Top Albums 2019 de Bruit de Fond – Part 1

Bonne année 2020 chers lecteurs et lectrices adorés de Bruit de Fond ! Nous voilà enfin arrivés à ce moment charnière : la publication de notre tout premier top annuel collectif.

C’est avec fierté, émoi, solennité et l’estomac rempli de confettis de toutes les couleurs fantasques que je vous présente la première partie de cette liste fabuleuse qui enchantera les tympans des mélomanes schizoïdes (petits et grands) de ce bas-monde.

Je me répète mais si vous découvrez de belles choses par ici, faîtes nous part de vos impressions et commentaires en bas de page. Partagez aussi le tout pour que notre blogue puisse rejoindre un plus grand nombre de personnes. Et surtout : si votre budget vous le permet en ces temps économiques demandants, encouragez ces artistes merveilleux en achetant leur musique ; que ce soit au format physique ou virtuel.

Bonne lecture !

-Salade d’endives


50

CATHERINE CHRISTER HENNIX – The Deontic Miracle: Selections from 100 Models of Hegikan Roku

(Blank Forms)

Même s’il s’agit d’un disque “archival” on a triché et décidé de l’inclure quand même dans notre top car ce disque est resté accroché dans nos oreilles mutantes pendant une bonne partie de l’année. Catherine Christer Hennix est une artiste multi disciplinaire qui a côtoyé la crème de Fluxus et de l’avant-garde américaine des années 60-70. On retrouve également dans sa musique minimaliste l’influence du free jazz qui l’a grandement marqué dans sa jeunesse. La liberté totale qui émane de son travail l’amène à expérimenter avec les synthétiseurs et les tapes. Après un long détour aux États-Unis, Hennix revient en Suède, son pays natal, et forme (en 1971) un petit orchestre qu’elle nomme The Deontic Miracle, qui comprend son frère Peter et Hans Isgren. En 1976, le trio effectue son seul et unique concert au musée d’art moderne de Stockholm. À l’aide d’un saranji, de hautbois et d’ondes électroniques rudimentaires, le groupe va produire un drone frôlant la perfection, des intonations pures comme un cristal fantastique. Se perdre dans ce flux cosmique fut un moment fort de cette année. Respect au label Blank Form Editions d’avoir ressorti ce grand frisson !

-Mathieu Barbe


49

DENZEL CURRY – ZUU

(Loma Vista)

Shake your booty! On se dit : encore un autre rappeur pseudo « génie » propulsé et louangé par Pitchfork. Me semble qu’à chaque mois, y’en a un censé révolutionner le style. Je vous dit tout de suite ce n’est pas le cas ici mais si vous avez juste envie d’avoir du fun et rêvez un jour de débarquer comme un prince dans un party piscine avec votre char transformé avec votre sub woofer boosté et épater la galerie, c’est la bande sonore qu’il vous faut! C’est catchy, rapide, énergique, entrainant et ça transpire jusqu’à la dernière goutte la ville de Miami. Le futur génie du rap, non… mais on s’en tape, on a du fun! Écoutez la pièce “Shake 88”, on n’est pas sur un gros yatch la.

Mario Lemieux


48

BLUT AUS NORD – Hallucinogen

(Debemur Morti)

L’univers astral dépeint par nos Français adorés n’est plus seulement d’ébène et de rouille… Ça brille de partout. Pourpre, cramoisi, vert émeraude, jaune étincelant, blanc éclatant, bleu surréel, orange brulée… Presque tout le spectre y passe. Cette pluralité de couleurs s’exprime à travers une musique on ne peut plus planante/aérienne, qui, même si elle fait la part belle à la structure (des compositions superbement construites et maitrisées) laisse aussi une place de choix au “paysage sonore”, ce côté “ambient actif” sous-jacent qui vient sublimer l’oeuvre entière et qui lui confère son rapport hypnotique. Un autre aspect complètement audacieux de ce “Hallucinogen”, c’est les voix… Il n’y a pratiquement PAS de vocaux criards en ces lieux (comme on serait en droit de s’attendre d’un disque de Black Metal). Il n’y a que cette espèce de chorale fantomatique-surnaturaliste qui est en retrait… qui vogue au dessus de cette mer d’instruments en délicieuse perdition. Des voix claires mais diffuses, réverbérantes, augustines, chimériques ; presque des chants grégoriens désacralisés qui viennent parfaire une ambiance déjà truculente.

