Top Albums 2019 de Salade d’endives – Part 2

Et on continue sans plus tarder avec la deuxième (et dernière) partie de mon Top perso 2019. Cliquez ici pour consulter la partie UNO.

2019…. Meilleure année musicale de ma vie ? Cela est fort possible.


25

CARLOS CASAS – Mutia

(Matière Mémoire)

À prime abord cinéaste et artiste visuel, Carlos Casas s’est retrouvé dans la jungle sri lankaise pour le tournage de son documentaire expérimental “Cemetary” qui traite du mythe des cimetières d’éléphants, du colonialisme et de la mort/réincarnation… Là bas, il a fait beaucoup de field recordings de la nature luxuriante et mystérieuse pour ultimement en faire un album ambient proprement bluffant. En se basant sur ses enregistrements, il a voulu créer une série de paysages sonores dépeignant la jungle dans un futur rapproché (2046). Une oeuvre solennelle, hors du temps, fugace, belle et sauvage. Le genre de musique qui invite l’être tout entier à se perdre dans les confins de son imagination.


24

MARIA W. HORN – Epistasis

(Hallow Ground)

Allant puiser ses inspirations du côté de la musique classique minimaliste et du Black Metal, l’artiste suédoise Maria W. Horn signe ici un des plus beaux albums de l’année. Cette merveille commence et se termine par les deux mouvements de “Interlocked Cycles”, une oeuvre pour piano disklavier (instrument pouvant jouer des notes et utiliser les pédales de l’instrument indépendamment de tout opérateur humain), le tout saupoudré de douces modulations électroniques. La pièce titre pour double quatuor à cordes (un composé d’humains en chair et en os, et l’autre électronique qui lui répond en playback) est un truc qui donne de malins petits frissons sur toute l’entité corporelle. “Konvektion”, pour deux organistes, est un autre moment anthologique de 2019 où cet instrument est utilisé à bon escient, de manière inusitée (2019, the year the organ made a glorious comeback !)… On décèle une forte influence de la musique la plus nébuleuse de l’Estonien Arvo Pärt sur cette piste introspective et spirituelle.


23

NICK CAVE & THE BAD SEEDS – Ghosteen

(Ghosteen Ltd)

Un périple bouleversant à travers le deuil d’un homme brisé ; qui, à travers ce double album éthéré, tente de se reconstruire, entouré par la beauté souveraine que lui et ses acolytes sonores érigent sur une toile minimaliste/impressionniste. C’est de loin le disque de Nick le plus personnel, le plus abstrait, le plus sépulcral, le plus vaporeux… Au coeur des brumes indicibles de cet univers venant tout juste d’arriver à gestation, s’élèvent des paroles nouvelles (le personnage du gigolo des ténèbres est définitivement mort). Des paroles dénuées de sarcasme, de 2ème degré, d’ironie… Des paroles qui rendent hommage à la splendeur et la fragilité de la vie, au manque, aux regrets, aux souvenirs lumineux… Impossible de passer sous silence la contribution essentielle de Warren Ellis (La “muse” de Nick dans la deuxième moitié de sa carrière solo, ni plus ni moins) qui vient colorer ces missives de couleurs surréelles…. avec ses nappes de synthés qu’on diraient sorties des deux derniers Talk Talk et ses boucles électroniques hypnotiques. Un album aussi éprouvant qu’indispensable.


22

SHIRA LEGMANN / MICHAEL PISARO – Barricades

(elsewhere)

S’inspirant des “Barricades Mystérieuses”, oeuvre pour clavecin du compositeur baroque François Couperin (1668-1733), Michael Pisaro a pondu ce recueil de pièces plus ou moins courtes pour piano et instruments électroniques. Il fait appel à sa comparse pianiste Shira Legmann qui réussit à porter magistralement l’oeuvre et lui insuffler un dynamisme bien particulier. Son jeu est organique, nuancé, mystérieux, à la fois émotif et tempéré. Par dessus ces notes éparses, Pisaro intervient discrètement avec son inventaire de tons sinusoïdaux et ses drones languissants. Le tout est superbement enregistré et mixé, comme toujours chez Pisaro. “Barricades” est le spectre lymphatique d’une oeuvre baroque française oubliée par les siècles.


21

ESOTERIC – A Pyrrhic Existence

(Season of Mist)

Après une absence discographique de 8 ans, le groupe de Funeral Doom de Birmingham sort de sa crypte le temps de nous asséner un gros coup de massue (au ralenti) sur le crâne. Mais un coup de massue émotif en diable. La musique des britanniques est toujours un meurtre passionnel. Ça leur fait mal autant qu’à nous, dirait-on. Mais c’est nécessaire. Faut que cette brutalité jubilatoire qu’ils ont en eux puisse s’exprimer librement.

“A Pyrrhic Existence” me rappelle beaucoup “The Maniacal Vale”, autre album-double de la troupe dans lequel il fait bon de se perdre complètement. À travers ces deux disques, le groupe nous invite à assister à une certaine version de ce que pourrait être la fin du monde… On a droit à de très longs morceaux superbement composés ; dont l’écriture semble avoir été influencée par le rock progressif et le doom classique. Ces pièces sont bourrées de textures ambiantes qu’on pourrait qualifier de cinématographiques, de vocaux gutturaux, de solis de guitares romanesques et de cette batterie à la fois lourde et posée. La musique d’Esoteric respire ; et c’est dans ces respirations insoutenables qu’on se retrouve ensevelis sous une épaisse chape de plomb. Étouffant.


