Mr. Bungle – Disco Volante

Année de parution : 1995
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Warner Brothers – 1995
Style : WTF !?!?

Comment définir l’immatériel imagé, le rêve éveillé, le grand trouble noctambule !?!… Derrière sa pochette emblématique on ne peut mieux choisi (« Un Chien Andalou », court métrage légendaire et absolument loufoque des génies que sont Luis Buñuel et Salvador Dali… ou serait-ce « Tetsuo », film japonais horrifique et tout aussi délirant ?), se cache un des albums les plus originaux de tous les temps mais aussi l’un des plus étranges et des plus beaux. « Disco Volante » est un cauchemar surréaliste, ni plus ni moins. C’est la trame sonore de votre sub-conscient, un long parcours comateux à travers une forêt ouatée où naviguent des pianos fantômes et autres lucioles hallucinés qui brillent de milles feux. Mr. Bungle nous ouvre les portes de son manoir hanté, où chaque pièce abrite son lot d’anomalies splendides. Tout y passe : Jazz, musique de cirque, rythme n’ blues, Death Metal, Rock déjanté, musique de film d’horreur, Techno débridé, claviers kitsch, bruits de vaisselles éclatés, Pop des années 50, passages bruitistes, Tango, Surf, musique du Moyen-Orient et un soupçon de sax de John Zorn (l’éternel larron) pour épaissir la mayonnaise sonore. C’est un peu comme si Frank Zappa, Danny Elfman et les Residents s’associaient pour concocter la musique d’un film de Ed Wood.

Difficile encore de résumer l’album en entier, tant ces pièces qui le composent sont diversifiées (et étonnamment indissociables). Le tout commence avec un court « Everyone I went to high school with is dead” très sludge (à la sauce Melvins) avec des changement de tempos biscornus. Changement de décor immédiat sur un « Chemical marriage » très cinématographique (on croirait entendre la bande son de Edward Scissorhands passée dans le malaxeur d’un organiste saoul !), avec ses sonorités à la fois fantaisistes et glauques. Le tout dérape dans la névrose avec « Carry stress in the jaw », véritable déluge trans-genre où Mike Patton, transmuté en dentiste satanique, récite des vers de Poe tout en hurlant comme un déchaîné sur des passages tantôt jazz, tantôt speed metal (complètement déstructurés, si il était nécessaire de le mentionner). Après un éclat qu’on croit final, la pièce se mute en surf hilarant (« the secret song ») où Patton imite à merveille le grand-père de la famille des Simpsons. Tiens, de la gerbe et des percussions : un savoureux mélange. Et c’est reparti pour un gros groove techno à la sauce irakienne (« Desert Search For Techno Allah »). On sent la touche Trey Spruance (principal compositeur de Mr. Bungle et maître des Secret Chiefs 3) qui confronte ici ces deux mondes pourtant si éloignés et ce, avec brio et un humour bon enfant. « Violenza Domestica » n’est rien de moins qu’une scène de ménage d’une famille italienne, où la figure paternelle, incarnée par Patton (qui nous narre le tout exclusivement en italien), pique une colère terrible sous les airs romantiques d’un accordéon. « After school special » est un petit morceau particulièrement dérangeant, supporté par l’orgue électrique de « Uncooked Meat Prior To State Vector Collapse » (c’est le surnom du claviériste). Il s’agit là d’un commentaire social sur l’abus des enfants, le tout étant présenté au 18ème degré.

On se frotte ensuite à un trash-jazz enlevant avant d’être poignardé, musicalement, par «Ma meeshka mow skwoz », qui semble être une transmission provenant d’un autre univers et captée avec l’apport non négligeable d’un vieux tourne-disque abritant déjà, au préalable, le spectre d’un jazzman inconnu (et pourtant génial). Maniaque et possiblement dangereux, Mike Patton hurle, crie, radote des trucs dans une langue extra-terrestre, se réincarne en Gollum du Seigneur des Anneaux, jubile, pleure et fait la moue. On tombe ensuite dans la terreur d’un « The Bends » foutrement ambiant, voguant à travers des passages tantôt oppressants tantôt aériens. L’ornithorynque (« Platypus ») se voit doté d’un hommage avant-gardiste digne des plus grands, avant d’être transporté une nouvelle fois à la plage (« Merry go bye bye ») où le Soleil californien nous gratifie d’une insolation rumba-bruitiste… « Disco Volante », c’est l’imaginaire dans toute sa pureté et sa liberté. Et quoi de meilleur en ce monde que de rêver un peu ?


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