-Salade d’endives


47

THE MINNEAPOLIS URANIUM CLUB BAND ‎– The Cosmo Cleaners: The Higher Calling Of Business Provocateurs

(Static Shock)

Troisième album pour le Club, qui continue pas mal dans la même lignée que leurs deux précédents, univers particulier, dépeint par les narrations des différents membres du groupe soutenues par un punk new wave frénétique complètement déjanté, un peu comme si les membres de Devo avaient tous pris une bonne dose d’amphétamines. Le jeu des guitaristes est plutôt incroyable, bourré de mélodies saccadées qui se répondent et se complètent à merveille. La seule chose qui m’a déplue est qu’il compte seulement sept pièces et la dernière chanson, qui dure plus de dix minutes, n’est pas très énergique, plutôt atmosphérique avec du piano et du synthétiseur. On doit attendre 8 minutes avant que l’énergie reprenne pour finir sur une note positive mais l’intensité ne monte pas assez  pour m’enlever cette impression que l’album fini un peu en queue de poisson. C’est dommage car les pièces qui sont plus punk sont parmi les meilleures que j’ai entendues en 2019, Grease Monkey est magnifique, impossible de ne pas bouger en l’écoutant. Il demeure un excellent album qui mérite notre attention, la troupe a un son distinctif, pas facile à accomplir de nos jours, et nous livre une oeuvre originale qui se démarque fortement. En écrivant ces lignes, je me rends compte que dans le fond je suis juste déçu que l’album ne soit pas assez long car j’aime trop leur musique. Fortement recommandé.

-Sylvain Castilloux


46

RAFAEL ANTON IRISARRI – Solastalgia

(Room40)

Solastalgia est une oeuvre extrêmement dense et complexe qui est à l’image de sa pochette : austère et touffue. Avec de magnifiques couches abstraites évanouies, Irisarri arrive à condenser le sentiment généralisé d’inquiétude face aux nombreux changements climatiques qui ont marqué la décennie. Des loops hasardeuses tracent un cadre incertain où tout peut arriver. C’est aussi le vertige d’un sentiment d’adieu des paysages connus, des points d’attache que l’on tenait pour acquis depuis des siècles et des siècles. Réussirons-nous à nous adapter à ce monde qui se transforme sous nos yeux ? Serons-nous capables de redéfinir l’harmonie de l’homme avec les éléments ? En posant ces questions sans réponses, Irisarri nous laisse en suspens, seul face à notre propre angoisse.

-Mathieu Barbe


45

BLACK MIDI – Schlagenheim

(Rough Trade)

Black Midi est la nouvelle énigme concernant le noise rock et le art punk. Avec un son que l’on qualifie le mieux d’ovni musical, le groupe anglais s’impose avec ce premier opus, Schlagenheim, qui est en somme un genre de voyage sonore sur le doute personnel confirmant une damnation de l’état actuel du climat hostile de notre planète. Livrées tel un exutoire, les chansons et les paroles parviennent à s’intégrer de manière cohérente dans un seul album, mais également en tant que pistes consécutives. Malgré une approche des plus minimalistes, il ne faudrait certainement pas sous-estimer l’aspect très réfléchi et mature de l’écriture de cet album. Chaque membre du groupe semble vouloir infliger une caractéristique nouvelle à chaque chanson. La décision de Black Midi de sortir des sentiers battus pour une première offrande discographique se révèle promesse d’un futur éclatant pour ce jeune groupe qui érige ici la première pierre d’une oeuvre sincère, intelligente et parfois bouleversante. La narration bizarre que Black Midi propose est stupéfiante, amenant une dimension très spécifique et créative, qui va réjouir l’auditeur d’un vent de fraîcheur trop rarement perçu. Schlagenheim est est un must pour les mélomanes !

