Top Albums 2019 de Bruit de Fond – Part 2

Bon… vous avez lu la partie UN ?!? C’est fait ??? C’est maintenant l’heure de s’attaquer au BIG 25 de 2019 selon vos chroniqueurs adorés de Bruit de Fond, mes chères mesdames et mes chers messieurs (et aussi ceux qui sont entre les deux). TÉQUILA-HEINEKEN-PAS-L’TEMPS-D’NIAISER !!! C’est partiiiiiiii……


25

TOKI FUKO – Spring Ray

(Silent Season)

Silent Season, c’est un monde ; une cosmogonie. Ce petit label de l’ouest canadien a créé son propre petit univers sonore bien à lui en alliant la beauté naturelle de l’île de Vancouver à la musique d’artistes oeuvrant dans les créneaux éthérés que sont le tribal ambient, le dub techno, et le minimal techno. Leurs sorties discographiques sont magnifique ; tant au niveaux visuel que sonore.

Toki Fuko (de son vrai nom Sergey Korotaev) est l’auteur du meilleur disque paru sur l’étiquette en 2019 selon votre critique au sourire si doux. “spring Ray” nous convie à un vol de nuit, en suspension, à travers une forêt tropicale riche et humide. On à affaire à une dub techno impalpable et désincarnée. Les boucles narcotiques cachent en leur sein milles petits détails phoniques ahurissants. Et on sent que tout l’album est hanté par le fantôme d’un disque de chill-out 90s obscur… À noter que la version vinyle est différente de la CD ; cette dernière étant composée de 2 longues pistes (+ de 30 min. chacune) encore plus vaporeuses.

-Salade d’endives


24

MARIA W. HORN – Epistasis

(Hallow Ground)

Remarquée l’année dernière grâce à un premier album de drone païen prometteur, Maria W. Horn démontre sa versatilité et son intuition musicale en faisant paraître Epistasis, un deuxième album plus sobre et contenu que son jeune prédécesseur. Délaissant largement le côté électroacoustique de Kontrapoetik au profit d’une approche plus ambiante, l’artiste suédoise épure sa musique tout en l’enrichissant d’une plus grande palette sonore. Les pièces Interlocked Cycles parties 1 et 2 dévoile son talent de composition en musique classique contemporaine et minimale, tandis que la pièce-titre retourne en territoire drone mélancolique de Kontrapoetik en tempérant la dissonance à un minimum. Enfin, la pièce Konvektion transporte Horn à l’orgue le temps d’un drone litanique duquel Kali Malone ne tournerait pas le dos.

-Yannick Valiquette


23

THOM YORKE – Anima

(XL)

C’est comme Radiohead, mais jusse avec Thom Yorke. Mais c’est pas comme ça exactement non plus.

-Yannick Valiquette


22

YANG HAISONG – Fictional Film Music

(Zoomin’ Night)

Yang Haisong est un artiste et musicien chinois très prolifique qui est membre de l’influente formation P.K. 14 et qui nous offre une musique parfaitement indépendante depuis les années 2000. Haisong est également un producteur de renom, qui a collaboré avec plusieurs labels installés à Beijing, il est fréquent de retrouver sa signature sur des albums qui réinventent la scène indie chinoise. C’est surtout à partir des années 2010 que Haisong expérimente de façon plus assidue. Avec ses loops superposées avec un soin d’orfèvre, « Fictional Film Music » raconte une histoire incertaine et dissimulée au travers un brouillard de dialogues mystérieux, de textures hachurées entre décomposition urbaine et paysages opiacés, un drone qui cherche l’équilibre entre la hauteur (上) et les profondeurs (下), cet équilibre tant convoité et fantasmé par la jeunesse Chinoise.

-Mathieu Barbe


21

TROPICAL FUCK STORM – Braindrops

(Joyful noise)

Ils avaient mis la table en 2018 avec le art punk anxieux et chaotique de “A Laughing Death in Meatspace”, mais à l’image d’un crieur de rue dérangé annonçant l’apocalypse à qui veut bien l’entendre, la troupe de Melbourne ne prend pas le temps de souffler et martèle Braindrops moins d’un an plus tard. Conservant la même formule de punk quelque peu abstrait et bluesy, ce deuxième album se démarque surtout par sa folie exacerbée et le côté bipolaire de ses pièces. Ces éléments étaient bien présents dès leurs débuts, mais ils se trouvent ici accentués par le sentiment constant d’urgence qui s’en dégage. S’il fallait choisir un seul album pour représenter l’atmosphère de l’année 2019, Braindrops serait certainement dans les choix à considérer.