20

MATANA ROBERTS – Coin Coin Chapter Four: Memphis

(Constellation)

Chaque volume de la série “Coin Coin” est un nouveau chapitre d’un bouquin musical vivant qui relate l’histoire de l’esclavagisme et des tensions raciales dans l’Amérique du 20ème siècle ; tout cela à travers le regard idiosyncratique de cette jazzwoman de Chicago qui est saxophoniste, clarinettiste, chanteuse, parolière et compositrice de son état. Cette quatrième offrande renoue avec le free jazz du tout premier volume (mon préféré… bien que celui-ci s’en rapproche dangereusement). C’est un album vertigineux, résolument moderne, mais fortement inspiré par ces disques de jazz spirituel expérimentaux/géniaux de la fin des années 60 / début 70s. À travers des récits poétiques et livrées avec un flegme ébouriffant (par Matana elle-même), une pléiade d’éléments sonores déferlent dans nos oreilles ébahis : musique folklorique noire américaine, passages gospel, délires au vibraphone, psychédélisme de tous azimuts, oud possédé (merci Sam Shalabi), etc… Le meilleur disque jazz de 2019, for my money.


19

HERMANN NITSCH – Albertina Quartett

(Trost)

Hermann Nitsch, c’est pas un doux. L’artiste autrichien multi-disciplinaire, fondateur du mouvement connu sous le nom “d’actionnisme viennois”, était reconnu pour ses performances chocs de type : corps nus et toiles de son cru recouverts/aspergés de sang et de tripes d’animaux fraichement sacrifiés, le tout avec en fond sonore, un drone vraiment lugubre et presqu’insoutenable. Bref, le genre de musique dont je raffole mais qui peut me faire vivre une crise panique assez terrassante si j’écoute ça en conduisant sur une route glissante post-verglas (true story).

Sur cet album, on retrouve (pour la toute première fois) un Nitsch un petit peu plus apaisé et moins chaotique. Un Nitsch en mode “musique de chambre dronesque” car on parle bien d’un quatuor à cordes ici (le 2ème du compositeur). L’oeuvre, assez longue, se décline en 6 parties (et sur 2 CDs). Cela oscille entre passages dissonants/pétrifiants et d’autres plus sereins et édifiants. Comme un ciel d’automne parfois lumineux ; et parfois couvert de nuages gris. La musique drone parfaite pour une marche dans un grand cimetière, début Novembre.


18

FABIO FRIZZI – Lucio Fulci’s The Beyond, Composer’s Cut

(Cadabra)

En voilà un beau cadeau tombé du ciel (ou plutôt, vomi par les entrailles poisseuses de la Terre) ! Tout ceux qui me connaissent savent à quel point je suis un fan fini du cinéma d’épouvante ; en particulier les films d’horreur italiens des années 70 et 80. Et ces films avaient bien souvent des trames sonores incroyables, des fois même grandement supérieures aux films qu’elles venaient habiller. Argento s’était acoquiné du groupe Goblin pour les bandes sonores de ses films. Fulci (mon préféré) lui, c’était le compositeur Fabio Frizzi (mon préféré bis). La musique que Frizzi a créé pour les films du réalisateur (qui avait une fascination pour les scènes de crevaisons oculaires et les scénarios à la continuité lysergiquement décousue) est particulièrement chef d’oeuvrifique.

La B.O. originelle de The Beyond est déjà un grand moment de musique, alliant à merveille rock progressif sombre, musique classique damnée, passages atmosphériques et basse joliment funky. Mais Frizzi avait composé plus de musique pour le film que ce qui fut réellement utilisé par Fulci. Quand Cadabra (le plus chouette label de “spoken word” au monde) lui a proposé de l’aider à réaliser son rêve qu’était celui de d’enregistrer une version définitive et de sa bande sonore, le vieux Fabio a sauté sur l’occasion. Le résultat est ce disque, un des meilleurs de l’année. Et le packaging de Cadabra est tout simplement fabuleux, comme toujours chez eux.


17

SABA ALIZADEH – Scattered Memories

(Karl)

Saba est le fils de Hossein Alizadeh, compositeur renommé et virtuose des luths traditionnels iraniens que sont le târ, le setâr et le tambûr. Comme son paternel, il partage un amour inconditionnel de la musique traditionnelle perse. Mais il la fait évoluer magnifiquement en une forme d’ambient mystique en y incorporant un aspect électronique, des samples d’instruments iraniens et des field recordings fabuleux. On a droit ici à une des fusion les plus réussies entre deux univers sonores qui, au premier regard, ne semblaient pas être faits pour s’accorder aussi majestueusement.


