DJ Shadow – Endtroducing…..

Année de parution : 1996
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Mo Wax – 1996
Style : Hip-Hop Instrumental, Turntablism, Trip-Hop, Breakbeat

Bon sang de bonsoir ! Revoilà ce PUTAIN de feeling qui s’agrippe à mes organes internes à chaque nouvelle écoute de cette “fin initiatrice”, disque ma foi fort important de cette conclusion de 20ème siècle déglingué… Il y a un AVANT et un APRÈS Endtroducing dans le monde du hip-hop instrumental. Cet album, c’est la fin des disparités, c’est l’album qui tue tout en réunissant tout (et je dis bien PRESQUE TOUT : hip-hop, trip-hop, électro, pop, jazz, rock, classique, world beat, funk, soul, ambient, dub, prog, psychédélisme, kraut-rock, sixties, seventies, eighties, nineties… manque que le Black Metal et la musique sérielle au curriculum vitae) pour bâtir une musique nouvelle, libre de toutes entraves – mais tout de même concise, hyper-travaillée (oh que oui) et surtout : incroyablement groovy et divertissante au possible.

C’est le pastiche suprême. L’album qui singe tout, qui se veut une parodie géniale d’un grand album et qui réussit finalement à devenir ce qu’il imite. Ce truc, c’est des milliers de samples. Juste des samples. Des samples qui flottent dans une mer de sons miraculés (d’autres samples ben tiens) de disques de hip-hop inconnus, de trames sonores impossibles, de vieux jazz enfumé… mais aussi tout droit sortis de disques légendaires et cultes (mais qu’on reconnait à peine). Entre autres : Björk, Metallica, Beastie Boys, A Tribe Called Quest, Tangerine Dream, The Meters, David Axelrod, T. Rex, le Alan Parsons Project, Meredith Monk et Shawn Phillips passent dans le malaxeur. Et ces samples sont assemblés en un tout follement cohérent par la main magique d’un architecte sonore des plus audacieux. Un mec qui s’appelle Josh Davis, qui aime toute cette musique avec passion (ça s’entend et ça se voit aussi : la pochette qui rend hommage au disque lui-même et à ces magasins géniaux où on pourrait passer deux éternités et demi alors que la copine attend en baillant) et qui veut lui donner une seconde vie. En réalité, il fait bien plus que ça. Il signe ici une des bibles de la musique populaire de ce dernier siècle ; un espèce de constat comateux et bruitatif de tout ce qui c’est fait de bon en musique – le tout recouvert par les brumes indicibles d’un producteur au talent quasi-infini, qui tisse ici des mélodies splendides faîtes toutes en loops qui sentent bon la nuit urbaine, alimentées par des beats syncopés et des incursions de drum n’ bass (qu’un certain Amon Tobin ne reniera pas par la suite), ainsi que par la folie et l’humour de ces nombreuses voix samplées qui surgissent par ci par là. Et si ça avait commencé ici ce courant de musique dite « hantée » qui a définit en grande partie les années 2000 ?

Tout il est bon ici. Après une brève intro endtroductrice (ah ah ! Bon…), une boucle pianistique ensorcelante qu’on dirait tirée de L’Exorciste vient tout de suite nous ébahir les tympans. C’est l’incroyable “Building Steam With a Grain of Salt” qui débute, hymne nocturne par excellence. L’album nous jette déjà sa superbe en pleine gueule : des voix célestes qui s’élèvent par ci par là à travers un genre de funk ambient des plus prenants (cette basse !), des solos de drums ahurissants (surtout que ce sont des solos ré-assemblés, de sources diverses), et des voix mystérieuses qui planent au dessus du mix ; comme ce type qui confesse que sa musique n’a pas été créé mais qu’elle est simplement sortie à travers lui, comme si il était le médium entre nous, humains, et quelque chose de plus grand, de plus fort… Mais bon, pas le temps d’analyser l’aspect musico-philosophique que déjà “The Number song” nous tombe dessus comme une tonne de briques recouvertes de béton armé. 1-2-3-5 BREAKDOWN BABY ! Ce morceau, c’est les ruelles peu recommandables de New York à 2 heures du mat, avec les clochards imbibés qui titubent au rythme du beat et ces deux gangs de rues qui se livrent à une guerre d’insultes, de cris sauvages, de breakdance et de jeux de poignards… S’ensuit “Changeling” la hantée, “Changeling” qui voyage au bout de la nuit… Un mystère sonore insondable qui abritent son lot de grooves multi-ethniques et de mystères brumeux. On dirait du lounge “sale”, avec des couilles (cette basse encore nom de Dieu !). Transition quasi kraut-rock, tout en ondes radio spatiales, avant de passer à “What Does Your Soul”… L’épopée noctambule se poursuit : le protagoniste-auditeur déjà abasourdi passe devant un club de jazz encore ouvert à 3 heures du mat ! Un jazz-dub style nouvelle-orléans-by-way-of-Cthulhu, porté par une voix de crapaud extra-terrestre, filtre à travers la porte de l’enceinte (le club appartient à un certain David Lynch qui est justement en train d’y filmer une pub de cigarettes).

