Agalloch – The Mantle

Année de parution : 2002
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, The End – 2002
Style : Black Metal / Dark Folk / Doom / Post-Rock / Prog

Très très beau disque que voici. À l’instar de la démarche d’Opeth à travers un Death Metal onirique et bourré d’ influences progressives et classiques, les gars on ne peut plus talentueux d’Agalloch livrent ici leur vision poétique d’un Black Metal teinté de folk nocturne et de post-rock lancinant à souhait. On se trouve ici à mi-chemin entre le Ulver première vague, Godspeed you Black! Emperor et Anathema. On ressent aussi l’héritage de Pink Floyd, au point de vue des ambiances mais surtout du côté du jeu guitaristique qui rappelle parfois celui de David Gilmour. Mais bon… on ne parle ici que d’influences bien incorporées, car Agalloch possède son propre petit univers sonore et créé une musique qui lui est propre. Pour moi, ce qui caractérise avant tout le son de The Mantle, c’est son côté mélancolique et épuisé ; cet espèce de léthargie recouvrante qui peut en rebuter plus d’un. Malgré une tonne de fioritures, tant au point de vue de la composition de morceaux tout de même épiques que du côté du choix de l’instrumentation (on ne peut plus riche) et du travail d’habillage sonore, cette léthargie demeure l’aspect clé de l’opus. Pour ma part, j’en suis bien content car c’est probablement ce que je préfère dans ce deuxième album du groupe.

Dès les premières secondes de l’intro, on sent qu’on est bien loin des forêts de la Norvège, peuplées de fées, trolls et autres personnages mystiques tirés des receuils de sieur Tolkien. On se ballade plutôt dans la nature luxuriante mais non pas moins magique du nord-ouest américain (plus précisément de Portland, Oooooooregon, référence lynchienne que plusieurs ne comprendront probablement pas), entre verdure, grisaille, blancheur, tristesse et ennui. Dieu qu’on se sent seul à l’écoute de cette musique aussi morne que belle ! Cette lente traversée du pays d’Agalloch qui débute plus officiellement avec « In Shadow of our Pale Companion » sera contemplative, rythmée par une batterie qui prend tout son temps pour créer l’atmosphère parfaite qui nous recouvrira entièrement avant longtemps… Les guitares, versant autant du côté acoustique que classique ou électrique, viennent tisser des paysages célestes et immobiles… des tableaux qui sont comme figés dans la nuit des temps : natures mortes, sous-bois et champs recouverts par les brumes, vastes forêts où l’on pourrait se perdre à jamais, ruisseaux frigorifiés, grottes qui semblent s’ouvrir sur une noirceur infinie… Tout cela est si beau mais tellement désolé. Et les voix qui parviennent jusqu’à nos tympans en ces lieux sont distantes, presqu’irréelles… Tantôt claires, tantôt criardes, toujours fantomatiques ; elles semblent résignées, épuisées, ternies par les éléments. Ces voix sont comme des ombres ou des nuages qui viennent obscurcir momentanément l’horizon qui se dresse devant nous. Belle alchimie entre ces cordes qui s’entrecroisent avec limpidité, ces vocaux lointains, cette basse posée et à cette batterie qui fait office de canevas à la toile des peintres d’Agalloch. Mais d’autres sons se font parfois entendre dans l’univers poétique du groupe : un clavier atmosphérique, du piano, une contrebasse, un carillon, des cloches sur « and the great cold death », une mandoline et un accordéon sur la superbe pièce de clôture « a desolation song », ainsi que quelques samples magnifiquement intégrés, comme le mugissement d’un vent froid et le son de l’eau qui s’écoule.

Les perles abondent au travers du disque. À noter les superbes « Odal » et « The Lodge », morceaux instrumentaux particulièrement bouleversants. Mais ma recommendation, c’est d’écouter l’album dans sa totalité, du début à la fin. C’est là seulement qu’on peut entrer en plein coeur de cette oeuvre au gris. Voilà là un album raffiné, richement composé, empreint d’une atmosphère unique. Voilà aussi un album passe-partout ou « porte d’entrée », qui peut plaire autant au fan de métal déjà convaincu, qu’au fan de Rock sombre ou au fan de classique ou de prog (non obtu, certes). À écouter de toute urgence (suggestion : marche hivernale)…

P.S. Les fans mordus du cinéma de Jodorowsky reconnaitront sûrement un passage du terrible Fando y Lis du réalisateur mexicain !!! En plus d’avoir bon goût musicalement, les mecs d’Agalloch ont de bons goûts cinématographiques.


Si vous avez aimé cet album, Salade d’endives vous recommande aussi :

OPETH – Still Life
ULVER – Bergtatt
PANOPTICON – Autumn Eternal
V/A – Der Wanderer über dem Nebelmeer

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