Écoute c’te DiSK – Édition #4 (ENNIO MORRICONE ‎– Veruschka)

Un bonjour tout spécial aux pieuvres et à ceux qui détiennent le secret de la Caramilk !

Cette semaine à “Écoute c’te disque”, j’introduis mon ami Yannick à une de mes trames sonores préférées de sieur Morricone, qui est selon moi un des 10 plus grands compositeurs du 20ème siècle (ceux qui ne sont pas d’accord avec cette information méritent la MORT ! Une mort douloureuse et lente, qui plus est !). J’ai choisi ce disque parce que je suis un fan fini d’Ennio et surtout de cette période de son oeuvre (la fin des années 60 et la première moitié des années 70).

On a tendance à connaître surtout Ennio pour ses trames sonores de Western Spaghetti ou ses excellentes BO de grands films dans les années 80 (Once Upon a Time in America, The Mission, The Untouchables, Cinema Paradiso)… mais il ne faudrait pas oublier son travail remarquable sur les trames sonores de giallo, documentaires et films “art house” à l’aube des seventies enfumées… C’est un Morricone à la fois plus lounge, sexy, expérimental, limite ambient par moments qu’on retrouve ici. Et impossible de passer sous silence la contribution de l’incroyable Edda Dell’Orso, la muse d’Ennio, celle dont la voix limite “extra-terrestre” fut une des matières premières les plus exploitées par le maître italien à travers son oeuvre.

Je suis pas mal convaincu que Yannick va y trouver son compte. Peut-être trouvera t’il cela un peu trop “sucré” mais il y a une telle richesse sonore ici présente qu’il devrait se laisser entraîner (avec délice) par les charmes autant nocturnes que diurnes de ce cette bande son qui habillait le documentaire expérimental portant sur la super-mannequin Vera Gottliebe Anna von Lehndorff (dîte “Veruschka”), qui fut jadis qualifiée de “plus belle femme au monde”

En avant la musique !

P.S. : encore une fois, nous recommandons FORTEMENT d’écouter l’album en question pendant la lecture de cette conversation. Nous sommes conscients qu’il est assez difficile de suivre le disque en même temps que vous lisez le tout… Il y a une différence de rythme bien souvent entre la lecture et la rédaction donc vous ne serez probablement pas au même endroit (dans la musique) que nous l’étions au moment d’écrire ces lignes, mais au moins vous baignerez dans la même ambiance sonore 🙂

LA CONVERSATION :

S : Yo ! It’s Morricone time, beyotch !

Y : Je pensais que j’étais prêt, j’avais ma barbe d’une semaine, je m’étais allumé un cigare et j’avais mis mon chapeau de cowboy, mais je comprends qu’on s’en va ailleurs !

S : Yep. Tout à fait. Tu devrais plutôt enfiler un peignoir, des sandales à 4000 piasses et avoir des Ray-Bans. ça va être sexy loungy-time. On part ça ?

Y : Oui, je viens d’enlever 4 boutons de ma chemise, vas-y pour le décompte !

S : The Shag is in full effect, Babyyyyyy !!!! 3-2-1-parti !

Y : Une démone ou Veruschka qui me chuchote quelque chose de coquin ?

S : C’est Edda Dell’Orso…. une des voix les plus magnifiques/particulières of all time. C’est aussi sexy que mystérieux. Petite basse funk ronde et suave, des cordes dispersées par ci par là, le clavier très “clavecin”. Quel thème principal, tudieu.

Y : Ouais ok je comprends bien là. Voix très sensuelle en effet, ça pourrait presque être sur une BO d’Emmanuelle, si ce n’était pas du reverb et des arrangements un peu trop recherchés pour le type Bleu nuit.

S : Hahahaha. Ceci dit, les trames sonores de porn des 70s sont souvent excellentes

Y : Je ne peux pas dire, je n’ai jamais vu de porn de ma vie. C’est la première fois que j’entends le mot.

