Top Albums 2020 de Bruit de Fond – Part 1

Bonjour à toi, lecteur/trice de Bruit de Fond. Si c’est ta première expérience en ces lieux virtuels dédiés à la musique sous toutes ses formes (et ses anti-formes), sois le/la bienvenue. Je te promets quelques découvertes phoniques éblouissantes pour tes tympans avides. Et si tu es déjà un aficionado converti de notre petit coin du web, re-bienvenue parmi nous… J’espère qu’on ne t’a pas trop manqué à travers cette année catastrophique (sur tous les points, il va sans dire). Nous étions en dormance, en refonte, en hibernation… Mais nous revoilà, enfin. Et je te confirme qu’on ne va pas t’abandonner en cours de route en 2021.

2020 fut une année éprouvante, personnellement la plus éprouvante de toute ma vie. Perte de repères, solitude en huit clos, cohésion sociale moribonde, cataclysmes par dessus cataclysmes, montées des extrémismes, nihilisme à tous vents et… la mort. La mort qui vient cogner à la porte, qui t’arrache une part de toi, qui te force à te redéfinir tout entier, à accepter la fragilité de la vie (et toute sa beauté euphorique et sa laideur extatique)…

À travers toutes ces difficultés (qui, je crois, ne te seront pas si étrangères en cet an d’anti-grâce), il y aura eu la musique. Parce qu’il y a toujours la musique. Confidente des matins blêmes, réconfort aux heures pâles de la nuit, médicament pour tous les maux, liesse sonore. Elle sera toujours là. Elle nous fut fichtrement essentielle en cette année de grands dérèglements. Et heureusement, on dirait qu’il n’y en aura jamais eu autant de magnifique, de rutilante, de surprenante, de fabuleuse, de salvatrice… Tous ces artisans sonores, eux aussi forcés au recueillement suprême, ont travaillé fort pour tenter de sublimer l’époque un brin dé-calibrée et surréaliste qui nous surplombe. Et le pari fut relevé, haut la main. 2020 fut une GRANDE année musicale. Vous le constaterez en découvrant la liste ci-bas.

Donc, c’est maintenant l’heure de vous présenter la première partie du Top 50 Albums 2020 (COVID edition) de la nouvelle équipe de Bruit de Fond, cette même équipe qui tentera de vous partager toute sa passion débordante pour les sons étranges et fous à travers tout 2021.

N’hésitez surtout pas à nous faire part de vos impressions et commentaires en bas de page. Vos listes nous intéressent aussi fortement ; l’offre musicale fut telle cette année que nous sommes certainement passés à côté de certaines merveilles cruciales.

Allons y donc sans plus tarder. Bonne lecture messieurs-dames !

-Salade d’endives


50

TAME IMPALA – The Slow Rush

(Interscope)

Après plus de 5 ans d’attente, The Slow Rush a démontré à l’industrie musicale que prendre son temps peut parfois donner d’excellents résultats (c’est ce que je crois pour le nouvel opus de Tame Impala ; les opinions demeurent mitigées). Avec le succès mondial de Currents, Kevin Parker a mis la barre très haute pour de futurs albums, ce qui explique en partie la critique partagée en général de son nouvel album : structure trop commerciale, trop similaire à Currents, etc. De mon côté, j’ai vu l’album un peu comme un essai partiel à recréer l’atmosphère de Currents : mélodies ultra-catchy et approche “simpliste” avec des chansons plus typiques, comme “Instant Destiny” qui rappelle “Disciples” ou même “The Moment”. On sent que Kevin cherche un mix entre la formule qui a fait de Currents un succès en même temps de prendre de nouveaux chemins avec “One More Time”. En général, The Slow Rush est un retour en force de Tame Impala dans cette nouvelle décennie et ouvre la porte pour encore plusieurs excellents disques.

