Magma – Mekanïk Destruktïw Kommandöh

Année de parution : 1973
Pays d’origine : France
Édition : CD, Seventh – 1988
Style : Zeuhl, Prog Rock, Opera Apocalyptique, Jazz-Rock wagnérien, OVNI

Cette oeuvre, créée en toute humilité, retrace l’histoire d’un humain qui, un jour, s’adressa à tous les terriens en leur expliquant les raisons pour lesquelles ils doivent disparaître de la Terre
-Christian Vander

Il y a des groupes qui ne sont géniaux qu’un moment, le temps d’un ou deux albums, et qui implosent ensuite dans la nuit des temps ou qui se mettent tout simplement à faire de la musique minable… Il y a aussi des groupes qui se réinventent, évoluent au gré des saisons, se laissant influencer par les nouvelles tendances et essayant de se les approprier dans une musique qui leur est toujours propre (certains s’y perdent aussi)… Il y a des groupes qui n’évoluent pas, bons ou mauvais. Il y a des groupes qu’on adore, qu’on déteste et puis qu’on adore à nouveau (ces fameux « comebacks » si rarement réussis)… Et puis il y a LE groupe. Celui qui, à sa genèse, a déjà la VISION… Celui qui, dès son premier album (en 1970), livre une musique qui est encore complètement d’avance sur notre bon vieux nouveau millénaire… Le groupe parfait et génial dont la musique évolue magnifiquement d’album en album mais de manière consciente… pour servir la cause du concept amené et l’histoire fantastique qu’elle soutient… Le groupe qui possède un univers tellement unique et particulier que ses membres ont inventé une langue qui lui est propre… Un groupe dont la musique, peu importe l’album, peu importe la date d’enregistrement, est irrévocablement intemporelle… Un groupe qui réussit à marier Jazz, Opéra, Chant Choral, Prog, Gospel, Funk, Soul, Psychédélisme, Musique d’Europe de l’est, Musique africaine, Littérature et Philosophie pour en faire une œuvre d’art totale… Un groupe dont l’architecte mi-fou, inventeur de mondes, dévot de Coltrane, Stravinski et Wagner, demeure tout simplement le meilleur batteur de tous les temps… Cet architecte est Christian Vander et son groupe (LE groupe) est MAGMA !!!!

En décembre 1973, après 2 albums déjà divins où Magma se cherchait pourtant encore (ou plutôt… cherchait les moyens optimaux d’exprimer librement la grandeur infinie de leur concept fait monde), débarque ce « M.D.K » complètement ahurissant dans les bacs. La voici leur première oeuvre totale, leur premier « magnum opus » irradiant de milles et unes lumières éblouissantes-célestes-divines-aveuglantes. La gestation de cette merveille fut lente et pavée d’embûches. Longuement rodée en concert, mouvement par mouvement (depuis 1971), dans diverses versions évoluant au gré des désirs bruitatifs de Vander et des changements de line-up incessants, cette composition-fleuve fut aussi enregistrée en studio une première fois en Janvier 1973 (sous le nom « Mekanïk Kommandöh », version CD maintenant dispo via Seventh Record). Cette mouture moins grandiloquente de l’oeuvre mais tout de même imparable ne satisfaisant pas A&M (le label du groupe à l’époque), la horde de Kobaia retourna en studio endisquer la version définitive de leur chef d’oeuvre. Résultat : EUPHORIE !!!

Comme Christian Vander ne fait rien comme les autres, M.D.K est en fait le troisième volet (chronologiquement) de la trilogie « Theusz Hamtaahk » mais le tout premier à paraître… Trilogie qui prendra pas loin de 30 ans avant d’être éditée dans sa totalité sur disque (à se procurer de toute urgence : le coffret « live » paru en 2001 et comprenant l’intégralité de la dite trilogie). Qu’est-ce que M.D.K raconte en fait ? Et bien… la guerre, le chaos, l’apocalypse, la destruction par les Terriens de toute forme de beauté, l’avilissement d’un monde voué à disparaître dans le sang et les décombres… ET le prophète Kobaïen Nebehr Güdahtt qui, d’une missive quasi hitlérienne (qui donna par ailleurs une réputation sulfureuse non méritée au groupe), condamne ce monde à la mort, ne sauvant que les quelques êtres qui sont prêts à évoluer pour atteindre la sagesse divine. Ces derniers seront emportés dans la roue céleste (le « Weidorje ») pour rejoindre Kobaia, où ils pourront terminer leur existence dans la paix absolue.

