Throbbing Gristle – 20 Jazz Funk Greats

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : 2CDs, Industrial – 2011
Style : Industrial, Minimal Synth, Ambient

Titre ironique pour album carnassier mais qui n’en a pas l’air… Membres de TG tout sourires sur une pochette qui, au premier regard, semble être plus appropriée pour un quatuor de sunshine pop que pour les parrains/marraines de l’Industriel. TG has gone pop, folks. C’est un peu ça, ce disque. Mais ne vous laissez pas avoir, crédules auditeurs… La pop façon TG, elle est tartufe, sournoise, fielleuse… Pour mieux pervertir vos esprits, elle s’amuse à cacher ses impuretés vénales sous un habillement des plus mielleux. Et puis, cette succulente pochette, elle perd tout son côté rassurant quand on apprend que le joli promontoire donnant sur la mer a la sordide réputation d’être un des sites de suicide les plus connus du monde (« Beachy Head » que ça s’appelle pour les wiki-curieux ; c’est aussi le titre d’une piste du présent album).

Insidieux, le disque. Avant, TG faisait dans l’horreur explicite, toutes machines hurlantes déployées, farfouillant à genoux dans un brumeux capharnaüm porté par l’écho langoureux des claviers mutants, des gémissements désincarnés, des violons païen nouveau genre et de bandes magnétiques qui expirent dans la nuit des temps… le tout dans une atmosphère quasi-indescriptible d’orgie romaine antique transposée dans un univers dystopique à souhait. 20 Jazz Funk Greats, ce n’est pas ça. 20 Jazz Funk Great, c’est le serial killer qui va, chemise blanche et cravate à pois, au bureau le lundi matin avec, dans sa boîte à lunch, un chili con carne à base de prostituées (les restants du weekend fort chargé) et comme dessert : un oeil humain.

Ça part tout en douceur avec la pièce-titre. Presque Yello sur les bords (autre grand groupe trompeur ceux-là). Minimal beat. Sexy-Jazzy. Voix suave à l’appui (YEAH!). Mais on sent déjà pointer le malaise… La pub de rasoir jetable se disloque comme une vieille VHS en manque de tracking alors que le beau modèle commence à se couper la gorge avec son Gillette (mais en gardant le sourire). Ensuite : petit séjour à la plage avec « Beachy Head »… mais le ciel est gris et chargé, les vagues trop fortes et surtout : une nuée de goélands est en train de se repaître de cette charogne échouée, la peau grisâtre et la langue gonflée comme une saucisse pas fraîche. « Still Walking », c’est Kraftwerk en version « surdose de trifluopérazine ». Presque dansant si on oublie les frissons qui nous parcourent l’échine. Miaulements de chatons damnés et basse death-funky sur « Tanith ». TG veulent faire du Jazz mais comme dirait l’oncle Zappa : ça sent drôle…

Grand morceau de minimal synth, « Convincing People » repose sur un motif de synthétiseur extrêmement bancal et diablement efficace. Ces voix désintéressés et pourtant maniaques déblatère un texte qui te vole une petite parcelle d’âme à chaque écoute… « Exotica » ? Oh, c’est le retour de Martin Denny et de Les Baxter ! Je les vois arriver, marchant comme des automates, clopinant au ralenti. Oh ! Mais ils sont tout pourris. Le regard vitreux et absent. Il y a des asticots qui sortent de tous leurs pores. Et ils sentent un peu comme ce bout de fromage que j’avais laissé traîner toute une semaine sur le comptoir. Et pourquoi il y a autant de brouillard soudainement ?

« Hot On Heels of Love », c’est un putain de tube. Pure cyprine sonore. Vocaux de succube de Cosey Fanni Tutti qui donne de malins petits frissons. Musique de striptease surréaliste tel qu’imaginé par Man Ray. Giorgio Moroder n’aurait pas fait mieux.

« Persuasion », c’est le moment le plus « Maman, j’ai peur » d’un disque qui contient déjà bon nombre de pépites dans le genre. C’est la version zombifiée de « Satisfaction » des Stones. Un Genesis P-Orridge fortement dérangé s’adresse ici à une demoiselle terrifiée (cris et pleurs distordus à l’appui) alors que deux horribles notes de synthétiseur semblent se permuter à l’infini… Tonton Genesis nous parle d’abus sexuel (du point de vue de l’abuseur) et de son fétiche évident pour les petites culottes. Assez troublant.

« Walkabout » : grillons électriques en ouverture pour un des morceaux les plus Kraftwerkiens (pensez époque Ralf & Florian) du groupe. Un bonheur passager sur un disque qui n’est pas très porté sur la joie de vivre.

Je sais que je parle beaucoup de Silent Hill dans mes chroniques… mais « What a Day », si Akira Yamaoka ne s’est pas inspiré de cela pour composer la trame sonore de la célèbre série de jeux vidéos, je suis près (sur le champ) à m’éclater un testicule au marteau. C’est vraiment malsain. Le désespoir des jours ; toujours les mêmes. WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY WHAT A DAY. Mantra nihiliste sur fond de musique tribalo-robotique… On termine le tout avec un « Six Six Sixties » très Current 93 (peut-être l’aspect déclamatoire de la chose)… Un fond post-punk-noisy avec Genesis qui nous dit des choses comme : “Pain is the stimulus of pain / But then, of course, nothing is cured.” BREF, le genre de truc qui te casse un party bien comme il faut (à essayer si vous souhaitez vous débarrasser de convives qui traînent un peu trop longtemps chez vous).

VOILÀ là un des plus grands disques mensongers de tous les temps… L’album fourbe qui au lieu détruire avec une avalanche de décibels, provoque un réel malaise chez l’auditeur. Et qui s’y prend avec volupté et douceur… Une magnifique usine à cauchemars surannés.


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