Vient ensuite un des monuments de l’album : l’inconcevable “Stem/Long Stem”. Trop dur de définir cette épopée sonore des plus splendides. C’est Godspeed dans le ghetto, ni plus ni moins : des cordes austères, un tandem basse-batterie-guitare qui s’emporte et simule le battement de coeur de quelqu’un qui s’enfuit dans la nuit, des claviers planants et un monologue des plus étranges qui se termine sur le mot “scared…” et qui rappelle le terrible “Lift your Skinny Fists” des joyeux montréalais. Cette micro-symphonie, qui aurait pu faire le disque à elle seule, comprend aussi un superbe sample de “Tears” de Giorgio Moroder, le père du disco (trames sonores de Flashdance, Midnight Express et Scarface… sans oublier la version eighties incrédible du Metropolis de Fritz Lang). Mais bon, je m’écarte…

“Stem” se termine sur un piano jazzy magnifique ; sorte de sous-thème à l’album qui revient à d’autres moments… Vient ensuite “Mutual Slump”, pièce qui croise allègrement l’atmosphérique “Possibly Maybe” de la belle islandaise Björk à un délire musclé à la batterie. Une belle montée free-jazzée qui fait alors place à “Organ Donor” où on retrouve monsieur Moroder dans un contexte plus psychédélico-funky.

Pourquoi est-ce que le hip-hop est à chier en 1996 ? La réponse en une seule phrase, qui résume bien la situation selon Shadow ; bien que je suis en désaccord sur le point… 1996, c’est quand même l’année de ATLiens, de Ridin’ Dirty, de Ironman, de Illadelph Halflife et de Hell on Earth, pour ne nommer que ceux là.

Autre monument, “Midnight In A Perfect World” débute sur le même thème jazzy qui conclue “Stem” ; ce dernier se voit renforcé par un beat « phat as fuck », une guitare metheny-esque, une voix de femme à la sauce giallo, un rapper-robot ainsi que mille autres fioritures magiques. Cette pièce, sinueusement épique, s’infiltre sournoisement dans le cerveau et induit un état de transe assez génial. “Napalm Brain” la déglinguée, la sloppy, la fuckée… La musique commence à se dissoudre majestueusement dans sa propre nuit – L’album s’est saoulé au trop plein de samples et dérive tranquillement dans les méandres euphoriques de son propre concept… “Scatter Brain” ou le trip de drum n’ bass suprême de l’album… Monsieur Shadow supprime tout le reste et va à l’essentiel : LE beat (avec un « L » et un « E » majuscules). Ça file des malins petits frissons ce truc et ce serait déjà une fin parfaite… Mais il reste encore la cerise sur le sundae, la perle cachée, le saint-graal, l’opus suprême et toutes ces genres de choses : “What Does Your Soul Look Like, Pt. 1: Blue Sky Revisited”. Tiens. Je suis dans une bagnole, le petit matin qui va se pointer à l’horizon dans quelques minutes, et je dérive vers je ne sais où… et tout ce que ma radio capte, c’est cet espèce de jazz-easy-listening-infusé-de-rêve… cette litanie-ode au sommeil opiacé m’assaille…. ma tête est lourde, mes sens catatoniques… Mon véhicule va prestement s’écraser contre une cabine téléphonique au passage… Et là, le front quelque peu éclaté, le sang coulant sur mon front, heureux, je vais chantonner cet air qui continue d’envahir mes tympans ; cet air magnifique, drogué, surréalisant… Oh le téléphone sonne ! Je sors tant bien que mal de la voiture et je réussis à agripper le combiné dans la cabine défoncée : Tiens donc, c’est le géant de Twin Peaks ! “It is happening again…. It is happening again…. “


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