16

LINGUA IGNOTA – Caligula

(Profound Lore)

Le disque le plus éprouvant de 2019 ??? Je pense bien. “LINGUA IGNOTA” c’est la vision de Kristin Hayter ; son alter-ego démiurge, son déversoir à haine, le tribunal où elle juge et condamne TOUT. L’homme, Dieu, le monde entier. Tous brûleront sur le bucher de Lingua Ignota. Tous se feront arracher les membres, se feront crever les yeux, se verront verser de la chaux brûlante sur le crâne scalpé. Hayter est le bourreau d’un univers putride et pourrissant. Victime d’abus émotionnel et sexuel pendant 10 ans, sa hargne est devenue un ogre prêt à égorger, écorcher, détruire, dévorer tout sur son passage. Mélangeant à qui mieux-mieux le chant grégorien, la darkwave, le power electronics, le harsh noise, le black metal, le death industriel et la musique classique, Kristin Hayter compose la trame sonore de l’apocalypse, inondant les derniers instants de l’univers des cris les plus terrifiants qui soient.

Parfait comme bande son à un souper spaghetti en famille.


15

ÉLIANE RADIGUE – Occam Ocean 2

(Shiiin)

Éliane Radigue est une des musicienne/compositrice les plus vitales et importante de notre époque. C’est LA doyenne du drone ; probablement celle qui, selon moi, aura produit les oeuvres les plus magnifiques tombant sous l’égide de ce style qui m’est si cher. Elle a présentement 87 ans et continue de créer des oeuvres complètement stupéfiantes, ce qui est renversant (vous en conviendrez). Bref je la veux comme grand-maman.

Depuis le début du nouveau millénaire, Radigue a abandonné son fidèle ARP 2500 (synthétiseur modulaire, analogique et duophonique… me demandez pas d’élaborer), qui était alors pratiquement son seul outil de création. Elle se concentre maintenant sur des efforts collaboratifs avec d’autres musiciens et sur des compositions (toujours drone) sur des instruments acoustiques. Le label parisien Shiin a publié la plupart des créations plus récentes de la compositrice. Occam Ocean 1, premier volet de cette nouvelle oeuvre titanesque, est sortie en 2017. Ce deuxième volet, encore meilleur, a vu le jour cette année. La musique de Radigue y est jouée par plus de 30 instrumentistes totalement investis par l’univers sonore de la dame. On retrouve ici un accordéon, 3 guitares, 5 clarinettes, 6 saxophones ainsi qu’une section de cordes et de cuivres. Tous ces instruments sont amalgamés, enchevêtrés, imbriqués… pour devenir un espèce de tout impénétrable. Un mur de son compact, embruiné et océanique. C’est beau, beau, BEAU. C’est de l’extase sonore ; de la liesse phonique. Et ça me prend ma dose assez régulièrement. Un grand, très grand disque de drone.


14

USTAD SAAMI – God Is Not a Terrorist

(Glitterbeat)

ATTENTION ! Disque important que voilà ! Glitterbeat continue son travail exemplaire de défrichage des musiques dîtes “du monde” (je n’aime pas trop cette appellation… par définition, toute musique provient du monde… mais bon) en nous présentant l’univers sonore totalement unique d’Ustad Saami, chanteur de 75 ans qui oeuvre dans un style complètement méconnu qui date du 13ème siècle : le khyal. Le khyal est un chant classique indo-pakistanais qui est supporté par une trame dronesque et raga-licieuse d’harmonium et de percussions hypnotiques.

Enregistré en seulement une nuit directement dans la maison de l’artiste, on tient là un document sonore d’une richesse inouïe. Il faut noter qu’Ustad Saami risque la prison (voir même sa vie) en exerçant son art vocal pré-islamique (jugé illégal par l’État). Il est le seul maître de ce courant qui s’est transmis de génération en génération dans sa famille. Et avec lui, le khyal mourra… Il est donc impératif de le remercier, ainsi que Glitterbeat, pour avoir immortalisé le genre sur un disque beau à en pleurer des océans de larmes… Et le titre de l’album est on ne peut plus évocateur (et d’actualité). Ouvrez vos coeurs et vos oreilles à cette musique historique.


13

SULPHURIC NIGHT ‎- Forever Cursed

(Altare)

Rage. Terreur nocturne. Os brisés. Désert de souffre gelé. Marécage fantasmé. Grotesque. Bourré d’immondices. Grouillantes. Couinantes. Rage. Cauchemars en vase-clos. Étouffer. Se noyer dans la glaise. Rituel nocturne. Sacrifice. Peste bubonique. FUZZ. Rage. Bête noire. Ambient. La brèche est ouverte. Hallucination. PEUR. Cafardeux. Voix pourrissante. Dégradation. Rejet de la vie. S’auto-vomir. Aigreur. Naufrage intérieur. Rage. Obsession. Affable. Négation. Perte de repères. Spectres. Amertume. Maison hantée. Cadavre grugé. Ver blanc. Gigantesque. Défraichi. Rage. Perte. Voyage au bout de la nuit endémique.