-Mathieu Martin


44

GLENN BRANCA – The Third Ascension

(Systems Neutralizers)

Encore en deuil de la disparition d’un des compositeurs d’avant-garde les plus influents de notre époque, ce troisième et dernier volet de l’iconique série des Ascension agit comme un digne testament du génie de Glenn Branca. Sur cet ultime volume de la série, Branca poursuit ses compositions pour symphonies de guitares dissonantes qui ont fait sa renommée. À mi-chemin entre le no wave abrasif de la première ascension et le post-rock quelque peu retenu de la deuxième, The Third Ascension est la culmination de ses recherches de l’ordre dans le bruit et du beau dans l’atonal.

-Yannick Valiquette


43

PRIMITIVE HANDS – Bad Men In The Grave

(Alien Snatch!)

Un deuxième album sur l’étiquette berlinoise pour le groupe montréalais, formé d’ex membres de Demon’s Claws et Genital Hospital, et je dois dire que celui-ci est pas mal surprenant. Enregistré en partie à Montréal par Mathieu Blackburn, multi-instrumentiste du groupe, et Lee Belley au LEE Amps Studio, ce dernier a un son plus accessible et une production plus soignée sur la majorité des chansons. C’est très accrocheur avec de superbes mélodies et ça s’écoute vraiment bien, les douze chansons passent rapidement et on en redemande.

On y retrouve également un côté plus garage lo-fi sur quelques chansons, qui ont une sonorité pas mal plus punk et crue. Brian Hildebrand, le batteur et chanteur de la formation, habitant maintenant à Winnipeg, y a retrouvé son ami d’enfance, Jan Quackenbush, qui s’est occupé d’enregistrer ces petites bombes et y a également joué la guitare. Malgré les différentes sources d’enregistrements, le tout reste très homogène et bien agencé. Primitive Hands nous offre un excellent disque, un peu plus mature tout en conservant une bonne dose de mordant. Le tout est vraiment très intéressant et fortement recommandé.

-Sylvain Castilloux


42

ABYSSAL – A Beacon In The Husk

(Profound Lore)

Abyssal est le cauchemar sidérant que personne ne veut vivre. A Beacon in the Husk est une grosse bête sortie tout droit des cauchemars les plus effroyables et donc le seul but est de laisser l’auditeur dans une marre de blackened death metal horrifique et sans pitié. Le style général du groupe comprend des riffs profonds et percutants, de la guitare trémolo, des passages de menace ambiante, des percussions qui éclatent sous forme de spasmes soudains et des chants de monstres des marais les plus impossibles à déceler. Tout au long de cet album, qui est divisé en trois parties, le groupe poursuit une trajectoire de brutalité rythmée et de moments de clarté soudaine, presque ensoleillée, et l’excentricité toujours étrange qu’on lui connait. La formation britannique livre ici un monument du blackened doom metal, et ce avec une efficacité sans reproche, avec une méthode de travail soigné, mais bouillant de chaotisme. Une référence dans le genre pour les années à venir.

-Mathieu Martin


41

LANA DEL REY – Norman Fucking Rockwell!

(Polydor/Interscope)

Bon c’est quoi le rapport de mettre du Lana Del ray dans un top rempli de disques obscures ?!? Le gars du blogue s’est surement fait payé par un major pour promouvoir une chanteuse populaire qui fait triper les gros mâles du midwest américain et les jeunes hipsters de 12 ans.

Quand une artiste devient très connue, elle a les moyens de s’entourer par les meilleurs, par une équipe de pros et si la chanteuse a encore la flamme des débuts, ça peut faire un très grand disque. On doit l’avouer, Lana a surement sortie l’album de l’année, celui qui passera à travers les années sans prendre une ride. Un grand disque donc américain (Americana), avec une production et des arrangements de OUF avec une voix rêveuse, mielleuse, chill man. Le coup de maitre ici c’est de respecter les codes du style tout en innovant juste un peu pour prendre la main et faire en sorte que la masse la suive (Lana la courroie de transmission). Ce n’est pas peu dire et c’est exactement ce genre d’album qui fait évoluer la musique « grand public » vers de nouvelle contrées. Un album marquant de la fin de la décennie, d’une très grande classe.