S : J’oubliais ton côté catho-licieux (ou était-ce “scato-licieux” ? Me rappelle pu)

Y : Très beau en tout cas et surtout très loin de ce que je connais de mon Morriconne. J’imagine qu’on peut me catégoriser comme un “casual” du compositeur, comme bien des gens.

S : Ça respire vraiment par bouts… ça en devient presque proto-ambient. Très très éthéré. La voix est tellement magistrale.

Y : J’adore le clavecin. Depuis le début je me dis que Mike Patton pourrait reprendre ces thèmes pour un autre volet de Mondo Cane.

S : Et les petites notes de piano flottantes qui te dressent tous les malins petits poils de l’échine…. Et là le rythme bossa-funky-smooth qui repart de plus belle… En passant, au début Yannick avait écrit “Mono Cano” par erreur pis je pensais au personnage “Kano” de Mortal Kombat qui fait des “FATALITY” sur fond de lounge-spaghetti. Ce qui est weird un tantinet.

Y : Oh la belle petite envolée vocale. C’est très lounge mais en même temps je sens très bien la touche Morricone dans les arrangements rangés à l’arrière, les ponctuations de cordes.

S : Les CORDES plus présentes que jamais. Cette toune est un peu un orgasme. Et ça se termine justement par un gémissement cosmique qu’on imagine post-jubilatoire… Bon, 2ème pièce maintenant : ‘Intervallo I”. On est dans une trame sonore ici donc il y a plein de petits intervalles doucereux comme celui-ci. Délicieuse adéquation sonore entre mélancolie et volupté.

Y : J’adore ça, on se rapproche vraiment de l’ambiant ici. On pourrait presque penser à du Hammock ou un truc comme ça.

S : Les cordes sont très très très très très planantes, voir languissantes. En passant, à titre d’info complémentaire, si vous avez vu le chef d’oeuvre d’Antonioni “Blow Up”, la Veruschka en question apparaît dans le film.

Y : Ouais celle-là vient vraiment me chercher. J’adore ce style éthéré

S : Voilà que la Bombola (troisième piste) va bientôt arriver… Première pièce que j’ai découvert de cette bande son (sur une compile magistrale de cette période du maître, “Mondo Morricone”). Et c’est parti, avec ce piano tout en “delay”. Vraiment une toune “lazy” de dimanche pluvieux.

Y : Le piano est superbe, l’ensemble a vraiment un sentiment doux-amer. C’est un peu mélancolique, mais en même temps c’est très détendu. Ça sonne comme un dimanche matin.

S : Ouais, encore une fois cette “mélancolie joyeuse” (que les Brésiliens appelleraient “Saudade”) qui vient me chercher solidement… On arrive déjà à la 4ème pièce, “Astratto I”, plus weird et expérimentale. Très très “giallo” celle là. Dissonante, trouble, malsaine un peu. Là, c’est pu dimanche matin. Mais 3 heures du matin, en pleine crise panique noctambule.

Y : Ah ouais on est vraiment ailleurs là

S : Quand je te disais que l’album avait ses moments “expérimentaux” je ne blaguais point… Et v’la des roulements de batterie/percus austères et soudains !

Y : Beaucoup de clavecin sur cet album, ça me plaît beaucoup.

S : Le plus CINGLÉ avec le Morricone de cette époque là, c’est qu’il composait genre 7-8 trames sonores de ce calibre par ANNÉE (à cette époque là). Prolifique le monsieur.

Y : C’est quelle année ça déjà ?

S : 1971

Y : Avec la pochette et tout, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus léger. Bon, celle-là est résolument plus expérimentale mais même sur les autres, les arrangements sont tellement riches que malgré son côté loungy, ça demeure très engageant

S : On vient d’arpenter la pièce suivante “Dopo L’intervista”. Exotica sur l’acide.

Y : Oh elle va passer vite ça. Début tout en percussions.

S : Des flûtiaux STRIDENTS

Y : Les flûtes sonnent exactement comme dans les scènes de jungle de films d’action des années 1970-1980

S : Le film de cannibale-exploitation n’est pas loin. Et là, on commence “Poesia Di Una Donna”, peut-être ma toune préférée du disque. Une magnifique reprise du thème principal.

