Top Albums 2019 de Salade d’endives – Part 1

Bonjour chers Fondus de Bruit ! Et oui… C’est l’heure des bilans de fin d’année. Je lance le bal schizoïde avec ma liste des 50 meilleurs albums de 2019, année qui fut ma foi une des plus spectaculaires au niveau des sorties musicales de qualité. À cette liste personnelle succédera un Top collectif de toute l’équipe de Bruit de Fond d’ici quelques jours ou semaines. C’est à suivre très attentivement.

Pour continuer dans cet élan de contre-rendu-isme, mine de rien, Bruit de Fond fait son petit bout de chemin, tout anodin qu’il est, à travers la pléiade de blogues musicaux disponibles sur les internets (.com). Nous existons depuis tout juste 6 mois et déjà nous avons 170 publications, qu’on parle de critiques (albums, films, livres, spectacles), de mixtapes ou autres articles diverses. C’est pas mal du tout ! Je voulais donc prendre le temps de remercier mes collègues : Alain, Les deux Mathieu, Yannick, Sylvain, Mario, Guillaume ; sans oublier mon Juju adoré d’amour en sucre en crème en caramel en chocolat au sel de mer.

Avec cette belle équipe (à laquelle viendra potentiellement se joindre d’autres comparses), nous allons continuer de vous parler de musiques (autant possibles qu’impossibles) et vous gorger de tous ces sons étranges qui nous font vibrer et chavirer ; le tout avec un sourire démesuré de dangereux psychopathe. J’ai plusieurs projets en tête pour 2020 (le premier étant de pouvoir éventuellement m’adonner à une joute de mini-putt au Rigolfeur contre le célèbre Michael Gira… mais passons).

Pour nos quelques lecteurs réguliers, n’hésitez pas à partager ce que nous faisons à vos amis mélomanes, à commenter ou encore poser vos candidatures si vous voulez nous rejoindre. On est pas méchants (contrairement à ce que le nombre de disques dédiés au Grand Cornu sur nos pages peut évoquer). Nous nous investissons corps et âme dans ce beau projet que plusieurs pourraient croire futile. Mais je crois que ça vaut la peine !

Donc, sans plus tarder, voici ci-bas la première partie de ma liste des 50 meilleurs albums de 2019 (selon moi et moi seul). Bonne lecture !


50

DEATHPROD – Occulting Disk

(Smalltown Supersound)

Premier album depuis plus de 15 ans pour ce projet solo d’Helgen Sten (aussi membre du collectif jazz expérimental Supersilent), lui qui dans le passé nous avait ravi les tympans de chef d’oeuvres mystérieux et obtus tels que “Morals and Dogma” et “Treetop Drive 1-3”. Il s’agit d’un retour discographique passablement éprouvant alors que le Norvégien nous assène un rituel “antifasciste” en pleine gueule, rituel dans lequel on navigue en eaux troubles, entre ambient noir comme la nuit, power electronics, drone et death industriel glaçant. Un album double traumatisant au possible, qui saura plaire aux fans de Throbbing Gristle, de Nurse With Wound et de l’écurie Aural Hypnox.


49

WARMOON LORD – Burning Banners of the Funereal War

(Wolfspell)

Au niveau du Black Metal, la Finlande détruit tout sur son passage et ce, peu importe si on parle de black moderne fucked-up ou de black à l’ancienne. Le Seigneur de la Lune Guerrière, petit nouveau dans la scène finnoise, ne va pas me faire changer d’avis ! Ici, on est définitivement du côté old school de la chose. On a droit à un cumulé fastueux de tout ce qui faisait la magie du Black Metal des années 90 : la prod bien croustillante, les guitares qui buzzent jusqu’à plus soif, les claviers atmosphériques sirupeux/délicieux, l’ambiance épique-nostalgique, les vocaux criards superbement maitrisés, les compositions de grande qualité… Bref, un superbe cru !


