Corpusse : flashback et passion

Si je farfouille dans ma collection de disques et que je tombe sur le vieillot « Delusions » ou le plus récent « Today, Tomorrow, Forever », je ne peux m’empêcher de songer à cette fameuse soirée au défunt Spectrum de Montréal… instant de genèse de l’amour que je porte pour Corpusse.

En cette nuit de décembre 1998, nul autre que les élégants bruitistes d’Einstürzende Neubauten étaient débarqués d’Allemagne. C’était pas tous les jours qu’on les avait en sol américain. La salle était bondée. Nous étions fébriles. Et voilà que débarquait sur scène la première partie : un mec de 8 pieds (pic chevelu compris), d’une généreuse corpulence, endimanché façon KISS lendemain de veille, avec face paint, jambières et haillons ténébreux. Il arrivait accompagné d’un discret claviériste. S’en suivit une claque au visage, paf! Synthés bruitistes, boîtes à rythme offsync et surtout : cris gutturaux, chants opératiques, une tendre poésie débitée juste après d’ubuesques hurlements. John Ashton, alias Corpusse, allait contre vents et marées dans un set aussi déconcertant que divertissant. On pourrait penser que le public de Neubauten en était un ouvert à autre chose. En effet, la moitié de la salle était captivée, entre rigolades et ébahissements, applaudissant le grotesque poète à tout rompre. L’autre partie de l’assistance était outrée, ne s’empêchant pas de huer entre chaque pièce. À ma table même, avec mes amis et connaissances du temps, nous étions partagés. Il y en avait deux qui ne se pouvaient plus. Ça va tu finir. Débarque du stage, le clown. Moi, malgré quelques minutes d’incompréhension – comme devant un tableau important, ce genre d’oeuvre qui change une vie – j’étais conquis. Après moultes années à écouter des musiques dites rebelles ou hors-normes – vous savez, ye olde punk, post-punk, goth, indus, metal… là, je venais de monter d’un cran.


Source : Corpusse Official

Corpusse, c’est le juste milieu entre lyrisme et déraison, entre romantisme et brutalité, entre profondeur et facétie… John a la prestance d’un glam rockeur, d’un lutteur gothique, d’un poète exalté, d’un comédien jouant le vaudeville, d’un scandaleux performance artist… Oui, un artiste loin d’être lisse, qui roule sa bosse depuis 1988 et qui tient son bout, headlinant une petite soirée à la Casa del Popolo ou ouvrant pour un grand groupe industriel.

Aimerais-je autant sa musique si je ne l’avais pas vu maintes et maintes fois live? Dur à dire. Sur disque, son univers est pourtant bien là : une poésie tragicomique sur tapis sonore déjanté, variant selon ses collaborateurs (allant de son vieil acolyte Lorenz Peter au band du bédéiste Rick Trembles – et même simplement en solo, pianotant sur un Casio cheap). Pour situer le néophyte, j’irais avec des corrélations tels que Suicide, The Mentors… ou d’un croisement entre Alice Cooper et les Residents. Si tu veux t’initier, pas tant facile à trouver la discographie de Corpusse. Va falloir éplucher les disquaires de Montréal (lui-même étant Montréalais – maintenant Torontois) ou commander via les petits labels qui ont joyeusement osé faire paraître cette œuvre unique.

Hard in the city tonight! It will be HARD! HARD! HARD!

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Discographie partielle parue entre 1988 et 2012.

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