Champignons – Première Capsule

Année de parution : 1972
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle (Private Press), Les Jeunes Artistes Associés – 1972
Style : Psychédélique, Blues Rock, Rock Progressif

En frais de trésors sonores enfouis, le Québec n’est pas en reste… Dans la période fin-60s/début-70s, on retrouve bon nombre de sorties d’albums à très petit tirage, parutions plus ou moins officielles, private presses obscurs à souhait, etc… Certains chercheurs-archéologues musicaux de renom (dont François Zaidan et Julien Charbonneau, pour ne nommer que ceux-là) vont aux 4 coins de la province, de ventes de garage aux sous-sols d’églises (plus ou moins catholiques) à la recherche constante du nouveau saint-graal psychotronique. Et un des joyaux les plus convoités lors de ces pérégrinations, c’est sans conteste ce premier (et unique) album des Champignons, groupe de rock psychédélique de Shawinigan… Le monsieur Zaidan précédemment mentionné a jadis eu la main chanceuse et a réussi à excaver une quantité astronomique de copies d’un coup (il en a encore la larme à l’oeil quand il en parle ; et je le comprends !).

Mais bon, à part sa rareté légendaire, est-ce que ce disque de Champignons vaut le coup ? La question est valable car des fois, on dirait que la quête homérique qu’est celle de trouver la galette convoitée est pratiquement plus épique/émouvante que l’est le disque lui même… On attend parfois des années avant de pouvoir apposer le tympan sur la chose bruitative en question pour finalement se dire “Ouais… c’est bon mais je m’attendais à plus”. Est-ce aussi le cas de ce “Première Capsule” des Champis magiques !?!? Que nenni, mes amis !!

Cet album mérite tout à fait la réputation (et les louanges) qu’on lui a faîte. C’est presqu’incompréhensible qu’un disque de cette qualité n’ait pas connu un succès d’estime plus fort à l’époque. On tient là une perle angulaire du rock psychédélique québécois (surtout lorsqu’on évoque la ténébreuse et chef d’oeuvrifique Face B).

Avant même d’évoquer la musique géniale de la troupe, il faut toucher un brin à l’histoire assez unique qui contribue à l’aura sulfureuse de l’album. Premièrement, un peu à l’instar des Black Sabbath, les membres de Champignons proviennent de quartiers pauvres et font de la musique dans l’espoir de se sortir de leur état. Cela peut expliquer partiellement le choix des thématiques (plutôt sombres) évoquées et du style Blues, souvent associé à la classe ouvrière. De plus, le groupe compte en son sein un jeune curé qui a récemment défroqué pour se lancer dans le psychédélisme tête première. Nos jeunes musiciens vont se servir de cet aspect pour faire un stunt publicitaire assez controversé, se présentant aux abords de L’Oratoire Saint-Joseph grimés en évêques et prêtres (pour un photo shoot) !

D’ailleurs, pour ceux qui sont intéressés par l’histoire assez particulière du groupe, je vous invite à lire cet excellent article du tout aussi excellent blogue Vente de Garage, le blogue.

Musicalement, Champignons donnent dans le Blues Rock fortement acidifié, avec de savoureux relents de prog-rock, d’la guitare fuzz comme on l’aime, du sax crimsonien, de la flûte éthérée et des passages d’orgue électrique éblouissants. Dès les premières notes de la pièce d’intro, l’instrumentale “Dynamite”, on sent un groupe de jeunes musiciens totalement investis dans leur art. Ce morceau est une mise en bouche d’une grande qualité, qui confirme qu’on a affaire ici à un très grand disque. Mention spéciale au très sympathique solo de batterie au centre de la piste… S’ensuit la très bluesy “Le ghetto noir” qui est portée par l’orgue nonchalant et l’harmonica. Malgré les vocaux très québécois, on respire des arômes de la Nouvelle-Orléans !

“Rêve Futur” est à mon humble avis la meilleure pièce de la Face A. On a affaire à un magnifique morceau de prog-folk mid-tempo, avec sa batterie toute en nuances, sa guitare rythmique qui alterne entre passages aériens et d’autres plus lourds/vaporeux, sa flûte mélancolique en diable et sa basse qui soutient le tout rondement. Les vocaux sont très nostalgiques et émotifs… On peut facilement penser à un truc comme “I Talk To The Wind” du célèbre roi cramoisi. La courte pièce instrumentale qui clot ce premier côté du disque, “Le Train”, nous maintient dans l’atmosphère contemplative et grisâtre du morceau précédent mais augmente légèrement le tempo et apporte une saveur toute “Jethro Tull-esque” (cette flûte entraînante y est pour quelque chose).

FACE B maintenant… Cela débute avec la pièce de résistance du disque : “Le château hanté”. Un petit chef d’oeuvre de dark-prog gothico-horrifique. Morceau très lancinant ; qui prend tout son temps pour bâtir son atmosphère fantasque qui emprunte beaucoup au cinéma de genre série-Z et à la littérature d’épouvante. La narration remplace ici le chant. Une tonne d’effets sonores délicieusement creepy/loufoques sont mis de l’avant pour créer une ambiance de cimetière damné (à minuit)… Pas mal tous les clichés du genre sont exploités dans le récit (le château en ruines près d’un étang, la lune couleur de sang, un homme masqué, un chat noir, la sueur froide dans le dos, etc)… L’apport de la flûte est particulièrement orgiaque dans la première partie narrée de la piste, toute impressionniste qu’elle est. Dans la seconde moitié purement instrumentale qui succède à l’historiette simpliste mais efficace, la guitare se lâche lousse et peut presque évoquer celle qu’on retrouve dans Univers Zero et Present (deux piliers du RIO le plus sombrex). Un GRAND moment musical que voilà.

“Folies Du Mercredi” est un autre chef d’oeuvre. Et c’est probablement le morceau le plus ouvertement “prog” du disque qui, jusqu’à présent, flirtait surtout avec le style. Il y a des effluves de Canterbury brumeux dans les environs. Changements de styles surprenants, solo d’orgue extatique et royalement maitrisé, guitare acide, batterie aquiline et sax aventureux sont tous au menu. On s’en délecte jusqu’à une finale mystifiante qui vient en la forme de ce “Pop-Pino” prenant.

On tient là un album complètement renversant. En voilà un des Saint-Graal de la musique québécoise évoqué en début de chronique. Un disque qui plaira autant aux fans de prog-rock, de acid-rock, de heavy-psych et autres psychedéliqueries nébuleuses. Un GROS merci aux types merveilleux de Return to Analog qui ont réédité le disque (il était temps !), ainsi qu’à notre cher Julien Charbonneau qui a travaillé à restaurer la pochette.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire !!! Direct sur le site de RTA et pré-commander moi ce délice sonore au plus crissss !!!!


Si vous avez aimé ce disque, Salade d’endives vous recommande aussi :

CREAM – Disraeli Gears
FLOWER TRAVELLIN’ BAND – Satori
KING CRIMSON – In The Court of the Crimson King
V/A – Chilling, Thrilling Sounds Of The Haunted House

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