Tim Hecker – Anoyo

Année de parution: 2019
Pays d’origine: États-Unis
Édition: Vinyle, Kranky – 2019
Style: Drone, Ambient, Électronique

Fort de son prédécesseur Konoyo, Tim Hecker nous arrive ici avec un EP accompagnateur qui pousse plus loin le concept apporté par son exploration du bruitisme et des influences de musique orientale. Pour certains, la musique ambiante se trouve être un exercice fort difficile de laquelle s’imprégner, tant de morceaux de casse-tête semblent omniprésents dans la tête de l’auditeur, mais Tim Hecker parvient ici à captiver l’imaginaire en façonnant un son très vivant, voire organique, qui propose un plongeon direct dans un infini cosmique dont il en a fait sa propre science.

Le Japon est reconnu pour être un des pays où l’on se sent le plus dépaysé au monde, où la solitude chronique côtoie la masse civile. C’est d’ailleurs ce que cherche à démontrer le compositeur canadien dans la construction de la perception d’une culture riche, certes, mais qui frôle trop les extrêmes propres à la vie urbaine. L’anticipation dans Anoyo bouille d’ingrédients diverses qui en fait une belle continuation déjà enclenchée avec Konoyo. La basse se veut omniprésente, comme un poids qui s’ajoute constamment pour donner un effet d’apesanteur persistant, mais tout en allégresse.

D’entrée de jeu, «That world» nous plonge directement dans ce qui s’impose comme une longue cascade d’orchestrations entremêlées. Le shamisen, guitare traditionnelle japonais datant du XVI siècle, ne tarde pas à faire son entrée, rappelant le coté traditionnel bien imprégné dans ce que l’œuvre cherche à nous transmettre dans sa sincérité. «Is but a simulated blur», retentit avec des percussions effrénées qui donnent un pouls stressant mais toujours précis. Des ambiances à la Vangelis s’interposent également, rappelant un monde semblable à celui de son Blade Runner. Tim Hecker propose ici un monde très condensé, avec une ambiance qui inspire la méditation, et le recul face à un monde jugé primitif selon lui.

Par la suite, «Step away from Konoyo» fait office d’interlude, qui laisse reculer l’auditeur un peu plus loin dans un lointain firmament, contemplant la désolation qui s’offre devant lui. Tim Hecker offre ici une ambiance plus sereine, calmant la vivacité de l’esprit. La jungle métropolitaine n’est jamais très loin, mais suffit parfois de s’en éloigner un tant soit peu pour se ressourcer. Mais cela serait sans sous-estimé «Into The Void», qui ouvre un portail, replongeant l’auditeur dans le spectral interstellaire aux sonorités psychédéliques, le compositeur semblant apposer avec une inspiration du genre littéraire de la weird fiction. Les synthétiseurs disparates, avec un retour du shamisen un peu faussé, va aller repousser tranquillement l’auditeur aux abords d’une mégapole imaginaire.

«Not Alone» se veut plus brusque, empruntant à son jumeau «Is but a simulated blur» ses percussions énervées, qui entraîne tout ce qu’il contient dans une sorte de labyrinthe auditif . «You Never Were» est le clou du voyage, avec un shamisen qui se sent plus fatigué, l’ambiance électronique commençant à être parsemée de glitches. Le renvoi à la civilisation contemporaine se fera d’une manière un peu trop précipitée, mais avec un atterrissage sans défaut et en douceur.

Tim Hecker propose un album ambiant qui se veut très anticipatif, voulant plonger dans une atmosphère analogique qu’il maîtrise, sans vraiment bousculer son prédécesseur du revers de la main, de peur de se placer dans une zone trop inconfortable. L’album jongle très bien avec ses douces inspirations japonaises et son approche cyberpunk. Le compositeur/bidouilleur canadien décrit une suite à son odyssée de manière posée, soignée et contemplative. On reste en attente pour ses autres projets stimulants pour un autre vol dans l’au-delà.


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One comment

  1. C’est comme un vol plané au dessus d’une Néo-Tokyo (Akira style), au dessus des nuées de néons hallucinés, pendant que des équations mathématiques défilent à une vitesse folle sur un écran géant installé dans la stratosphère.

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