Y : Je suis agréablement surpris de la variété de l’album jusqu’ici. Je ne sais pas pourquoi, mais je m’attendais plus à des récurrences de thèmes que ça. Pas que j’aie un problème avec les reprises, bien au contraire, mais jusqu’ici on a aussi eu droit à de beaux détours vers des sonorités plus spécifiques, peut-être pour appuyer des scènes du film ? Je ne l’ai pas vu, donc…

S : Oh, il y en aurait plus de récurrences si on avait écouté la version longue, avec les pistes/versions alternatives. Mais chez Morricone, même les variations sont exquises. Et je te confirme que j’ai juste vu des bribes du film. C’est un documentaire (pas de version sous-titré à ma connaissance) très planant, aérien, un peu “drogué-surréaliste”. De très belles images d’une très belle femme à une très belle époque.

Y : Bah, je suis du type à écouter une boucle de piano jouer pendant une heure et trouver ça divin, alors c’est pas comme si ça m’aurait fait peur. Mais j’imagine que d’écouter la version “officielle” a ses avantages. Ce sera aussi peut-être plus digeste pour nos potentiels lecteurs (!)

S : Tu veux dire : Thierry et Mathieu Barbe. Nos deux irréductibles Gaulois.

Y : Oui et une troisième personne qui clique pour savoir comment écouter notre podcast. Soupir. 

S : Hahahahahahahah. Un jour, un jour nous l’aurons notre podcast ! Pour revenir à la track, c’est presque illégal de faire quelque chose d’aussi somptueux. Ça se termine comme un rêve ouaté. Et là, on s’en va du côté de “Le Fotografie”, piste suivante.

Y : J’ai particulièrement apprécié les violons là-dessus.

S : Druggy, psych, weirdo, dissonante, GROOVY celle-là. Et ultra-courte.

Y : Ohhhhh, le petit délire au clavecin 

S : La BASSE, maaaaaaaaan. La Bambola (part DEUX) maintenant. Retour encore plus idyllique sur cette matinée pluvieuse (ou enneigée) du jour du Seigneur, à poil sous la couette avec l’être cher. Petite guitare qui rappelle un peu les westerns de Leone mais tout le reste est différent.

Y : À poil avec l’être cher seulement si vous êtes mariés hein. Sinon c’est deux lits simples séparés.

S : Évidemment. Et avec pyjama complet et bonnet de nuit.

Y : La lala lala laaaaaa, c’est tellement envoutant 

S : Edda, c’est la vie. Elle a collaboré à tellement de trames sonores et projets d’Ennio. C’est un peu sa muse.

Y : Sur ses trucs plus connus aussi ou surtout durant cette période ?

S : Partout, TouL’ temps. C’est elle sur Once Upon a Time in the West.

Y : Ah ok ! Je ne connais pas assez mon Ennio pour faire les distinctions, mais c’est un bon choix de muse en tout cas. Je ferais pareil.

S : “Intervallo II” astheur.

Y : Les vagues de cordes qui viennent s’échouer sur le piano délicat, c’est beau.

S : J’adore que le piano est des fois complètement seul et les cordes arrivent et se retirent comme des vaguelettes…. Je viens de lire ton dernier commentaire et encore une fois, on écrit un truc similaire en même temps 🙂 Brothers from another mother, j’te dis !

Y : Notre cerveau a créé la même image haha.

S : Est-il nécessaire de mentionner que C’EST BEAU EN TABARNAK ????

Y : Dans mes préférées jusqu’ici. Bon ben coudonc, je vais devoir m’acheter ça moi.

S : Le segment devrait s’appeler “Achète c’te disque” finalement. Ou “Faisons faillite ensemble”.

Y : 104$ en vinyle sur amazon. Je pense que je vais me contenter du ceudé.

S : Forced Exposure = je pense que la version simple est encore dispo (en VEUNYRE). Sautez là-dessus messieurs-dames.

