V/A – No New York

Année de parution : 1978
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Lilith – 2005
Style : No Wave, Noise Rock, Expérimental

Le « no wave » est un courant musical / artistique éphémère apparu à la fin des années 70 dans le quartier du Lower East side, à New York. Le nom est en quelque sorte un pied-de-nez au « new wave » aussi apparu à la même période et se veut en rupture totale avec tout ce qui s’est produit avant (d’où le « no »). Le courant puise tout de même ses sources dans le punk, le rock « noisy », le Free Jazz, la musique minimaliste, l’Industriel, le dadaïsme, le surréalisme, l’anarchisme. Parmi les groupes et artistes majeurs issus de cette scène et consistant (à l’époque) une sorte de communauté, on retrouve Glenn Branca, James Chance / White, Rhys Chatham,  DNA, Lydia Lunch, Lizzy Mercier Descloux et j’en passe… La scène « no wave » a aussi été le point de départ de Sonic Youth, les Swans et The Birthday Party (on pourrait qualifier ces derniers de « légion étrangère » du no-wave, vu leur localisation géographique).

Au moment où le mouvement battait son plein, notre bon ami Brian Eno s’y est intéressé et a donc décidé de produire cette compilation épique, sorte de manifeste de la scène No Wave. On retrouve 4 groupes phares qui pondent chacun 4 pièces toutes plus cinglées, grotesques et chaotiques les unes que les autres. Oreilles sensibles s’abstenir. Dixit pour les amateurs de trames mélodiques.

James Chance And The Contorsions : Une sorte de fusion arnarcho-débile, fichtrement funky et hyper énergétique de Punk-Rock hurlant et de Trash-Jazz avec des guitares désaccordées, une batterie hyper simpliste et brutale, un saxophone qui part dans tous les sens, des vocaux hurlés digne d’un sociopathe atteint du syndrome « Gilles la Tourette »… le tout porté par des divagations franchement étranges et atmosphériques sur un orgue cheap. C’est comme la rencontre fantasque entre James Brown, les Stooges et Suicide. Bandant.

Teenage Jesus & The Jerks : Le groupe de Lydia Lunch, sorte de prêtresse démoniaque et par le fait même : la pin-up girl du mouvement no wave, si l’on peut dire. Ici, on navigue dans un espèce de punk nihiliste complètement noir et malsain. La voix de Lunch est horrible. Le tout est moins intéressant musicalement mais niveau ambiance, ça déboîte sévère. C’est vraiment primaire et les guitares sont acérées.

Mars : Mes préférés !!! Bordel de dieu… si vous pensez que ce que vous avez écoutez jusqu’à présent était fucked-up… Bienvenue chez les mongoloïdes de la planète Mars. Vocaux de malade mental SÉVÈRE (sur l’hélium dirait on), basse schizophrénique, guitares psychotiques, saturation de chaque espace sonore par une tonne d’effets psychédélico-noise-industriel-what-the-fuck. Et quand ils sont en mode non-saturés, ils sont encore plus étranges et inquiétants. Grandiose.

DNA : Retour à une… certaine forme de normalité pour les 4 dernières piécettes. Une batterie vraiment singulière ici, propulsée dans la stratosphère par Ikue Mori (qui deviendra, par la suite, une habituée des projets de John Zorn). Encore une panoplie d’effets d’orgues ridiculement biscornus. C’est vraiment du bruit mais on sent qu’il y a un super groupe de pop qui se cache derrière tout ça. Après tout, on pourra entendre le leader Arto Lindsay plus tard chez les Lounge Lizards.

En résumé : voici une compil à posséder de toute urgence pour tout fan de musique anormale et un testament sympathique pour un courant underground très important dont l’influence se fait encore sentir chez certains groupes, comme Deerhoof, Arab on Radar, Laddio Bolocko, Magik Markers, AIDS Wolf, Daughters, Liars (et j’en passe).

P.S. : La pochette arrière nous montre des z’olies photographies des membres de chaque groupe. Trouvez pas qu’on dirait des mug shots de serial killers ou d’aliénés échappés d’asile ?


En complément à cette critique, mon estimé collègue Alain Cliche a publié sur nos pages un compte-rendu du documentaire Blank City de Celine Danhier. Cette dernière y jette un regard particulier sur le New York artistiquement fêlé de 1979 à 1985. Je vous invite à lire le tout !


Si vous avez aimé cette compil, Salade d’endives vous conseille également :

GLENN BRANCA – The Ascension
SWANS – Swans
SONIC YOUTH – Sonic Youth
BLURT – Blurt

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