-Mario Lemieux


40

SHORELIGHTS – Bioluminescence

(Astral)

Voici déjà la 16e parution sur l’excellent label Astral Industries, avec comme toujours une magnifique pochette signée par l’artiste Theo Ellsworth, qui de disque en disque a réussi à créer une identité visuelle éblouissante pour le label. 2019 fut une belle année pour Rod Modell, qui s’est éloigné de ses productions dub techno habituelles pour une exploration en territoire ambient. Il a souvent mentionné au fil du temps qu’il était très inspiré par la kosmische musik et certains artistes ambient comme Steve Roach. L’utilisation de diverses sources sonores organiques sur Bioluminescence prouve que Rodell maîtrise tout à fait l’art des sculptures sonores. Il est question ici d’énergie lumineuse, de couleurs chaudes et apaisantes qui tournoient tranquillement dans un ciel radieux, sans aucun nuage à l’horizon. Un sentiment enivrant qui rappelle les magnifiques couchers de soleil du Bas-Saint-Laurent ou de longues promenades de fin d’été sur des plages désertes. À réécouter sans modération.

Mathieu Barbe


39

MAGMA – Zëss : Le jour du néant

(Seventh)

La discographie exhaustive de Magma (possiblement le meilleur groupe de tous les temps, soit dit en passant) est un puzzle temporel en ce qui à trait la composition des oeuvres et leur enregistrement/sortie en studio. En effet, “Zëss” a été conçu il y a plus de 40 ans. L’oeuvre a été jouée en public dans les années 70, 80 (on la retrouve sur le magistral concert à Bobino de 1981, disponible en CD), 90 (le disque “Les Voix de Magma” de 1992) et 2000… mais c’est uniquement en 2018 que Christian Vander (grand manitou, batteur et compositeur de Magma) a jugé bon d’endisquer la bête dans sa version maintenant définitive. Et c’est avec cette parution tant attendue que se complète le mandat colossal que Vander s’était assigné et sur lequel il bossait avec assiduité depuis le tournant des années 2000 : boucler la boucle sur ses compositions créées pour Magma dans les années 70.

Dans ce contexte, “Zëss” peut ressembler à un disque d’adieux… Qui plus est, l’oeuvre se veut un “écho anticipé du trépas intégral du monde”. Cela parle donc de l’anéantissement de toute chose, de la fin ; mais sereinement, sans peur ni regret. Serait-ce la fin de Magma ? On espère que non, car le groupe a quand même fait paraître sur disque des oeuvres splendides composées au 21ème siècle (Félicité Thösz et Slag Tanz)… Mais néanmoins, si “Zëss” est le chant du cygne, il n’y aurait pas plus magnifique chant d’adieu que cela.

L’oeuvre est un véritable ovni dans la carrière du groupe. Premièrement, on y retrouve un orchestre symphonique (l’orchestre philharmonique de Prague) en support. Deuxième particularité, pour la toute première fois, Vander n’est pas derrière les futs ! Il fait appel à Morgan Ågren (batteur de la formation progressive suédoise Kaipa) qui le remplace à la batterie, ce qui donne une rythmique métronomique complètement différente à ce qu’on a l’habitude d’entendre avec Magma. Christian s’attribuera plutôt le rôle de chanteur soliste et de “prophète” déclamant un long poème apocalyptique/mystique (surtout en français !) à travers la première moitié de l’oeuvre. Se joignent à eux de précieux acolytes comme Simon Goubert au piano, Rudy Blas à la guitare et Philippe Bussonnet à la basse. Et on retrouve aussi un ensemble vocal comprenant certaines des plus belles voix de Magma à travers sa riche histoire (Stella Vander, Isabelle Feuillebois et Hervé Aknin).

On tient là un chef d’oeuvre de plus dans une discographie déjà légendaire. Un genre d’amalgame complètement renversant de Carl Orff, Richard Wagner, Steve Reich, John Coltrane, de Gospel, de Prog et de Pop Baroque.

-Salade d’endives


38

NO NEGATIVE – The Last Offices

(Drunken Sailor)

La super formation montréalaise récidive avec cette oeuvre, qui pourrait malheureusement être leur dernière puisque Matt Smith, leur légendaire guitariste/chanteur, a déménagé à New York au printemps dernier. Et bien, si ça doit être leur chant de cygne, il sera vraiment marquant car cet album est impressionnant. Une belle façon de peut-être clore une discographie quasi-parfaite.