48

SOLANGE – When I Get Home

(Columbia)

Après le magnifique “A Seat at the Table” (qui était très haut dans mon top 2016… mon deuxième album préféré de cette année pour être exact), Solange Knowles est de retour pour mon plus grand plaisir. “When I Get Home” est presqu’aussi bon que son prédécesseur et n’est pourtant que 48ème dans ma liste, ce qui résume à quel point 2019 fut une formidable année musicale ! On tient là un sensationnel album de néo-soul dans lequel la demoiselle expérimente avec différents styles (psychédélisme, jazz, ambient, synth funk, chopped and screwed, art pop, gospel 60s, R&B 90s). Le son est un peu plus froid et dépouillé ici qu’auparavant… Solange explore des terrains nouveaux et se cherche à travers ce disque minimaliste que j’imagine en être un de transition vers une musique qui se rapproche de plus en plus d’une certaine forme de “peinture sonore”. Sa voix est toujours aussi riche et belle. Le propos toujours aussi pertinent. Une carrière à surveiller de très près.


47

MDOU MOCTAR – Ilana: The Creator

(Sahel)

Le guitariste blues touareg Mdou Moctar (de son vrai nom Ahmed Ag Kaedy) nous livre ici son premier album enregistré professionnellement en studio avec un groupe (Ahmoudou Madassane à la guitare rythmique et Aboubacar Mazawadje à la batterie). Il ne perd pourtant rien de sa fougue, ni de sa folle énergie créatrice ou de son côté hautement psychédélique. Au menu : des freak-outs de guitare électrique particulièrement inspirés qui nous plongent dans une transe profonde et bienfaitrice, cette atmosphère aride/désertique bien représentative du genre, des rythmiques cyclique inspirées du Krautrock… Une sorte de rencontre au sommet entre Tinariwen, Hendrix et Ash Ra Tempel.


46

KIM GORDON – No Home Record

(Matador)

Je ne m’y attendais pas à celle-là… Pour son tout premier album solo après une carrière de près de 40 ans, notre Kim Gordon adorée nous sert un disque électro-noise-rock dans lequel elle flirte autant avec le proto-punk-garage (à la Stooges) qu’avec le Trap-Rap ; voir le rap industriel à la Death Grips. Armée de sa guitare, sa basse, de plusieurs boîtes à rythmes et d’une cohorte de samples abrasifs, la marraine du rock alternatif livre ici le meilleur opus discographique post-SY que j’ai entendu (n’en déplaise à Thurston). Un disque audacieux, en dents de scie, super actuel et jouissif.


45

MARRAS – Where Light Comes to Die

(Spread Evil)

Sorte de super-groupe underground de BM Finlandais, Marras est composé de membres des formations Vargrav, Förgjord, Nekrokrist SS et Mimorium (la crème de la scène, ni plus ni moins). Ce premier album pour la troupe ne pouvait faire autrement qu’être excellent. C’est aussi un disque hyper varié. Il y a une forte inspiration de la seconde vague norvégienne (le vieux Immortal surtout), mais aussi du courant DSBM (Depressive Suicidal Black Metal). On pense parfois à Lifelover mais dans un contexte plus forestier qu’urbain. Qui plus est, on retrouve des petites touches folk et black sympho qui viennent embellir le morne paysage grisâtre dépeint par nos comparses. L’opus fait la part belle aux contrastes ; on passe de moments très crus et rageurs à d’autres plus mélancoliques et apaisés (avec ces passages de “spoken word” tristounets en diable). Espérons que cet album ne soit que le début d’une discographie exhaustive parce que j’en redemande.


44

KUKANGENDAI – Palm

(Ideologic Organ)

Et voici un disque qui sonne comme presque rien d’autre, à part peut-être un peu comme une fusion froide et bizarre entre The Necks, Slint et le King Crimson des années 80. Ce trio japonais de math rock rigoureusement minimaliste construit une musique complètement extra-terrestre, aride, entêtante, labyrinthique, hésitante… qui semble constamment trébucher sur elle-même sans jamais tomber complètement, se redressant toujours dans sa démarche obsessive-compulsive et patibulaire. Guitare, basse, batterie et un peu de voix. Juste ça. Et ça te tisse des merveilles qu’on ne peut qualifier d’hypnotiques parce qu’à leur écoute, on est trop aux aguets pour se laisser emporter vraiment. Musique qui te tient sur le bord de ta chaise, à tenter de comprendre la/les rythmiques, la logique et la science derrière la bête. Fascinant.


