30 albums qui ont façonné ma mélomanie – part one

Et non, vous ne rêvez pas ! Voici une nouvelle parution de vot’ chroniqueur adoré Salade d’endives sur Bruit de Fond, le blogue zombifié préféré des piranhas covidés vermeils souffrant de xénoglossophobie (uniquement les années bissextiles) ! Ça faisait longtemps m’sieurs dames ! C’est bien beau le confinement et la paternité à temps plein, mais un moment donné, il me tardait de retrouver ce petit coin obscur du web où il fait bon se repaître ; dans cette mer de sons et de mots aussi doucereux qu’approximatifs.

Pour tenter de réactiver mes “jus créatifs”, j’ai eu l’idée de vous pondre cette liste… De manière tout à fait éhontée, je vole ce concept vu sur le livre-de-faciès et particulièrement l’utilisation qu’en a faîte ce cher Félix Morel (un chic type et aussi membre des groupes Fly Pan Am, Panopticon Eyelids, No Negative, Et Sans, etc…) sur sa page perso, c’est-à-dire, de vous entraîner vous, lecteur avide, à travers un beau voyage temporel dans l’évolution de ma mélomanie à travers les années (depuis ma tendre enfance). Je vais donc vous parler brièvement d’une trentaine de disques qui ont été importants dans l’élaboration de mes goûts musicaux ; tout en abordant aussi le contexte spatio-temporel dans lequel je les ai découvert. Attention ! On ne parle pas forcément de mes albums préférés (bien que certains de cette liste se retrouvent aussi dans mon panthéon perso) mais plutôt de ces disques qui m’ont ouvert des portes vers des ailleurs jusque là inexplorés. Des oeuvres sonores qui ont chaviré les sens du jeune garçon impressionnable que j’étais jadis (et que je suis toujours à l’occasion).

Michael Jackson – Thriller

On commence en force avec le pédophile qui danse salement bien ! Nous sommes probablement en 1993 ou en 1994. J’ai alors 8 ans ; pas mal l’âge préféré de ce cher MJ (hi hi hi !). À la TIVI, je vois la diffusion du DANGEROUS TOUR. Je suis subjugué. Mais qui est donc cette femme blanche comme un drap qui s’agrippe les parties génitales à tout bout de champ, qui fait du moonwalk et qui hurle des “AH AAAH” et des “OU !” à tout rompre ?!? Ma tendre maman m’explique que c’est un monsieur et qu’il a déjà été noir. Sacrebleu ! En ce beau jour printanier, je ne fais pas que m’enticher de ma première grosse idole musicale, je découvre aussi toute une cosmogonie surréaliste, un monde de rumeurs (fondées ou infondées) et de légendes contemporaines. Dès le début, MJ entraîne chez moi un mélange de fascination et de dégoût. Mais bordel, ces TUBES incroyables me fichent des malins petits frissons. On dira ce qu’on voudra de Michael, mais n’empêche que ce mec était une foutue usine à hits incroyables.

Ma mère me fait une copie sur cassette audio de ce Triller, qui, à ce jour, demeure dans le top 5 des albums les plus vendus de tous les temps. Cette cassette, je vais l’user jusqu’à la briser. Et j’achèterai ensuite la cassette officielle, que je vais user à la corde elle aussi. Là dessus, il y a bien sûr les succès incroyables : “Beat It” et son super solo de gratte de Van Halen, l’introspective et nocturne “Billie Jean”, la sublime pièce-titre qui est un mini Hammer Movie en format sonore-funky-rutilant (dont le clip, enregistré sur VHS, tournera beaucoup chez moi). Je demeure aussi très partial à la pièce d’ouverture, “Wanna Be Startin’ Somethin”, très possiblement le meilleur morceau de la carrière de MJ. C’est groovy et fiévreux en diable. De la pop dansante, nerveuse, un brin paranoïaque ; très inspirée par l’afro-pop (On pense à Manu Dibango). La prod est tout simplement fabuleuse ; le sommet de ce qui se faisait en matière de pop à l’époque (merci monsieur Quincy Jones). Et ça détruit encore pas mal de trucs qui se font en électro de nos jours. “P.Y.T.” est aussi un autre monument pop dégoulinant de sucre 80s (avec son petit break kraftwerkien).

