Paul Jebanasam – Continuum

Année de parution : 2016
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Subtext – 2016
Style : Drone, Glitch, Ambient, Électroacoustique, Expérimental

La musique de GN-z11. Jamais je n’ai été aussi ailleurs et pourtant enraciné dans ma petite personne insignifiante ; aussi happé par des courants contraires, vertigineux, indociles, renversants, redéfinissant tout mon être et tout l’univers qui m’entoure. Je suis transposé. Transfiguré. C’était donc ça la drogue impie de Palmer Eldritch ? Overdose syncopée au premier shoot. C’est… merveilleux. Et ça te broie l’échine en même temps. Ça t’aspire jusqu’au dernier lambeau et ça te recrache vers un certain absolu où tu deviens constellation. Devenir DIEU est surestimé mes amis. Devenir de l’antimatière plutôt. Ça oui ! La musique peut maintenant proposer cela ? Continuum répond par l’affirmative. Mais bon, il ne répond pas vraiment. Il te fonce droit sur la gueule. C’est pas toi qui l’expérimente. Non. C’est lui qui expérimente sur toi.

Se défaire et se refaire perpétuellement, à l’infini, sous les assauts prodigieux d’un architecte sonore dément, touché par la grâce métallique de ses machines qui noient tes sens avec l’alcaloïde suprême. Il y a des mathématiques ici. De la physique quantique. Un condensé de biologie post-humanoïde. Pleins de choses que je serai toujours trop con pour saisir de mon vivant mais qui prennent ici une forme PHYSIQUE et qui s’enfoncent dans ton cortex tel une substance laiteuse que tu le veules ou pas. Et tu réalises bien vite que tu le VEUX. oh oui que tu le veux. Les iris perdus dans un orgasme spirituel sans fin. L’Alpha et l’Oméga, concepts éculés et sur-métaphorisés s’il en est mais ici pleinement applicables. C’est comme le début ET la fin du cosmos, ce truc. Et c’est aussi violent que beau. Putain que c’est beau.

Expérience religieuse à vivre les tympans bien arrimés sur les écouteurs qui deviennent ici outils de communion. La bible telle qu’écrite par une étoile en fusion. Son chant vital retranscrit par des outils de navigation d’une navette interstellaire ou infra-terrestre. Il y a bien des étoiles qu’on ne connaîtra jamais là-dedans, mais aussi le collisionneur de hadrons du CERN ; lui qui s’amuse à recréer l’étymologie de notre planète et de notre existence… Moi je vois tout ça dans cette musique qui, en fait, devient quelque chose de plus grand que de la musique…

Sérieusement : je veux que cet album entier joue à mes funérailles. C’est le genre de truc plus grand que tout qui va faire réaliser aux gens que je ne suis qu’un amibe dans toute cette splendeur amovible qu’est l’univers, la vie, l’existence au sens large… Du shintoïsme intergalactique, ni plus ni moins. Je suis trivial. Vous l’êtes tous. Et pourtant pas insignifiants. Nous avons tous la chance de faire parti de cette immensité, d’en savourer une parcelle juteuse des merveilles qu’elle nous réserve le long du fleuve de la vie et de la mort.

En 2016, Oranssi Pazuzu nous a dressé un portrait froidement horrifiant des profondeurs insoupçonnés de notre univers… Monsieur Jebanasam, lui, pourtant pas moins violent dans son approche, nous abreuve avec liesse de ses éclats fulgurants.


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