43

THESE NEW PURITANS – Inside The Rose

(Infectious Music)

Je les attendais au tournant ces nouveaux Puritains là. 5 ans sans nouvelle, ça commençait à faire long. Mais je dois dire que l’attente en aura valu la chandelle car, encore une fois, ils ne m’ont pas déçu. Le son évolue encore, comme toujours avec les frères Barnett. Je dirais que ceci est leur album berlinois, entre musique de chambre synthétique, darkwave, goth pop doucement post-industrielle, néo-folk et post-rock. C’est richement orchestré, les arrangements sont incroyablement soignés, la voix basse de Jack n’a jamais été aussi belle, les compositions sont bourrés de petits détails magnétisants qu’on découvre petit à petit… En plus, il y a David Tibet (de Current 93) sur le single “Into The Fire” ! Comme leur opus précédant, le chef d’oeuvrifique “Field of Reeds”, voilà là un album qui, comme le bon vin, va se bonifier au fil des écoutes et des années.


42

HILDUR GUÐNADÓTTIR – Chernobyl

(Deutsche Grammophon)

Glaciale, inquiétante, surannée, machinale, cafardeuse, vrombissante, sinistre, funeste, insolite, apocalyptique… Voici quelques qualificatifs qui caractérisent la musique pourtant très belle que Guðnadóttir a créé pour cette trame sonore exceptionnelle. On navigue ici dans les méandres d’une dark ambient dronesque fort chargée, dans laquelle s’enchevêtrent les spectres chatoyants de la musique industrielle, du noise et du classique contemporain ; le tout saupoudré de quelques judicieux field recordings (des sons provenant réellement d’une centrale nucléaire) par ci par là. On retrouve aussi ces espèces de choeurs désincarnés à travers le disque ; apportant une touche d’humanité à cet océan métallique de sons transis.


41

WASTE OF SPACE ORCHESTRA – Syntheosis

(Svart)

Qu’est-ce qui se produit quand des doom métalleux droneux cosmiques (Dark Buddha Rising) se lient d’amitié avec des black métalleux psychédéliques (Oranssi Pazuzu) ?!? La réponse, c’est ce “Syntheosis” vertigineux et passablement opiacé/enfumé. Sorte de space-opera conceptuel (mettant en scène trois protagonistes incarnées par 3 différents chanteurs de la troupe), l’album réussit à être la somme des deux entités qui ont fusionnés avec brio (tel un Gogeta nébuleux). On retrouve ici tout ce qui fait la magie des deux groupes et même plus encore. Cette chose ahurissante (et possiblement illégale) marie à merveille psych, sludge, black metal, rock progressif, doom, krautrock, space rock, dark ambient (et j’en passe). Une écoute essentielle pour tous ceux qui aiment un peu (voir beaucoup) de folie dans leur Metal.


40

SWANS – Leaving meaning.

(Young God)

Ce nouvel album des Cygnes est le premier suivant la dissolution du line-up qui sévissait depuis que le groupe avait miraculeusement refait surface en 2010 avec “My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky” et qui était responsable pour l’impitoyable (dans le bon sens du terme) trilogie d’albums-double qui a déferlé sur le monde libre de 2012 à 2016. Le père Gira se retrouve cette fois entouré de 18 musiciens (dont son épouse Jennifer Gira, son ancien comparse des Angels of Light, Thor Harris, ainsi que le compositeur et ingénieur son australien Ben Frost). C’est un album beaucoup plus subtil que les précédents, parfois même doux et contemplatif. On retrouve avec beaucoup de plaisir un peu le Swans de l’époque “Great Annihilator” mais enchevêtré au son et à la force de frappe du Swans à la sauce moderne. Un disque qui n’a pas fini de me susurrer tous ses sombres secrets à l’oreille…