Bon, c’est vrai que les ballades sirupeuses ne sont pas toutes fameuses, comme le duo un peu mièvre/gnan-gnan avec Sir Paul. Mais DAMNED ! Les hauts de cet album se dressent tout fièrement au dessus de cette médiocrité ; comme la bite de MJ face à une armée de gamins venus adorer leur messie.

Pink Floyd – Meddle

1995. Tous les jours, je me tape un trajet d’autobus interminablement long pour me rendre à l’école. Je sympathise alors avec un type plus vieux de ma rue (son stop est à 3 minutes du mien) et qui va à l’école secondaire pas très loin de mon école primaire. Ce mec (que j’ai depuis perdu de vue ; ainsi va la vie) sera très important dans l’élaboration de ma culture musicale. Il a un walkman et tout plein de cassettes de vieux rock et de prog. C’est donc, avec un seul écouteur chacun (old school) qu’il m’initie à des trucs comme “Tubular Bells” de Mike Oldfield, “Crime of the Century” de Supertramp et surtout : la disco quasi complète de Pink Floyd (prononcée “PINK FLOYYE” par certains boomers qui aiment bien laver leur char à la ose le dimanche après-midi en écoutant “Shine On You Crazy Diamond” pour la 86787865568ème fois).

Je m’éprends alors de “Dark side of the Moon”, “The Wall”, “Animals” mais c’est surtout ce “Meddle” qui retient mon attention. Le dernier album du Floyd avant que le groupe ne se transforme en espèce de grosse machine à remplir les stades et perdant ainsi un peu de sa superbe (dixit son côté “expérimental / laboratoire de catastrophe générale”).

D’abord, il y a ce “One of These Days” qui vient me happer presque dès le début. Je dis “presque dès le début” parce que le jeune blanc-bec inculte que je suis à ce moment ne comprend pas trop ce qui déroule dans ses oreilles encore toutes vierges les 2 premières minutes. “Y’a du vent… Maudine que cette intro est longue ! C’est quand qu’il se met à chanter ?”. Puis alors, sans crier gare (ni moissonneuse-batteuse d’ailleurs), je comprends le truc. Les paroles ne sont PAS nécessaires. La musique parle d’elle même. Et chaque répétition, chaque ronronnement de basse de Roger-le-pas-beau (faut avouer qu’il était laid jadis) et chaque vrombissement de clavier analogique m’hypnotise un peu plus. La bête bruitative m’avale tout rond. La superbe montée psychédélique prend son emprise sur ma matière grise. Je lévite presque sur mon banc d’autobus ; pendant que le petit Simon (deux bancs plus loin, en arrière), lance des raisins particulièrement secs dans la face de sa voisine Noémie. Ça monte, ça monte. Et puis là, il y a cette voix monstrueuse qui éructe le fameux “ONe of THESE DAYS, I’m gonna CUT you into LITTLE PIECES”. Ça ferait presque peur, mais c’est trépidant. Comme des montagnes russes. Et après, il y a plein de beaux morceaux planants pour se remettre du choc… Des morceaux folky-psych-cinématographiques qui donnent le goût de dormir ou de pleurer de joie. Ou de pleurer de joie en dormant et en rêvant à des nuages qui passent très tranquillement dans un ciel bleu bleu bleu.

Mais là, clou du spectacle, c’est lors d’un autre trajet où David (c’est le gars avec le walkman pour ceux qui suivent) me fait écouter la Face B : Echoes. De un, stupéfaction de réaliser qu’un morceau de rock peut durer plus de 20 minutes. De deux, stupéfaction (bis) de constater qu’à travers ce dit morceau, on peut traverser un demi-million d’univers tous plus sidérants les uns que les autres et ce, tout en restant assis le cul bien confortable sur un banc d’autobus scolaire. Je me rappelle que ce morceau m’a longuement hanté par la suite.

Meddle, c’est aussi mon premier contact avec la musique dite “progressive” (bien que PF tombe plus dans le créneau du “space-rock” pour les enculeurs de mouches dont je fais partie), style que vous n’avez pas fini de voir évoqué à travers cet article. Et à travers tout ça, malgré la claque monumentale que sera “Piper at the Gate of Dawn (découvert quelques années plus tard, celui là), ce Meddle demeure mon Floyd préféré.

