Faust – Faust IV

Année de parution : 1973
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, Virgin – 1992
Style : Krautrock, Rock Progressif, Proto-Industriel, Musique concrète, Rock Psychédélique, Experimental, Drone

Dans la tétralogie (assez parfaitement dérangée) des 4 premiers disques de nos Allemands siphonnés-préférés, le “IV” fait presque figure de disque pop. C’est évidemment cinglé comme il se doit mais c’est pas mal leur album le plus facile d’accès. Il fait donc figure de porte d’entrée géniale à l’univers très particulier du groupe… Ce fut d’ailleurs le cas pour moi. Je ne remercierai jamais assez mon cousin adoré Nicolas Champagne (t’endends ?!?) d’avoir introduit cette matière sonore illicite entre mes deux oreilles un beau jour d’été 2001 (si ma mémoire ne me joue pas des tours). C’était aussi mon initiation à tout le courant “Krautrock” et donc le début d’une dépendance très forte qui sévit toujours actuellement et qui, au fil des années, a occasionné pas mal de découvertes folles et de dépenses pas moins folles (désolé budget, je te remettrai ça un de ces quatre).

L’album débute ni plus ni moins par le manifeste du Krautrock avec cette pièce instrumentale qui porte son nom. Il faut rappeler à la base que cette appellation (inventée et utilisée par la presse britannique de l’époque) avait un côté “péjoratif” car “kraut” veut dire “choucroute”… On a donc utilisé un gros préjugé (les Allemands bouffeurs de choucroute) pour décrire un peu platement toute une scène underground polymorphe et riche à souhait. Les gars de Faust, loin de se formaliser de la chose, ont donc décidé de faire un magnifique pied-de-nez aux journaleux et de s’approprier le terme en bon et du forme.

Qu’en est-il de ce morceau éponyme de tout un mouvement ? Et bien, c’est un remarquable condensé dronesque de ce qui se faisait de mieux en musique expérimentale allemande au début des années 70. C’est 12 minutes en apesanteur dans une mer de sons cycliques, répétitifs, minimalistes et psychédéliques à fond. C’est bourré de micro-jams cosmiques portés par ces synthés fuzzy/déréglés, ce tambourin tribalo-motoriK et cette guitare proto-shoegaze (!!!). La batterie est initialement absente mais apparaît finalement à la 7ème minute, transformant le tintamarre quasi-atonal en quelque chose de plus concis. Bordel que c’est délicieux ! La rencontre fortuite et inespérée entre Can, le Floyd de l’époque Barrett, Steve Reich et My Bloody Valentine. Rien que ça.

Les dernières braises phoniques de la pièce d’ouverture s’éteignent.. laissant place à quelque chose de COMPLÈTEMENT différent : “The Sad Skinhead”. Mais keskeucé que ça ? Du proto-punk bourré jusqu’à plus soif de marimbas ? Du reggae-ska à la sauce Kraut ? Une chanson romantique-tragique mettant en scène un Néo-Nazi et sa (regrettée) compagne ? C’est un peu tout ça. Et diantre que c’est rigolo et bon. Une petite drôlerie sympathique qui réussit à être aussi une pépite avant-gardiste à fond. S’ensuit “Jennifer”, une somptueuse et planante ballade. On retrouve ici notre Faust apaisé des moments plus zen de l’excellent “So Far”. La performance vocale très emphatique et les paroles dadaïstes font beaucoup penser à Syd Barrett mais la batterie tribale et les claviers ambient nous rappellent qu’on est chez les Teutons déglingués. Et c’est déjà la fin de la Face A (sur le vinyle d’origine).

Face B maintenant ! “Just a Second” débute sur les chapeaux de roue avec du gros FUZZ libidineux comme on l’aime. C’est très très Can tout cela. Puis soudain… des triturations radiophoniques apparaissent et on bascule dans la musique concrète façon “Jean l’Encagé fait du Space-Rock”. Assez fou d’avoir deux univers aussi disparates dans un morceau de seulement 3 minutes et demie… But, that’s Faust for you ladies and gents ! “Picnic On A Frozen River, Deuxième Tableaux” arrive alors avec son beat groovy as FUCK, son saxo affuté, ses passages de piano enivrants et cette batterie de psychopathe… Dans la deuxième moitié de la pièce, on retrouve (avec bonheur !) le petit air si fantasque de “Picnic” première du nom (sur “So Far”). Cette déclinaison est encore plus orgasmique, vu le tempo plus rapide et la guitare fuzz acharnée.

“Giggy Smile” est à la fois le truc le plus génial et le plus con que j’ai entendu de ma vie. Un genre de folk-prog timbré et volontairement niais, avec des paroles en français qui vont rester solidement ancrés dans votre matière grise à JAMAIS : “Je n’ai plus peur de perdre mes dents… Je n’ai plus peur de perdre mon temps” (répétées ad vitam aeternam). Il y a de jolies fioritures acoustiques (violon et guitare), en plus d’un clavier presque impressionniste qui tisse une atmosphère surréelle par dessus… Le tout se termine lorsque la dactylo (l’instrument de musique le plus sous-estimé de tous les temps) laisse place à un coda ravissant ; à faire pleurer de bonheur des oisillons un joli matin de Mai.

“Läuft… Heisst Das Es Läuft Oder Es Kommt Bald… Läuft” (qui se traduit plus ou moins par “Est-ce que ça court ou ça vient bientôt”), c’est le moment le plus ambient/zen de l’album. Cela évoque autant le “Sowiesoso” de Cluster que les travaux de monsieur Schulze. Il est inutile de mentionner que c’est tellement joli que ça me donne le goût de frencher des nuages et de danser la valse avec les feuilles tombantes à l’automne.

Folk opiacé, piano doucereux, guitare incisive et explosions noisy (qui sortent de nul part) sont au menu sur “It’s a Bit of a Pain”, sublime morceau qui conclut le voyage sonore ahurissant que nous offre si gracieusement ce “Faust IV” tissé en fil de paradis… Et on sait à la dernière seconde qu’on a eu affaire à une autre oeuvre parfaite d’un des plus grands groupes de musiques expérimentales de tous les temps… mais pas QUE ça : un des plus grands groupes de musique TOUT COURT. On refera le voyage bien souvent, avec une béatitude toujours renouvelée.

Le meilleur album de Faust.


Salade d’endives vous conseille également :

THE VELVET UNDERGROUND – White Light / White Heat
MANUEL GÖTTSCHING – Inventions for Electric Guitar
LA DÜSSELDORF – Viva
FRANK ZAPPA & THE MOTHERS OF INVENTION – Weasels Ripped My Flesh

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s