12

TULUUM SHIMMERING – These Flowers in Dawn’s Twilight at Illusion Temple

(Tuluum Shimmering)

4 disques d’une musique étrangère qui n’appartient à aucun temps ; qui est en dehors du temps… la bande son d’un ailleurs chimérique ; cet autre pays limpide qui n’est pas vraiment le Bhoutan, ni Le Pérou, ni le Timor Oriental, ni la forêt noire allemande… Mais un amalgame interastral de tout cela. Une sorte de New Age kosmiche à souhait, dans lequel on retrouve des éléments s’apparentant au Kraut-Rock le plus mystique (Popol Vuh, Ash Ra Tempel) et à la musique classique indienne traditionnelle ; avec un petit soupçon de folk britannique enfumé de la fin des sixties. Cela fait aussi penser aux oeuvres qu’on retrouvait jadis sur l’étiquette Jewelled Antler (Thuja, Steven R. Smith, Hala Strana). Toutes ces facettes diverses sont intégrées à une musique qui t’invite à dériver en elle, à te repaître encore plus profondément des subtilités sensorielles de cet autre monde enchanteur.

Guitares, violons, tabla, flûtes, claviers, pédales à effets, kalimba et autres percussions diverses s’entremêlent et se lancent dans des mantras cycliques/narcotiques, qui commencent tout en douceur pour éventuellement devenir des drones rustiques empreints d’une beauté irradiante. Le meilleur album inconnu de 2019.


11

ANA ROXANNE – ~​~​~

(Leaving)

Ce qui est fascinant avec ce disque (au delà de ses qualités musicales évidentes), c’est son côté très personnel. On a vraiment l’impression que la Californienne nous ouvre une fenêtre sur son monde intérieur. Un panorama sur ses joies, ses peines, ses aspirations, son recueillement, ses passions. Ce n’est pas une mise à nue grandiloquente et théâtrale. C’est juste elle dans ces moments précieux de la vie : au piano alors que le Soleil se couche tranquillement, au jardin à pique-niquer et chantonner avec sa famille alors que le vent effleure les carillons ça et là, dans son lit alors qu’elle réfléchit à Dieu et aux mathématiques, où lorsqu’elle fredonne un vieil air de R&B en marchant dans la rue un matin brumeux et magique… On vit ces quelques instants avec elle. Et c’est un bonheur renouvelé à chaque fois.


10

THE CARETAKER – Everywhere at the End of Time (Stage 6)

(History Always Favours the Winners)

On y est arrivé… au bout de ce voyage éprouvant au fin fond de la tristesse, de la démence et de l’oubli ; voyage auquel Leyland James Kirby (alias The Caretaker) nous avait convié en 2016, quand le premier volume de cette série était paru. Je crois d’ailleurs qu’il s’agit là d’une des oeuvres sonores les plus importantes du 21ème siècle jusqu’à présent.

À l’origine, quand le projet “The Caretaker” a vu le jour vers la fin des années 90, je pense qu’il s’agissait surtout d’un hommage au personnage de Jack Nicholson dans le film “The Shining” de Kubrick. Un trip de cinéphile. Kirby utilisait de très vieux disques de ballroom music et de jazz pour en faire des boucles sonores croustillantes à souhait et ré-assemblait le tout sous un format dark ambient fascinant. Cependant, à partir de “Persistent Repetition of Phrases” (2008), Kirby, sans changer totalement son approche musicale, s’est mis à s’interroger sur le sens de ce qu’il faisait… Je crois qu’il s’est mis à penser aux gens de cette époque révolue, à leurs vies, le fait que ceux d’entre eux qui sont encore vivants souffrent probablement d’Alzheimer et/ou de troubles cognitifs, à leur solitude et à leurs souvenirs qui disparaissent peu à peu, s’engouffrant dans un brouillard toujours plus opaque.

Lui est donc venu l’idée et le désir d’explorer cette idée spécifique à travers la série des “Everywhere”… 6 albums à travers lesquels on plonge dans l’esprit en perdition d’une personne qui commence à souffrir de démence. Chaque volume représente une étape dans l’évolution du mal intérieur. Au début (volume un), à l’apparition des premiers signes, tout semble encore cohérent, même si il y a des petits signes que ça cloche… Le tout est comme un beau rêve éveillé. Mais à mesure que la maladie progresse, tout se disloque petit à petit. Et on passe à travers toute une gamme d’émotions et d’états : la confusion, le déni, la colère, l’angoisse, l’accablement, l’acceptation, la perte de tout repère puis finalement… la mort de l’esprit. Cela s’exprime musicalement de la manière suivante : au début, Kirby met en scène des boucles de ballroom-muzak à peine retouchées. Et sur les volumes suivants, il utilise les mêmes pièces mais commence à les désarticuler, les fondre les unes dans les autres, les ensevelir sous dix milles couches de ténèbres… Rendu au volume 4, c’est particulièrement horrifiant. Et ici, sur le 6ème et dernier, cette musique ne ressemble plus en rien à ce qu’elle était au départ. Elle a été vidée de son essence, de ses mélodies, de son sens. Elle n’évoque plus que… l’absence et l’incohésion la plus totale.


