Boris – Flood

Année de parution : 2000
Pays d’origine : Japon
Édition : CD, Midi Creative – 2000
Style : Drone, Ambient, Post-Rock, Voyage

Disque à part dans une discographie déjà hyper variée, Flood est monument. Flood est cataclysme. Flood, c’est la fin de tout. La fin de vos incertitudes, de vos inquiétudes, de vos joies quotidiennes, de vos espoirs échoués… La conclusion fatidique de votre existence sous les torrents d’un désastre aquatique monstrueux qui va tout emporter…. chagrins, peines, bonheurs, terreurs, égarements divins… Et de la destruction infinie renaît la vie, toujours. Une vie nouvelle. Tout sera à reconstruire. Bâtiments. Villes entières. Mais aussi votre être. Vos émotions et sentiments dans cet ailleurs incertain. Votre âme, même. Tout a été érodé par Flood.

Flood, c’est un seul morceau mythique, mais divisé en 4 mouvements épiques qui vont chacun colorer le récit musical que vous allez vivre.

I : Ça s’ouvre sur un pattern guitaristique tout étrange et ensorcelant… Tu es aux abords de la mer, au petit matin. Le calme absolu. Le ciel est d’un azur sans fin. Le sable blanc est doux contre tes pieds nus. Deux guitares minimalistes, aux saveurs mi-asiatique mi-desert-blues africain, se répondent en canon, s’entrecroisent et finissent par ne former qu’un tout hypnotique pour accompagner la vision séraphique de cette immensité bleutée. Les oiseaux volent et piaulent au large. Un bateau de pêche est visible au loin. Les guitares continuent leur discours amovible et deviennent mantra. Tout est paisible et statique. Le temps est comme suspendu.

Mais soudain, des grondements se font entendre… Des roulements de batterie distants amènent les échos lointains du tonnerre et d’un vent souverain. Tout cela se rapproche petit à petit. Le ciel s’assombrit peu à peu. L’air devient lourd et chargé. Des chimères nuageuses, chargées d’un gris électrique, viennent recouvrir la toile cristalline au dessus de ta tête. L’atmosphère limpide n’est plus. Une tempête s’annonce. Et elle sera terrible.

II : C’est le calme avant la tempête, inévitable. Une batterie solitaire, lente et funeste, ouvre ce nouveau chapitre. Se joint à elle cette guitare toute floydienne et incroyablement mélancolique. Une deuxième guitare, sorte d’onde émerveillée, vient se poser par-dessus nos deux instruments affables et tresse un ailleurs fantasque ; tout en montagnes sonores hallucinées. C’est juste magnifique (je vois cette pièce comme l’adieu final et solennel à la beauté de cet univers qui sera bientôt submergé par les flots)… Requiem stoner-blues ou rencontre au sommet entre Do Make Say Think et le Pink Floyd de l’ère Meddle. La guitare de Wata, qui dessinait tantôt des vertiges indomptables dans la voûte céleste, se fait maintenant acide et pleine de cette rage résignée qui te pourfend l’âme. Ce solo de guitare électrique est de loin un des plus contemplatifs et émouvants qui ait été enregistré depuis celui d’Eddie Hazel sur « Maggot Brain » (dans un tout autre genre)… on dirait que Flood veut te serrer dans ses bras très fort avant de t’envoyer rejoindre ton Dieu.

À la 30ème minute de l’oeuvre, une voix humaine fait irruption pour la première fois dans le paysage assombri. Cela surprend après cette demie-heure instrumentale. Cette voix douce et rassurante, c’est pourtant celle du prophète venant annoncer la fin des temps. Alors qu’il te chante sa berceuse apocalyptique sur un fond de cordes anesthésique, tu as à peine remarqué… mais la pluie a commencé à tomber à  grosses gouttes. Le vent funeste est maintenant typhon ravageur. Les eaux viennent prendre pied sur la terre et s’apprête à l’engloutir pour la ramener en son sein… La tempête fait finalement rage et même si tu sembles l’attendre depuis plusieurs éternités, sa violence déchaînée te surprend. Tu te prépares à faire face à quelque chose de plus grand que toi.

III : Noyade au ralenti dans le DOOM maritime. Des riffs tétanisants se répétant inlassablement dans l’éther alors que le raz-de-marée submerge tout, t’entraînant dans une mort aussi douloureuse qu’orgasmique. Jouissance des derniers instants chavirés. Basse-maelstorm. Guitare hendrixienne sur-sur-sur-saturée. Tu revois toute ta vie défiler alors que l’eau commence à entrer dans tes poumons et s’apprête à les faire exploser.

IV : L’après… Le continent reconfiguré ; alors que les eaux se retirent petit à petit… Un coucher de Soleil miraculé vient poindre à l’horizon. Tu t’éveilles, échoué sur le rivage… Tu as survécu de peu au déluge millénaire. Es-tu le seul ? Tu te lèves péniblement, après avoir vomi ta part de sable et de sel, et tu pleures en contemplant l’astre vermeil amorcer sa descente sur la lande dévastée.


Flood, c’est un disque-expérience qui s’écoute dans un étrange état de grâce. C’est un disque aussi destructeur que purificateur. On se sent NEUF et apaisé après chaque écoute magique. Mon écoute la plus épique s’est fait avec l’apport non négligeable d’un baladeur, un jour gris et venteux d’Avril 2006 (ouais, je me faisais encore des cassettes audio en 2006!), alors que je décidai de marcher le long d’un chemin de fer bordé par des boisés. Le vent avait quelque chose d’irréel cette journée là (vous savez ces espèces de bourrasques gémissantes ?). Rarement musique ne m’a fait sentir à la fois aussi triste, seul au monde et pourtant heureux d’être en vie que ce Flood cette journée là.

À savourer avec parcimonie, dans ces moments spéciaux.


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