-Yannick Valiquette


20

TIM HECKER – Anoyo

(Kranky)

Fort de son prédécesseur Konoyo, Tim Hecker nous arrive ici avec un EP accompagnateur qui pousse plus loin le concept apporté par son exploration du bruitisme et des influences de musique orientale. Pour certains, l’écoute de la musique ambiante peut être un exercice fort difficile ; tant de morceaux de casse-tête semblent omniprésents dans la tête de l’auditeur, mais Tim Hecker parvient ici à captiver l’imaginaire en façonnant un son très vivant, voire organique, qui propose un plongeon direct dans un infini cosmique dont il en a fait sa propre science. L’album jongle très bien avec ses douces inspirations japonaises et son approche cyberpunk. Le compositeur/bidouilleur canadien décrit une suite à son odyssée de manière posée, soignée et contemplative.

-Mathieu Martin


19

THE COMET IS COMING – Trust in the Lifeforce of the Deep Mystery

(Impulse!)

La renaissance toute nouvelle du label Impulse! continue de belle façon avec l’arrivée de la comète et son nü-spiritual-électro-free-jazz-fusion-space-cosmique (oui, tout ça en même temps). Comme dirait l’oncle Frank : “Jazz is not dead, it just smells funny !”. J’ajouterais “Funky” monsieur Zappa.

Si cela vous dit d’entendre la rencontre intergalactique entre le Pharoah Sanders de “Thembi”, le Tangerine Dream de la belle époque, le Herbie Hancock de la trilogie “Mwandishi” et Jaga Jazzist, ce deuxième album de la bande de Shabaka Hutchings (the hardest working man in Jazz today) se dresse là pour vous, tel le monolithe de 2001 : Odyssée dans l’Espace. Oh Hal 9000, tu ne nous avais pas dit que tu étais aussi groovy !

-Salade d’endives


18

ANA ROXANNE – ~​~​~

(Leaving)

Ce qui est fascinant avec ce disque (au delà de ses qualités musicales évidentes), c’est son côté très personnel. On a vraiment l’impression que la Californienne nous ouvre une fenêtre sur son monde intérieur. Un panorama sur ses joies, ses peines, ses aspirations, son recueillement, ses passions. Ce n’est pas une mise à nue grandiloquente et théâtrale. C’est juste elle dans ces moments précieux de la vie : au piano alors que le Soleil se couche tranquillement, au jardin à pique-niquer et chantonner avec sa famille alors que le vent effleure les carillons ça et là, dans son lit alors qu’elle réfléchit à Dieu et aux mathématiques, où lorsqu’elle fredonne un vieil air de R&B en marchant dans la rue un matin brumeux et magique… On vit ces quelques instants avec elle. Et c’est un bonheur renouvelé à chaque fois.

Salade d’endives


17

BLOOD INCANTATION – Hidden History of the Human Race

(Dark Descent)

Blood Incantation confirme ici avec cet album qu’il sera appelé à devenir un des leaders de la scène death metal dans la prochaine décennie. Ce voyage interstellaire dans les confins reculés de l’imaginaire collectif est une réussite sublime de long en large. Il ne faudrait pas passer outre la virtuosité insatiable des musiciens présents sur cet album, tant cette fusion de talent et de rassemblements d’influences diverses, font de “Hidden History of the Human Race” un album spectaculaire en tout point de vue. Aidé par une production faramineuse, et malgré tous ses mouvements frénétiques; vous entendrez un groupe respirer comme un organisme, un groupe de personnes accomplissant quelque chose de remarquable aussitôt le bouton play activé.

-Mathieu Martin


16

A WINGED VICTORY FOR THE SULLEN – The Undivided Five

(Ninja Tune)

Ce duo composé par le guitariste/claviériste Adam Wiltzie (Stars of the Lid, The Dead Texan) et le pianiste Dustin O’Halloran (Dévics) nous livre ici sa quatrième offrande discographique. Leur ambient cinématographique, toujours très soigné et superbement produit, se colore ici de teintes intergalactiques. En effet, “The Undivided Five” est un très beau disque de space-ambient contemplatif dans lequel on trouve aussi des touches de drone et de musique classique autant contemporaine qu’impressionniste (Debussy est d’ailleurs invoqué comme entité divine dans le titre du premier morceau). C’est beau, flottant, riche, raffiné, céleste. Voilà là un disque qui se compare très favorablement à des chef d’oeuvres du style, comme le Apollo: Atmospheres and Soundtracks de Brian Eno, le Structures from Silence de Steve Roach ou encore 76:14 de Global Communication.