Pour cet opus, les guitares ont vraiment été mises à l’avant plan dans le mix et le jeu des guitaristes est vraiment génial, bruyant, énergique et plutôt original. La batterie de Félix Morel, qui joue aussi avec Fly Pan Am, est, comme toujours, impeccable, vraiment originale tout en restant modeste, elle fait vraiment ressortir les différents segments des chansons avec de superbes arrangements. En fait, on est loin d’un album de punk typique, ça m’a même pris plusieurs écoutes avant de l’apprécier à sa juste valeur et maintenant je l’adore! C’est très éclectique, tout en restant très punk et on y retrouve une ambiance plutôt sombre, les voix souvent graves, contribuent fortement à cette noirceur. Ça part dans plusieurs directions, sludge, post-punk, death rock et certaines pièces flirtent énormément avec le space-rock d’Hawkwind, surtout Believe in Nothing, la pièce finale qui dépasse la barre des 8 minutes. Très beau travail des musiciens de No Negative, très accompli et ça se démarque vraiment de ce que l’on entend de nos jours. Malheureusement, très peu de copies se sont rendues au Québec, le groupe en a eu peu et elles ont été écoulées très rapidement. Si jamais vous avez la chance de mettre la main dessus, ne manquez pas cette occasion, assurément un futur classique punk montréalais, fortement recommandé!

-Sylvain Castilloux


37

OUR LADY OF THE FLOWERS – Holiday In Thule

(13)

L’année 2019 a été une année remplie de belles surprises en matière de musique ambient et drone. Elle a débuté en force avec un disque dub techno à saveur ambient, parfaitement calibré en substances cannabinoïdé par le toujours très inspiré Rod Modell. Avec ce projet, Modell et sa troupe s’inspirent des paysages des Grands Lacs au temps de la saison froide, un « jardin de givre » impressionniste esquivé à partir d’un gong tibétain, de fields recordings de cérémonies occultes et diverses manipulations électroniques lo-fi. Le résultat est une musique tout indiquée pour de longues randonnées en raquettes au travers diverses couches sonores très riches, presque shoegaze. Les infrabasses sont presque imperceptibles à l’oreille humaine, elles nous figent sur place, nous oblige à ralentir la cadence et à admirer les paysages de marbre à l’horizon. On se sent confortable dans cette toundra de sons gazéifiés, sur le point de congélation.

-Mathieu Barbe


36

MAJA S. K. RATKJE – Sult

(Rune Grammofon)

Sult n’est pas de ce monde. C’est un jardin d’Éden logé dans l’esprit de Maja S. K. Ratkje dont elle nous tend la clef. Sult n’appartient à aucune époque. C’est un aller simple vers des souvenances qui appartiennent autant au monde moderne qu’à l’Antiquité. À la fois excentrique et spirituel, Sult amuse autant qu’il impose le recueillement. Avec sa voix éthérée, son jeu d’orgue modifié et son utilisation inventive de percussions, Ratkje livre un album de folk expérimental étrangement accessible vu son ambition. Les fans de Nico s’y retrouveront, ainsi que ceux à la recherche d’un peu de magie dans leur musique.

-Yannick Valiquette


35

CHERUBS – Immaculada High

(Relapse)

Dans un contexte de musique rock bizarre et de fortes tenures en décibels, Cherubs remporte la palme haut la main. Immaculada High est la confirmation que le noise rock se porte bien, et que l’attrait du psychédélisme et du stoner rock sont les ingrédients parfaits pour une bonne quarantaine de minutes déjantées. Entre les plongeons dans divers genres musicaux et la grande spirale psychédélique que Cherubs crée, le tout est parfaitement mis en symbiose par une production cristalline, qui sert de plat principal pour distinguer tous les éléments nécessaires de cet album. Immaculada High représente une valeur sûre pour tout fan de rock pesant, entremêlé de sonorités bizarres, imprévisibles et grandement efficaces. Longue vie à la terreur noise rock texane!