39

PURPLE MOUNTAINS – Purple Mountains

(Drag City)

Adieu David Berman (1967-2019)… Adieu incroyable storyteller… Adieu magnifique et perpétuel loser. Je t’aurai peu connu de ton vivant (à part ces quelques albums des Juifs Argentés que j’ai hélas trop peu écouté) mais maintenant, je vais me plonger dans ton corpus intégral afin de te rendre justice. Merci d’être revenu à la musique une dernière fois, avec ce sublime chant du cygne, avant de nous quitter définitivement. RIP.

P.S. : Ta mort a beaucoup fait braillé Yannick Valiquette en passant.


38

VANISHING TWIN – The Age Of Immunology

(Fire)

Si comme moi vous vous ennuyez beaucoup de Broadcast et de Stereolab, vous feriez bien d’aller jeter une oreille (ou deux) du côté du Jumeau volatilisant. C’est sûr et certain que les membres de ce quintette se sont abreuvés des discographies de ces deux groupes (qui sont parmi mes préférés) mais livrent quand même une version hautement unique et personnelle de cette pop hypnagogique tant convoitée ; à mi-chemin entre yé-yé nouveau genre, gentle psych, électro analogique, krautrock, library music et jazz. Un petit régal sonore qu’il fait bon de s’octroyer entre un drone céleste de 4 heures et un disque de death metal ultra dissonant.


37

JPEGMAFIA – All My Heroes Are Cornballs

(EQT)

Inclassable, insaisissable, diversiforme et évoluant loin de tout carcan, JPEG continue son bout de chemin de la plus fascinante façon… Son flow est complètement unique et fait fi de toute convention pré-établie (pas de refrain/couplet/refrain en ces lieux transgéniques). Ses beats sont expérimentaux au possible et laissent entrevoir un nombre presqu’incalculable d’influences : pop, ambient, cloud rap, vaporwave, IDM, musique de jeux vidéos, musique industrielle, punk, avant-garde at large. La structure de l’album est schizophrénique et jusqu’au boutiste. Les morceaux, pour la plupart très courts, se suivent à un rythme effréné, sans logique apparente. Ça va dans tous les sens et ça pourrait décourager les moins fugaces auditeurs. Il nous crie à la gueule sur une rythmique indus pour nous ensorceler quelques secondes plus tard avec une langoureuse piste mélancolique et planante. Et bordel que ce truc maximaliste est bourré de samples à n’en plus finir, des samples partout, superposés, des textures par dessus d’autres textures… Un casse-tête vertigineux dont on ressort étourdi mais heureux.


36

MISÞYRMING – Algleymi

(Norma Evangelium Diaboli)

La scène black metal islandaise se porte magnifiquement bien depuis environ une dizaine d’années… Misþyrming est un des groupes porte-étendard de cette scène bouillonnante. Leur premier opus (Söngvar elds og óreiðu, 2015) est considéré à juste titre comme un des grands disques de Black moderne. Pour ce second, le quatuor a décidé de faire évoluer leur son caverneux vers quelque chose de plus ample et ouvert. Moins dissonante, orthodoxe et marécageuse, leur musique est maintenant plus mélodique, raffinée, épique, fantasque, véloce et émotive. Certains maudiront cette mutation vers des cimes moins embruinés mais quand le résultat est aussi colossalement seigneurial, je ne peux personnellement que m’incliner. Une genre de fusion parfaite entre Deathspell Omega, Enslaved, Mgła et Emperor.


35

KLAUS LANG & GOLDEN FUR ‎– Beissel

(Another Timbre)

Voici une superbe collaboration entre le compositeur autrichien Klaus Lang (ici à l’orgue) et l’ensemble Golden Fur (James Rushford à la viole/harmonium, Judith Hamann au violoncelle et Samuel Dunscombe à la clarinette). Les musiciens s’inspirent de la musique proto-sérielle du compositeur et chef de communauté religieuse Johann Conrad Beissel (1691–1768) pour nous pondre une longue piste de drone céleste, libidineuse, fragile, vaporeuse, transpercée ça et là de quelques rayons de soleil diffus… L’équivalent sonore d’un ciel d’automne chargé de cumulonimbus. Beau.


