Propaganda – A Secret Wish

Année de parution : 1985
Pays d’origine : Allemagne
Édition : 2CDs, Salvo/ZTT – 2010
Style : Synth-Pop, New Wave, Électronique

« All that we see or seem is but a dream within a dream » nous susurre froidement cette voix germanique étrangement sexy en guise d’introduction au voyage sonore qu’on s’apprête à vivre… Puis on entend cette trompette suave et caramélisée qui semble provenir d’une lointaine brume aux teintes dorées. Vient ensuite le rythme merveilleux et praliné, tout cyclique et libidineux qu’il est. Et la narration de glace se poursuit alors que les bongos nocturnes et ces synthés cinématographiques en diable viennent appuyer le chant mystérieux de cette sirène-trompette des mers du Sud… 8 euphoriques minutes d’une musique qui s’écoute comme un rêve d’une plasticité inouïe. C’est lisse, vaporeux, sibyllin, hanté. Une genre de pop pour cabaret surréaliste. Cela fait autant penser à Mark Hollis / Talk Talk qu’à David Sylvian et son groupe Japan (monsieur Sylvian est d’ailleurs de la partie ici)…

Après avoir levé le voile sur une facette doucereuse de son dialecte sonore, Propaganda nous ouvre grand les portes de sa synth-pop électronique jubilatoire aux milles détails biscornus. Influences progressives (ya Steve Howe de Yes sur le disk mesdames-messieurs ! Le beau contre-emploi que voilà), new wave, goth, jazz et industrielles s’enchevêtrent à merveille à travers cette musique autant habitée par l’homme que par la machine. Plein de choses passent dans le malaxeur de nos comparses et du producteur Trevor Horn : Kraftwerk, Human League, Depeche Mode, Metropolis de Fritz Lang, le Miles Davis de « Tutu », Yello, le Yellow Magic Orchestra, Tears for Fears, Pat Metheny, le Roxy Music de « Avalon » et les Sparks, pour ne compter que ceux là… Malgré ces nombreux points de références, Propaganda nous livre un album résolument unique avec ce désir secret tant convoité.

Parlons de quelques morceaux : « The Murder of Love » est un des trucs les plus classieux en matière de pop que j’ai pu entendre. Complainte d’un amour éploré sous les assauts aigre-doux d’un Yamaha DX7 qui flotte dans l’éther. C’est groovy, c’est jazzy, c’est germanico-japonais jusqu’à plus soif. L’instrumental « Jewel » débute sous cet espèce de rythme Neubauten-meets-the-Buggles et nous démontre encore plus les capacités phénoménales du groupe pour composer des trucs diablement efficaces mais tout de même bourrés d’expérimentation volatiles et de de détours insoupçonnés. Magie d’une musique qui déconstruit la formule pop au sein de cette même formule.

Malgré son côté quasi-ensoleillé, « Duel » est un bonbon amer qui nous raconte quand même un meurtre passionnel :
“the first cut won’t hurt at all
the second only makes you wonder
the third will have you on your knees
you start screaming I start bleeding”

Mais où est donc la référence à Propaganda dans American Psycho de Ellis ? J’imagine bien ce bon vieux Pat Bateman confectionner du pain de viande à base de prostituées en se tapant ce B-side ravissant.

Le single et seul véritable hit de l’album, « P-Machinery », est une petite tuerie synthétique qui nous évoque la grande cité robotique du Metropolis de Lang évoqué ci-haut. « Sorry for Laughing » oscille entre lumières discoïdes éblouissantes (ce refrain qui flotte dans mon cortex touché par une grâce plastifiée) et ténèbres gothico-kitchouilles. Cette musique, tout en restant proprement dans le créneau électronique eighties, prend des grandeurs quasi-orchestrales ici.

Autre référence à Lang et son cinéma expressionniste avec un « Dr. Mabuse (First Life) » qui nous rappelle que Propaganda tient à conserver un héritage teutonique dans leur Dance-Goth-Pop-Expérimentale. En 5 courtes minutes, cette pièce fait voyager loin, loin, loin…

Ça se termine dans la beauté brute (et pluvieuse) de l’instrumental « Strength to Dream » qui clôt magistralement/symphoniquement un album que vous n’aurez pas de peine à savourer encore et encore.

À ranger de toute urgence dans la section « essential 80s » de toute discothèque qui se respecte !


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