-Mathieu Martin


34

MIKE PATTON & JEAN-CLAUDE VANNIER – Corpse Flower

(Ipecac)

Ça faisait un bail que le plus grand chanteur des temps modernes nous avait prévenu qu’il était sur le point de réaliser son rêve : travailler avec le grand compositeur Vannier, responsable de plusieurs œuvre indémodables comme Histoire de mélodie Nelson (avec Serge Gainsbourg). L’album a été composé à distance, Vannier envoyait la musique de la France à Patton à San Fransisco pour qu’il y mettre sa voix et ses paroles. Malgré le fait qu’à certains moment, la méthode de travail transparait un peu et ne la sert pas si bien, que Patton aurait eu avantage à être un peu plus en retrait, on est face à un des meilleurs albums de Patton et ses multiples collaborations depuis très longtemps, depuis Mit Gas de Tomahawk. Donc malgré quelques imperfections, l’atmosphère noir chic sortie d’un film de répertoire des années 60 qui se dégage de l’ensemble en fait un très grand disque. On aurait aimé un album double avec juste l’instrumental pour encore plus apprécié la patte de Vannier, le grand Vannier. Mais Patton aussi est grand, n’oubliez pas!

-Mario Lemieux


33

MICHAEL PISARO – Nature Denatured and Found Again

(Gravity Wave)

Né à Buffalo (New York) en 1961, Michael Pisaro est un compositeur et guitariste qui oeuvre dans les styles suivants : musique concrète, musique électroacoustique, classique contemporain, réductionnisme, field recordings et musique non-déterminée. Son corpus est un des plus fascinants pour les amateurs de musique actuelle. Je n’ai pas la prétention d’avoir écouté la totalité de sa production exhaustive ; mais je possède assez de disques de lui (environ une dizaine) pour me considérer comme un aficionado fini de sa musique. “Nature Denatured and Found Again” est de loin son aventure sonore la plus ambitieuse jusqu’à présent… Un projet de fou qui aura pris 5 ans à enregistrer (+ le temps consacré à l’editing, un travail que j’imagine comme colossal).

En 2011, Pisaro est invité par un certain Joachim Eckl à développer un genre de laboratoire sonore dans les environs de la charmante petite commune de Neufelden, en Haute-Autriche. La bourgade est bordée par la rivière “Große Mühl”, qui prend sa source à l’extrémité sud-est de la Bavière et qui se jette dans le Danube. Pisaro décide alors d’élaborer le dit projet… Le tout prend la forme de marches d’après-midi dans les bois environnants, en longeant la rivière. Les participants (dont Pisaro) sont munis d’enregistreuses et à travers leurs marche d’une durée de 2 heures, ils rencontreront divers musiciens installés sur des bancs un peu partout dans la nature et improvisant. Ces musiciens sont : Antoine Beuger (à la flûte), Jürg Frey (clarinette), Marcus Kaiser (violoncelle), Radu Malfatti (trombone), André Möller (guitare électrique) et Kathryn Gleasman Pisaro (hautbois et cor anglais). Les marcheurs doivent écouter (et enregistrer) chaque musicien pendant 12 minutes.

L’exercice se répétait chaque jour pendant une semaine (beau temps, mauvais temps) et fut répété chaque année pendant 5 ans. Chacun des 5 disques composant cette oeuvre est le résultat du travail de Pisaro sur les bandes sonores de chacune des années où les enregistrements furent recueillis. Chaque CD dure exactement 48 minutes et comprend 4 pistes de 12 minutes. Quelqu’un qui serait muni de 5 lecteurs CDs pourrait d’ailleurs faire jouer les 5 disques en même temps… J’imagine que le résultat final doit être assez incroyable.

Néanmoins, l’écoute de chaque disque (séparément) est une expérience fascinante en soi. On entend la nature vibrer, les oiseaux chantonner doucement au loin, les cigales se faire aller alors que l’après-midi tire à sa fin. On laisse nos tympans se faire porter par le court de la rivière, se repaître du bruit des chutes d’eau et de la pluie tombant parfois. On entend même parfois des avions au loin… À travers ces merveilles de field recordings, on découvre une musique minimaliste qui se fond totalement à celle de la nature. Jamais musique n’aura épousé si somptueusement la faune et la flore. C’est une oeuvre-médicament qui apaise mon âme et mon corps tout entiers ; et dont je bénéficierai jusqu’à ma mort. Zen, spirituel, vivant et vital.

