Olivier Messiaen – Quatuor pour la fin du temps

Interprètes : Gil Shaham, Paul Meyer, Jian Wang, Myung-Whun Chung
Écriture de l’oeuvre : 1940-41
Édition : CD, Deutsche Grammophon – 2000
Style : Musique classique contemporaine, musique de chambre

Oeuvre en 8 mouvements pour violon, violoncelle, clarinette et piano, ce quatuor (inspiré par l’Apocalypse de Saint-Jean et évoquant l’ange annonciateur de la fin des Temps) a cela de particulier qu’il n’est pas à proprement dit un quatuor la plupart du temps… Ici, à part lors de 2 mouvements où les 4 musiciens jouent ensemble, on a affaire à des morceaux tantôt joués en trio, en duo ou pour un seul instrument (l’impressionnant « Abîme des oiseaux » pour clarinette seule). Autre particularité essentielle : la partition fut composée et interprétée (la première fois) en captivité, alors que Messiaen et ses comparses étaient en détention dans une prison allemande à Görlitz, en 1940. Oeuvre trouble et tendue pour une période historique qui l’est tout autant. Évidemment, l’horreur de la 2ème Guerre Mondiale a ainsi eu sa part d’influence sur l’oeuvre du Français et on s’imagine bien qu’il s’agissait là d’un climat tout approprié pour la composition d’une musique dédiée à l’Apocalypse.

Cependant, même si la tension est palpable d’un bout à l’autre, ce ciel gris sonore se voit transpercé de part et d’autre par des gerbes de lumières éblouissantes qui viennent nous rappeler la beauté d’un monde qui ne demande qu’à renaître de ses cendres… Ici, la musique est peinture. On navigue en plein expressionnisme (courant artistique que les nazis, ces sombres crétins, considéraient comme « dégénéré »), entre Kirchner et Kandinsky. Il y a des touches surréalistes à la Joan Miró aussi. Ça scintille dans une mélancolie où s’activent des couleurs ternes et fatiguées. Les instruments nous parlent tout bas, dialoguent entre eux, se répondent, vagabondent dans une lande dévastée. Le violoncelle se fait rumeur distante. Le piano n’est qu’éclats langoureux. Le violon pleure lentement ; on le dirait reflet d’une rivière tarie. La clarinette tisse des euphories dépareillées. Puis tout s’effondre, souvent, pour laisser place à ces silences oppressants, où tout espoir semble avoir quitté le navire… C’est infiniment beau, obtus et tragique.

Impossible de ne pas évoquer l’émotion diffuse qui anime le 5ème mouvement, « Louange à l’éternité de Jésus », où l’apaisement violent du duo violoncelle/piano nous amène dans cet autre monde où, entre chien et loup, on assiste solennellement à la fin du dernier des jours. Et c’est merveilleusement triste. Triste et lent. Mais il n’y a aucune note de trop, aucun silence qui n’ait pas sa place ici. Le mouvement suivant, « Danse de la fureur, pour les sept trompettes » est totalement à l’opposé tant au niveau de la forme que de la vitesse du jeu. C’est un genre de proto-RIO qui a probablement pas mal influencé un groupe comme Univers Zéro, où les cordes explosent et la clarinette se fait légion.

Voilà là une des œuvres majeures en matière de musique contemporaine. En fait, tout Messiaen vaut la peine (j’y reviendrai un jour). Oreilles aventureuses, risquez vous.


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