-Salade d’endives


15

FLY PAN AM – C’est ça

(Constellation)

Après une longue pause de quinze ans, Fly Pan Am nous revient en force avec sa nouvelle offrande, “C’est ça”. La formation reprend pas mal exactement où elle nous avait laissé avec “N’écoutez Pas” mais cette fois avec des musiciens plus expérimentés et polyvalents.

Le disque commence avec une pièce instrumentale qui s’apparente à du free jazz où on a remplacé les cuivres par des sonorités bruitistes électroniques et ça donne à merveille le ton à l’album. Ces sonorités sont omniprésentes dans l’album, c’est vraiment un plaisir à écouter avec des écouteurs, il y a beaucoup de détails intéressants. On sent l’influence du shoegaze dans plusieurs pièces. Parfois c’est planant avec des effets qui rappellent le tremolo de Kevin Shields et ensuite on nous surprend avec de la distortion très abrasive. La batterie est primitive, très rythmée (on a même droit à des blast beats) et parfois répétitive. Elle garde la cadence et découpe à merveille les différentes sections des chansons, qui sont très bien construites.  Les cris de J-S Truchy, qui rappellent le black-métal, font de superbes contrastes avec les ambiances parfois plus dansantes du disque ou les voix plus calmes et planantes de Roger Tellier Craig et Jonathan Parent.

Vraiment un album qui s’écoute à merveille d’un bout à l’autre, c’est très varié et plutôt envoûtant. Je trouve que le son du groupe se détache encore plus du post-rock que l’on associe à l’étiquette Constellation, c’est pas mal plus Krautrock et éclaté, on y retrouve même des influences plus punk, les lignes de basse qui roulent à toute vitesse sont vraiment hallucinantes. Mon album préféré de l’année, je vous le recommande fortement, très impressionnant, des compositions d’un grande richesse et exécutées à merveille.

-Sylvain Castilloux


14

FRANKIE & THE WITCH FINGERS – ZAM

(Greenway)

Étrangement l’un des seuls albums sorti en 2019 que j’ai écouté, ZAM a été un coup de cœur total et instantané a la première écoute. Ce petit band underground indé/pschédélique/acide rock de Los Angeles a vraiment frappé fort avec leur 3e album intitulé ZAM, qui est selon moi et pour plusieurs leur meilleur a date. Bourré de riffs hyper énergétiques et accrochants, couplés avec l’attitude déjantée du garage rock vif et brutal, cet album sera plaire aux amateurs du genre. Une expérience d’écoute unique!

-Sandwich Électrique


13

YELLOW EYES – Rare Field Ceiling

(Gilead)

“Rare Field Ceiling” a tout du disque de Black moderne parfait. Parfaitement maitrisé, complexe, à la fois mélodique par bouts et dissonant/atonal par d’autres, émotif jusqu’à la moelle, idiosyncratique à fond (vous savez ce mot que les amerloques adorent utiliser), à la fois beau, laid et tragique (comme le meilleur Black Metal). Vous aimez les guitares anguleuses qui déferlent dans votre cortex gorgé d’extase ? Ici, c’est anguleux de chez anguleux mes amis ! Vous aimez la rage, la rapidité féroce et la technicité façon-Krallice, vous serez servis (d’ailleurs Mick Barr est de la partie sur une piste). Vous aimez aussi les moments contemplatifs où l’atmosphère vous saisi à la gorge le temps d’un field recordings sibérien particulièrement touchant, les mecs aux yeux jaunes ont aussi pensé à vous ! Ces salauds sont presque trop géniaux. Ça en est agaçant ! Et ils trouvent même le moyen de faire les meilleures fins et débuts de pièces EVEUR.

Un disque complètement magistral, expérimental et fucked-up oui, mais LISSE comme la peau d’un dauphin… qui coule tel un ruisseau argenté dans tes tympans incrédules qui eux se laissent porter avec délice dans cette cosmogonie phonique surréelle.