-Sandwich Électrique


49

JASMINE GUFFOND – Microphone Permission

(Editions Mego)

Microphone Permission fut ma porte d’entrée dans le travail de l’artiste (sonore et visuelle) Jasmine Guffond. J’adore ces albums où il est difficile de discerner le « qu’est-ce-qui-fait-quoi », mais où l’abstraction n’est pas une fin en soi. Les sons de synthèse s’entrechoquent avec des cordes (peut-être synthétisées elles aussi) pour créer des mondes sonores où rien n’est donné d’avance. L’album est déroutant mais les chemins se révèlent au fur et à mesure d’une écoute attentive. À la fois étranges, doux et mystiques, chaque pièce revêt un caractère particulier, tout en étant toujours légèrement décalé… très similaire au malaise Lynchien ou aux meilleurs moments de Oneohtrix Point Never.

-François Zaidan


48

MAC MILLER – Circles

(Warner)

Mac est mort. Vive Mac! Voici son album posthume coup de poing. N’ayant jamais suivi la carrière de ce drôle de moineau, je suis tombé tout suite sous le charme. Je pense que Mac voulait ré-orienter sa carrière vers quelque choses de moins pop et ça s’entend sur cet album. L’album est bon du début à la fin, c’est facile, funky et original à la fois. Le style, c’est du Mac Miller chill mélancolique. Ça s’écoute avec un amaretto sour sur le bord de la piscine mais aussi avec une grosse bière noire à Rouyn-Noranda une soirée d’hiver. C’est passe partout pour tout le monde, ce n’est quand même pas donné d’avoir autant de talent pour pouvoir faire ça. L’album que j’ai plus écouté cette année. Everybody’s gonna live, everybody’s gonna die….

Mario Lemieux


47

CHOI JOONYONG / JIN SANGTAE – Hole in My Head

(Erstwhile)

Erstwhile à embelli mon année avec Amplify 2020 mais leurs disques sont tout aussi dignes de mention. C’est surtout le cas pour Hole in My Head. Si vous étiez fan de Teatro Assente vous ne serez pas déçu. Des sons métalliques aux oiseaux qui chantent, l’EAI à son meilleur. Invoquant pour moi une trame sonore d’une aliénation dû au paysage urbain froid et stérile.

-Jonathan Arsenault


46

HARUKA NAKAMURA – Still Life I & II

(灯台)

Avec ces deux recueils pour piano seul, Haruka Nakamura nous offre ce qui est probablement la musique la plus “gentille” et bienveillante de tout 2020. Et possiblement la plus belle aussi. Le compositeur, producteur et multi-instrumentiste nous vient de la ville d’Aomori (sur la côte nord de l’île principale du Japon). Ceci n’est pas un fait anodin parce que ce magnifique coin de pays est marqué par 4 saisons très contrastées (avec des hivers très enneigés puis des étés brumeux, venteux et frais). Cela s’entend dans la musique de Nakamura. Le premier recueil est tout printanier, ensoleillé, affable, limpide. On y sent la nature se réveiller doucereusement ; la brise de la baie qui vient nous chatouiller l’échine avec délice. Le second est hivernal. Il évoque les cimes blanchies, les flocons qui dansent, les feux réconfortants dans l’âtre, la couverture de laine qui nous recouvre complètement… La musique est minimaliste, dénudée, on ne peut plus intimiste. La prise de son est très “il est à la maison et joue à côté de toi”, ce que j’adore particulièrement. On entend les bruits ambiants de la pièce, le son des touches et des pédales appuyées. La musique est éminemment japonaise dans l’approche mais on y décèle des relents de Satie, Ravel et aussi d’Aphex Twin (ses quelques pièces pour piano). C’est beau. Très beau. C’est magique. Et ce fut absolument essentiel pour moi cette année.