Wolfang Amadeus Mozart – Requiem (dir. Karl Böhm)

Automne 1996. Je suis alors élève à l’école des Petits Chanteurs de Trois-Rivières. Notre prof de chant (et chef de chorale), l’abbé Claude Thompson, nous initie à multiples oeuvres classiques, contemporaines, baroques, de la renaissance, etc… Je cherche alors désespérément quelque chose d’aussi puissant que le “Meddle” du Floyd… quelque chose de beau, d’émotif, de cathartique, qui te prend par les tripes et qui ne relâche pas. Quelque chose qui fait voyager. Je le découvre en la forme de ce Requiem particulièrement larmoyant de c’bon vieux Wolfgang Amadeus (oeuvre qui fut néanmoins complétée en grande partie par son disciple Franz Xaver Süssmayr).

On écoute des extraits de cette messe des morts légendaire (probablement la plus connue) dans la classe et je crois que j’ai alors ma toute première érection complète. Jamais musique n’aura autant été autant le reflet sonore parfait de l’automne (ma saison préférée). L’enfant angoissé et maladif que je suis se découvre alors une passion pour la musique sombre et triste, passion qui (vous le verrez) va continuer de croître exponentiellement…

Écoutez cet “Introitus” éploré, qui avance lentement, avec douleur, presque pathétique… alors que les choeurs, magnifiques, dramatiques s’élèvent dans l’éther… Subissez la rage tellurique de ce “Dies Irae” presque Metal par bouts ! Lyrique et magistral au possible. Pleurez avec ce “Lacrimosa” alors que ce dernier se fait un malin plaisir à vous arracher le coeur et à le piétiner sans relâche (mais avec une volupté toute contrôlée… fichtre ; ce passage de clarinette !). Et accueillez là bras ouverts, la faucheuse, qui arrive triomphante pour venir chercher son dû alors que retentit le théâtral “Agnus Dei” qui se fond en un “Lux Aeterna” où un rayon de Soleil solitaire vient transpercer momentanément l’échappe grise de Novembre, illuminant la scène fatidique où les doigts squelettiques se referment sur le moribond.

Fait vidéoludique-anecdotique-sympatoche : à cette époque, je suis également un fan fini de jeux vidéos et je découvre avec plaisir en jouant à Fatal Fury Special au Super Nintendo que le thème du boss final Wolfgang Krauser (qu’on combat littéralement dans une cathédrale) est en fait une version sound chip 16 bits quand même vachement bien rendue du Dies Irae de ce Requiem.

Michiru Yamane – Castlevania Symphony of the Night (Trame Sonore)

Ce n’est pas pour rien que je vous parlais de jeux vidéos ci-haut. Vers 1998/1999, l’adolescent tout ce qu’il y à de plus populaire que je suis (NOT), passe la majeure partie de son temps à jouer à la Playstation et à se masturber sur de la porn internet (on va se dire les vraies affaires). Déjà fan fini de la série Castlevania sur Nintendo et Super Nintendo (l’incroyable Castlevania IV), il se procure d’ailleurs une Playstation pour deux raisons principales : le meilleur Castlevania s’y retrouve, ainsi que les meilleurs Street Fighters… Il en aura passé des heures sur cette petite merveille 32 bits. C’est une aventure fantastique, à mi chemin entre le jeu de plate-forme et le RPG, à errer dans un château surréaliste/rococo anachronique au possible, à combattre des boss gigantesques et à explorer les innombrables zones fantasques de la forteresse du mal aux commandes d’Alucard, le fils déchu et très emo de Dracula. Et bordel que ce jeu a une trame sonore renversante et oh combien bariolée !

Cela passe de la musique orchestrale, au chant grégorien, au prog, au baroque, au heavy metal symphonique, au jazz fusion, au darkwave néo-classique, au techno ambient, à la valse et à l’horror synth (avec, en prime, une chanson pop sirupeuse au possible qui rappelle presque “My Heart Will Go On” de Céline en guise de cerise chimique sur le sundae). Chaque secteur du château a sa propre identité sonore qui colle parfaitement bien à l’atmosphère visuelle. C’est un grand jeu et cette BO demeure une des dix meilleures du médium à vie. Le format “CD-ROM” permettait enfin de grands déploiements au niveau de la qualité sonore et on peut dire que Michiru Yamane, compositrice schizophrénique, a réellement bien exploité toute la palette sonore qui s’offrait à elle.