-Salade d’endives


32

INSTITUTE – Readjusting The Locks

(Sacred Bones)

Readjusting the Locks, 3e album album du super groupe d’Austin, Institute. J’ai déjà fait la critique de cette petite bombe lorsqu’elle est sortie donc je vais essayer d’être bref et vous épargnerai tous les détails de comment j’ai découvert le groupe… si vous voulez le savoir vous pouvez lire mon premier texte, qui vous donnera pas mal plus de détails sur le disque.

Je dirais que jusqu’à cet album, Institute avait un son très post-punk avec un penchant pour le punk. Crisis semble être une grande influence pour le groupe, du moins, le jeu du guitariste rappelle énormément celui de Lester Jones. Leur nouvelle offrande n’en fait pas exception mais ça rocke pas mal plus. La formation nous lance plusieurs pièces qui auraient pu se retrouver sur des classiques punk de 77 et même quelques unes qui sont pas mal plus près du hardcore. La production plus étoffée, où on y découvre quelques sonorités plus accessibles bien dissimulées, rend le ton de l’album plus enjoué, moins dark que sur leurs précédents, sans y perdre de mordant. Une oeuvre qui s’écoute facilement, ses 29 minutes passent très rapidement, celui que j’ai écouté le plus en 2019, vraiment à ne pas négliger. Bien que ce soit leur parution la plus accessible, ce qui généralement me déplaît, la formation continue à impressionner et j’ai vraiment très hâte de voir ce qu’elle nous réserve pour la suite.

-Sylvain Castilloux


31

PHILIP THOMAS – Morton Feldman Piano

(Another Timbre)

Oubliez un moment le concept de top annuel… Ce coffret de 5 disques dédié aux oeuvres pour piano de Morton Feldman devrait ni plus ni moins se trouver au sommet du palmarès des sorties musicales les plus importantes du jeune millénaire. Il s’agit là d’un objet important et indispensable pour tout amateur de musique contemporaine. Feldman a beaucoup composé pour le piano et je crois que c’est à travers ses travaux pour cet instrument (seul) qu’on comprend le mieux son approche résolument unique et ce que j’aime appeler : son art du dépouillement suprême.

Philip Thomas est un pianiste remarquable qui joue le répertoire de Feldman depuis 25 ans… Son savoir et son amour de la musique du compositeur est immense. Cela s’entend à travers les 6 heures de musique ici offertes. Ses apports très personnels à cette musique qu’on qualifie souvent de “non-déterminée” (vu que Feldman laissait libre champ à l’interprète pour modifier ce qu’il voulait) viennent ajouter à l’aspect essentiel de l’objet.

6 heures de musique sur 5 disques… Les oeuvres pour piano d’un des plus importants compositeurs du 20ème siècle. Un objet à chérir pour le restant de mon existence.

-Salade d’endives


30

LITTLE SIMZ – Grey Area

(Age 101)

Little Simz c’est qui ça? C’est une londonienne de 25 ans qui est considéré comme l’un des plus grands espoirs du rap contemporain par Kendrick Lamar. Donc une autre jeune anglaise surdouée après Kate Tempest et Spech Debelle : Oui! Pourquoi cet album a été dans la majorité des top album 2019? Il est bon sur tous les points mais ce qui frappe vraiment c’est la production et les arrangements d’une extrême finesse et d’une grande subtilité. Ce disque nous rappelle que les anglais sont les maîtres dans l’art de créer l’ambiance. À écoutez au casque d’écoute au moins une fois pour comprendre le génie qui se cache dernière le flow. Vive l’Angleterre!

-Mario Lemieux


29

CULT OF LUNA – A Dawn To Fear

(Metal Blade)

La formation post-metal suédoise nous revient avec un nouvel album après 6 ans (si on exclut le projet Mariner avec Julie Christmas). A Dawn To Fear est une œuvre comme seul Cult of Luna sait le faire : grandiose! Leur nouvel album est un retour à une approche un peu plus simpliste, mais qui propose un son étanche avec une production hors-norme, qui permet à chacun des musiciens d’amplement se faire valoir. Rajoutez à cela une vision artistique accomplie, un répertoire très bien maitrisé et un sens de l’intégrité, et vous obtenez ici un exemple phare de ce qui se fait de mieux dans le genre métal. Et cet album est sans contredit l’apogée de la carrière d’un des groupes les plus marquants de sa génération.

