Sarah Mary Chadwick – Please Daddy

Année de parution : 2020
Pays d’origine : Nouvelle-Zélande
Édition : Numérique, Synderlyn – 2020
Style : Singer/Songwriter, Indie Rock

Peu importe la forme d’art, les oeuvres cathartiques exercent souvent une fascination chez les gens. Il y a quelque chose de profondément humain et d’étrangement rassurant à se sentir témoin de la vulnérabilité qu’expose un ou une artiste que l’on apprécie. Pour Sarah Mary Chadwick, la transcription particulièrement crue de ses tourments caractérise son approche depuis le début de sa carrière. Sur « Please Daddy », elle poursuit ses incursions intimes en offrant une réflexion sur le deuil et le mal-être. Cette lourdeur anticipée est toutefois accompagnée de quelques-unes de ses compositions les plus accessibles.

À l’image de ses paroles, la musique de l’artiste néo-zélandaise est tout aussi viscérale, se contentant généralement de laisser flotter de simples mélodies de piano baignant dans une réalisation lo-fi, appuyée à l’occasion par une rythmique indie rock dépouillée. Cette sobriété laisse tout l’espace nécessaire à la voix parfois perçante, parfois chevrotante de Chadwick pour livrer ses mots d’une sincérité désarmante. Sur « The Queen Who Stole the Sky », son précédent album enregistré seule et en direct sur un orgue construit en 1872, cette formule intimiste a atteint un nouveau sommet qu’elle ne tente pas de reproduire sur « Please Daddy ». Dès les premières lignes de When Will Death Come, les sombres confessions de Sarah Mary Chadwick sont enveloppées d’une section rythmique étonnamment riche, incluant trompette et flûte, qui introduit une immédiateté et un souci du détail que l’on retrouvait rarement dans sa musique.

Si son jeu de piano et sa voix constituent toujours le coeur de ses compositions, celles-ci sont maintenant habillées par une réalisation plus vivante. Que ce soit la guitare détachée de I’m Not Allowed in Heaven rappelant le slowcore des Red House Painters, le rythme quasi cowpunk de Let’s Fight ou les airs grandiloquents de la pièce-titre, « Please Daddy » se démarque par un dynamisme qui faisait parfois défaut sur ses albums précédents. Sous cette mince couche de chaleur perdure toutefois le voyage de l’artiste à travers les brumes, et malgré toute l’empathie que cette mélancolie génère, son opacité peut créer une fatigue due à une certaine redondance dans le ton employé. 

Depuis « Sugar Still Melts in the Rain » (2018), Sarah Mary Chadwick aiguise son art d’exprimer ses angoisses en déployant une maturité musicale grandissante. Ce sixième album est le plus abouti jusqu’ici, ne perdant rien de son authenticité brut tout en insufflant une certaine luminosité grâce à une instrumentation qui ne se limite pas à servir les textes. À l’écoute de « Please Daddy» , certaines personnes y verront leurs propres fragilités, tandis que d’autres se satisferont de l’effet de voyeurisme que cela leur procure. Chose certaine, personne ne devrait rester indifférent.

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