Faust – So Far

Année de parution : 1972
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, RēR – 2000
Style : Expérimental, Krautrock, Psychédélique, Avant-Rock, Avant-Prog, Musique Concrète, Proto-Industriel

Ok ok ok ok ok ok ok…. ok…. Vous vous êtes relevé de la claque monumentale que vous a assené le premier disque éponyme des Allemands de Faust ? Préparez vous à recevoir d’autres gifles, les amis ! Mais cette fois-ci,  des gifles toutes gentilles (quand même). Plein de petites gifles tendres (données avec amour) dans votre beau minois ! Car voici le deuxième Faust avec sa pochette d’ébène. Et pourtant, ce disque c’est le jour (après la nuit transfigurée/acide/main de squelette du précédent). Un jour morne et gris, certes. Mais l’astre vermeil va venir faire son tour plus tard ; vous inquiétez pas.

Ça part sur les chapeaux de roues avec le premier HIT incontestable (sur Vénus) de Faust : c’est un jour pluvieux, mademoiselle rayon d’Soleil. La rythmique qui te martèle le crâne, impitoyablement heureuse, violemment positive. Le vent électrique/cosmique qui gémit. Les synthés qui dessinent des ailleurs fantasques dans vot’ matière grise grillée par le “Meadow Meal” (un Boeuf Angus double A arrosé de psychotropes aqueux). Et puis ya ce refrain (les seules paroles de cette miraculeuse pièce de 7 minutes et demie) qui se borne à répéter inlassablement le titre de la pièce. Et alors que la transe incantatoire commence à peine à s’installer dans ton goliwog, v’la ti pas que notre ami le saxo tout rondouillard de Gunter vient pointer sa fraise pour nous annoncer l’arrivée du beau temps… Sublissime entrée en matière que voilà.

Petit interlude acoustique tissé en fil de mélancolie (introduit par des ondes de clavier ambient) avec “On the Way to Abamäe”. Ah tiens !?! Les gars de Faust peuvent faire dans le mélodique ?!? Bah ouais, on dirait bien. Et c’est sacrément exquis quand ils s’y mettent ! Dieu que j’aime ce morceau instrumental beau à pleurer. Vient ensuite une des pièces maitresse du disque : “No Harm”. Une intro toute RIO-licieuse apaisée (les cuivres acidulés au rendez-vous !) qui laisse place à des cris d’oiseaux interstellaires… et on revient aux cuivres jazzy qui sont maintenant enchevêtrés à une guitare folky en diable. Que c’est beau. Faust ont décidé de montrer avec ce disque qu’ils étaient plus que de dangereux psychopathes. Ce sont de dangereux psychopathes AVEC des émotions ! Le tout se transforme en morceau psyché/bluesy du tonnerre avec cette déclamation vocale saugrenue répétée inlassablement : « DADDY ! Take a banana ! Tomorrow is SUN-DAYYYYY !!!! ». C’est vrai en plus que les bananes sont une excellente source de potassium. Merci pour vos conseils alimentaires éclairés, Faust ! Et merci surtout de faire une musique aussi jubilatoire que renversante ! Et quelle putain de finale explosive !!! Un grand moment d’euphorie.

“Mamie is Blue”, c’est une fanfare de ruelle pognée sur repeat. Le disque saute. Mais les ondulations de claviers, eux, sont mobiles. Et des détails sonores sismiques viennent s’ajouter ça et là. C’est planant et pourtant solidement arrimé au sol de notre bonne vieille Terre. Les synthétiseurs astraux (+ une demie-tonne de special FX) tentent de nous faire flotter loin loin loin mais la rythmique fanfaronne nous ramène constamment les deux pieds sur le béton. Une supernova de cour arrière (avec un jardin de bonsais en suspension). Le tout se mute ensuite en musique concrète proto-industrielle (des marteaux piqueurs possédés par Satan + ce groupe de rock-psyché qui JAM dans l’fond sonore, en filigrane) ! Maman est bleue. Et Papa est bleu. Et Maman, c’est toi. Et Maman, c’est toi aussi. C’est CHOUCROUTE !

Avec “I’ve Got My Car and My TV” (ma pièce préférée du disque, je crois bien), les gars de Faust s’essaient à une certaine forme germanique de morceau à-la-Gentle Giant. Un clavier singulièrement enfantin. Une rythmique cartoonesque en diable. Des paroles niaises et attachantes, qu’on oubliera pas de sitôt :

I’ve got my car and my TV
what should I care about you and your fun?
I know what to do and do so
my clean machine’s dream is a colourful gun
what should I care about…
what should I care about you?
Yesterday noon at the tea time
we held three hands close to the other side
suddenly there was a red cloud
a finger come out and said
« those guys are right »
what would you say
if this would just happen to you

Et ça continue dans la joie instrumentale… comme la trame sonore d’un épisode de Peanuts sur l’acide. Snoopy avec une moustache postiche GI-GAN-TESQUE. Charlie Brown et Linus sur les champis, refaisant le monde à leur façon, se disant entre eux que Marcie la Beatnick, elle est crissement cool et que c’est plutôt elle la Dream Girl de leur cosmogonie. Sally qui parle à des ballons de plage. Schroeder qui découvre les charmes insoupçonnés des opiacés et qui se part un groupe d’avant-rock avec Pigpen et Franklin.

Autre interlude mémorable que ce sympathique picnic sur une rivière gelée. Stockhausen qui se délecte de hamburgers à la chair d’araignée (extra mayonnaise + oignons rissolés). La frénésie contrôlée se poursuit quand Luc Ferrari, fraîchement sorti de sa visite à l’encan (il a misé ET remporté une poche de cuivre géante contenant, entre autres, des pogs à l’effigie de Napoléon, de l’encens provenant d’une autre dimension étoilée, des morceaux du cercueil d’un diplomate bulgare inconnu, le pendule liquéfié de Dali ainsi qu’une vaste sélection de crayons à mine) se téléporte subitement au dessus la rivière (qui est maintenant) complètement fondue et se noie dans la retranscription radiophonique de sa dernière liste d’épicerie, lue par un animateur maison beaucoup trop énergétique.

“…In the Spirit”. C’est la fin du voyage approximatif qu’on vient de vivre, tout estomaqué qu’on est. Musique de cabaret sur Yuggoth, alors que milles et un Soleils se lèvent et illuminent les dix-milles fenêtres du club, faisant fondre (au passage) les spectateurs composés à 70% de cire vermeille, 22% de jus de papaye figé + 8,7% de matières qui n’existent pas encore (et qui n’existeront peut-être jamais).

Vous venez de vivre une journée fabuleuse avec vos amis Faust-iens. Et à chaque fois que vous vous sentirez à la fois tout tristounet et dépersonnalisé, sachez qu’ils ne sont jamais loin. Ils jouent au croquet dans un parc semi-boisé, qu’illumine les rayons d’un jour incertain.

Le meilleur album de Faust.


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