À ce moment de ma vie, je dévore d’autres jeux et leurs trames sonores : Final Fantasy 6 et 7, Chrono Trigger, Metal Gear Solid, Tenchu, Silent Hill, Resident Evil, Wild Arms, Xenogears, Suikoden, Seiken Densetsu 3 et j’en passe.

Genesis – Foxtrot

L’année 2000, celle où je plonge vraiment tympans premiers dans le rock progressif. Je suis alors à la recherche d’une musique aventureuse, complexe, chavirante, émotive jusqu’à plus soif, créative, bigarrée… Et je trouve mon compte avec des groupes comme Yes, Gentle Giant, Jethro Tull, Van Der Graaf Generator et surtout : King Crimson et Genesis (qui deviennent alors mes deux groupes fétiches). Ce Foxtrot de Genesis sera alors la trame sonore d’une année particulièrement magique où je me découvre aussi une fascination pour les bières belges dont la dégustation accompagnera bien souvent l’écoute de ce chef d’oeuvre (j’étais encore mineur mais chut ! Il ne faut pas le dire).

À ce moment là, Foxtrot c’est LE truc en musique qui faisait le plus vibrer le jeune introverti assez moche que j’étais à 15 ans. Le bout de plastique qui, une fois posé sur le mange-disque, laissait entrevoir des perspectives incroyables, un monde sonore aux couleurs tellement éblouissantes qu’il arrivait à me tétaniser sur place. Des compos de malade mental, dont 3 morceaux de bravoure sur lesquels j’aurai l’occaz d’élaborer éventuellement plus en détails pour vos petits yeux chétifs (lors d’une chronique en bon et du forme). Des paroles qui te déchirent le cortex. Un groupe qui paraît, pour la première fois, totalement en maîtrise de leur arsenal d’instruments et de leur vocabulaire sonore si unique. Une technicité magistrale mais jamais démonstratrice ; toujours au service de la musique… musique qui ici, atteint des sommets jusque là insoupçonnés. Et surtout, mon disque de chevet. Celui qui m’accompagnait partout (dans mon fuckin Discman ! 2000 represent !!!), beau temps, mauvais temps… Le truc qui rendait ces ciels clairs de Juin plus beaux et purs, ces couchers de Soleil automnaux plus mystiques, ces nuits blanches de lecture (King, Lovecraft, Maupassant, Poe) encore plus fantasques, ces longues marches hivernales sublimées par ce souper damné/évangélique…

Black Sabbath – Black Sabbath

Parce qu’en 2000, il n’y a pas que les lumières éblouissantes. Il y a aussi la noirceur opaque. Toujours à la recherche de musique sombre et pétrifiante, j’acquiers ce premier album de Sabbath, qui demeure probablement la meilleure porte d’entrée dans le beau monde du Heavy Metal (et du “Stoner Rock” par le fait même).

Black Sabbath, bien qu’influencé par les poncifs du Hard rock de l’époque (Deep Purple et Led Zep), transcende ici ces influences pour créer quelque chose de nouveau… quelque chose de plus sombre, de plus glauque… une musique lourde et enfumée, à l’ambiance et l’imagerie morbide et macabre (non mais regardez moi cette foutue pochette incrédible !). Inspirés par l’imagerie des films d’horreurs (les connaisseurs savent que le nom du groupe est aussi celui d’un classique de Mario Bava), par la sorcellerie et les cauchemars (la composition du morceau éponyme résulte d’un songe de Tommy Iommi où une figure sombre et voilée le regardait dormir à son chevet…), les Anglais veulent créer une musique qui fait peur aux gens. Évidemment, au moment où j’écris ces quelques lignes (en 2020), l’écoute de ce premier opus n’a rien de bien inquiétant pour votre chroniqueur au sourire si doux (et habitué de faire la vaisselle en subissant les assauts vaguement sonores de Masonna ou de Khanate). Mais faut se remettre dans le contexte, les mecs ! En 1970, une telle pochette, un tel morceau d’ouverture, une telle lourdeur, des paroles où ya Satan d’écrit dedans… Tout cela était franchement osé (on sortait à peine du “summer of love”) et a foutu la pétoche à bon nombres de personnes (le LSD aidant, il faut dire). Mais même aujourd’hui, ces quelques morceaux possèdent encore une aura et un charme mystérieux indéniables. Ce disque est habité (hanté), c’est sûr. Hanté par son contexte, par son lieu d’origine (les quartiers industriels défavorisés de Brixton), par les démons personnels des musiciens (la pauvreté, la boisson, bientôt la drogue), par les relations un brin tordues qui les liaient… Avant la formation du groupe, le jeune Ozzy était le souffre douleur des autres futur membres du groupe, celui qu’ils tabassaient fréquemment pour se divertir… Bref, les racines de Black Sabbath ne sont pas vraiment joyeuses… Et cela s’entend bien évidemment dans leur musique.

