The Comet Is Coming – Trust in the Lifeforce of the Deep Mystery

Année de parution : 2019
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Impulse! – 2019
Style : Nu Jazz, Jazz Fusion, Spiritual Jazz, Space Jazz, Psych

C’est vraiment très cool et inattendu de voir que la légendaire étiquette Impulse! se fait une nouvelle jeunesse depuis environ 2 ans. Quand on pense à Impulse!, on pense généralement à des albums révolutionnaires de Coltrane (autant Alice que John), Charles Mingus, Max Roach, Sun Ra, Pharaoh Sanders, Albert Ayler, Sam Rivers, Oliver Nelson et Archie Shepp… Puis après la période de grande effervescence que furent les années 60/début 70s, le label new-yorkais a cessé ses activités vers 1974 (du moins en ce qui à trait de nouvelles sorties). Les coupables : la bureaucratie et le capitalisme sauvage. En effet, la maison-mère d’Impulse!, ABC, a fermé le siège social de notre étiquette chérie et l’a fait fusionner avec plein d’autres sous-étiquettes officiant dans des styles plus commercialement viables (pop, rock)… Le jazz ne vendait plus assez. L’édulcoration a mis fin à l’identité même d’Impulse! qui fut ensuite vendue à MCA (Groupe Universal) en 1979.

Impulse! était plus ou moins mort. Mais… c’était sans compter l’avénement du CD et le désir d’une pléiade de fans de pouvoir entendre des versions remasterisées des chef d’oeuvres d’antan sur ce nouveau format. Après avoir repris du service essentiellement en temps qu’étiquette de réédition, Impulse! renaît réellement de ses cendres vers la fin des années 90 avec des sorties d’artistes actuels mais ce n’est plus pareil… Autrefois reconnu pour être à l’avant-garde du jazz, on y retrouve maintenant une artiste comme Diana Krall (excellente mais beaucoup plus convenue qu’une Alice Coltrane, disons le).

Ce n’est que récemment qu’Impulse va vraiment regagner son “!” selon votre humble serviteur. En effet, depuis un bon bout de temps, il y a quelque chose qui grouille dans le monde jazz du Royaume-Uni… Une nouvelle scène britannique underground, hyper variée et aventureuse, est en train de naître… Et il y a quelqu’un chez Impulse! qui voit cela se tramer et qui décide de prendre part au voyage. Cette nouvelle renaissance d’Impulse! (la bonne cette fois) va prendre racine de l’autre côté de l’Atlantique… Le tout semble se focaliser autour d’un type : Shabaka Hutchings. Saxophoniste d’origine britannico- barbadienne, notre homme est un des plus grand prodiges actuel de l’instrument et a exercé ses talents auprès du Sun Ra Arkestra, de Mulatu Astatke, Floating Points, Melt Yourself Down, Heliocentrics (et j’en passe). Il est leader des Sons of Kemet, de Shabaka and the Ancestors et de The Comet is Coming (ici chroniqué, ce qu’on vient à oublier tellement ce préambule est long).

Paru en 2018, le disque “Your Queen is a Reptile” (3ème album des Sons of Kemet) avait été cité par plusieurs (et le label lui-même) comme le point de départ du renouveau impulse-ien. Cet album fabuleux mélangeait à merveille jazz spirituel, funk, dub, poésie et Afrobeat. The Comet is Coming, bien que partageant quelques points de repères avec son groupe-frère, officie plutôt dans une certaine forme de Jazz Fusion assez unique et hautement modernisé… Le genre de Fusion qui bouffe du Space Rock et de l’Électro planant au p’tit déj ; ce qui n’est définitivement pas pour me déplaire.

Premier constat en partant le disK : la prod est juste ÉNORME. Avec le morceau d’ouverture, “Because the End Is Really the Beginning”, on croirait entendre la rencontre intergalactique entre le Tangerine Dream de la belle époque et le Herbie Hancock de la trilogie “Mwandishi”. Les synthétiseurs, lourds et brumeux, sont une esquisse de choix pour un tableau surréaliste qui va se peindre en roulements de batterie célestes (et annonciateurs d’un périple sonore velouté en diable) et en saxo évocateur d’un ailleurs fantasque. “Birth of Creation” arrive alors dans les enceintes avec son petit air arabisant. Une tonne de petits détails électro ahurissants sont ici saupoudrés par dessus une piste jazz des plus ensorcelantes. La basse graveleuse et hyper-trafiquée est l’assise de cette pièce où notre Shabaka adoré improvise comme un Dieu au saxo.

“Summon The Fire” accélère le tempo de belle façon. Le côté “électro” est encore plus présent. Et ces claviers me rappellent étrangement les Cardiacs par moments ! Très très chouette. “Blood of the Past” déferle alors dans nos oreilles ébahis. Cette pièce est vengeresse. Cette basse veut ta peau. Ce saxo veut t’ouvrir la jugulaire. Mais les muzikos prennent tout leur temps pour imposer leur insoutenable colère. Y’a le fantôme du “National Anthem” de Radiohead qui plane à quelque part là-dedans… Au milieu du délire purement instrumental, une voix humaine fait irruption. C’est celle de Kate Tempest, poétesse/rappeuse britannique qui est la coqueluche d’une certaine presse spécialisée. D’un ton froid et courroucé, elle nous dicte des choses d’une insoutenable vérité :

“There is a scar on the soul of the world and it needs you to look
The blood of the past is here, it remains
The blood of the murders, the bodies like sacks leaking brain
All stacked, chest aback on the planes, it remains”

La narration passée, la supernova musicale finit de tout englober dans une explosion orgasmique digne des meilleurs albums de post-rock. Ouf ! Quelle piste que voilà ! La Face A se termine après nous avoir aplati au sol.

Face B maintenant… Cela débute dans les méandres atmosphériques. On se dit que “Super Zodiac, malgré son titre, sera plus smooth…. Mais c’est un leurre. Rapidement, une implacable ligne de synthé vient tout embraser… Et on a soudainement affaire a un morceau très très percussif ; avec un saxo criard et victorieux qui trône au dessus. Belle piste de nu jazz spirituel nouveau genre, “Astral Flying” est le premier moment de répit depuis le début du disque. Les claviers loopés en magnifiques boucles hypnotiques confèrent un aspect très extra-terrestre à la composition… Et j’adore l’utilisation de la clarinette basse !

Les trois derniers morceaux, plus éthérés, ne sont pas en reste. Les textures et le traitement sonore y sont fascinant. Mais cette musique est bien plus qu’un trip de son purement intellectuel… Cela a un coeur énorme et une âme rutilante qui hurle à tout rompre. Le morceau final, “The Universe Wakes Up” est le moment le plus coltranien de l’album. On imagine “A Love Supreme” mais avec un côté Sun Ra (voir même Moondog) dans les claviers et un habillage sonore digne d’un Amon Tobin. GRANDIOSE.

Bref, vous l’aurez compris : “Trust in the Lifeforce of the Deep Mystery”, c’est de la bonne. Je vous invite à suivre avec assiduité l’évolution des nombreux projets de Shabaka Hutchings. Ravissement bruitatif garanti pour vos petites oreilles ! Et pour la première fois de mon vivant, je peux dire en toute sincérité qu’Impulse! est un des labels actuels dont je ne raterai plus aucune sortie !


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