Satan Bélanger Présente: Freak Out Total Volume 3 – Québec-France-Belgique 1968-1973 Psyche Jello

Année de parution : 2004
Pays d’origine : Québec (Canada), France, Belgique
Édition : CD, Mucho Gusto – 2004
Styles : Psychédélique, Pop, Garage Rock, Variété, Yé Yé, délicieuses excentricités sonores

L’incrédible Satan Bélanger, en plus de porter le nom d’emprunt le plus cool de tous les temps, nous livre ici une compilation complètement géniale et hallucinée. Notre homme, fervent collectionneur de vEUnyles de groupes/artistes psychédéliques de tous les coins de la planète, se concentre ici sur trois régions de notre planisphère : le Québec, la France et la Belgique. On retrouve donc des artistes à priori francophones sur ce “Freak Out Total”. Mais à part la langue d’usage et la période couverte (de 1968 à 1973), les pièces ici sélectionnées vont dans toutttes les sens (toutttt l’temps en même temps, pour citer l’Infonie, dont deux albums ont d’ailleurs été réédités par l’étiquette de sieur Bélanger).

(En passant, ne cherchez pas les volumes 1 et 2. Ce 3ème volume est le premier ; ce qui est probablement aussi une référence à l’Infonie qui avaient une fixation assez intense sur le chiffre 3.)

Qu’est-ce qu’on retrouve sur ce Psyche Jello bien enfumé ? Et bien : du yé yé acidulé, du garage rock bien fuzzy comme on l’aime, de la variété psychotronique, un délire au kazoo et de la space-age pop. Bref, un programme haut en couleur !

Cela débute d’ailleurs avec la divagation kazoo-esque ci-haut mentionnée en la forme de “Gazou, gazou” de l’obscur collectif P.B. + 3½ (un seul single à leur actif, qui se vend maintenant à prix d’or sur les z’internets). Très drôle d’entendre cet instrument souvent raillé dans un contexte psychédélique. On a affaire à un morceau très con et très jouissif ; avec un petit pont particulièrement savoureux où une voix de fille passablement attardée y va d’un “baaaaaah?” suivi d’un “BA-BOM !!! BA-BOM !!!” d’une voix masculine pas plus dégourdie.

S’ensuit “Sing-Sing” du Français Chris Gallbert. Bonne petite chanson pop psych que voilà ; avec des arrangements baroque-rococo et des back-vocals qu’on dirait sortis tout droit d’un western spaghetti sur l’acide. Après une finale aussi endiablée que schizoïde, on retrouve sa compatriote Stella (qu’on entendra après chez Magma !!!) avec son single “L’idole des jaunes”. Bordel que j’aime cette femme ! On a affaire ici à une grande pièce de yé yé bien fuzz, avec un guitariste qui singe allègrement le “Purple Haze” d’Hendrix. Les paroles sont bourrées de jeux de mots kitsch mais amusants (Mais ils ne savent pas dans la vie – Que parfois je me sens bridée). Gageons qu’à notre époque on ne peut plus tiède et réactionnaire, ce texte aurait été interdit et traité de fasciste… ahem, je m’écarte (ou m’enlise, c’est selon).

Retour au KÉBEK pour le sublime “Cégep Blues” du groupe La 4ème Volonté, avec Michel FUCKING Dion (le grand frère de Céliiiiiine) aux vocaux ! Première apparition de la légendaire famille Dion sur disque ! GROS morceau garage rock avec de l’orgue sympatoche. Vient ensuite un chef d’oeuvre des LUNOURS (une autre incarnation de mes Sinners chéris), j’ai nommé “Nous sommes bi-bi-ba-ba-boum-boum”. Space Age Pop de garage avec tout plein de claviers cosmiques et d’effets spéciaux à la Jetsons. On dirait le générique opiacé d’un cartoon louche pour enfants. Addictif.

Le pianiste/organiste Jacques Denjean (et son orchestre jazzy-jerk-pop-psych) vient alors ravir nos tympans le temps d’un instrumental de grande qualité. C’est pour mieux introduire le hit kitschouille par excellence !!! Et oui, c’est l’heure de se taper un petit “Ani Kuni” de Madeleine Chartrand (qui a du accompagner un nombre quasi incalculable d’épluchettes de blé d’indes et de feux de camp, il va sans dire). C’est un morceau souvent cité comme un des plus KÉTAINES de l’histoire du Québec… Pourtant j’adore cet arrangement psych-pop-bonbon de cette lamentation amérindienne venant des plaines de l’ouest américain.