-Salade d’endives


12

JAKOB ULLMANN Fremde Zeit Addendum 5

(RZ)

C’est l’année des majestueuses fins de cycles… Ce 5ème volume de la série “Fremde Zeit Addendum” du compositeur allemand Jakob Ullmann vient mettre un terme à une des grandes oeuvres de la musique classique contemporaine-minimaliste. Ce dernier volet consiste en une longue pièce de 60 minutes pour piano seul interprétée par Lukas Rickli… Bien que de décrire cette chose comme une “oeuvre pour piano” peut sembler trompeur tant le résultat final sur disque sonne totalement autre à ce qu’on a l’habitude d’entendre dans ce créneau. Et quand je dis “autre”, c’est “autre” en criss.

Cela doit prendre plus de 10 minutes avant qu’on entende ne serait-ce qu’une note de piano. Mais avant, qu’est-ce qui se passe ? Et bien, rien. Un rien magnifique. De la non-musique. Les sons amplifiés du vide qui se percutent contre l’instrument, situé au coeur d’une grande pièce. Le bruit des notes qui se font effleurer/caresser sans être enfoncées. On devient hypnotisé par cette vaste chambre d’écho où le vide devient drone. Et quand une note de piano éparse arrive dans ce décor dénudé au possible, cela surprend. Et on apprécie CETTE note : sa résonance toute particulière, son timbre, son effacement progressif dans l’éther. À mesure que la piste se poursuit, le piano est un peu plus utilisé, suggérant même parfois la présence fantomatique d’une mélodie disloquée qui, finalement, n’existera que dans notre imagination. Ce rien formidable (et bordé de reverbs doucereux) devient tellement confortable, salutaire, attachant, normalisé par nos sens… que quand le tout se termine, on se sent bizarrement mélancolique.

-Salade d’endives


11

HERMANN NITSCH – Albertina Quartett

(Trost)

Il y a toujours une étrange impression de terreur qui submerge à l’arrivée d’un nouvel enregistrement d’Hermann Nitsch. Et ce n’est pas sans raison : depuis ses débuts, l’artiste multidisciplinaire et figure centrale de l’actionnisme viennois met en scène la condition humaine et animale dans tout ce qu’elle a de plus décadent… et sanglant. En musique, cela se traduit par du classique contemporain empreint de drone qui crée une tension frisant parfois l’insoutenable. Albertina Quartett est cependant plus accessible et moins dissonant que bien d’autres œuvres du compositeur Autrichien. Sans être une ballade dans le parc, ce nouvel enregistrement devant public se veut en quelque sorte une version disloquée et étirée de musique de chambre.

-Yannick Valiquette


10

KALI MALONE – The Sacrificial Code

(iDEAL)

3 CDs de drones d’orgue et donc un album pour oreilles avertis ; pour ces aventureux contemplatifs-statiques qui aiment se laisser emporter et bercer les tympans par une musique qui prend tout son temps pour imposer son atmosphère quasi-figée et ensorcelante. Car quand il est question de drone, il est souvent question aussi de patience, de méditation, de voyage intérieur, d’engourdissement de l’âme… Il faut laisser chaque note nous englober, chaque réverbération du divin (et colossal) instrument nous tétaniser jusqu’à ce qu’on réalise qu’on est littéralement sous hypnose. Ce n’est donc pas un opus qu’il faut se farcir dans n’importe quel contexte… Mais quand c’est le bon moment, bon Dieu qu’on peut partir loin avec cet album et toucher/gouter à une sorte d’absolu miraculé ! Et on se dit alors qu’il n’y a pas musique plus belle, plus essentielle que cela !

-Salade d’endives


9

KYLE BOBBY DUNN – From Here To Eternity

(Past Inside The Present)

Cinq ans après le monumental « Infinite Sadness », Kyle Bobby Dunn clôt la décennie avec un pur chef-d’œuvre de musique ambient au style cinématographique et introspectif. Né dans une période particulièrement trouble pour son auteur, « From Here To Eternity » agit tel un antidote au sentiment de perte, de dérape, du temps qui passe trop vite. On se retrouve rapidement en orbite, un peu dévié de la lumière pour constater la dévastation intime, un état calme et inquiétant en ressort, un état de grâce presque glaçant aux allures psychanalytiques d’ombres surnaturelles, sans toutefois la lourdeur rhétorique de cette discipline. Les teintes s’assombrissent rapidement comme si KBD zoomait sur une pensée, un fragment douloureux enfoui très loin dans sa mémoire, pour en extraire l’essence la plus stricte. 18 pièces aux longueurs variables nous permettent de nous approprier les illuminations de KBD, d’arrêter le temps pour nous permettre de plonger en nous. Des rêves, des souvenirs, des craintes, peut-être même des phobies. Beaucoup d’étoiles, de poussières célestes, de couleurs qui aspirent tranquillement les vapeurs de la nuit sacrée pour recracher la plus vive lumière qui soit. Une quête de sens où le dénouement se retrouve niché quelque part dans ce voyage mystérieux de plus de 3 heures. On ne peut que saluer la démarche incandescente de KBD.