Ce disque (avec le premier King Crimson qui, en 1969 déjà, terrorisait les tympans de plusieurs hippies avec son “21th Century Schizoid Man”), c’est le début de mon histoire d’amour avec le Métal ; histoire qui dure maintenant depuis 20 ans et qui n’est pas prête de s’arrêter de sitôt… Normalement, on pourrait s’attendre à ce que je poursuive mon exploration métallique immédiate vers des trucs plus convenus comme Iron Maiden, Metallica, Megadeth, Slayer… Mais non. Même si cela viendra par la suite, je vais prendre le bouc noir par les cornes d’une bien singulière façon. On le verra plus tard dans cette liste.

Erik Satie – The Best of

Automne 2000… Intrigué par un album alors assez récent qu’a réalisé Steve Hackett (ex-guitariste du Genesis de la belle époque) en compagnie de son frérot John (disque dédié à des interprétations guitare/flûte des oeuvres du compositeur français Érik Satie), j’explore la collection de CeuDés de mes parents parce que je me souviens y avoir vu cette compile… C’est le début de mon idylle longue durée avec la musique minimaliste et la musique dite “d’ameublement” (l’ancêtre ni plus ni moins de la musique ambient). Coup de foudre instantané pour cette musique volontairement simple (mais pas simpliste), laissant la part belle à l’interprète, aux silences entre chaque note, à la “respiration” des sons et leurs effets sur la psyché humaine, à la beauté des choses minuscules, à la pluie battante d’une grise journée d’été (les Gymnopédies) et aux feuilles mortes emportées dans une valse lasse par le vent mugissant de Novembre (les Gnossiennes).

Ami des surréalistes et des animaux, grand fumeur de cigarettes, critique de Debussy (qu’il appelait “Dieubussy”), pianiste raillé pour ses piètres performances techniques par ses profs au Conservatoire de Paris, dessinateur de croquis niais, marcheur solitaire aux petites heures de la nuit, loser génial, inventeur du look “Professeur Tournesol” avec les lunettes et la petite barbichette (l’inspiration avouée d’Hergé, qui aimait beaucoup le compositeur), Érik Satie était un avant-gardiste et un personnage en décalage quasi-total avec son époque. En lisant son auto-biographie, je suis doublement tombé sous le charme de ce petit bonhomme à l’esprit tarabiscoté.

Satie c’est mon premier pas tout discret dans la musique “contemporaine”… Un créneau que depuis, j’explore sans relâche, découvrant à chaque an d’autres merveilles enfouies qui ne demandent qu’à être exhumées et aimées.

Peter Gabriel – Passion

Automne 2000 toujours (une année charnière ma foi). Toujours dans mon trip Genesis/prog, j’explore alors les sorties discographiques des membres du groupe. Je m’attarde surtout à la carrière solo de ce bon vieux Pete Gab vu qu’à ce moment là, c’est pour moi l’être humain le plus génial sur Terre. Moi aussi je veux une robe rouge et une tête de renard, bordel ! Je suis d’abord surpris par mon écoute du troisième album éponyme de PG (aussi surnommé “Melt”, en raison de sa pochette noir et blanc assez glauque signée “Hipgnosis” où Peter apparaît le visage fondant). Pas de rock progressif ici. On tient là plutôt un album vachement réussi de Art Pop / New Wave avec quelques petits relents industriel/post-punk et surtout : une forte dose de musique africaine (autant au niveau de la rythmique que de l’instrumentation). Après s’être cherché pas mal musicalement après deux premiers albums solo mi-figue mi raisin, Peter a finalement trouvé son son. Et c’est vachement génial.

