Nirvana – In Utero

Année de parution : 1993
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Geffen – 1993
Style : Rock Alternatif / Grunge

Que voilà là un album triste et dépressif… « In Utero », c’est l’écoeurement jusqu’au boutisme, la résignation de tout, le rejet de la vie dans son sens propre… Après tout, l’album devait au départ s’intituler « I hate myself and I want to die » (titre prophétique s’il en est) mais la maison de disque pensait que les fans du groupe prendrait les choses un peu trop au premier degré. Ce disque est bouleversant de vérité, mes amis.

C’est l’album où Kurt conchie « Smells Like… » et tout le succès engendré par ce hit qui est devenu la créature de Frankenstein du groupe. Kurt n’en à rien à foutre du succès. Il en a peur. Il ne sait que faire d’être « la voix de sa génération ». Il voulait seulement écrire des chansons pour extérioriser tout son mal-être, son angoisse sociale, son accablement constant. Et là, avec ces milliers de demoiselles en chaleur et de mecs à l’hygiène encore plus douteuse que la sienne qui le considèrent comme le nouveau Christ, il flippe grave. Crises panique amplifiées et maux d’estomac atroces. Il se drogue à l’héro pour pallier. 100$ par jour.

In Utero. Le testament de Nirvana. Revenir aux bases. Faire un disque abrasif, crade à souhait, bruitatif, méchant, sans espoir, plein de riffs corrosifs, de vocaux éreintés, de basse/batterie sans artifices et toujours, de chansons à la fois belles et laides. Aller chercher le Steve Albini de Shellac et Big Black, producteur-enregistreur minimaliste qui créé plus un espèce sonore sans entrave où le groupe peut être lui-même au lieu de produire réellement le truc. Envoyer chier Geffen Records et leurs campagnes de pub qui donnent la nausée aux 3 comparses. Voilà le but de cet espèce d’anti-album.

Plusieurs des plus grands moments de Nirvana figurent sur ce disque, à commencer par les plus connues : « Heart Shaped Box » et son magnifique vidéo-clip psychédélico-mort signé Anton Corbijn, « Rape Me » (ou le revers apathique de « Smells Like Teen Spirit »), de même que ce « All Apologies » émotif qui fait office d’adieu. Mais il ne faut pas passer sous silence les autres pièces, à commencer par l’introductoire et décapante « Serve the Servants » où Kurt déclame « Teenage angst has paid off well/Now I’m bored and old » (comment résumer Nirvana en 2 phrases), la dérangeante et tordue « Milk It » avec ses riffs anguleux et ses explosions Melvinnesques ou l’incroyable « Pennyroyal Tea », sorte de monument érigé en hommage à la haine de soi.

À l’écoute de l’album, je ne peux m’empêcher de penser à la scène tellement déchirante du « Last Days » de Gus Van Sant où Michael Pitt joue tout seul une complainte éplorée et pluvieuse dans son home-studio crasseux…

Un grand disque.


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