9

3776 – 歳時記 (Saijiki)

(Natural Make)

Il n’y a qu’au Japon qu’un disque de pop aussi cinglé et ovniesque pouvait paraître ! La très jeune demoiselle qui évolue sous le nom très particulier de “3776” (vous allez comprendre pourquoi plus bas) était dans un idol group nommé Team Mii lorsqu’elle était adolescente. La particularité de ce groupe est que TOUTES les chansons (sans exception) portaient sur le Mont Fuji. Ce projet, conçu par le producteur/composieur Ishida Akira a cessé ses activités après seulement quelques singles… Ishida se lança alors dans l’aventure 3776 en mettant à l’avant-scène une des chanteuses de Team Mii : Chiyono Ide. Elle adopte le nom de 3776 vu qu’il s’agit de l’altitude en mètres du point culminant du Mont Fuji (toujours cette obsession !).

Après un premier album en 2015 qui raconte une ascension du Mont en 3776 secondes exactement, le bouchon est poussé encore plus loin sur ce “Saijiki” où Chiyono devient LITTÉRALEMENT le Mont Fuji (regardez la pochette !) et raconte une année complète (en 12 pistes pour les 12 mois), de la perspective la montagne elle-même ! Oui, je le répète assez souvent : Le Japon est un pays riche en fous !

Musicalement, c’est complètement halluciné et psychotronique jusqu’à plus soif. Un truc de malade mental qui touche autant à la j-pop bonbon, qu’au rock progressif et psychédélique, à la musique classique (ces clins d’oeil omniprésents aux oeuvres de grands compositeurs comme Debussy et Ludwig Van), à la pop indy expérimentale d’un groupe comme les Fiery Furnaces époque “Blueberry boat”, au techno, au krautrock, au folk, au funk, au new wave et j’en passe. Un disque à la fois incompréhensible et génialement addictif.


8

JAKOB ULLMANN – Fremde Zeit Addendum 5

(RZ)

C’est l’année des majestueuses fins de cycles… Ce 5ème volume de la série “Fremde Zeit Addendum” du compositeur allemand Jakob Ullmann vient mettre un terme à une des grandes oeuvres de la musique classique contemporaine-minimaliste. Ce dernier volet consiste en une longue pièce de 60 minutes pour piano seul interprétée par Lukas Rickli… Bien que de décrire cette chose comme une “oeuvre pour piano” peut sembler trompeur tant le résultat final sur disque sonne totalement autre à ce qu’on a l’habitude d’entendre dans ce créneau. Et quand je dis “autre”, c’est “autre” en criss.

Cela doit prendre plus de 10 minutes avant qu’on entende ne serait-ce qu’une note de piano. Mais avant, qu’est-ce qui se passe ? Et bien, rien. Un rien magnifique. De la non-musique. Les sons amplifiés du vide qui se percutent contre l’instrument, situé au coeur d’une grande pièce. Le bruit des notes qui se font effleurer/caresser sans être enfoncées. On devient hypnotisé par cette vaste chambre d’écho où le vide devient drone. Et quand une note de piano éparse arrive dans ce décor dénudé au possible, cela surprend. Et on apprécie CETTE note : sa résonance toute particulière, son timbre, son effacement progressif dans l’éther. À mesure que la piste se poursuit, le piano est un peu plus utilisé, suggérant même parfois la présence fantomatique d’une mélodie disloquée qui, finalement, n’existera que dans notre imagination. Ce rien formidable (et bordé de reverbs doucereux) devient tellement confortable, salutaire, attachant, normalisé par nos sens… que quand le tout se termine, on se sent bizarrement mélancolique.


7

TYLER, THE CREATOR – Igor

(Columbia)

Après m’avoir surpris par la qualité, la richesse et la maturité de son précédent opus (“Scum Fuck Flower Boy”, 2017), Tyler le Créateur me jette maintenant carrément sur le cul avec sa dernière offrande musicale intitulée “Igor”. Ce 6ème album du rappeur, chanteur et producteur de L.A. se veut un disque à la lisière du hip-hop, de la pop psychédélique, du Soul et du R&B. C’est aussi un breakup album des plus fastueux, un des meilleurs que j’ai entendu dans ce créneau depuis très longtemps. La rupture amoureuse décrite par Tyler à travers les 12 pistes (débordantes d’idées) ici présentes semble particulièrement traumatique… Mais autant l’album est lyriquement sombre à fond, musicalement il est plutôt ensoleillé et halluciné. Tristesse sous un Soleil de plomb ; l’esprit dérivant sur les opiacés. Magnifique dichotomie d’un disque qui ne l’est pas moins. Et je ne sais pas pour vous, mais la tristesse vient toujours me chercher plus lorsqu’elle avoisine de près le bonheur. Je trouve que généralement, la nostalgie ou une douce mélancolie estivale sont plus percutantes qu’un désespoir tenace et profond…

Avec “Igor” (nom qui semble être inspiré par le célèbre assistant bossu du docteur Frankenstein), Tyler se créé un nouvel alter-ego pour exprimer toute sa rage et son manque. “Igor”, c’est le monstre qu’il a fini par devenir à force d’évoluer dans cette relation destructrice. Ce monstre incarne aussi ses sentiments négatifs (jalousie, dépendance affective, doute, haine de soi) et je crois que Tyler essaie de s’en affranchir en se révélant autant sur ce disque.