BACK TO THE SPACE AGE with Bruno Leys et son “Dans la galaxie”. Accompagné d’une armée de synthétiseurs qu’on imagine sortis d’un film de science fiction série Z, notre ami nous vante son errance galactique (“je tourne sans cesse… je flotte à l’infini… je connais l’ivresse”). Ça a l’air bin l’fun en tout cas. Et la batterie un brin étouffée/avalée sous la cohorte d’effets spéciaux me fait pas juste triper rien qu’un peu. Et moi, quand on fait référence à Batman, je suis conquis ! Il y a une belle finale avec les cuivres qui s’ajoutent au malstrom bruitatif.

Bernard Chabert nous assène alors une des meilleurs pistes de la divine compil… Le royal “Olga Selzer”. Grosse basse basique/binaire. Guitare incisive. Grosse batterie qui s’emballe joliment. L’orgue qui ronronne derrière tout ça, presque ambient. Vocaux ennuyés/monotones/blasés (du genre “j’ai trop fuméééé”). Quelques ponts assez magnifiques par ci par là. C’est vraiment vraiment très chouette. Et on a même droit à un petit passage très floydien (époque Barrett) ou l’orgue lysergique se frotte à une guitare bien aigrie.

Après une courte visite de l’Atlantide avec Tony Roman le bluesy, on interromps le débauche momentanément pour une petite historiette morale (Le Mal Et l’Espérance). C’est une pièce de spoken word tirée d’un disque chrétien où le narrateur relate l’histoire d’un fils mal élevé qui dilapide sa part d’héritage dans la luxure et le vice ! Assez fou d’entendre de la musique psychédélique comme fond sonore à tout cela. Une autre preuve supplémentaire que le psych était un courant quasi universel à l’époque et donc servi à toutes les sauces. Ce moment de candeur bon enfant passé, survient un autre instrumental jazzy-licieux : “Thème pour la mort” de Evolution Phase 1. Le genre de truc qui aurait pu figurer à merveille dans n’importe quel giallo digne de ce nom.

Le “Carré St-Louis In” d’Ovila B. Blais a très probablement été inspiré par le monstre sacré qu’est Robert Charlebois. Les back vocals féminins en intro me font penser autant à Burt Bacharach, qu’à Zappa (voir même Beau Dommage !). C’est une autre bonne chanson mid tempo avec un piano sympathique et une guitare bin bin fuzzée. Quo Vadis (non, pas le groupe de métal québécois) font alors irruption dans les enceintes avec leur Zeppelin Party… ça déménage ! Le chanteur se prend justement pour un retail-Robert Plant dans ses brèves interventions microphoniques (ROCK N’ ROLL !!!). Y’a du spoken word bien obtus itou. C’est en quelque sorte un hommage au dirigeable (bin, j’pense).

Le Hard Rock instrumental (et jubilatoire) des Sound Track sur “STP #1” est un amuse gueule de qualité avant de se prendre une baffe monumentale gracieuseté de Jean le Fennec (“L’abandon”). Avec un nom pareil, on pourrait s’attendre à un chansonnier moustachu à la “Ferrat”… Que nenni monseigneur !!! C’est plutôt de la weiiiiird-pop avant-gardiste, à mi-chemin entre la pop baroque (ces arrangements, waouh !!!), le fuzz (mot le plus sur-utilisé de la chronique) et le proto-proto-new-wave (et oui…). Vraiment unique le truc. Et complètement chef d’oeuvrifique. Possiblement ma pièce préférée de toute la compile.

Réjean et Pierre (on repassera pour l’originalité du nom du duo) continuent dans l’étrangeté avec un morceau dépressif/amer très minimaliste ; moitié beatlesque-pour la portion chantée, moitié spoken word expérimental (avec des effets sonores à foison, comme des chiens qui aboient et des bébés mutants qui pleurent). La rythmique évoque presque le kraut-rock !!! Un des trucs québécois les plus biscornus que j’ai entendu.

On termine le tout avec une autre version de l’incroyable “Ani-kuni” (toujours Madeleine Chartrand), avec un côté encore plus tribal/freak-folk.

MOT DE LA FIN : Il est assez clair qu’on tient là une compilation d’une grande qualité et conçue avec amour. Sans cet adorable Satan, il y a fort à parier que je n’aurais jamais eu la chance inouïe de découvrir toutes ces perles obscures et rutilantes… Un grand merci donc à notre Biberon Bâti national pour son travail de recherche imparable et sa passion dévorante pour une facette moins connue de notre passé musical (et celui de nos cousins franco-belges !).


Si vous avez aimé cette compilation, Salade d’endives vous conseille également :

V/A – Wizzz! (Psychorama Français 66-71)
V/A – Nuggets (Original Artyfacts From The First Psychedelic Era 1965-1968)
V/A – Dirty French Psychedelics
V/A – Dou Da Dou – The Unlimited French Lost Catalogue Phase One

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