Nico – Chelsea Girl

Année de parution : 1967
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, Polydor – 1988
Style : Chamber Folk

Ange déchu des sixties engourdies, muse d’un nombre quasi incalculable d’artistes qui sont tombés sous les charmes magnétiques de cette grande déesse teutonne, mère d’un enfant dont elle ne peut s’occuper, actrice art-pop chez Warhol et Fellini, mannequin à ses heures, chanteuse de glace du premier Velvet Underground… Notre chère Nico (Christa Päffgen de son vrai nom) en a connu des péripéties avant ce premier disque solo. Depuis le début des années 60, elle semble errer d’une existence à l’autre, l’air un peu absent, les iris toujours gorgés d’une nostalgie millénaire. Se laisser porter par la vie ; par le regard d’hommes épris de son mystère et concepteur de mondes dans lesquels ils veulent la voir évoluer. Mais elle n’a pas encore compris ce qu’elle veut vraiment dans tout cela, ni qui elle est réellement en temps qu’artiste… Ce premier-né discographique, malgré ses nombreux co-géniteurs, sera un pas important dans cette auto-découverte.

Chelsea Girl est avant tout un disque de folk de chambre automnal complètement magnifique, avec des compositions de précieux collaborateurs (Jackson Browne, John Cale, Lou Reed, Sterling Morrison, Tim Hardin et même Bob Dylan !) portées par des arrangements de cordes et de flûte somptueux (que Nico répudiera pourtant). Dans ces moments les plus bucoliques, le tout fait presque penser à du proto-Twee-Pop ! On y retrouve ce côté ensoleillé dans l’instrumentation mais… la voix grave et polaire de Nico vient recouvrir le tout d’une chape nuageuse-pluvieuse, conférant un aspect presqu’inquiétant à une musique souvent angélique. Cette dichotomie rend le disque vraiment unique en soi et lui confère une grande partie de son charme suranné.

La Face A défile comme un beau rêve forestier et brumeux… jusqu’à l’énigmatique “It Was a Pleasure Then”, la plus longue piste de l’album et la seule pour laquelle Nico est co-créditée comme compositrice (avec ses comparses du Velvet : Reed et Cale). On à ici affaire à une complainte dronesque en diable où les feedbacks de guitare et le violon écorché sont au menu. Et par dessus, Nico trône, stoïque… son chant évoque celui d’une prêtresse païenne. C’est l’ovni du disque ce truc… Et vraiment là où on peut entrevoir (un peu) les oeuvres futures de la musicienne, qui, dès l’album suivant (le tétanisant “Marble Index”) inventera plus ou moins une certaine forme de musique proto-gothique (avec ses litanies à l’harmonium).

“Chelsea Girls” (qui introduit la Face B) est un grand monument de tristesse. Les paroles font référence à l’hôtel Chelsea de New York, là où se tenait la bande d’illuminés de Warhol et diverses filles plus ou moins paumés (drogues, prostitution). Que c’est beau ! La pièce de Dylan, “I’ll Keep It With Mine”, est un autre sommet de l’opus (c’est normal ; c’est Bob après tout !). C’est de loin le morceau le plus joyeux de l’album et on y reconnait bien la touche particulière d’un des plus grands compositeurs du 20ème siècle.

Au bout du compte, ce premier Nico est franchement excellent et se retrouve souvent en rotation chez votre humble serviteur. C’est aussi l’unique disque vraiment accessible de la ténébreuse chanteuse… Après, Nico aura enfin trouvé sa muse intérieure. Une muse d’ébène, de givre et d’angoisses éternelles.


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