Faust – Faust

Année de parution : 1971
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, RēR – 2001
Style : Expérimental, Krautrock, Psychédélique, Rock surréaliste, Musique concrète, Proto-RIO, Avant-Prog

Cela débute d’une manière aussi inoubliable que cathartique… dans cette mer d’ondes radio mal réglées (sublime distortion)… puis dans le déluge statique, on entend le “Satisfaction” des Stones s’enchevêtrer au “All You Need is Love” des Beatles (ce qui provoque chez l’auditeur une sorte de capharnaüm cérébral exutoire, si il était nécessaire de le préciser)… Le sampling a ses (presque) premières armes. Et puis cette mise en bouche sonore s’estompe soudainement pour laisser place à une déclamation austère (« We’re playing the sets on the blow ! Just keep on waiting ! ») sur fond d’accords de piano vaguement avant-garde (Erik Satie sur l’hydrate de chloral)… On pense avoir droit à un peu de répit maaaaaiiiiiiis c’est bien mal connaître FAUST. Sans crier « gare! » (ni « autruche » ou « moissonneuse-batteuse » d’ailleurs), la grande fanfare déjantée/aliénée/saugrenue arrive en ville, pour votre plus grand bonheur auriculaire. Trompettes angulaires, percussions syncopées en diable, divagations de claviers en perdition… Rarement musique n’aura sonné aussi… comment dire… AUTRE.

Et quand cette chorale d’alpinistes helvètes finement saouls (dont un sur l’hélium) débarquent vocalement dans le décor déjà passablement chargé (un chapiteau de cirque extra-terrestre composé à 28% de LSD + des monstres en barbe à papa), on ne peut s’empêcher d’essayer de danser frénétiquement (comme un cave) sur cette musique qui semble vouloir inviter tous nos sens en liesse à une sorte de fiesta déglinguée/impie. Notre tarentelle désordonnée se verra stoppée net quand on se retrouve figé par un passage de musique concrète assez traumatique merci… On vient de vivre “Why Don’t you Eat Carrots ?” dans son intégralité. Et plus rien ne sera plus pareil exactement dans nos petites vies…

Cette pièce d’ouverture de ce premier album des Allemands de Faust reste un des plus grands morceaux de bravoure jamais endisqué sur notre bonne vieille Terre… C’est fou. Complètement maboul. Siphonné jusqu’à plus soif. Et pourtant pétrifiant de cohérence pour un groupe de vilains petits canards qui fut assemblé de toutes pièces par un journaliste de gauche (Uwe Nettelbeck) dans le but de rivaliser avec les grands groupes de prog british des jeunes années 70… Disons que son cerveau (liquéfié pour l’occaz) a du lui couler par tous les orifices à l’écoute de… cette CHOSE.

On n’y trouve absolument RIEN pouvant ressembler de près (ou de très loin) à ce qu’on qualifiait de « rock progressif » à l’époque. Les gars de Faust ont toujours étés comme ça. Donnez leur un cadre. Ils vont le casser en milles morceaux et s’en faire des cure-dents de luxe. Des emmerdeurs géniaux. D’ailleurs, à cet effet, nos bonhommes avaient (selon la légende) une année complète pour pondre le dit disque. Il ont préféré passer la majeure partie de cette période (et de leur budget) à se gaver de fortes doses de Hashish et de Pilsner, en jammant épisodiquement comme les sauvages qu’ils étaient (et sont toujours en 2018, ; fait proprement ahurissant). Ils ont attendu d’être à deux poils du deadline avant de commencer à composer le disque… C’est pourquoi la face B du vinyle (Miss Fortune) n’est qu’un long collage complètement délirant des jams évoqués ci-haut (avec cette fameuse batterie motoriK que j’aime tant)… 3 jours de studio (en tout) pour un disque aussi novateur et bien fignolé, c’est presqu’impensable…

Impossible de ne pas parler brièvement de “Meadow Meal”, deuxième piste de l’album. Une espèce de fièvre psych-folk-rock à laquelle se mêlent une panoplie de symptômes… comme ces passages “classique contemporain” astringents à la Stockhausen/Varèse, ces moments solennels à l’orgue qui rappellent les plus beaux moments des trames sonores de western spaghetti (Morricone) ainsi que ce simili-refrain à la fois aride et tristounet (« Line up! Crash the sound! You lose your hand, To understand, The accident is red! »). Du grand grand GRAND n’importe quoi. Mais tellement délicieux.

L’éponyme de Faust + des carottes glacées à l’érable/PCP + un bon système de son + plusieurs bonnes bières = EXTASE sonore.

Le meilleur album de Faust.


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