Talk Talk – Spirit of Eden

Année de parution : 1988
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, EMI – 1997
Style : Naissance du Post-Rock / Chamber-Pop / Art-Pop surréaliste

Spirit of Eden est avant tout un disque improbable. Qui aurait pu croire que ce groupe de New Wave on ne peut plus commercial aurait retourné sa veste d’une manière aussi radicale ? J’aurais bien aimé voir les visages perturbés des représentants d’EMI à l’écoute de cet ovni discographique. Je les imagine assis dans leur tour d’ivoire, consternés, la sueur perlant sur leurs fronts dégarnis et se disant tour à tour « Où sont les hits ??? Où est la suite de IT’S MY LIFE ? Comment on va faire pour vendre ce truc ? ». Merveilleux pied de nez à l’industrie du disque que cet album (une raison de plus pour l’aimer). Spirit of Eden, c’est plus qu’un disque parfait. C’est un univers mystérieux, comateux, irréel, céleste, dépouillé au possible… C’est une toile de Dali qui aurait mystérieusement pris vie. C’est une nature impossible, se berçant dans les rafales d’un vent doux et dans une luminescence aussi étrange que belle. C’est les éléments (eau, terre, feu, air) qui pleurent toute la beauté du monde. C’est une musique épurée au maximum, sans concession aucune, qui va à l’essentiel (pas une note de trop). Et bordel que c’est bon.

Dès les premières secondes de « The Rainbow » (première partie d’un triptyque sans interruption avec « Eden » et « Desire »), on est projeté dans cet univers ci-haut décrit par une musique hybride, à la lisière du pop, du jazz, du prog, du blues et du classique. Des relents de trompette à la Miles Davis viennent s’accoupler majestueusement avec des cordes qu’on dirait sorties d’une composition d’Arvo Pärt. Place ensuite à un quasi-silence tout en drones noctambules. Si il y a quelque chose que les mecs de Talk Talk savent utiliser à bon escient, c’est bien le silence (qui devient ici la plus belle des musiques). Cet interlude tout en absence fait place aux claviers planants, à l’harmonica bluesy et nostalgique, à la basse enrobante, aux percussions minimales, aux notes de piano qui nous percutent directement l’âme et surtout à la voix vertigineuse d’un Mark Hollis (chanteur, claviériste et compositeur du groupe) en transe. Cette voix contemplative et spectrale, tout en murmures soutenus et en envolées tragiques, est le reflet de la mélancolie dans sa forme la plus brute. À travers ces trois longues pièce aux milles et un détails sonores des plus subtils, une montée quasi-imperceptible s’accomplit jusqu’à un climax ahurissant de volupté. C’est la naissance de ce qu’on appelle le Post-Rock, ni plus ni moins.

Après cette première moitié d’album faisant léviter à volonté, la splendeur se poursuit avec un « Inheritance » à faire pleurer un sociopathe fini. Cette musique a un coeur, c’est sûr. Les cuivres viennent ajouter une teinte impressionniste à ce morceau onirique, alternant atmosphères nocturnes et diurnes. « I Believe in You », sorte de Gospel-Folk désincarné, superpose des claviers aériens à une chorale fantomatique de voix féminines. Que dire de « Wealth », si ce n’est qu’à son écoute, on se voit planer jusqu’au plafond d’une cathédrale immense, contemplant les fresques divines, un sentiment de bien-être total recouvrant notre entité corporelle et spirituelle… Ça devrait être ça qu’on fait jouer à la messe.

Spirit of Eden, le plus magnifique suicide commercial de l’histoire de la musique ? Peut-être bien…


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