-Mathieu Barbe


8

PURPLE MOUNTAINS – Purple Mountains

(Drag City)

Le retour soudain de David Berman dix ans après la séparation des Silver Jews sera à jamais marqué par son départ tout aussi abrupt. Si le contexte funeste dans lequel baigne désormais Purple Mountains aura certainement élargi sa portée, son triomphe est entièrement attribuable à ses qualités musicales et littéraires. Reprenant les choses là où il les avait laissées sur Lookout Mountain, Lookout Sea (2008), le poète chéri de l’indie rock embrasse pleinement ses influences alt-country pour accompagner ses paroles toujours aussi évocatrices, quoi qu’inévitablement plus explicitement personnelles qu’à son habitude.

-Yannick Valiquette


7

WASTE OF SPACE ORCHESTRA – Syntheosis

(Svart)

Qu’est-ce qui se produit quand des doom métalleux droneux cosmiques (Dark Buddha Rising) se lient d’amitié avec des black métalleux psychédéliques (Oranssi Pazuzu) ?!? La réponse, c’est ce “Syntheosis” vertigineux et passablement opiacé/enfumé. Sorte de space-opera conceptuel (mettant en scène trois protagonistes incarnées par 3 différents chanteurs de la troupe), l’album réussit à être la somme des deux entités qui ont fusionnés avec brio (tel un Gogeta nébuleux). On retrouve ici tout ce qui fait la magie des deux groupes et même plus encore. Cette chose ahurissante (et possiblement illégale) marie à merveille psych, sludge, black metal, rock progressif, doom, krautrock, space rock, dark ambient (et j’en passe). Une écoute essentielle pour tous ceux qui aiment un peu (voir beaucoup) de folie dans leur Metal.

-Salade d’endives


6

MATANA ROBERTS – Coin Coin Chapter Four: Memphis

(Constellation)

Matana Roberts poursuit son périple à travers l’histoire de l’esclavagisme aux États-Unis sur ce quatrième volet de sa série Coin Coin. Pour Memphis, Roberts renoue avec le jazz d’avant-garde et le free jazz du premier chapitre pour livrer des récits personnels et personnifiés d’une rare intensité. Tantôt cathartique, tantôt spirituelle, ce dernier volet déborde d’une telle passion qu’il est impossible de ne pas se sentir interpellé par les déchirements qu’elle raconte.

-Yannick Valiquette


5

BEN VIDA – Reducing the Tempo to Zero

(Shelter Press)

2019 fut une année charnière pour les disques trèèèèès longs mais aussi très bons. En voici un premier exemple (vous en verrez d’autres plus haut dans le top). Sur un format de sortie physique bien particulier (une clé USB, diantre!), Ben Vida nous propose 4 longues pistes drone de près d’une heure chacune. Il va sans dire que c’est pour un public averti seulement. Et bien justement, je suis très très averti question drone, moi. Et “Reducing”, c’est pas mal ce que le drone a de mieux à nous offrir. Un drone à la fois glacé, austère mais touchant, comme du Radigue frigorifié. Le monsieur est un génie des transitions subtiles et quasi imperceptibles. Son drone n’est pas statique du tout ; il évolue petit à petit, comme la lumière du jour qui augmente ou décline… On se laisse transporter un moment dans cette grande salle de musée aux murs blancs et vides… puis, on ferme les yeux… et sans l’avoir réalisé, on est rendu ailleurs : sur la surface d’un lac gelé de Laponie ou dans la grotte de cristal de Naïca. Magnifique et mystérieuse faculté que possède cette musique ; prête en tout temps à nous faire vagabonder l’âme en terres possibles… et impossibles.

-Salade d’endives


4

NICK CAVE & THE BAD SEEDS – Ghosteen

(Ghosteen Ltd)

Ghosteen est le summum d’une vision artistique fantastique et accomplie de Nick Cave et sa bande. On se laisse prendre au jeu par l’immensité de son univers, une approche mélodieuse irréprochable, et une aventure des plus extraordinaires. Nous avons droit ici à un chef-d’œuvre d’un artiste qui ne se repose jamais sur ses lauriers et qui subordonne tout le reste à son art et les risques que son inspiration lui impose. L’album rend hommage à une sensibilité de la vie, quoiqu’étrange et merveilleuse. Ghosteen est rempli de couleurs inimaginables qui feront rayonner l’ouïe de chaque auditeur.

