Burzum – Filosofem

Année de parution : 1996
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD, Misanthropy – 1996
Style : Black Metal atmosphérique, Ambient

Filosofem, c’est la trame sonore de l’atmosphère surréelle de Kepler-186f. C’est un monde totalement nouveau et intriguant, à des années lumières du nôtre, mais qui représente en quelque sorte un reflet de notre propre réalité (Såsom i en spegel). C’est le Solaris de Varg Vikernes, SON univers intérieur qui a pris des grandeurs architecturales insoupçonnées, des teintes irréelles… Un monde qui existe maintenant à travers cette oeuvre sortie des méandres cervicales d’un géniteur dément ; une oeuvre musicale riche, unique, grandiose, brute, totalement autre… C’est une promenade grisante dans les sentiers insolites d’une forêt de conifères géants, bordée de lacs argentés, de montagnes aux neiges millénaires, de fjords célestes, de chutes d’eau s’enchevêtrant dans un ravissement visuel proprement bluffant… Imaginez Koyaanisqatsi mais réalisé sur la Kepler ci haut mentionnée. Et la nuit… Cette terre inhabitée devient le refuge d’esprits multiples, de ces Dieux-Morts qu’on ne peut qu’évoquer sans frissonner, de ces Grands Anciens qu’on entend murmurer dans des langues extra-terrestres dans les sous-bois touffus. C’est la musique de vos rêves et de vos cauchemars. D’ailleurs, quand dans mes songes, je suis habité par des apparitions d’ailleurs indomptables, c’est souvent “Filosofem” qui joue en sourdine dans mon cortex saturé d’impossible.

L’album se scinde en 2 parties distinctes. Une première moitié qui consiste à 3 pistes d’un Black Metal atmosphérique-hypnotique des plus grisants et une deuxième qui se perd dans les méandres d’un marais ambient minimaliste de style “Klaus Schulze sur la Propizépine” (marais entrecoupé de deux divagations infâmes et poisseuses où “saturation guitaristique” sont les maîtres mots)… Le traitement des guitares sur c’t’album, c’est vraiment quelque chose… Ces guitares sont dégueulasses, ensorcelantes, humides, gavées d’une électricité mal calibrée (le court-circuit n’est jamais loin) et elles font, à elles seules, presque toute la magie de l’atmosphère de ce Filosofem. Ça et ces claviers archi-froids, un peu niais et analogiquement vôtres, qui vous tapissent l’âme d’un givre mystique. Et ya aussi les vocaux/cris bestiaux de sieur Vikernes qui n’ont jamais sonné comme cela, ni avant, ni après ; électriquement chargés, inhumains, filtrés à travers un micro bas de gamme qui surchauffe, la bouche pleine d’araignées et de mouches mortes, froids, froids, froids… Varg avait insisté pour utiliser le plus mauvais microphone possible. On dirait Marilyn Manson époque Antichrist Superstar (même année, tiens) qui nous fait son “Beautiful People” sur un enregistreur portable 2 pistes recouvert de boue et de feuilles pourrissantes, le tout “live” dans un sous-bois scandinave en plein mois d’Octobre… Cet album est électriquement moisi. Et c’est là sa grande qualité. Une sorte de “Loveless” (dixit My Bloody Valentine) mais à la sauce tréfonds des ténèbres lo-fi. Pas surpris pour 2 balles que Thurston Moore ait été bandé comme un Turc sur cet album.

