Burzum – Hvis lyset tar oss

Année de parution : 1994
Pays d’origine : Norvège
Édition : CD Digipack, Misanthropy – 1994
Style : Black Metal atmosphérique suprême / Ambient

Non mais regardez moi c’te pochette de génie… une oeuvre splendide de Theodor Kittelsen, peintre/dessinateur fantaisiste/folklorique norvégien qui a plus ou moins inventé la pochette Black Metal parfaite à peu près 100 ans avant l’invention même du style musical. Et pas qu’une messieurs-dames ! Toute sa série d’illustrations dédiée à la peste, Svartedauen (La Mort Noire), c’est de la pochette de BM en puissance.

C’te cover art, il me parle… Cette charogne en putréfaction me susurre des mots doux à l’oreille la nuit quand je m’endors. J’entends le cris des corbaks satisfaits, la panse assouvie par tant de chair contaminée. Ce chemin forestier, je l’ai longtemps cherché dans mes errances automnales, à une époque où je meublais mes après-midi nihilistes à vagabonder dans les sous-bois trifluviens,  écouteurs dans les oreilles, walkman dans la poche… Je l’ai presque trouvé à différents moments : ce sentier insolite merveilleux, sorte de portail sylvestre vers le jardin secret de Varg Vikernes… mais il se volatilisait toujours à la dernière seconde.

Cette image de couverture, c’est le reflet visuel parfait pour la musique sépulcrale que ce  troisième recueil discographique renferme en son sein. Et bordel que je l’aime ce disque. D’un premier amour d’adolescent, sincère, niais et authentique. Ce fut mon premier disque de Black Metal.  Coup de foudre quasi-instantané (après terreur initiale) pour l’ingénu damoiseau semi-tragique semi-pathétique (et encore vierge) que j’étais en ce printemps édition 2002. Ce disque libérateur qui osait enfin la rage et la brutalité non-intellectuelle/primaire qui sommeillaient chez votre chroniqueur au sourire si doux… C’est ce disque de fou furieux qui m’enseigna (avec “Another Green World” de Eno, dans un tout autre registre) que la qualité atmosphérique d’une musique est plus importante que la compétence technique de son ou de ses interprète(s). C’est aussi l’album qui m’initia aux joies infinies du minimalisme dans sa forme la plus crue… Ce disque EST transe incantatoire terrible OU une certaine forme de GOA Trance pour les esprits misanthropes en perdition ; ceux qui préfèrent les racines millénaires et les amoncellements de feuilles mortes aux plages bondées de touristes sur l’ecstasy.

Nous avons ici un album qui se divise en 4 épopées minimalistes succulentes, 3 d’entre elles tombant dans le Black technoesque minimal et la dernière donnant dans l’ambient féérique / crépusculaire.

Cela commence avec “Det som en gang var”, qui porte le même nom que l’album antérieur de Burzum pour ceux qui suivent. Ce morceau d’ouverture est considéré à juste titre par plusieurs comme la meilleure piste de Black Metal jamais enregistrée. Près de 15 minutes d’apesanteur dans une forêt psychédélique en noir et blanc, avec ses grands arbres hurleurs, mais dessinés convulsivement sur une large toile ; façon décors du Cabinet du Dr. Caligari. “Det som”, c’est le concerto vespéral de Varg. Sa grande nuit transfigurée. On s’y perd avec une délectation sans borne. On y retrouve les légendaires vocaux de lièvre étranglé de sieur Vikernes (plus maitrisés que jamais), ce mid-tempo maussade/spleenétique qui fait mouche à tout coup, cette guitare stroboscopique qui livre des riffs glaciaux et tendus, ces patterns de batterie hypnotiques, cette dissonance séraphique et surtout : ces synthétiseurs noctambules/oniriques qui sont la base architecturale de ce tout magnétique. Que c’est beau.

Cela se poursuit avec deux autres long morceaux d’un Black Metal tout aussi ensorcelant que glauque. La pièce-titre, au tempo plus rapide et martelant, est une merveille de rage et d’inflexibilité qui saura ravir votre coeur noir. Suite logique de sa consoeur, “Inn i slottet fra droemmen” débute avec la même euphorie rythmique haineuse. Mais avec le retour tant attendu des claviers congelés, le tout finit par se muter en morceau plus lent, vicié et putride. Conclusion plus qu’appropriée au voyage halluciné, “Tomhet” est une longue plage de Dark Ambient/Dungeon Synth qui vous fera dériver langoureusement vers le néant originel.

Chapeau bas Varg, chapeau. Force est d’admettre que j’aime beaucoup ce grand connard de raciste norvégien ! Pas pour ses opinions raciales/politiques niaises et enfantines. Pas non plus pour ses talents de manieur d’arme blanche (bien qu’il se débrouille très bien au coutelas paraît-il). Je l’aime plutôt pour son monde intérieur gorgé de mélancolie antique/autistique ; ce planisphère dément qu’il est le seul à entrevoir, à travers son regard romantique, comme un idéal fané par les siècles… cet univers impossible qui n’a jamais vraiment existé qu’en lui et que moi, je vois plutôt comme la base géographique imaginaire d’une série de SF envoutante à souhait… Et Bon Dieu (un Dieu non-chrétien, bien sûr) que cet univers, il réussit à le rendre complètement tangible avec ce disque.  Ça en est presqu’effrayant de tangibilité ! Hvis lyset tar oss… “Si La Lumière Nous Prend”… C’est avec cette offrande qu’il nous livre (je crois sincèrement) son oeuvre la plus intègre, la plus scrupuleuse et probante. Il est finalement allé au bout de son concept ; de son fantasme sonore élaboré sur les albums précédents.

Que faire ensuite ? La réponse, radicale, se trouve à l’écoute de son chef d’oeuvre “Filosofem”, LA grande désincarnation céleste de Burzum.


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