Yoshi Wada – Lament for the Rise and Fall of the Elephantine Crocodile

Année de parution : 1982
Pays d’origine : Japon
Édition : Vinyle, États-Unis – 2019
Style : Drone, Minimalisme, Expérimental, Ambient, Chants de gorge

Absorbant. Contemplatif. Iconoclaste. Méditatif. Inouï. Probablement-le-meilleur-album-drone-japonais-ever. Les mots et les qualificatifs ne suffisent pas pour cerner et décrire l’incroyable Lament for the Rise and Fall of the Elephantine Crocodile. En bon album japonais, cette première parution de Wada demeure inclassable et paradoxale. Elle est sublime et aride. Elle est dense et complexe tout en restant incroyablement simple. Ses effets sont simultanément violents et narcotiques. S’inscrivant dans la lignée tardive du mouvement Fluxus, s’appuyant sur des influences assumées de Pandit Pran Nath (Wada a étudié avec le maître) et ayant recours à une inventivité instrumentale digne de Harry Partch, la seule pièce de ce disque est un magnifique périple en deux parties au cœur d’overtones vocaux et de cornemuses bidouillées qui vocifèrent leurs notes au seuil de la saturation. N’impliquant qu’une voix seule, la première partie nous plonge dans une improvisation modale et épurée où les harmoniques surgissent, s’entrechoquent et s’effacent. Rappelant les chants khöömii de Mongolie et, plus récemment, les incantations de Phurpa, on écoute Wada se poser des questions et y répondre en explorant les possibilités des harmoniques vocales et l’évanescence de la réverbération. Cette simple et lente ouverture donne le ton de la pièce et couvre la première face du disque. Elle nous engourdit et nous anesthésie pour nous préparer à la suite…

Occupant entièrement la seconde face, Lament se poursuit et se développe à travers une violence réconfortante. On y perçoit des ressemblances avec l’ouverture, mais la trance est altérée et nous sommes amenés ailleurs. C’est beaucoup plus dense ! Des incantations similaires sont soutenues par les drones d’une cornemuse artisanale propulsée au maximum de ses capacités par un compresseur à air. Cette bête est adéquatement surnommée le Crocodile, rien de moins. Chacune des notes et des harmoniques de ce reptile mécanico-sonore se déphasent et créent le parfait support pour les improvisations vocales de Wada. Les tensions sont sublimes et cathartiques ; on s’imagine Pran Nath chanter sur une stridente masse sonore créée par Tony Conrad et Hermann Nitsch (le rêve quoi…). Même après la fin du disque, l’empreinte de ce périple dronesque nous accompagne au-delà de l’audition.

Véritable ovni au sein de la discographie d’India Navigation proposant une excellente sélection de free jazz, Lament for the Rise and Fall of the Elephantine Crocodile se démarque admirablement. L’affiliation de Wada avec le monde de la musique improvisée refait surface pour son excellent second disque Off The Wall paru en 1985 sur FMP (Free Music Production). En incluant les parutions plus ou moins récentes de diverses performances et installations, toute la production de Wada est intéressante et digne de plus amples investigations. 

Petite précaution à celles et ceux qui s’y risqueraient, la musique de Wada peut facilement induire la trance.


À écouter aussi :

TONY CONRAD – Four Violins (1964)
YOSHI WADA – Earth Horns with Electronic Drone
TAJ MAHAL TRAVELLERS – August 1974
TAKEHISA KOSUGI – Catch-Wave
AKIO SUZUKI – Odds And Ends
LA MONTE YOUNG & MARIAN ZAZEELA – 31 VII 69 10:26 – 10:49 PM / 23 VIII 64 2:50:45 – 3:11 AM The Volga Delta

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s