34

NIVHEK – After its own death / Walking in a spiral towards the house

(Yellow Electric)

Notre Liz Harris adorée délaisse momentanément son pseudonyme de Grouper et nous offre ces deux longues suites ambient (séparées chacune en 2 sous-mouvements, le format vinylique oblige) sous le nom de Nivhek. Choix judicieux parce qu’on est ailleurs que dans Grouper ici… Conçu en Antarctique et dans les Açores (Portugal) où l’artiste faisait résidences, ce projet mystérieux fascine par son habillage sonore singulier : gamelan javanais, mellotron, field recordings discrets, guitares, pédales à effet, pistes vocales multiples rappelant le chant grégorien… Tout ceci s’enchevêtre à merveille pour façonner une musique ambiante/drone mystique et sédative. Liz poursuit son chemin entre brumes et mélancolie, continuant d’ériger une discographie monolithique et essentielle pour tout amateur d’ambient.


33

TOKI FUKO – Spring Ray

(Silent Season)

Silent Season, c’est un monde ; une cosmogonie. Ce petit label de l’ouest canadien a créé son propre petit univers sonore bien à lui en alliant la beauté naturelle de l’île de Vancouver à la musique d’artistes oeuvrant dans les créneaux éthérés que sont le tribal ambient, le dub techno, et le minimal techno. Leurs sorties discographiques sont magnifique ; tant au niveaux visuel que sonore.

Toki Fuko (de son vrai nom Sergey Korotaev) est l’auteur du meilleur disque paru sur l’étiquette en 2019 selon votre critique au sourire si doux. “spring Ray” nous convie à un vol de nuit, en suspension, à travers une forêt tropicale riche et humide. On à affaire à une dub techno impalpable et désincarnée. Les boucles narcotiques cachent en leur sein milles petits détails phoniques ahurissants. Et on sent que tout l’album est hanté par le fantôme d’un disque de chill-out 90s obscur… À noter que la version vinyle est différente de la CD ; cette dernière étant composée de 2 longues pistes (+ de 30 min. chacune) encore plus vaporeuses.


32

CLIPPING. – There Existed an Addiction to Blood

(Sub Pop)

“Splendor & Misery” nous projetait dans les espaces intergalactiques où se déroulait une dystopie afro-futuriste passablement glaçante… “There Existed an Addiction to Blood” nous prend à la gorge et nous ramène violemment sur le sol de la Terre, dans une rue moite et jonchée d’immondices d’un ghetto américain, le soir de l’Halloween. Ce disque est une gigantesque maison hantée ; un manoir de l’horreur. Chaque piste est une histoire sanguinolente et gore, racontée du point de vue de la victime ou des bourreaux… Au niveau de l’habillage sonore, les gars de clipping. vont encore plus loin qu’auparavant dans l’incorporation de différents styles (industriel, noise, dark ambient, musique concrète, minimalisme, musique “indéterminée”, drone) dans leur musique ; musique qui d’ailleurs n’a jamais été aussi jusqu’au boutiste et expérimentale. On retrouve même le groupe de Harsh Noise The Rita sur une des pistes (le pétrifiant “La Mala Ordina”)… Mais l’influence principale ici c’est le Horrorcore. On tient là un chef d’oeuvre d’Horrorcore cinématographique et avant-gardiste… et à la fois un vibrant hommage et une critique de ce courant ultra-violent du rap (qui est apparu à à l’aube des années 90, avec des groupes comme Three-6 Mafia et Gravediggaz).

Le disque rap le plus glauque de 2019, assurément. Et ça se termine sur un field recording de 18 minutes d’un piano qui brûle. Juste ça.


