Burzum – Dauði Baldrs

Année de parution : 1997
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD Digipack, Misanthropy – 1997
Style : Dungeon Synth / Ambient néo-classique

Tout le monde connaît l’histoire. Pas besoin d’en rajouter une couche en essayant de se la jouer poète sombrex post-juvénile voulant “choquer” gratuitement de jeunes gens impressionnables et avides de sensations fortes. Il existe bien assez de sources (plus ou moins fiables) pour en apprendre des vertes et des pas mûres sur le sujet. De toute façon, il y a un film hollywoodien qui est sorti l’année passé et qui va vous raconter toute l’histoire. Ça a l’air d’être F-A-B-U-L-E-U-X (/sarcasme).

En gros, pour résumer : Vargounet était un vrai odin-gangsta dans les jeunes années 90s. Le genre de ruffian qui, entre deux conversations passionnées sur la manière optimale de déguster son bol de cornflakes quotidien (voir “Until the Light Takes Us”), adorait mettre feu à des églises ancestrales, buter des mecs qui lui devaient de l’argent (Norman Bates-style) ou bien encore stocker des explosifs dans son appart en vue d’un éventuel coup d’état… Bref, un chic type quoi. En raison de tous ces méfaits, notre jeune droogie scandinave dut comparaître en court. Verdict : 21 ans de prison… puis ce sourire narquois et espiègle (so Alex DeLarge) qu’il fit à la caméra quand il entendit sa sentence. Cela demeure son geste le plus punk-rock et donc son plus mémorable à vie.

Notre sombre anti-héros était maintenant au trou… On était donc en droit de se dire que nous assistions à la fin de Burzum, du moins jusqu’à un crissss de boutte… C’était sans compter sur l’état carcéral miraculeux de la Norvège, pays reconnu comme ayant la prison “la plus humaine du monde”. Varg eut droit assez rapidement à un ordinateur et un synthétiseur de GRANDE qualité (/sarcasme…. again) dans sa cellule. Il pu donc se consacrer à élaborer la nouvelle évolution musicale de son projet… Vu les moyens du bords et l’attirail mis à sa disposition, cela serait purement ambient. Fini le Black Metal. De toute façon, j’ose penser que la musique du comte allait dans ce sens de toute façon, les portions planantes/éthérées/synthé-licieuses de ses disques prenant toujours une plus grosse part du gâteau…

Le voici donc l’album de Burzum édition prison : volume 1 (aka “Les portes du pénitencier”). Ça s’appelle Dauði Baldrs (La Mort de Baldr, second fils d’Odin). Ce disque est censé relater cette légende haute en couleur qui sert d’élément déclencheur à l’avénement de Ragnarök, grande bataille épique qui mène à la fin du monde dans la mythologie nordique.

Et qu’est-ce que ça donne musicalement ? Et bien… ça donne un disque à la fois très intéressant et surtout très très laid. Parfois hilarant. Et pourtant séduisant malgré tout.

J’ai longtemps trouvé ce disque immonde. Et pour être objectif, il l’est toujours, du moins au point de vue sonore. Ce clavier moisi est moche sans bon sang ; surtout quand Varg s’exerce à essayer de donner une dimension « symphonique » ridicule à ses compositions avec les moyens en carton pâte qui sont à sa disposition… En dépit de tout cela, je l’aime bien ce putain de disque… Nonobstant la laideur franche des sons utilisés pour illustrer la musique du comte, cet univers dément ne démord pas. Ces atmosphères burzumiennes si particulières sont toujours là, sommeillant sous les milles et unes couches de sonorités MIDI-licieuses. Faut juste essayer de voir ce disque comme la version Game Boy (8-bit) de Burzum et ça commence à prendre… Imaginez Mega Man en robot viking dans votre tête.

Ce qui est vraiment difficile pour l’appréciation de l’album en question, c’est que ça part sur une horreur sans nom… La pièce titre… SAC À PAPIER que c’est mauvais !!! Varg se prend pour Dead Can Dance version série Z et veut livrer une sinistre symphonie darkwave… Il réussit surtout à faire rire. Beaucoup. À gorge déployée même. Surtout quand cette espèce de trompette se met de la partie (les anges aux trompettes ; les démons aux trombones !). On croirait presque entendre un instrumental accompagnant un moment comique de Final Fantasy 7 (Don Corneo)… en beaucoup plus pitoyable. Bordel que c’est mauvais. Et beaucoup trop long. Ceci dit, c’est étrangement attachant, avec ce petit côté asperger qui a toujours été un aspect sympa de Burzum.

Le niveau remonte un peu avec le court “Hermoðr á Helferð” qui fait une meilleure utilisation du synthé. Cette petite piécette nostalgico-médiévale-ensorcelante se tolère bien et est même agréable au tympan. S’ensuit “Bálferð Baldrs” (Baldr au bûcher), un morceau qui ramène aux sonorités abjectes du premier titre mais en moins pire… Bon, il y a cet espèce de son de clavecin électrique défectueux acheté en rabais chez Tigre Géant MAIS l’ambiance est plus sombre et maîtrisée. On sent mieux l’intention que Varg a voulu donner à la musique ; le côté tragique bas de gamme en est presque touchant. Ça se poursuit sur l’interlude “Í Heimr Heljar” et ses “”””violons”””” solennels. C’est peut-être qu’à ce moment, on s’est habitué à l’esthétique bruitative de la chose donc ça passe un peu mieux. Cependant, ça ne vole vraiment pas haut.

C’est dans la 2ème moitié que l’album devient vraiment cool selon moi, avec ces 2 longues pièces mystiques et tétanisantes. On en oublie presque le côté amateur, comme dans les Burzum antérieurs. Varg réussit enfin à sublimer son matos, ce qui démontre un certain talent. C’est comme entendre quelqu’un réussir à faire quelque chose de vraiment hot avec seulement un gazou et un triangle.

Il y a d’abord “Illa Tiðandi” qui n’est autre qu’une reprise en mode piano du mortifié “Gebrechlichkeit” de Filosofem. Et Dieu sait que J’AIME Filosofem. Je me suis assez crossé dessus dans la chronique à cet effet. Ici, on perd le côté glauque/pestiféré de la version FILO et on ne fait que conserver la mélancolie profonde et indéniable de cette mélodie archi-simpliste qui demeure terriblement efficace… Ce faux piano cheap et ces espèces de faux choeurs en fond viennent bizarrement me chercher au plus profond de mon être. Cela dure plus de 10 minutes et j’aurais pu en prendre 20 de plus. En fait, le disque entier aurait pu être composé de variations de “Illa Tiðandi” que j’aurais encore plus tripé.

Le disque se conclut avec “Moti Ragnarokum” qui est au moins aussi superbe. Le piano niais, satie-ien même, revient en intro. Néanmoins, le morceau est un brin moins dépouillé quand ces choeurs plastifiés et ces percussions au synthé arrivent dans le décor. Et là, c’est franchement réussi. Belle piste tragique et acrimonieuse que voilà et qui termine l’album de magnifique façon.

Vous l’aurez compris : ce disque s’adresse uniquement aux fans finis de Burzum (dont je fais évidemment parti). Il faut mettre ses préjugés de côté pour donner sa chance à une musique qui est, bien malgré elle, handicapée par le médium d’expression qui s’offre à elle.

On se retrouve bientôt pour les aventures de Varg en prison part 2 OU “la découverte d’une certaine forme de compétence”.


Si vous avez apprécié ce disque, Salade d’endives vous conseille également :

MORTIIS – Født Til Å Herske
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DIE VERBANNTEN KINDER EVAS – Die Verbannten Kinder Evas

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