Y : Comme ça, tout doucement, on transite vers “Magia”. Et on a encore droit à une belle performance vocale. Presque jazzy ce coup-ci !

S : Satinée jusqu’à plus soif. La version la plus “smooth” du thème principal.

Y : Encore une fois, les arrangements de cordes sont l’arme secrète qui vient me chercher à chaque fois, aussi subtils puissent-ils être par moments.

S : Oui et Morricone les utilisent d’une manière très unique… c’est très “expressionniste”. J’aime autant comment les morceaux se concluent, comme quand on passe du sommeil paradoxal à l’éveil, un peu confus.

Y : J’aime quand ça passe vite comme ça et qu’on se promène d’un mood à l’autre. C’est comme des vignettes qui prennent sens dans leur ensemble mais qui sont aussi intéressantes laissées à elles-mêmes. Beau travail de percussions avec une petite touche expérimentale comme on en trouve à quelques reprises sur l’album.

S : Et hop ! Un autre délire exotica enfumé (“Astratto III”). Avec Edda qui est clairement dans une autre galaxie. Chuchotements, respirations saccadées, secrets ténébreux. S’ensuit une dernière version du thème principal (“Veruschka”) avec, encore une fois, un arrangement qui vaut le détour. Les notes de clavecin sont comme des flocons de neige (suis-je inspiré par ce qui se déroule de l’autre côté de ma fenêtre ?)

Y : L’album a un rythme bien à lui, alternant entre compositions plus loungy/sensuelles qui tournent autour du thème principal et avec Edda en vedette, et les petites excursions vers des sonorités un peu plus excentriques et ensorcelantes.

S : C’est rythmé, mais narcotiquement rythmé. Et on achève déjà le tout avec “Astrattto II”. La plus dark du disque selon moi. Disons qu’on est assez loin des musiques auxquelles on pourrait s’attendre pour un documentaire moderne. Vive les jeunes années 70.

Y : Superbe manière de clore l’album, avec une petite tension qui donne franchement envie de refaire l’expérience. Superbe album mon Filex, ça vient de m’ouvrir une nouvelle porte dans le monde de Morriconne. Honte à moi de ne pas le connaître plus que ça, mais ce disque vient de me motiver à explorer son travail plus sérieusement. Il y a de ces artistes/compositeurs qu’on prend un peu pour acquis, pour une raison que j’ignore.

S : Mais de rien ! J’ai prévu revisiter ce cher Ennio d’ailleurs lors de futures éditions de “Écoute”. Vraiment un des compositeurs/arrangeurs les plus versatiles de tous les temps. Il y à vraiment à boire et à manger chez Morricone (et pas que du spag, hahahaahahhahahahahahahhahaha….. euh…. c’était poche).

Y : … ok c’est terminé. Circulez !

S : On se dit donc à la semaine prochaine mes amis ! Yannick, qu’est-ce que tu m’as mijoté pour le prochain épisode ?

Y : J’hésite encore et je me réserve le droit de changer d’idée d’ici là, mais si tout se maintient je pensais commencer à te forcer à écouter les trucs de 2019 qui m’ont fait triper mais dont tu es peut-être passé à côté ou en tout cas peut-être pas donné autant d’attention que je l’aurais souhaité. On va donc aller du côté de Maja S. K. Ratkje avec son petit bijou d’avant-folk intitulé Sult.

S : Parce qu’on sait tous que 2019 était une année MÉDIOCRE pour la musique de qualité (/ sarcasme). En effet, tellement de pépites rocambolesques que j’ai pas pu tout écouter. Et je suis très content d’écouter le Maja ! Les deux seuls que j’ai entendu d’elle ça date de très longtemps. J’avais adoré. C’est donc un rendez-vous ! Préparez votre bat-cadran et votre boîte à lunch métallique remplie de sandwichs pas-d’croûte.

Y : À la même bat-heure, au même bat-poste !

S : Vous êtes….. INVITÉS !

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s