31

SUNN O))) – Life Metal & Pyroclasts

(Southern Lord)

Grosse année que fut 2019 pour les barbus encapuchonnés préférés des petits et des grands. Deux albums enregistrés et édités à Chicago par le grand Steve Albini ; un monsieur qu’on ne présente plus. La touche Albini est là. Ça sonne merveilleusement bien, comme si on y était. Pour avoir vu la bête en spectacle, je crois que ces deux albums sont ce qui se rapproche le plus de l’expérience “live” du groupe de drone-metal-ambient le plus célébré sur Terre (et dans ses abysses impénétrables). Au menu, le resto))) sert encore la même chose : des tonnes et des tonnes de grosse guitare sale et amplifiée au max, des ondes de basses langoureuses qui, à un certain volume, peuvent potentiellement vous faire déféquer sur votre propre personne et quelques fois, l’apparition bienvenue d’une voix humaine, comme celle de l’Islandaise Hildur Guðnadóttir sur “Between Sleipnir’s Breaths” (première pièce de “Life Metal).

Le grand frère, “Life Metal”, est plus composé et concis. “Pyroclasts” est improvisé à 100%. Les deux sont essentiels.


30

YELLOW EYES – Rare Field Ceiling

(Gilead)

“Rare Field Ceiling” a tout du disque de Black moderne parfait. Parfaitement maitrisé, complexe, à la fois mélodique par bouts et dissonant/atonal par d’autres, émotif jusqu’à la moelle, idiosyncratique à fond (vous savez ce mot que les amerloques adorent utiliser), à la fois beau, laid et tragique (comme le meilleur Black Metal). Vous aimez les guitares anguleuses qui déferlent dans votre cortex gorgé d’extase ? Ici, c’est anguleux de chez anguleux mes amis ! Vous aimez la rage, la rapidité féroce et la technicité façon-Krallice, vous serez servis (d’ailleurs Mick Barr est de la partie sur une piste). Vous aimez aussi les moments contemplatifs où l’atmosphère vous saisi à la gorge le temps d’un field recordings sibérien particulièrement touchant, les mecs aux yeux jaunes ont aussi pensé à vous ! Ces salauds sont presque trop géniaux. Ça en est agaçant ! Et ils trouvent même le moyen de faire les meilleures fins et débuts de pièces EVEUR.

Un disque complètement magistral, expérimental et fucked-up oui, mais LISSE comme la peau d’un dauphin… qui coule tel un ruisseau argenté dans tes tympans incrédules qui eux se laissent porter avec délice dans cette cosmogonie phonique surréelle.


29

THE COMET IS COMING – Trust in the Lifeforce of the Deep Mystery

(Impulse!)

La renaissance toute nouvelle du label Impulse! continue de belle façon avec l’arrivée de la comète et son nü-spiritual-électro-free-jazz-fusion-space-cosmique (oui, tout ça en même temps). Comme dirait l’oncle Frank : “Jazz is not dead, it just smells funny !”. J’ajouterais “Funky” monsieur Zappa.

Si cela vous dit d’entendre la rencontre intergalactique entre le Pharoah Sanders de “Thembi”, le Tangerine Dream de la belle époque, le Herbie Hancock de la trilogie “Mwandishi” et Jaga Jazzist, ce deuxième album de la bande de Shabaka Hutchings (the hardest working man in Jazz today) se dresse là pour vous, tel le monolithe de 2001 : Odyssée dans l’Espace. Oh Hal 9000, tu ne nous avais pas dit que tu étais aussi groovy !


28

THE CHI FACTORY – The Mantra Recordings

(Astral)

Un disque de tribal ambient absolument renversant que voici… Astral Industries est un de ces labels à l’esthétique bien définie qui ne sort que la crème de la crème de la musique atmosphérique (ambient à toutes les sauces, new age, downtempo, drone, field recordings, musique électro-acoustique, etc…).