Terrien, si je t’ai convoqué c’est parce que tu le mérites, ma divine, et ô combien cérébrale conscience m’oblige à le faire. Tes actes perfides et grossiers m’ont fortement déplu, les sanctions qui te seront infligées dépasseront les limites de l’entendement humain et inhumain, car tu as, dans ton incommensurable orgueil, et ton insondable ignorance, impunément osé me défier, me provoquer et déclencher dans toute son immensité, ma colère effroyablement destructrice entraînant inexorablement ton châtiment, race maudite !
-Christian Vander (alias Nebehr Güdahtt)

Malgré toute la violence du propos, cette oeuvre explose dans une forme d’allégresse grisante. Jamais cataclysme n’aura autant été illustré avec tant de lumière folle et de béatitude exaltante. Nos tympans ravis jusqu’à plus soif sont conviés à une véritable célébration orgiaque de la destruction complète et totale d’un univers bientôt révolu… Cet album est une charge émotive forte qu’on reçoit en plein dans la gueule (avec délice, il va sans dire) : chorale kobaïenne frénétiquement possédée, section d’assaut rythmique qui tel un Tank détruit tout sur son passage (l’ineffable duo Vander-Top), cuivres en transe, guitare chatoyante de Claude Olmos, Klaus Blasquiz qui joue à la corde-à-danser avec ses cordes vocales et ce piano martelé à qui mieux-mieux qui trône au dessus de la masse sonore… Tout cela ne fait qu’un tout effervescent. Tout cela s’enchevêtre dans l’éther pour devenir une espèce de Supernova musicale que rien ne peut arrêter…

Structurée autour de 7 mouvements s’enchaînant sans coupure (à part le fondu sur « Kobaïa is de Hündin », vinyle oblige), M.D.K débute avec « Hortz Fur Dëhn Stekëhn West », longue entrée en matière stravinski-ienne (à écouter : « Les Noces » du compositeur russe) qui place l’ambiance totalement unique de l’opus. Quand ces cuivres EXPLOSENT à la 5ème minute, on réalise que ce n’est pas juste un disque qu’on écoute, mais bien une expérience religieuse-mystique qu’on s’apprête à vivre et qui va nous redéfinir pour les siècles et les siècles (amen… non non, HAMTAÏ !!!). À environ 7 minute 30, quand ça part en Gospel-Prog-des-étoiles, je sais par pour vous, mais moi je vole littéralement. C’est comme le passage quasi-final de 2001 Space Odyssey mais en tellement plus… funky. Quand « Ïma Süri Dondaï » s’annonce tel un choc sismique dément d’opéra carl offien déglingé et rutilant, je ne vole plus : je nage littéralement dans une mer d’astres lysergiques. À partir de là, ça n’arrête tout simplement plus… ça monte, ça monte, toujours plus haut, sans relâche… Chaque changement de mouvement limpide qui hausse l’intensité d’un cran… Ce n’est plus que de la beauté suspendue dans un azur en constante renaissance. De la beauté libre, véloce, compacte, qui s’auto-alimente, triple, quadruple, quintuple d’intensité afin de recouvrir entièrement la folle toile qu’elle dessine… Les chœurs hypnotiques pleurent, jubilent, portent la musique à des confins jamais atteints par quiconque auparavant. Klaus est complètement cinglé. Ses vocaux/cris nous font penser autant à ceux d’un castrat italien sur l’acide qu’aux sons émis par un éléphant EN TRAIN de se faire castrer. Fidèle à son habitude, Vander tente d’assassiner sa batterie avec une élégance toute tellurique. Jean-Luc Manderlier veut que chaque note de piano soit plus PUISSANTE que la précédente. Ah oui, puis Jannick Top est Jannick Top, ce qui est déjà formidable en soi.

Et puis quand ça s’achève, après un orgasme sonore violent-délivreur où tous les excès absurdes sont permis, où tout ces éléments musicaux évoqués ci-haut s’accouplent dans une hyperthymie paroxystique ardente qui gorge tous vos sens d’un certaine forme de liesse liquide, vient un moment de calme enivrant, de recueillement majestueux et puis…. un drone pétrifiant d’une minute. Magma sait comment finir un album comme des BOSS. Ya pas de doute.

Je n’en reviens jamais à quel point cet album est MASSIF et LOURD. On y touche enfin, à ce fameux Mur de Son, tel qu’évoqué par notre musicien-assassin préféré (Phil Spector pour le citer… bien que Vargounet est pas mal dans le genre). J’en ai des frissons à chaque écoute. MDK demeure le disque le plus emblématique de Magma (bien qu’ils feront des choses encore plus incroyables par la suite) et comme il fut mon tout premier, il demeure mon chouchou. Mais avec Magma, il ne faut pas se limiter à un disque. La discographie de Magma est un tout dont il faut faire l’expérience dans sa globalité. Et tout fan de musique se doit d’entreprendre ce voyage au moins une fois dans sa vie… Bienvenue sur Kobaia, Terriens…


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