Mon prochain PG sera donc ce “Passion”, qui regroupe en fait la totalité des pièces qu’il a produite pour la bande sonore du film “La Dernière Tentation du Christ” de Martin Scorcese. Film marquant mais trame sonore encore plus marquante. C’est ma première “vraie” rencontre avec la musique dite “du monde” (terme que j’exècre cependant, vu son manque de sens). S’acoquinant avec une pléiade de musiciens d’un peu partout (Royaume-Uni, Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Moyen-Orient), PG livre ici un tour-de-force qu’il n’égalera jamais par la suite… C’est une fusion très personnelle de new age, de tribal ambient atmosphérique et de musiques folklorique turque, africaine et indienne. Toutes les frontières terrestres volent en éclat, créant un nouveau pays sonore surréaliste à la cosmogonie aussi riche qu’antique.

Le soir, dans ma chambre, je ferme toutes les lumières, et je mets cet album dans le mange-disque. Et je voyage. Loin. Toujours plus loin. Au bouts des rivages de ces nuits nouvelles aux milles et un mirages bruitatifs ensorcelants. Grâce à Passion, la musique ne sera plus une expérience uniquement anglo-saxonne pour moi. Je vais partir à la rencontre de ces ailleurs indomptables, une contrée à la fois ; une délicieuse perte de repères à la fois.

Miles Davis Quintet – Cookin’

2000, c’est aussi l’année de la découverte du Jazz pour votre humble serviteur. Et on commence les choses en grand avec le premier quintet légendaire de Miles, qui est alors pour moi le summum du “cool”. Son autobiographie s’avère pour moi une lecture fascinante (c’est toujours un de mes bouquins préférés en ce qui à trait la musique). Le parcours improbable du trompettiste, qui sera tour à tour un jeune musicien sérieux qui évoluera auprès de Charlie Parker (celui qu’on surnommait “Bird”), un jeune leader qui créera un sous-genre marquant (le “cool jazz”), un Parisien de passage qui vivra une idylle avec Juliette Gréco, un héroïnomane invétéré prêt à vendre son instrument pour un shoot (5 minutes avant de commencer un “set”), un maquereau qui se ramassera en taule, l’inventeur ensuite d’un autre courant encore plus éminent (le jazz modal)… Et je pourrais continuer pendant des lustres. Le type a eu une vie fascinante.

Miles est, avec Ennio Morricone, l’artiste dont j’ai le plus d’albums. Je crois en posséder un peu plus d’une trentaine. Durant le dernier trimestre de 2000 et pendant pas mal tout 2001, à chaque visite chez le disquaire (aux 2 semaines), je repars avec 2 ou 3 autres albums du jazzman. Je me suis bien évidemment farci le mythique “Kind of Blue” au préalable (ma môman avait le CD) mais ce “Cookin'” sera le premier que je posséderai moi-même si mes souvenirs sont exacts. Quelle foutue claque ! Quel putain de line-up : John Coltrane au saxo, Philly Joe Jones à la batterie, Red Garland au piano et Paul Chambers à la basse. La crème de la crème. Et dire que cet album exquis sera extirpé de seulement 2 journées d’enregistrement en studio… 2 séances qui produiront trois autres albums tous aussi essentiels (Relaxin’, Workin’ et Steamin’) qui mettront fin aux obligations contractuelles de Miles avec le label illustre “Prestige”.

Cet album (et le jazz en général) me séduit alors par son côté “chaos contrôlé”. Il y a une partition/composition certes, une ligne directrice à suivre, des points de convergence… mais autour de ça, c’est la liberté quasi totale… c’est des muzikos touchés par la grâce qui improvisent, dialoguent entre eux via leurs instruments, se répondent, sa canardent parfois (se lançant des défis à la “try to top this, dude !”), se compliment, se juxtaposent… Cette liberté là me fascine. Ce dialogue purement musical est grisant pour mes sens. J’aime l’idée qu’un même morceau peut sonner drastiquement différent d’un soir à l’autre… Tout dépend de l’intention du moment, de l’état mental des musiciens, de la symbiose bien particulière qui est en place. Je vis un peu le même trip avec les albums “live” de King Crimson (cuvée 1972 à 1974) ; disque bourrés d’improvisations biscornues et tétanisantes.