Musicalement, c’est complètement jouissif. La prod est plus chaotique et lo-fi que celle de “Flower Boy”. C’est presque punky même comme approche de la pop ; dans cet amalgame grotesque de genres et d’influences empilées à qui mieux mieux les unes sur les autres. Les compos sont parfaites. Tyler chante mieux que jamais, avec ses tripes et son coeur en mille miettes. On retrouve des samples de fous à travers tout le disque (In The Court of the Crimson King sur “Puppet” !). Et impossible de passer sous silence ces passages élégiaques et émotifs au piano qui viennent sublimer la plupart des morceaux. Vraiment mon grower de l’année et un disque que je vais écouter jusqu’à ma mort. Intemporel.


6

BLUT AUS NORD – Hallucinogen

(Debemur Morti)

L’univers astral dépeint par nos Français adorés n’est plus seulement d’ébène et de rouille… Ça brille de partout. Pourpre, cramoisi, vert émeraude, jaune étincelant, blanc éclatant, bleu surréel, orange brulée… Presque tout le spectre y passe. Cette pluralité de couleurs s’exprime à travers une musique on ne peut plus planante/aérienne, qui, même si elle fait la part belle à la structure (des compositions superbement construites et maitrisées) laisse aussi une place de choix au “paysage sonore”, ce côté “ambient actif” sous-jacent qui vient sublimer l’oeuvre entière et qui lui confère son rapport hypnotique. Un autre aspect complètement audacieux de ce “Hallucinogen”, c’est les voix… Il n’y a pratiquement PAS de vocaux criards en ces lieux (comme on serait en droit de s’attendre d’un disque de Black Metal). Il n’y a que cette espèce de chorale fantomatique-surnaturaliste qui est en retrait… qui vogue au dessus de cette mer d’instruments en délicieuse perdition. Des voix claires mais diffuses, réverbérantes, augustines, chimériques ; presque des chants grégoriens désacralisés qui viennent parfaire une ambiance déjà truculente.


5

KALI MALONE – The Sacrificial Code

(iDEAL)

3 CDs de drones d’orgue et donc un album pour oreilles avertis ; pour ces aventureux contemplatifs-statiques qui aiment se laisser emporter et bercer les tympans par une musique qui prend tout son temps pour imposer son atmosphère quasi-figée et ensorcelante. Car quand il est question de drone, il est souvent question aussi de patience, de méditation, de voyage intérieur, d’engourdissement de l’âme… Il faut laisser chaque note nous englober, chaque réverbération du divin (et colossal) instrument nous tétaniser jusqu’à ce qu’on réalise qu’on est littéralement sous hypnose. Ce n’est donc pas un opus qu’il faut se farcir dans n’importe quel contexte… Mais quand c’est le bon moment, bon Dieu qu’on peut partir loin avec cet album et toucher/gouter à une sorte d’absolu miraculé ! Et on se dit alors qu’il n’y a pas musique plus belle, plus essentielle que cela !


4

MAGMA – Zëss (Le Jour Du Néant)

(Seventh)

La discographie exhaustive de Magma (possiblement le meilleur groupe de tous les temps, soit dit en passant) est un puzzle temporel en ce qui à trait la composition des oeuvres et leur enregistrement/sortie en studio. En effet, “Zëss” a été conçu il y a plus de 40 ans. L’oeuvre a été jouée en public dans les années 70, 80 (on la retrouve sur le magistral concert à Bobino de 1981, disponible en CD), 90 (le disque “Les Voix de Magma” de 1992) et 2000… mais c’est uniquement en 2018 que Christian Vander (grand manitou, batteur et compositeur de Magma) a jugé bon d’endisquer la bête dans sa version maintenant définitive. Et c’est avec cette parution tant attendue que se complète le mandat colossal que Vander s’était assigné et sur lequel il bossait avec assiduité depuis le tournant des années 2000 : boucler la boucle sur ses compositions créées pour Magma dans les années 70.

Dans ce contexte, “Zëss” peut ressembler à un disque d’adieux… Qui plus est, l’oeuvre se veut un “écho anticipé du trépas intégral du monde”. Cela parle donc de l’anéantissement de toute chose, de la fin ; mais sereinement, sans peur ni regret. Serait-ce la fin de Magma ? On espère que non, car le groupe a quand même fait paraître sur disque des oeuvres splendides composées au 21ème siècle (Félicité Thösz et Slag Tanz)… Mais néanmoins, si “Zëss” est le chant du cygne, il n’y aurait pas plus magnifique chant d’adieu que cela.

L’oeuvre est un véritable ovni dans la carrière du groupe. Premièrement, on y retrouve un orchestre symphonique (l’orchestre philharmonique de Prague) en support. Deuxième particularité, pour la toute première fois, Vander n’est pas derrière les futs ! Il fait appel à Morgan Ågren (batteur de la formation progressive suédoise Kaipa) qui le remplace à la batterie, ce qui donne une rythmique métronomique complètement différente à ce qu’on a l’habitude d’entendre avec Magma. Christian s’attribuera plutôt le rôle de chanteur soliste et de “prophète” déclamant un long poème apocalyptique/mystique (surtout en français !) à travers la première moitié de l’oeuvre. Se joignent à eux de précieux acolytes comme Simon Goubert au piano, Rudy Blas à la guitare et Philippe Bussonnet à la basse. Et on retrouve aussi un ensemble vocal comprenant certaines des plus belles voix de Magma à travers sa riche histoire (Stella Vander, Isabelle Feuillebois et Hervé Aknin).