“Dunkelheit” (originellement appelé tout sobrement “Burzum” dans sa version originelle… il s’agit là en fait du tout premier titre composé par Varg pour Burzum) ouvre le bal de manière on ne peut plus épique. Ce titre lancinant prend tout son temps pour imposer sa putain d’ambiance ultime. Les guitares ronronnent doucereusement avant de révéler leur pleine puissance cafardeuse. Une batterie binaire à souhait vient appuyer ce mur de sons marécageux. La voix branchée sur le 1 500 Volts instable de Varg arrive en trombe dans le marais sonore et les claviers viennent parfaire le décor somptueusement dépressif. Une écoute au casque révèle toute la magie de ce morceau, que beaucoup considèrent comme le meilleur de Burzum (c’est du moins, selon moi, son plus emblématique). Varg, encore une fois, nous démontre son grand talent de paysagiste sonore, faisant des merveilles avec un rien époustouflant, raffinant les contours sinueux de cet hymne nostalgique avec des couleurs éparses, des vertiges euphoriques, des couches de ténèbres et de lumières s’entremêlant dans l’infini d’une musique qui se veut épopée céleste et solitaire à travers ce monde fantomatique. On croirait errer dans les limbes brumeuses du Lake Attersee de Klimt. Mention toute particulière à ce passage à la voix claire, triste à souhait, qui me file des malins petits frissons à chaque fois… Le second morceau, “Jesu død” (la mort de Jésus) n’est pas en reste. C’est LE hit-pop de MC Vikernes. Exit les claviers. Le tempo s’accélère tout en demeurant hyper simpliste. On surfe ici sur un riff de guitare absolument grisant qui évolue petit à petit en de multiples variations et surimpressions oniriques. Cette pièce est une sorte de drogue impie pour tous mes sens. Cela pourrait durer une heure ou 8 ans que je serais toujours accroché à ce riff en constante permutation. C’est un peu la rencontre inespérée entre le Black Metal et une certaine forme de Trance (si, si). C’est aussi le seul moment un brin « up-beat » d’un disque surtout mélancolique et introspectif. On replonge donc dans la torpeur d’un “Beholding the daughters of the firmaments” glacé et glaçant, rappelant un peu “Dunkelheit” mais en plus désespéré. L’ampoule qui grésille faiblement au-dessus de vos têtes est sur le point de s’éteindre définitivement, vous laissant seul, face-à-face avec l’obscurité complète.

Ensuite, on tombe très bas, dans des profondeurs abyssales de la seconde moitié plus expérimentale et ambiante de Filosofem… Le point de non-retour. L’abandon de la structure. L’éveil d’une certaine forme de gouffre musical. “Decrepitude 1” est un cadavre gondolé, à moitié dévoré par les vers, qui flotte dans une mare d’immondices. Gloussements déchirants, guitares en perdition, claviers transi. Le tout sert d’introduction au morceau de résistance du disque, “Rundtgåing Av Den Transcendentale Egenbetens Støtte”, LE chef d’oeuvre ambiant de Vargounet. C’est le genre de truc hyper-niais et simpliste qu’on pourrait s’imaginer faire soi-même à la maison avec un vieux synthé tout crade, un soir pluvieux de Novembre… Mais PUTAIN, quelle foutue ambiance (un peu à la sauce John Carpenter ; pensez “The Fog” ou surtout “The Thing”) !!! Fermez les yeux. Vous verrez un long lac figé par l’hiver. La Toundra agitée par des vents maudits. Une vieille cabane en bois ravagée par les saisons et les années qui passent, inlassablement. L’intérieur de la cabane la nuit, avec une lampe à l’huile rouillée qui éclaire faiblement l’intérieur nu ; un homme (ou une chose vaguement humaine) au regard fixe se balançant grotesquement dans une chaise berçante dans un coin sombre de la seule pièce. Et dehors, la neige qui commence à tomber… C’est prenant, c’est totalement extra-terrestre et c’est bizarrement beau. Les amateurs de cinéma expérimental reconnaîtront aussi sa présence dans le très particulier “Gummo” de Harmony Korine… L’album se termine avec Decrepitude part dos. Même chose que part uno, mais avec le cadavre complètement pourri-fondu dans la mare aux suppliciés. Plus humide encore ; plus étouffant, comme si t’étais DANS le cadavre et que t’essayais de respirer mais qu’il n’y avait que de la chair liquide et de l’eau boueuse qui te rentrait dans la gueule et te tapissaient les poumons.

Filosofem…. aaaaah, Filosofem…. comment veux-tu que je conclu cette chronique qui t’est dédiée ? Tu m’as fait tant rêvé. Pour citer le doublage héroïque de Nicky Larson, tu m’as “déchiré les habits !!!”. Tu m’as accompagné le long de mes longues marches solitaires dans les bois avoisinants, hiver, automne ou été. J’ai grandi avec toi ; de 2002 à ce jour. Jamais tu n’as abandonné mon lecteur mp3 hyper-cheap. Tu fais parti de moi, pour toujours. Je t’aime, sacré putain d’album mal enregistré, plein d’idées aussi grandiloquentes que ridicules, de vertiges inapprivoisable, d’euphories-lo-fi galopantes, de riffs immortels qui se fondent majestueusement l’un dans l’autre, de notes de claviers chimériques, de cris surannés dans une nuit qui n’a jamais vraiment fini de finir depuis tout ce temps… Veux… Veux-tu jouer à mon mariage ? Je vais t’acheter un beau tuxedo.


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