Halo Manash – Taiwaskivi

Année de parution : 2009
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD Digipack cartonné, Aural Hypnox – 2009
Style : Ritual Ambient / Drone

I. « Et Les gens tombèrent comme des mouches… »

Ruines et chaos… Le cauchemar suprême provenant du dehors… La fin de tout ce que nous connaissions… ou plutôt… le commencement abject de quelque chose d’inconcevable… La porte de l’abîme est grande ouverte… Je vais tenter de décrire l’innommable…

Comment cela avait-il vraiment commencé, au juste ? Je ne me rappelle pas. Je suis incapable de me remémorer vraiment l’époque dite normale. Je n’en ai que des souvenirs épars enfouis dans les recoins obscurs de ce cachot humide et purulent qu’est devenu mon cerveau à moitié dément… C’était il y a quelques mois, du moins. L’automne, anormalement bouillant et fétide, n’avait été que le prolongement logique d’un été abominable qui avait déjà apporté son lot de désolation et de calamité dans nos cités mourantes… Une chaleur inquiétante et maladive s’était emparée de l’environnement ambiant et l’avait rapidement rendu inhospitalier pour toute personne y séjournant aux heures de zénith d’un Soleil hostile.

… C’est vrai… Il y eu l’arrivée des cafards, cette ignoble armée noire qui déferlait d’on ne sait où (les égouts ? La terre frétillante et maussade ?). Ainsi, des milliers de cafards psychotropes, ondoyant sous la luminescence orangée de l’astre fou, avaient investi les rues-cimetières. Profanateurs d’une réalité qui expire. Annonciateurs du décès de cette même réalité, des relents pestilentiels s’échappant du cadavre pourrissant de nos existences. Transition d’un monde suranné vers un ailleurs qui ne répond plus à aucune logique terrestre ou humaine…

Et puis, les ombres spectrales avaient commencé à se détacher du néant pour venir saisir ceux qui osaient encore sortir de leurs futurs tombeaux. En plein jour, elles se dissociaient du ciel, ainsi percé par un créateur désorienté, sorte de peintre bipolaire déchirant ses toiles une par une dans un moment de dégoût infini. Des nuages impossibles provenait une menace sourde et des ricanements horrifiants qui en avaient rendu plus d’un complètement fou. Quand les ombres du néant fondaient sur l’un de nous, il n’en restait plus qu’une surface noire et granuleuse recouvrant un sol carbonisé. Et les gloussements irréels se faisaient alors entendre. Le jour, impérativement, il fallait fuir, se cacher, se terrer, devenir les rats de cette nouvelle hiérarchisation de la vie (et de l’anti-vie).

II. « Nuits sans lune : Les révélations infectes du prophète aux yeux déments, la musique du temps nouveau, l’arrivée du Dieu-Insecte… »

Tôt ou tard, l’astre odieux finissait toujours par se retirer, tapissant l’azur d’une trainée menstruelle vermeille particulièrement insolite. Les jours dans les temps nouveaux étaient d’une durée variable et toujours illogique, oscillant entre 3 et 8 jours terrestres (révolus)… Aucun astre nocturne ne prenait la relève du Soleil schizoïde. Seule restait l’obscurité totale et inquiétante d’une nuit sans lune, habilement secondée par les quelques lampadaires qui fonctionnaient encore étrangement et autour desquels grouillaient milles immondices aux proportions biscornues… C’est pourtant dans ces brefs moments d’égarement que les habitants-rats osaient sortir de leurs tanières pour se nourrir des vestiges purulents de l’ancien monde et s’abreuver jusqu’à plus soif d’un lixiviat noir comme la suie et fortement alcoolisé, seule boisson produite à partir des réserves d’eau ternies… Des cercles se formaient. Des discussions folles animaient certains groupes alors qu’un silence austère caractérisait certains autres. Parfois, on entendait un cri épars dans les ténèbres. Un meurtre (ils étaient fréquents dans un monde où toute civilité avait disparue rapidement…) ou une de ces choses gigantesques et inqualifiables qui partait avec l’un de nous entre ses pattes velues…

C’est toujours au plus profond de la nuit que le prophète des temps nouveaux se manifestait. Avant même de voir sa présence physique, on sentait sa présence onirique envahir les lieux. Les lampadaires grésillaient de manière étrange (allant jusqu’à exploser parfois), un vent chaud et salin se levait, des éclairs bleutés fendaient l’horizon… Et celui qui n’avait pas de nom arrivait, vêtu d’une tunique noire ou pourpre, d’un bonnet phrygien de couleur concordante et tenant de la main gauche une grande sacoche de cuir contenant plusieurs pierres ancestrales qu’il prétendait sacrées et magiques. Ses pas ne résonnaient pas dans l’obscurité. C’est comme si il survolait le sol du nouveau monde. Et son regard… son regard n’était qu’abîme irréel… noirceur infinie dans lequel on pouvait se perdre corps et âme… et où on apercevait parfois une lueur électrique des plus saugrenue…