-Mathieu Martin


28

JESSICA PRATT – Quiet Signs

(Mexican Summer)

En moins de 28 minutes, Jess Pratt nous livre ici le meilleur disque de folk de chambre depuis… La trilogie de Nick Drake ? Ça peut paraître gros ce que je dis mais plus j’y pense et plus je me dis que c’est possible en fait. Bordel que cet album est beau, beau, BEAU. C’est dépouillé, apaisé, mélancolique, contemplatif et incroyablement bien dosé. Il n’y a pas UNE note de trop.

On retrouve à travers tout l’album une folk brumeuse teintée d’une aura psychédélique. Les compositions, très minimalistes, vont à l’essentiel et vous chavirent l’âme et le coeur. Les arrangements sont somptueux ; discrets mais bourrés de fioritures angéliques comme ces notes de piano éparses ou ces passages sublimés par une flûte limpide. Il y a ce côté presque “Tropicalia” (mais étrangement hivernal) par moments ; surtout sur “This Time Around”, alias la meilleure chanson de l’année, voir du 21ème siècle. Et il est nécessaire de mentionner la voix complètement unique de Jessica… une voix qui ne semble appartenir à aucun âge ; une voix bienveillante, satinée, presque “endormie” (qui peut, en ce sens, rappeler celle de Vashti Bunyan). Sinon la prise de son intimiste nous donne l’impression fugace que la belle est là, juste à côté de nous, à nous susurrer ses berceuses narcotiques à l’oreille…

-Salade d’endives


27

FORESTEPPE – Karaul

(Klammklang Tapes)

Le terme « karaul » désigne une division militaire très stricte qui doit intervenir dans des cas difficiles, souvent pénibles et difficilement racontables. Dès « Boundary », le ton est donné, des tapes atrophiées, virées sens dessus dessous que l’on devine trouvées dans des prisons désaffectées de Sibérie. Un collage inquiétant que l’on décrypte comme des espions psychotiques. Les respirations d’un paysage abandonné par la mémoire officielle sont ici racontées au travers une noise pop, folky par moment comme sur la sereine « Karaul », d’une originalité peu commune. « Karaul » est un trip dans lequel il faut s’accrocher, mais qui donne droit à un laissez-passer pour un voyage fascinant, qui rappelle le vertige de Stalker et l’horreur psychédélique d’Apocalypse Now. Car voyez-vous, Egor Klochikhin, l’artiste derrière Foresteppe, réside au fin fond de la Russie et a intégré l’armée russe pendant un temps. C’est son expérience qui est relatée ici de façon abstraite, aux limites du fantomatique comme une réverbération post-traumatique.

-Mathieu Barbe


26

SUNN O))) – Life Metal & Pyroclasts

(Southern Lord)

Grosse année que fut 2019 pour les barbus encapuchonnés préférés des petits et des grands. Deux albums enregistrés et édités à Chicago par le grand Steve Albini ; un monsieur qu’on ne présente plus. La touche Albini est là. Ça sonne merveilleusement bien, comme si on y était. Pour avoir vu la bête en spectacle, je crois que ces deux albums sont ce qui se rapproche le plus de l’expérience “live” du groupe de drone-metal-ambient le plus célébré sur Terre (et dans ses abysses impénétrables). Au menu, le resto))) sert encore la même chose : des tonnes et des tonnes de grosse guitare sale et amplifiée au max, des ondes de basses langoureuses qui, à un certain volume, peuvent potentiellement vous faire déféquer sur votre propre personne et quelques fois, l’apparition bienvenue d’une voix humaine, comme celle de l’Islandaise Hildur Guðnadóttir sur “Between Sleipnir’s Breaths” (première pièce de “Life Metal).

Le grand frère, “Life Metal”, est plus composé et concis. “Pyroclasts” est improvisé à 100%. Les deux sont essentiels.

-Salade d’endives


FIN DE LA PARTIE UN DU TOP…. ON SE RETROUVE SOUS PEU POUR LA PARTIE DEUX

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