Kali Malone – The Sacrificial Code

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : 3 CDs, iDEAL Recordings – 2019
Style : Drones d’orgue, Minimalisme

Notes sur l’enregistrement :

“Canons for Kirnberger III” (pistes 1 à 3) jouées et enregistrées par Kali Malone à L’École royale supérieure de musique de Stockholm.

“Norrlands Orgel”(pistes 4 à 6) jouées et enregistrées par Kali Malone, avec l’assistance de Karl Sjölund au Studio Acusticum de Piteå.

“Live in Hagakyrka” (pistes 7 à10) jouées par Ellen Arkbro et Kali Malone ; enregistrement par Rasmus Persson à l’église Haga kyrka de Gothenburg.

*Mastering par Rashad Becker


3 CDs d’orgue dronesque ?!? Serait-ce le wet dream absolu d’un certain Yannick Valiquette qui prend vie ? Oui, tout à fait. Et un peu le mien aussi (ouais Yanni, t’as pas le monopole de l’appréciation “organesque” ; sorry bro)… Kali Malone est une jeune américaine qui a grandi dans le Colorado et qui a fait des études en chant classique. À 16 ans, elle rencontre Ellen Arkbro lors d’un spectacle à New York et décide d’aller lui rendre visite à Stockholm l’année suivante. S’ensuit alors une grande période formatrice pour Kali qui se met à faire de la musique (improvisée surtout) avec une panoplie de musiciens là-bas. Elle tombe littéralement sous le charme de la Suède et de sa scène musicale underground foisonnante. Elle décide d’y d’émigrer sur un coup de tête, à ses 18 ans, avec pour seuls bagages son ampli de guitare Fender et quelques pédales. 6 ans plus tard, elle vit toujours à Stockholm, y poursuit des études en composition électro-acoustique et y a enregistré plusieurs disques (dans différents genres) formant une discographie déjà fascinante. Pas mal pour une demoiselle qui n’a que la mi-vingtaine !

En 2018, Malone publie un EP qui rassemble 4 improvisations qu’elle a faîte à l’orgue dans une période donnée (2016-2107). À son écoute, on comprend rapidement qu’elle a trouvé là un instrument de choix pour exprimer toute sa sensibilité artistique et mettre en musique son monde intérieur où mélancolie funéraire et somptuosité automnale s’enchevêtrent. C’est d’ailleurs avec ces litanies cafardeuses et désolées que j’ai initialement abordé le corpus de l’américaine. Ce que je ne savais point à ce moment, c’est que cet exercice (déjà sublime) ne serait qu’une mise-en-bouche pour sa plus grande réalisation discographique jusqu’à ce jour : Le Sacrificial Code (ici chroniqué).

Donc… Comme je disais, on a ici affaire à 3 CDs avec uniquement de l’orgue (mis à part une courte piste qui introduit le 3ème disque et qui met en scène les cloches de l’église luthérienne Haga kyrka de la ville de Gothenburg). C’est donc un album pour oreilles avertis seulement ; pour ces aventureux contemplatifs-statiques qui aiment se laisser emporter et bercer les tympans par une musique qui prend tout son temps pour imposer son atmosphère quasi-figée et ensorcelante. Car quand il est question de drone, il est souvent question aussi de patience, de méditation, de voyage intérieur, d’engourdissement de l’âme… Il faut laisser chaque note nous englober, chaque réverbération du divin (et colossal) instrument nous tétaniser jusqu’à ce qu’on réalise qu’on est littéralement sous hypnose. Ce n’est donc pas un opus qu’il faut se farcir dans n’importe quel contexte… Mais quand c’est le bon moment, bon Dieu qu’on peut partir loin avec cet album et toucher/gouter à une sorte d’absolu miraculé ! Et on se dit alors qu’il n’y a pas musique plus belle, plus essentielle que cela !

Il est nécessaire de souligner ici le superbe travail de “miking” effectué par Malone. En plaçant les micros stratégiquement très près des tuyaux de l’orgue, elle a réussit à éliminer autant que possible les identifiants d’environnement ; en supprimant essentiellement la grande réverbération de hall si inextricablement liée à l’instrument en temps normal. L’orgue sonne donc vraiment différemment de ce qu’on à l’habitude d’entendre… Il est plus doux, plus près, plus intimiste, plus frêle, moins hautain, moins victorieux, moins romanesque. De plus, dans sa manière de jouer, Kali s’est efforcée de se libérer de tics que peuvent avoir les organistes qui se laissent emporter bien souvent par l’émotivité du moment, la toute puissance de l’instrument et les élans expressifs qui en résultent dans la performance. Son jeu (et celui d’Arkbro sur le CD 3) est lent, délibéré, stoïque, raidi, gelé, presque impassible… et il invite donc au recueillement le plus complet.

C’est vraiment un de mes albums préférés de 2019. Voilà là une oeuvre puissante qui va m’habiter longuement et que je me plairai à écouter et réécouter lors de ces jours d’infinie grisaille (qu’elle soit physique ou psychique).


Si vous avez apprécié cet album, Salade d’endives vous conseille également :

ELLEN ARKBRO – For organ and brass
PAUL HINDEMITH – Les Trois Sonates Pour Orgue
SARAH DAVACHI – Let Night Come On Bells End The Day
ÁINE O’DWYER – Music For Church Cleaners vol. I and II

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