Black Sabbath – Black Sabbath

Année de parution : 1970
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Rhino – 2004
Style : Stoner Rock / Blues / Naissance du Heavy Metal

Infos supplémentaires d’avant-chro : 

Il s’agit de l’édition tirée du Black Box, coffret regroupant tous les enregistrements studio du groupe avec Ozzy Osbourne comme chanteur (jusqu’à 1978 inclusivement). Contrairement aux autres éditions CDs, le « track listing » respecte celui du vinyle d’origine, en intégrant les titres dans le bon ordre et en plaçant « Evil Woman » à la fin (vu qu’il s’agit d’un single qui n’était pas originellement sur l’album).


La pluie qui tombe, le vent qui gémit, le tonnerre qui gronde et ces cloches austères qui se rapprochent petit à petit, comme pour nous prévenir de quelque chose de terrible, d’irrémédiable… Et puis le voilà : le riff qui tue, nous tétanise, nous écrase au sol. Les cloches n’étaient pas là pour nous mettre en garde ; seulement pour nous rappeler que nous ne pouvons fuir, qu’il est trop tard, que la brèche entre le royaume des morts et le notre s’est entrouverte et que le chaos rampant fait maintenant irruption sur la lande dévastée… Le rythme est lent, inébranlable, impitoyable. Et cette voix incroyable, plaintive, apeurée, désemparée, qui décrit avec émotions l’horreur qui l’entoure, qui pleure « OH NOOOO !!!! », c’est celle du jeune Ozzy Osbourne ! Le morceau, sorte de litanie désespérée, s’intensifie jusqu’à éclater dans un paroxysme particulièrement bouleversant… Et ainsi débute la légende d’un des plus grands groupes de tous les temps, qui donne naissance ici à un style de musique emblématique de ce dernier quart de siècle fou fou fou : le Métal. Généralement considéré comme le premier disque de Rock « démoniaque », ce premier album de Black Sabbath est sorti un vendredi 13 et s’est tout de suite retrouvé à la 13ème position du palmarès anglais ! Ça ne s’invente pas des détails comme ça (hé hé) !

Black Sabbath, bien qu’influencé par les poncifs du Hard rock de l’époque (Deep Purple et Led Zep), transcende ici ces influences pour créer quelque chose de nouveau… quelque chose de plus sombre, de plus glauque… une musique lourde et enfumée, à l’ambiance et l’imagerie morbide et macabre (non mais regardez moi cette foutue pochette incrédible !). Inspirés par l’imagerie des films d’horreurs (les connaisseurs savent que le nom du groupe est aussi celui d’un classique de Mario Bava), par la sorcellerie et les cauchemars (la composition du morceau éponyme résulte d’un songe de Tommy Iommi où une figure sombre et voilée le regardait dormir à son chevet…), les Anglais veulent créer une musique qui fait peur aux gens. Évidemment, au moment où j’écris ces quelques lignes (en 2020), l’écoute de ce premier opus n’a rien de bien inquiétant pour votre chroniqueur au sourire si doux (et habitué de faire la vaisselle en subissant les assauts vaguement sonores de Masonna ou de Khanate). Mais faut se remettre dans le contexte, les mecs ! En 1970, une telle pochette, un tel morceau d’ouverture, une telle lourdeur, des paroles où ya Satan d’écrit dedans… Tout cela était franchement osé (on sortait à peine du « summer of love ») et a foutu la pétoche à bon nombres de personnes (le LSD aidant, il faut dire). Mais même aujourd’hui, ces quelques morceaux possèdent encore une aura et un charme mystérieux indéniables. Ce disque est habité (hanté), c’est sûr. Hanté par son contexte, par son lieu d’origine (les quartiers industriels défavorisés de Brixton), par les démons personnels des musiciens (la pauvreté, la boisson, bientôt la drogue), par les relations un brin tordues qui les liaient… Avant la formation du groupe, le jeune Ozzy était le souffre douleur des autres futur membres du groupe, celui qu’ils tabassaient fréquemment pour se divertir… Bref, les racines de Black Sabbath ne sont pas vraiment joyeuses… Et cela s’entend bien évidemment dans leur musique.

Le morceau éponyme qui ouvre l’album et qui accessoirement bute tout sur son passage, est facilement dans le Top 5 des plus grands morceaux Heavy ou Rock de tous les temps. Et cette finale, cré-nom-de-dieu ! Le reste de l’album, jouant moins ouvertement sur le « shock value », n’est pas moins génial. On navigue ici en pleine musique noire (le Blues, mère et père du 20ème siècle sonore) retravaillé par la main de l’homme blanc. « The Wizard », c’est la grande classe : un harmonica ensorcelant, des riffs qui te jettent au tapis, une batterie aux roulement véloces et des paroles ridicules (mais géniales). S’ensuit une série de morceaux tous plus efficaces les uns que les autres, dont le terrible « N.I.B. », grand moment de jouissance (aaaah, ce passage guitare-roulements de batterie !!). La deuxième moitiée de l’album est dominée par une autre suite de chansons (bizarre idée que d’avoir combiné en une seule piste des morceaux disparates…) qui se conclue sur le monumental « Warning » où par moments on sent l’arôme du drone poindre à l’horizon… Après tout, Earth n’était-il pas le premier nom de Black Sabbath ? Cette galette a vraiment été un objet précurseur pour une tonne de courants musicaux différents.

L’album repose en grande partie sur le travail de Iommi, guitariste et principal compositeur du groupe. Iommi, qu’on a pu entendre chez Jethro Tull à leurs tous débuts, a malencontreusement perdu deux doigts dans un accident de travail quelques années avant l’enregistrement de ce disque… Cela a bien évidemment influencé sa méthode de jeu. Lent, lourd, gras, efficace, sans fioritures, le jeu de gratte de Iommi pose les bases du stoner rock et du « doom metal » (dans un contexte certes plus rock ici). Ici survient le concept du « riff meurtrier », le riff parfait qui prend tout son temps pour t’envoyer toute son amplitude en pleine gueule. Et la consoeur de cette gratte est la voix si caractéristique de sieur Osbourne. Cette fameuse voix d’adolescent chanteur de blues sur l’hélium que la planète entière reconnaît entre milles.

Voilà là un monument essentiel de l’histoire du Rock. Et la suite l’est tout autant ! À posséder absolu-fucking-ment !


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