Les gens prétendait qu’il venait de la Perse ancienne ou de Mésopotamie… Que le prophète n’était pas véritablement un homme mais quelque chose qu’il y avait avant l’homme, enfouie dans les tréfonds de la Terre qui était maintenant prête à le vomir de ses entrailles pour annoncer le chaos rampant des jours nouveaux… De sa voix gutturale et cosmique, il nous parlait de sciences occultes, de pénitence millénaire, d’impossibles chimères volantes et cornues, de la soif insatiable des astres avides, de mathématiques et d’électricité… Il nous faisait essayer ses machines folles qu’il avait lui même créées et qui nous permettait de plonger encore plus loin dans nos propres peurs et nos cauchemars. Alors que la lourdeur de ses missives apocalyptiques s’intensifiaient, il était rejoint par deux musiciens austères, drapés eux aussi de tuniques d’ébène et arborant des masques qui semblaient tout droit sortir de la Grèce antique… Les révélations hallucinogènes du prophète infatigable se voyaient recouvertes d’une enveloppe sonore des plus surréalistes : grondements et craquements sinistres, carillon funeste, cloches et gong orthodoxes, voix tout en chuchotements extra-terrestres, choeurs grégoriens désacralisés, percussions provenant de la nuit des temps… le tout concoctant des ambiances blafardes et mystiques à souhait. Indéniablement, c’était là la genèse de la musique du temps nouveau.

Alors que cette anti-musique envahissait nos carcasses vidées d’humanité avec encore plus d’intensité, le prophète fou nous annonça enfin la venue du Dieu-Insecte, celui qui venait du coeur même du Soleil schizoïde, celui qui s’abreuve du nectar atemporel qui découlait de la mort des étoiles, celui qui viendra donner naissance à une race de créatures hybrides aux yeux globuleux, celui qui recouvrera nos cités moribondes d’une poussière nucléaire… Les images insalubres frappaient tous et chacun. Certains hurlaient et se sauvaient face à ces visions archaïques, d’autres se crevaient littéralement les yeux et les tympans à coup de silex aiguisé, les derniers, écroulés sur le sol, pleuraient des larmes de sang… Et toujours, pendant l’horrible agonie des révélations cosmiques promulguée par celui qui n’a pas de nom, les deux musiciens alimentaient le feu de leur muse irréelle.

Et bien vite, tous ceux à qui il restait un minimum de conscience fuyaient… car le jour venait, apportant sa ration quotidienne de démence et de mort.

III. « Le pourrissement céleste des galaxies (l’ultime hallucination) »

C’en est fini. Je le sais. Je suis dans ce lit qui fera office de cercueil. Mon corps pourrira et ira nourrir l’autre monde. J’ai vu… j’ai vu l’arrivée de ceux du néant… mi-amphibiens mi-homme, dont l’oeil humain ne peut déceler tous les aspects chimériques. J’ai compris enfin qu’ils étaient maîtres de la Terre depuis longtemps déjà, plus longtemps que l’homme ait lui-même été sur Terre…

Je me promenais dans ces bois brumeux qui bordent ma chaumière, à la recherche de racines ou de cadavres d’animaux. Et dans cette nuit couleur rouille, où une chaleur suffocante accablait mon entité physique, le ciel s’éveilla brusquement… Des milliers et des millions d’étoiles, magnifiques, ensorcelantes, terribles, s’animèrent dans les cieux. Abasourdi, je m’écroulais sur une terre noircie, et contemplai le spectacle d’une fin.

Perdu en plein épicentre de cette mer étoilée, je flottais, admirant avec crainte et respect la magnificence de tous ces Dieux… et soudain, un cri horrible, insoutenable, cosmique, s’imposa à mes facultés cérébrales… Tout autour de moi, les astres se disloquaient, implosaient, expiraient majestueusement. C’était comme assister à la mort de tout, la disparition de tout ce qui existe, tout ce qui a déjà existé et tout ce qui existera dans un futur qui n’existera jamais. Passé-Présent-Futur. Fini. C’était incroyablement beau, triste et tragique… Dans la pénombre spatiale qui succéda au génocide galactique, mes yeux contemplèrent l’arrivée d’une horreur aux dimensions supérieures à tout univers, toute galaxie. Cette innommable chose, pourtant annoncée par le prophète dément, étendit ses tentacules hideux sur notre réalité, et réveilla ses enfants qui y dormaient depuis un temps qui existait avant que le temps n’existe ; ensevelis sous les décombres poussiéreux de notre monde qui déjà, n’existait plus…

Et ainsi commença le temps nouveau.


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