Cosey Fanni Tutti — Art Sex Music

année de parution : 2017
pays d’origine : Angleterre
édition : originale (anglaise)
styles : industriel, leftfield, alternatif, électronique

Art Sex Music est l’autobiographie de Cosey Fanni Tutti qui fut membre du collectif COUM Transmission, de Throbbing Gristle et, plus tard, de Chris & Cosey. Je me suis procuré cette brique de 500 pages lors de son lancement à New York, pour lequel j’ai publié un autre article.

Les premiers chapitres du livre sont dédiés à sa jeunesse dans la ville de Hull, UK. Il s’agit du récit d’une jeune fille qui nous raconte d’où elle vient, qui nous parle de ses amis, de sa famille… La relation difficile avec son père contrôlant permet de comprendre d’où lui est venu ce puissant besoin de liberté. Mais, comme elle le fait elle-même remarquer, on peut s’interroger sur les raisons qui la mèneront vers Genesis P-Orridge, un autre homme contrôlant et manipulateur.

Une bonne partie du livre est consacrée à son appartenance à COUM, un genre de commune axée sur la création. Genesis P-Orridge fait à la fois office d’amoureux, directeur artistique et gourou de secte. Bien qu’elle soit prudente avec les mots utilisés, on saisit bien la dynamique tordue qui règne dans la commune où tous sont supposément égaux mais où, dans les faits, elle se tape le gros du boulot : «… I was also pissed off that so-called radical thinkers and supporters of ‘liberation’, like Gen, Greg and the others, couldn’t see that they assume my role (as woman) to be the washer, cook and cleaner, in addition to everything else…» [p 111] Pour contrôler sa commune, P-Orridge utilise le mensonge, le chantage et d’autres procédés relevant de la manipulation.

Version 2

Encouragée par lui, elle se lance dans divers projets à caractère érotique et/ou sexuel, ce qui l’amène à poser nue. CST voulait utiliser des images de nudité et considérait hypocrite d’utiliser celles d’autres femmes. Elle opte donc pour faire des photos de son corps, ce qui illustre l’approche créative de COUM : My life is my art, my art is my life. Cet intérêt grandissant la mènera à faire du strip-tease et à tourner des films pornos : « I wasn’t into following someones’s else formula. Knowing oneself was a meaningful, positive goal in life that made sens to me, and living my life through intuitive experience was my way towards that end. I was hungry for the experience itself. It provided material for further works and challenged my personal boundaries, which in turn made me more open to taking things further — all in poursuit of finding and becoming ‘me’. I was conquering my fears, dissimissive of others’ expectation, and growing in strenght of will — and consequently I considered myself an independant entity, no longer willing to be tied to or submissive to others’ whims and folly.» [p 236] Elle rejette ainsi le féminisme de l’époque : « I didn’t identify with 1970’s feminism. It didn’t speak to me or the diverse and complex nature of women. I was a free spirit and didn’t want yet more rules and guilt thrown at me. » [p. 171]

Bien que le passage sur COUM soit un peu long, il est fondamental pour comprendre le processus créatif et les thèmes qui seront repris par Throbbing Gristle : « We were constantly researching and acquiring books and information on propaganda and control techniques, business practices, cult movements and government strategies, deviant sexual practices, genetics, the criminal mind, pathology, psychology, weapons (especially the use of sound), medical research and anything unorthodoxe that hit our radar and piqued our interest.» [p. 238] À sa façon, TG s’évertue à éveiller les consciences. On peut s’étonner qu’un groupe prônant la liberté totale se soit intéressé à des personnages tels qu’Aleister Crowley et Charles Manson, dont il est question à plusieurs reprises dans le bouquin. Voici son explication : « My interest in Manson was about how unchallenged manipulation and control within an isolated group could lead to extreme and dangerous actions and dangerous behavior. » [p 236]

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Un agenda aussi ambitieux se traduit par des concerts et des performances extravagantes qui auront des répercussions jusqu’à la Chambre des communes, où un député conservateur les traitera de « wreckers of civilisation. » Cette entité anarchique est aussi menacée de l’intérieur : « TG was dysfunctional and always on the brink of collapse, simply because of its components parts : much like the equipment, it teetered on the edge of breaking down from being pushed to the limit. » [p 222] Bien que d’allégeance anarchiste, TG refuse de s’identifier à la mouvance punk, ce qui amènera d’autres tensions dans le groupe lorsque P-Orridge s’en inspire  : « If TG was going in a punk direction, Chris, Sleazy and me didn’t want to know.» [p 226]

Les tensions internes mais surtout le comportement odieux de P-Orridge auront le dessus sur le groupe qui se sépare en 1981, après une tournée aux États-Unis. « Nothing I did for him was enough. He showed no empathy towards me — it was always about him […] He fed off me like a parasite, draining me psychically, physically and emotionnally. » [p 245] CST et Chris Carter poursuivent leur carrière musicale sous le nom Chris & Cosey. Cette partie du livre est noyée dans une mer de détails qui nous empêchent de bien la ressentir. Entre ses expos, la naissance de son fils Nick, son métier de strip-teaseuse et sa participation à une panoplie de projets, on se demande un peu où tout ça s’en va.

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La dernière partie du livre est consacrée à la réunion de Throbbing Gristle au début des années 2000. Peu probable, elle se produit néanmoins mais les irritants qui avaient mené à la dissolution du groupe sont toujours présents. CST n’est plus une gamine qu’on peut manipuler aisément et c’est avec des yeux d’adulte qu’elle perçoit maintenant P-Orridge. Et l’individu qu’elle nous décrit est particulièrement méprisable. La création au sein de Throbbing Gristle s’avère pénible et douloureuse jusqu’à la toute fin. Cette partie du récit est fort réussie et très vivante, sans doute parce qu’il s’agit d’évènements relativement récents.

Le livre est agrémenté de 16 pages de photos couleur. De nombreux extraits de son journal intime ponctuent aussi le récit. Tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression qu’elle était partie de son journal pour produire ce livre, d’où la difficulté d’en faire une synthèse. Page après page, on est bombardés d’une somme considérable d’informations et de détails sur les mille et un projets de cette artiste pour le moins atypique. Ça permet de saisir l’envergure de sa production artistique. CST n’est pas qu’une simple musicienne ; c’est aussi une artiste en arts visuels et une ex-travailleuse du sexe. Bien qu’un peu long, ce livre est un fabuleux voyage dans le cerveau d’une artiste authentique et ses réflexions sur sa démarche artistique sont fascinantes.

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© Alain Cliche, 2017

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