pour votre chroniqueur adoré, Sister, c’est le début de la sainte trinité sonic youth-ienne. C’est le premier opus discographique dans un triolet de disques quasi-parfaits et géniaux, où le groupe est au sommet de son art (Daydream Nation et Goo sont les deux autres). C’est sûr, le groupe a connu d’autres sommets vertigineux à travers son inépuisable discographie (qu’on pense à l’ambitieux Washing Machine ou au plus noir que noir Bad Moon Rising), mais c’est avec ces 3 albums que LE groupe alternatif par excellence a laissé sa marque sur le panorama musical et ce, à jamais. C’est ici que sera enfanté le grunge, après tout.

Sur le précédant album, le déjà superbe et bien nommé Evol, le groupe avait entamé son évolution vers des structures plus mélodiques et « composées » ; tout en conservant leur aspect bruitatif leur étant si cher (ces fameux feedbacks de guit, marque de commerce des New Yorkais). Sister s’inscrit dans le prolongement logique de cette démarche, confirmant à tous et toutes que Sonic Youth est un groupe de Rock avant tout, et non uniquement un ensemble de no wave avant-gardiste chevauchant des cascades de larsens. L’album débute de manière magistrale avec « Schizophrenia », un des plus grands morceaux de SY. Il y a d’abord CE putain de beat de batterie (doux et insistant) de Steve Shelley et puis arrive ces guitares reconnaissables entre mille, cette basse chaleureuse et la voix toujours blasée de Thurston Moore. Sous des allures on ne peut plus pop et apaisées, ce morceau est une tempête tranquille qui se termine dans un éclatement des plus jouissifs. Il y a aussi cette espèce de mélancolie étrange qui réside au cœur même de la composition, à travers ses paroles pleines de hargne et de confusion (Philip K. Dick en pleine crise d’adolescence), cette voix de sirène damnée (Kim Gordon qui fait ici penser à Nico) venant nous révéler des secrets brumeux… C’est comme si on avait toujours connu cette chanson, comme si elle avait habité dans notre imaginaire collectif pendant des années… Comment poursuivre après un tel monument ? Avec « Catholic Block », ni plus ni moins. Ça débute en chapeau de roue avec LE feedback de style « j’viens juste de plogger ma guit’ et ça enregistre déjà parce que je suis près à détruire tout sur mon passage !!! ». Rapide, punk, noisy à souhait, rempli à plus soif de dissonance : ça fait du bien par où ça passe. On tombe dans le plus introspectif avec « Beauty Lies in the Eye », où la voix envoûtante de Kim nous ouvre les portes de son âme :

« Do you want to see
The explosions in my eye
Do you want to see
The reflection of
How we used to be
Beauty lies
In the eyes of anothers dreams
Beauty lies
Lost in anothers dream »

Le monde des rêves hallucinés, les amours morts ou perdus, l’irréel… Je ne sais pas à quoi ce titre fait référence mais c’est sacrément beau. Il est important de noter que le groupe était alors très inspiré par les écrits de Philip K. Dick (ci-haut mentionné), possiblement le plus grand auteur de science-fiction de tous les temps et aussi un des mecs les plus barges (ou lucide ?) que la Terre ait porté en son sein… L’univers de Dick est particulièrement présent à travers les paroles inspirées et l’atmosphère (chaos, folie, solitude, amour) de Sister. Le titre fait d’ailleurs référence à la sœur jumelle de K. Dick, morte en très bas âge (bien que l’auteur croyait mordicus que lui était mort et que c’est sa sœur qui était bien vivante… mais bon, ne nous égarons pas).

Ça se poursuit dans le bruit avec « Stereo Sanctity » et « Pipeline », deux morceaux qui butent sévèrement. Il y a de la rage ici mais aussi de la tristesse, du mal-être, de la paranoïa, du malsain… « Tuff Gnarl » est un aut’ monument. Début pop nostalgique rappelant la pièce introductrice de l’album, la chanson se mute en un véritable ouragan de larsens transgéniques. Les mecs et la fille de Sonic Youth ont bien compris comment recréer le phénomène de l’orgasme en musique, et ils ne s’empêchent pas de le mélanger avec l’univers du cauchemar. « Pacific Coast Highway », c’est du grand n’importe quoi épique ou plutôt c’est « Sister Ray » des Velvet passé dans le malaxeur des années 80. Kim a sa voix de prêtresse bipolaire cochonne et glaciale (comme je l’aime). La musique accompagnant ses proclamations est un espèce de mantra chaotique et hypnotique. S’ensuit alors le cœur de la pièce : un passage plus downtempo et instrumental renversant qui vient nous percuter en plein coeur… « Hot Wire My Heart », c’est Thurston qui se la joue Stooges et Ramones. Simple, con, dissonant et diablement efficace.

« Cotton Crown » est ce qui se rapproche le plus d’une chanson d’amour chez SY (« Angels are dreaming of you » répètent les deux tourtereaux). Kim et Thurston chantent tous deux ce qui pourraient être leur version de « I got you Babe », murs de guitares en lame de rasoir (signés Moore et Renaldo) en prime. Niveau ambiance, on est pas loin du grand Loveless de My Bloody Valentine. L’album se termine dans le chaos avec un « White Cross » qui te décrasse le système bien comme il faut. Et c’est déjà fini. Et c’était foutrement bon.

Sister est un chef d’oeuvre intemporel du Rock alternatif. C’est aussi l’album de Sonic Youth que je recommanderais à tous ceux qui veulent s’initier au groupe. Il y a tout ce qui fait leur magie là-dessus.


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