Blonde Redhead – Melody of Certain Damaged Lemons

Année de parution : 2000
Pays d’origine: États-Unis
Édition : CD, Touch & Go – 2000
Style : Art Rock/Pop un brin bipolaire, Rock alternatif, Post-Punk

Ma découverte de la musique de Blonde Redhead s’est fait (bizarrement) par l’entremise de ce disque assez singulier ; facilement le plus atypique de leur discographie. C’est aussi celui que je ressors le plus souvent. J’y suis attaché à ce disque un tantinet mal-aimé, pas carré du tout, tristounet, un peu neurasthénique… On sent qu’avec cet album mi-figue mi-raisin, les membres du groupe sont à la croisée des chemins ; un pied encore dans leur passé rock noisy et l’autre dans leur avenir électro/dream-pop/trip-hop alternative. Mais ce n’est pas juste ça… Ce disque est une oeuvre au gris… froide et presque désintéressée… Un disque de pop parfait pour ces jours brumeux de Novembre. À travers toutes ces pièces (mêmes celles qui sont un peu plus rock ou électro-pop), on ressent un espèce d’accablement résigné. Et moi qui aime la musique triste et belle, ça vient me chercher.

L’album commence avec cette étrange intro électro affectée/somnolente (claviers mutants + échantillonnage sonore abstrait) avant de se muter en un de mes morceaux préférés de l’histoire du trio : « In Particular ». C’est une petite pépite pop à la rythmique biscornue, bancale, syncopée, obsessive-compulsive même (forcément, ça me parle). Avec sa voix enfantine et sérieuse, Kazu Makino entonne un texte mystérieux, avec ses allitérations sur le prénom « Alex » et ses références à la dépression et la paranoia…. Troisième piste, « Melody of Certain Three » est beaucoup plus rock et rappelle les oeuvres précédentes du trio, mais on sent cette langueur surannée s’instaurer petit à petit à travers… « Hated Because of Great Qualities » continue dans la grisaille. C’est un morceau post-punky  avec un habillage sonore extrêmement minimaliste. Batterie lancinante à l’avant-plan, basse funèbre et guitare éplorée (qui intervient pas mal juste durant le refrain). Très beau.

« Loved Despite of Great Faults » est le revers un brin plus entraînant de sa pièce-soeur, mais avec Amedeo Pace au chant cette fois (info complémentaire: Blonde Redhead est un groupe à 2 chanteurs). La « ballade des citrons » est un interlude similaire à l’intro, le genre de bidouillage sonore qu’on aurait pu entendre sur un disque du BBC Radiophonic Worshop vers le milieu des années 60. « This Is Not », c’est la piste la plus accessible du disque, même si le spleen n’est jamais loin et la recouvre parfois de son ébène… C’est une jolie ritournelle électro-pop avec ses synthétiseurs kraftwerkiens.

« A Cure » est un autre moment fort de l’album. Très Sonic Youth mid-tempo, avec un clavier analogue vieillot qui tapisse le fond sonore d’une singulière façon. Les deux chanteurs interviennent à divers moments. Il y a aussi ce petit côté Math-Rock savoureux (on est chez Touch & Go aussi… et c’est Guy Picciotto de Fugazi à la prod). « For The Damaged » est une ballade mélancolique guitare/piano/voix (féminine), magnifiquement dépouillée. Cela fait mouche à chaque écoute.

Brutalement, sans crier gare, l’accablement laisse place à une colère brute sur l’avant-dernier titre (« Mother »). Lo-fi as FUCK. Volontairement mal enregistré. Ça gueule. Ça rugit. Ça tabasse. Basse en forme de vertiges. Batterie étouffante et étouffée. La tristesse s’est mutée en haine, le temps d’un 2 minutes assez essoufflant. Et puis… On revient au piano sépulcral qui nous introduit la complainte de cloture, « For the Damaged Coda ». L’album se referme sur son trouble.

La « Mélodie de ces certains citrons endommagés » est un disque hautement recommendable d’un très très bon groupe qui mérite d’être connu par tout mélomane. Normalement, je recommanderais plutôt de commencer avec un « Misery is a Butterfly » (plus mélodique) ou un « Fake can be just as good » (pour leur période Noise-Rock) mais comme ce disque a fonctionné comme porte d’entrée pour votre humble serviteur, il pourrait potentiellement faire de même pour vous.


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ELECTRELANE – The Power Out
SONIC YOUTH – Dirty
DEERHOOF – Reveille
YEAH YEAH YEAHS – Fever To Tell

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