On tient là un chef d’oeuvre de plus dans une discographie déjà légendaire. Un genre d’amalgame complètement renversant de Carl Orff, Richard Wagner, Steve Reich, John Coltrane, de Gospel, de Prog et de Pop Baroque.


3

KYLE BOBBY DUNN – From Here to Eternity

(Past Inside The Present)

Le plus beau disque de drone et/ou d’ambient de 2019. Le plus dur émotionnellement aussi. Neurasthénique et dérangeant parfois, cachant un accablement profond au coeur même de son élégance figée. La musique de KBD a toujours eu cette qualité dite “cinématographique”. On imagine sans difficulté ces lieux évoqués (Crémazie, Rachel, le Boulevard Gouin, le stationnement de Finders) recouverts d’une chape de brouillard façon Silent Hill, mais avec un Soleil déclinant qui irradie tout de même légèrement le panorama. Bon Dieu qu’on se sent SEUL à l’écoute de ces pièces. Seul avec soi-même. Confronté à ses joies, ses peines, ses regrets, son anxiété, ses peurs, son monde intérieur… Et c’est confortable malgré tout… comme une chaude couverture de laine qui nous recouvre alors qu’on revient transi d’une marche hivernale surréaliste.

Parce que ce disque c’est moi aussi… Je ne sais pas pourquoi mais il m’évoque le moi qui jadis, un Dimanche midi (au lendemain de funérailles poignantes et d’une brosse légendaire qui s’en est ensuivie), se tape une crise panique au boulot et qui ne finit pas son chiffre. Qui rentre à pied, dans la brume, à travers un quartier industriel moche et fantomatique ; sublimé par les éléments naturels omniprésents. C’est aussi la track de chemin de fer en parallèle, qui semble flotter dans la bruine irréelle. C’est la neige qui commence à tomber… avec ses flocons humides et las. C’est moi qui finit par arriver une heure plus tard à mon appartement miteux, dans un coin un peu infect du centre-ville de Trois-Rivières. C’est toujours moi qui, l’esprit replacé légèrement par l’air frais mais le corps encore affable, s’écroule sur le divan dans l’obscurité totale de cette fin d’après-midi morne après avoir parti le DVD de “Carnival of Souls” (DVD que j’ai d’ailleurs perdu, hélas… édition Criterion en plus, DAMNED !).

Moment magique et pétrifiant. Un souvenir qui peut vous sembler insignifiant mais qui, pour une obscure raison, m’est cher… Et KBD réussit à me le ramener, dans tous ses moindres petits détails. Je ne sais pas si il en a vécu beaucoup lui aussi, de ces marches abstraites et transies, alors que son cerveau est en pleine déroute… mais à l’écoute de cette trame sonore de l’affaissement de soi, j’ose m’imaginer que oui.


2

MICHAEL PISARO – Nature Denatured and Found Again

(Gravity Wave)

Né à Buffalo (New York) en 1961, Michael Pisaro est un compositeur et guitariste qui oeuvre dans les styles suivants : musique concrète, musique électroacoustique, classique contemporain, réductionnisme, field recordings et musique non-déterminée. Son corpus est un des plus fascinants pour les amateurs de musique actuelle. Je n’ai pas la prétention d’avoir écouté la totalité de sa production exhaustive ; mais je possède assez de disques de lui (environ une dizaine) pour me considérer comme un aficionado fini de sa musique. “Nature Denatured and Found Again” est de loin son aventure sonore la plus ambitieuse jusqu’à présent… Un projet de fou qui aura pris 5 ans à enregistrer (+ le temps consacré à l’editing, un travail que j’imagine comme colossal).

En 2011, Pisaro est invité par un certain Joachim Eckl à développer un genre de laboratoire sonore dans les environs de la charmante petite commune de Neufelden, en Haute-Autriche. La bourgade est bordée par la rivière “Große Mühl”, qui prend sa source à l’extrémité sud-est de la Bavière et qui se jette dans le Danube. Pisaro décide alors d’élaborer le dit projet… Le tout prend la forme de marches d’après-midi dans les bois environnants, en longeant la rivière. Les participants (dont Pisaro) sont munis d’enregistreuses et à travers leurs marche d’une durée de 2 heures, ils rencontreront divers musiciens installés sur des bancs un peu partout dans la nature et improvisant. Ces musiciens sont : Antoine Beuger (à la flûte), Jürg Frey (clarinette), Marcus Kaiser (violoncelle), Radu Malfatti (trombone), André Möller (guitare électrique) et Kathryn Gleasman Pisaro (hautbois et cor anglais). Les marcheurs doivent écouter (et enregistrer) chaque musicien pendant 12 minutes.