Il ne me restera plus qu’à aller plus loin dans la déraison… En m’échouant sur les rives du Free Jazz… Mais ça, c’est une autre histoire (pour bientôt).

Brian Eno – Another Green World

Noel 2000 (on en finit enfin avec cette année de fous furieux). Je reçois ce CD en cadeau. Je l’avais demandé parce que je connaissais Eno grâce à sa contribution à des albums tels que le “The Lamb Lies Down on Broadway” de Genesis ou encore l’excellent “PAS D’INSERTION PLANTAIRE DANS LE VAGIN” (en duo avec Bob Frippé du roi cramoisi). Je voulais investiguer la musique de ce monsieur plus en détail. Et la pochette, une toile signée par le britannique Tom Phillips, me fascinait… J’étais loin de me douter que cet album allait de un, devenir mon préféré de tous les temps (maintenant à égalité avec le Super æ des Boredoms et L’île Re-Sonante d’Eliane Radigue)… et de deux, qu’il allait plus ou moins changer ma perception de la musique à tout jamais ; ou plutôt m’amener à considérer ce médium comme quelque chose d’infiniment plus vaste qu’il ne l’avait été jusque là (pour moi). C’est comme si toute ma vie, j’avais été dans une pièce sombre et que tout d’un coup, les volets de la fenêtre étaient tirés subitement et qu’une lumière resplendissante/aveuglante jaillissait sur mon être tout entier.

Ma découverte de Satie avait déjà posé les bases de ce changement qui s’opérait… Cet autre monde vert fabuleux allait confirmer ce changement. Je crois d’ailleurs que je considère que c’est l’album le plus important que j’ai écouté de ma vie.

Voici ce que j’en disais dans ma chronique qui ressemblait presque à une lettre d’amour :

L’art du dépouillement suprême. La folie créatrice contrôlée ; en mode zen. Le meilleur exemple de musique post-Satie qui existe. Une invitation dans cet étrange monde vert… un univers nouveau, limpide, pur, soyeux, hanté ; où chaque son respire majestueusement dans la nuit sibylline, où les contours sont pourtant familiers (Bali, l’Angleterre, le Japon, l’Amérique) mais se retrouvent sublimés pour devenir quelque chose qui est subtilement “autre”, comme son nom l’indique. Des jungles bruitatives touffues où il fait bon se perdre, de petits villages autochtones bordés de montagnes brumeuses et d’océans d’émeraudes liquides, des vallées électriquement verdoyantes à perte de vue et recouvertes de pylônes chatoyants, des ponts de liane surplombant des nébuleuses en émission… La musique selon Eno est une aquarelle minimaliste où chaque détail sonore vient parfaire la toile de son créateur qui se définit lui-même comme un non-musicien et qui semble suivre des instructions créatives divines provenant de l’ancien livre chinois des transformations (ou Yi-King).

Bref, après cet album, plus rien ne sera pareil. Il y a un avant et un après “Green World”…


C’est tout pour cette première partie de ce voyage temporel dans l’établissement de ma mélomanie, album par album, pierre par pierre. On se retrouve pour une partie deux éventuellement. D’ici là, comme toujours, vos commentaires sont appréciés. Et portez vous bien en cette période de damnée pandémie.

2 comments

  1. Je me reconnais pas mal dans ce parcours, je l’ai d’ailleurs emprunté une bonne dizaine d’années plus tôt, de l’autre côté de l’Atlantique.
    Le classique est venu bien plus tard, et Black Sabbath n’a jamais été pour moi une séduisante invitation à épouser la cause Métal.
    Mais Genesis, King Crimson, Pete Gab (rajoute Philou et son Brand X), le Floyd, Eno, Michael et même ce disque de Miles, je crois le premier CD de Jazz que j’ai acheté durant mes années estudiantines, tout est raccord !

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s