-Mathieu Martin


3

SABA ALIZADEH – Scattered Memories

(Karl)

Mêlant la musique persane traditionnelle à l’électroacoustique et au field recordings, Scattered Memories dévoile une richesse sonore exécutée avec une sobriété qui impose une écoute dédiée et répétée. À la croisée des chemins entre la volonté de vouloir honorer l’héritage du passé et de perpétuer sa propre mémoire, chaque son émanant de cet album semble réfléchi, posé, important.

-Yannick Valiquette


2

THE CARETAKER – Everywhere at the End of Time (Stage 6)

(History Always Favours the Winners)

Voici le dernier stage, la dernière proposition de Leyland Kirby, l’œuvre censée nous démontrer (par le son) ce qui se passe avec notre cerveau quand on plonge tranquillement (stage 1 à 6) vers la démence ou l’Alzheimer. Très niché vont dire certains mais oh combien essentiel, oh combien original et oh combien phénoménal!. Le concept album de la dernière décennie sans aucun doute.

Qu’en est-il donc spécifiquement de ce dernier chapitre? Parce qu’on doit insister sur le fait que les 6 albums sont indissociables et forment un tout cohérent. On est dans le dark ambiant expérimentale mais la tempête folle des stages 4-5 est passée. De vieux souvenirs qui disparaissent pour laisser la place au vide, au son du vent sur ses tympans, au grincement agaçant, aux résidus de mémoire perdue très loin dans notre inconscient. Si c’est ça la démence, j’ai peu… Ça ressemble à l’idée qu’on se fait de l’enfer ou d’un film post apocalyptique. Mais rassurez-vous sur ce dernier volume, on est en post, le moment ou tout dégénère est passé. On est maintenant pris dans un état qui perdurera, dans la maladie. Complètement original, éloigné de tout cliché. Kirby est sensible et prend son temps pour nous plonger dans un trou noir sonore captivant.

C’est plus calme donc mais attention c’est plus insidieux. Vous serez avisez!

-Mario Lemieux


1

ÉLIANE RADIGUE – Occam Ocean 2

(Shiiin)

Éliane Radigue est une des musicienne/compositrice les plus vitales et importante de notre époque. C’est LA doyenne du drone ; probablement celle qui, selon moi, aura produit les oeuvres les plus magnifiques tombant sous l’égide de ce style qui m’est si cher. Elle a présentement 87 ans et continue de créer des oeuvres complètement stupéfiantes, ce qui est renversant (vous en conviendrez). Bref je la veux comme grand-maman.

Depuis le début du nouveau millénaire, Radigue a abandonné son fidèle ARP 2500 (synthétiseur modulaire, analogique et duophonique… me demandez pas d’élaborer), qui était alors pratiquement son seul outil de création. Elle se concentre maintenant sur des efforts collaboratifs avec d’autres musiciens et sur des compositions (toujours drone) sur des instruments acoustiques. Le label parisien Shiin a publié la plupart des créations plus récentes de la compositrice. Occam Ocean 1, premier volet de cette nouvelle oeuvre titanesque, est sortie en 2017. Ce deuxième volet, encore meilleur, a vu le jour cette année. La musique de Radigue y est jouée par plus de 30 instrumentistes totalement investis par l’univers sonore de la dame. On retrouve ici un accordéon, 3 guitares, 5 clarinettes, 6 saxophones ainsi qu’une section de cordes et de cuivres. Tous ces instruments sont amalgamés, enchevêtrés, imbriqués… pour devenir un espèce de tout impénétrable. Un mur de son compact, embruiné et océanique. C’est beau, beau, BEAU. C’est de l’extase sonore ; de la liesse phonique. Et ça me prend ma dose assez régulièrement. Un grand, très grand disque de drone.

-Salade d’endives


ET VOÉLA !!!!

N’hésitez pas à faire vos commentaires et partager vos listes d’albums marquants de 2019 dans les commentaires. Cela nous faire toujours très plaisir de vous lire 🙂

Et maintenant, c’est l’heure de se plonger oreilles et âmes dans les découvertes de 2020 afin de vous pondre une autre magnifique liste dans un an. BIG LUV to all !!!!

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