L’exercice se répétait chaque jour pendant une semaine (beau temps, mauvais temps) et fut répété chaque année pendant 5 ans. Chacun des 5 disques composant cette oeuvre est le résultat du travail de Pisaro sur les bandes sonores de chacune des années où les enregistrements furent recueillis. Chaque CD dure exactement 48 minutes et comprend 4 pistes de 12 minutes. Quelqu’un qui serait muni de 5 lecteurs CDs pourrait d’ailleurs faire jouer les 5 disques en même temps… J’imagine que le résultat final doit être assez incroyable.

Néanmoins, l’écoute de chaque disque (séparément) est une expérience fascinante en soi. On entend la nature vibrer, les oiseaux chantonner doucement au loin, les cigales se faire aller alors que l’après-midi tire à sa fin. On laisse nos tympans se faire porter par le court de la rivière, se repaître du bruit des chutes d’eau et de la pluie tombant parfois. On entend même parfois des avions au loin… À travers ces merveilles de field recordings, on découvre une musique minimaliste qui se fond totalement à celle de la nature. Jamais musique n’aura épousé si somptueusement la faune et la flore. C’est une oeuvre-médicament qui apaise mon âme et mon corps tout entiers ; et dont je bénéficierai jusqu’à ma mort. Zen, spirituel, vivant et vital.


1

JESSICA PRATT – Quiet Signs

(Mexican Summer)

En moins de 28 minutes, Jess Pratt nous livre ici le meilleur disque de folk de chambre depuis… La trilogie de Nick Drake ? Ça peut paraître gros ce que je dis mais plus j’y pense et plus je me dis que c’est possible en fait. Bordel que cet album est beau, beau, BEAU. C’est dépouillé, apaisé, mélancolique, contemplatif et incroyablement bien dosé. Il n’y a pas UNE note de trop.

On retrouve à travers tout l’album une folk brumeuse teintée d’une aura psychédélique. Les compositions, très minimalistes, vont à l’essentiel et vous chavirent l’âme et le coeur. Les arrangements sont somptueux ; discrets mais bourrés de fioritures angéliques comme ces notes de piano éparses ou ces passages sublimés par une flûte limpide. Il y a ce côté presque “Tropicalia” (mais étrangement hivernal) par moments ; surtout sur “This Time Around”, alias la meilleure chanson de l’année, voir du 21ème siècle. Et il est nécessaire de mentionner la voix complètement unique de Jessica… une voix qui ne semble appartenir à aucun âge ; une voix bienveillante, satinée, presque “endormie” (qui peut, en ce sens, rappeler celle de Vashti Bunyan). Sinon la prise de son intimiste nous donne l’impression fugace que la belle est là, juste à côté de nous, à nous susurrer ses berceuses narcotiques à l’oreille…

Le meilleur album de 2019. Mais….


1*

PHILIP THOMAS – Morton Feldman Piano

(Another Timbre)

Oubliez un moment le concept de top annuel… Ce coffret de 5 disques dédié aux oeuvres pour piano de Morton Feldman devrait ni plus ni moins se trouver au sommet du palmarès des sorties musicales les plus importantes du jeune millénaire. Il s’agit là d’un objet important et indispensable pour tout amateur de musique contemporaine. Feldman a beaucoup composé pour le piano et je crois que c’est à travers ses travaux pour cet instrument (seul) qu’on comprend le mieux son approche résolument unique et ce que j’aime appeler : son art du dépouillement suprême.

Philip Thomas est un pianiste remarquable qui joue le répertoire de Feldman depuis 25 ans… Son savoir et son amour de la musique du compositeur est immense. Cela s’entend à travers les 6 heures de musique ici offertes. Ses apports très personnels à cette musique qu’on qualifie souvent de “non-déterminée” (vu que Feldman laissait libre champ à l’interprète pour modifier ce qu’il voulait) viennent ajouter à l’aspect essentiel de l’objet.

6 heures de musique sur 5 disques… Les oeuvres pour piano d’un des plus importants compositeurs du 20ème siècle. Un objet à chérir pour le restant de mon existence.


Et voilà ! Je dois vous avouer que je n’ai jamais AUTANT écrit sur la musique pendant un aussi court laps de temps. Je suis un peu exténué mais je suis assez fier de cette liste. J’espère que les quelques lecteurs curieux vont plonger dans ces disques et faire de belles découvertes 🙂

Je vous souhaite à tous et à toutes une belle fin d’année 2019, un délicieux temps des fêtes et une bonne année 2020 qui sera, encore et toujours, sous le signe de la musique.

-Salade d’endives

7 comments

  1. Zess, que dire … y’a le fond, et la forme. Le fond est génial, propice à la transe. Plus que importe quelle autre oeuvre de Magma. Transe, j’ai pas d’autre mot. Mais …. il y a un gros mais. Il est joué bien trop lentement, il manque d’énergie, c’est retenu. C’est pas viscéral, c’est trop cérébral. Zess, ça vient des tripes, pas du cortex.

    Bref. Ainsi interprété, point de transe. Dommage, j’adore cette pièce.

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    • On a une lecture assez différente de cette version mon cher (et c’est bien correct ainsi) 🙂

      Moi j’adore ce côté délibérément plus lent/posé (avec cette batterie métronomique). Le choix de tempo rajoute à l’aspect stoïque/serein (mais nostalgique)… on sent les musiciens avancer vers cette fin des temps avec le sourire. Et ça me plaît.

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