Pryapisme – Rococo Holocaust

Année de parution : 2010
Pays d’origine : France
Édition : CD, Autoproduction – 2010
Style(s) : Expérimental, Avant-Garde, Métal, Prog, Classique, Électro, Jazz Fusion, Rock, Math Rock, RIO, Nintendocore, OVNI

Ça vous dirait d’entendre Mr. Bungle croisé à J.S. Bach, Emperor, Jaga Jazzist, Henry Cow, Frank Zappa et la trame sonore de Kirby au Nintendo ?  Pryapisme (un nom qui tout pour nous faire sourire d’un air aussi narquois qu’inconfortable ; googlez ça en remplaçant le Y par un I) vous offre tout cela sur un plateau d’argent, les amis ! Cette joyeuse bande de Français fous fous fous, je les ai d’abord découvert grâce à un super cover de “In the Red” d’Ulver, groupe que j’affectionne particulièrement. Mais malgré l’efficacité atmosphérico-brutale de ce titre, rien ne pouvait me préparer adéquatement à la claque monumentale que j’allais prendre en pleine poire avec cet Holocaust bien Rococo comme il faut.

À 95% instrumentale, la musique de Pryapisme est éminemment technique. Ces mecs savent ce qu’ils font ; ya pas à dire. Que ce soit en singeant le Jazz le temps d’un martini dry gorgé de sang, en naviguant dans les abîmes d’un Black Metal rendu kaléidoscopiquement multicolore ou encore s’adonnant à ces savoureux passages de violoncelle bien éclatés à souhait. Mais bien avant de remarquer l’aspect techniquement inébranlable de l’ensemble, on jette notre dévolu sur le FUN décoiffant qui s’en dégage à grandes mélopées carnavalesques. Et puis ces titres de pièces, Tudieu. Ces titres !

Pryapisme ouvre le bal avec “Suppozitorium Granifujnikoi”, sorte de condensé de tout ce qu’il est bon et cool dans la musique dans ce 21ème siècle folichon. Après un début style “Black Metal discoïde passé dans le malaxeur d’un Break-coreux délirant sur les opiacés (ayant aussi fait une surdose de Castlevania 3 : Dracula’s Curse) et oscillant vers le thème de donjon de RPG halluciné”, la pièce laisse place à un interlude violoncell-é que n’aurait pas renié l’époque Baroque (si les barbituriques avaient eu la cote au XVième siècle) avant de finir dans les méandres d’un Jazz approximatif façon Bungle de l’ère Disco Volante. Début grisant d’un disque qui ne l’est pas moins.

S’ensuit le “Le doryphore de Kafka” et on réalise que le groupe veut nous jeter sa superbe en pleine tronche dès le début de l’album. Pas de répit. Titre fourre tout s’il en est, ce morceau n’est que Samba bruitative, Jazz de cabaret tel que présenté par le Marquis de Sade, passages reggae délirants, surf-pop acidulé et western spaghetti flambé. Le rythme est effréné et la guitare style Santana-speedcore ne fait que rajouter au plaisir gustatif de nos tympans ravis.

Sorte de musique de chambre des ténèbres, “Quenelle Quenelle Fourrure” est glauque à souhait avec ses miaulements de moutons intempestifs en ouverture. “Sanglié par un cornid” est bourrée de passages RIO-licieux et de cette euphorie rythmique qu’on retrouve dans le Math-Rock du meilleur cru. Les claviers sont, encore une fois, tous droits tirés de vos cauchemars en 8-bits. “Darkness Lobotomy Insurrection” est une brève missive Black métallée qui se veut une expansion du fabuleux suppozitorium cité plus haut.

“Enfoiré une fois, enfoiré deux fois” OU l’art de démolir l’espace-temps en sirotant un thé-citron-menthe à la térébenthine. “Copaing, le fuligule miloin” est un autre de ces morceaux épico-délire-sévère qui se veut une sorte de Oumami pour tous nos sens. Les coins-coins démoniaque du “Bike” de Pink Floyd y font leur grand come-back tant attendu et se cristallisent en un morceau vachement évocateur qui rappelle un brin Alamaailman Vasarat (un autre groupe super de chez super !). Le tout finit par déraper (bAh oUi !) dans une sorte de Univers Zéro-sur-les-amphétamines-et-zappa-esque qui se mute à son tour en un genre de Métal lovecraftien qui serait diffusé en permanence dans les couloirs d’un château gothique où résident Ihsahn, Cecil Taylor, Lucio Fulci, Quincy Jones, Ed Wood et Shigeru Miyamoto (Imaginez le REALITY SHOW !!! Leurs interactions !!! Leurs amourettes !!! Leur chicanes !!!). Des chants grégoriens sur vocoder font leur apparition pour notre plus grand bonheur et un piano évocateur à souhait vient clore le tout de belle façon.

“En ce qui concerne la sinistrose de cette fin de siècle, on ne peut se passer de se remémorer chacune des problématiques de bon sens” (quel titre, MESDAMES-MESSIEURS, pour citer le tristement célèbre Marc Blondin) nous ouvre grand les portes d’un cirque surréaliste-maboul où les clowns, au lieu de faire rire les enfants, mangent de la chair humaine et des Creamsicles à la boîte. “Truffade ou plutôt j’te rappelle j’me fais sucer dans la coudraie” est le titre romantico-débile-à-la-graisse-de-renoncule qu’aurait composé le tandem Erik Satie/Docteur Tournesol dans un moment d’égarement chronique-cosmique. La guitare Santana-esque revient nous hanter le temps de quelques riffs élégiaques.

“Cohérence Croquette”, c’est le dernier titre du disk. C’est aussi ce qui se passe dans le cerveau de votre chat quand il ingurgite une trop grosse quantité de cette herbe sympatoche que vous lui donnez à l’occaz.

Et c’est fini, déjà, hélas.

Voilà là un album qui ravira tous ceux qui aiment la musique. La vraie. La drolatique. La viscérale. La béate. L’incandescente. La libidineuse. À découvrir tu-suite. Drêt là. C’est si bon.


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