The Chi Factory, groupe de Rotterdam, en sont déjà à leur quatrième album sur l’étiquette et si une telle qualité continue de se maintenir dans leur bel ouvrage sonore, j’espère qu’ils n’arrêteront pas de si tôt. Ce “Mantra Recordings” est dédié à la mémoire du poète américain Robert Lax (1915-2000) et à l’île grecque de Patmos où ce dernier a passé la deuxième moitié de sa vie, marié à la “lenteur” de cette vie insulaire limpide et sereine. C’est donc un disque qui prend tout son temps pour nous recouvrir de sa douce chape libidineuse… Cette musique est végétale, marine, faunique, céleste, à la fois nocturne et diurne. On se fait porter au gré des percussions tribales, synthés vieillots, samples vocaux diffus et lointains et bruits de nature (gazouillis d’oiseaux, pluie fine, chutes d’eau, grillons, vent salin, insectes bourdonnant). C’est un peu comme le meilleur disque de new age de tous les temps, mais qui aurait pris de l’opium. Éblouissant, comme les plus beaux rêves.


27

BEN VIDA – Reducing the Tempo to Zero

(Shelter Press)

2019 fut une année charnière pour les disques trèèèèès longs mais aussi très bons. En voici un premier exemple (vous en verrez d’autres plus haut dans le top). Sur un format de sortie physique bien particulier (une clé USB, diantre!), Ben Vida nous propose 4 longues pistes drone de près d’une heure chacune. Il va sans dire que c’est pour un public averti seulement. Et bien justement, je suis très très averti question drone, moi. Et “Reducing”, c’est pas mal ce que le drone a de mieux à nous offrir. Un drone à la fois glacé, austère mais touchant, comme du Radigue frigorifié. Le monsieur est un génie des transitions subtiles et quasi imperceptibles. Son drone n’est pas statique du tout ; il évolue petit à petit, comme la lumière du jour qui augmente ou décline… On se laisse transporter un moment dans cette grande salle de musée aux murs blancs et vides… puis, on ferme les yeux… et sans l’avoir réalisé, on est rendu ailleurs : sur la surface d’un lac gelé de Laponie ou dans la grotte de cristal de Naïca. Magnifique et mystérieuse faculté que possède cette musique ; prête en tout temps à nous faire vagabonder l’âme en terres possibles… et impossibles.


26

JIM O’ROURKE – To Magnetize Money and Catch a Roving Eye

(Sonoris)

Plus connu pour ses contributions en temps que collaborateur et producteur auprès d’artistes aussi disparates que Sonic Youth, Wilco, Stereolab, John Fahey, Nurse with Wound, Smog, Joanna Newsom, High Llamas, Tortoise (pour ne nommer que ceux là), ce cher Jim a aussi une riche et hautement schizophrénique carrière solo. C’est un véritable buffet sonore des plus éclatés quand on pige là-dedans ! On y trouve des disques hypnagogiques qui rendent un vibrant hommage à la pop FM 70s la plus sirupeuse qui soit, des disques de folk à la guitare inspirés par le courant “american primitivsm”, de l’électronique, du glitch, de l’ambient, de la musique concrète, du noise rock, du post-rock, du free jazz, de l’improv maximaliste/minimaliste… et même un album hommage à Burt Bacharach ! Depuis plusieurs années, Jimbo se consacre beaucoup sur le versant ambient/dronesque de la chose, avec sa série d’enregistrements qui tombe sous l’égide de sa série “Steamroom”. Ce nouvel effort discographique (composé de 4 CDs, juste ça) n’en fait pas partie mais semble pourtant être un certain aboutissement de sa démarche artistique au coeur de sa “pièce à vapeur”.

On a affaire à du drone de grande qualité ici. Des heures et des heures d’enregistrement au Serge (synthétiseur modulaire des années 70) éditées avec un soin monastique pour n’en garder que le meilleur ; le tout couplé à des field recordings de son cru, façonnés et re-façonnés jusqu’à la moelle dans le studio japonais de l’artiste. C’est un album beaucoup plus sombre, âpre et nébuleux que la majorité de ce qu’il a produit dans le passé. Une écoute nocturne s’impose.


FIN DE LA PARTIE UN DU TOP…. CLIQUEZ ICI POUR CONSULTER LA DEUXIÈME PARTIE.

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