-Salade d’endives


45

EARTHEATER – Phoenix: Flames Are Dew Upon My Skin

(Pan)

Ne vous fiez pas à la pochette svp! Ne faite pas l’erreur que j’ai fait parce que sous ce visuel de mauvais goût se cache une grande artiste aux milles talents. Dès les premiers sons de synthétiseur, la table est mise et on comprend tout de suite qu’on a affaire à un grand disque très personnel. On pourrait qualifier l’album de pop contemporaine, de folk délicat mais ce serait trop réducteur. On doit absolument saluer le tour de force dans la production de l’album. Vous souvenez-vous la première fois que vous avez entendu les feux d’artifice sur l’album “Ágætis Byrjun” de Sigur Rós ? On entend un peu la même chose ici avec les différents sons qui viennent donner beaucoup de perspective à l’œuvre. On doit aussi saluer la qualité indéniable de l’orchestration, un peu à l’image du dernier de Klô Pelgag. L’album aurait très bien pu sortir sans fioritures, juste de la guitare acoustique et cela aurait aussi été magnifique. Une vraie de vrai artiste avec une grande démarche et le souci du détail, on aime ça. Grandiose!

Mario Lemieux


44

KENGO TOKUSASHI – Music for Sauna Whisk

(Vihta)

Ici nous avons le volet « whisk » d’une série d’albums thématiques « MUSIC FOR SAUNA » et ça fouette fort. Kengo nous offre un des meilleurs albums du Kankyō Ongaku qui rappelle à la fois les albums les plus environnementaux de Hiroshi Yoshimura (A・I・R et Green) et les passages progressifs électroniques accrocheurs d’Inoyama Land. À écouter dans un sauna ou un spa, ou tout simplement quand on souhaiterait y être.

-Jonathan Arsenault


43

K-LONE – Cape Cira

(Wisdom Teeth)

J’ai repéré l’objet dans la liste des meilleurs albums sur le fameux site de référence Bleep. J’ai donc découvert ce précieux sur le tard. Cape Cira transpire le bonheur et la détente tout en étant grandement dynamique. On peut entendre une panoplie de percussions qui viennent donner une teinte très organique à l’ensemble. Le tout est enrobé de Field recordings de nature (oiseau, chute) pour rajouter au dépaysement et au recueillement. À première vue, on se dit “voilà un autre album de beat électronique” mais non, on peut entendre une grande recherche au niveau des sons dans un but tout simple : nous faire vibrer. On se laisse guider dans cette balade en forêt pour y contempler la beauté simplement. Un gros coup de cœur cette année! Si vous appréciez le new-age/ambiant Japonais des années 80 mais que vous avez envie d’un peu plus de percus et de beat, c’est l’album tout désigné.

Mario Lemieux


42

HOOSHYAR KHAYAM – RAAZ

(30M)

RAAZ est un véritable périple musical entre les chants traditionnels arabiques, l’expérimental et la musique électronique. Ici, les sons acoustiques traditionnels du moyen-orient de Hooshyar Khayam, pianiste, compositeur et instrumentiste folk iranien se retrouvent arrangés avec les sons électroniques du compositeur Bamdad Afshar. Un mix bien équilibré entre tradition et modernité. Cet album m’a réellement impressionné. Dans le contexte socio-culturel iranien actuel, cet album représente un effort musical dans une nouvelle ère de sanctions en Iran, en cherchant à garder la tradition tout en permettant une ouverture potentielle vers le futur avec la présence parfois subtile d’électronique. Un concept simple brillamment exécuté !  

-Sandwich Électrique


41

LUCRECIA DALT – No Era Solida

(Rvng. Intl.)

L’étrangeté fait du bien. Avouons-le, nous vivons une période trouble. Nous sommes troubles et nous devons plonger dans le mystère pour y dompter l’invraisemblance. Avec No Era Solida, Lucrecia Dalt a su exprimer ce mystère et l’invoquer à travers des moments clairs obscurs. Rien n’est donné d’avance. Elle nous encourage à réfléchir sur notre manière d’être au monde en créant un/des monde.s où notre compréhension fait défaut et est sans cesse remise en question. Il s’agit bel et bien d’un album aux résonances métaphysiques où les évidences s’écroulent pour enfin faire de la place à quelque chose de nouveau.

-François Zaidan


40

IFERNACH – Waqan

(Les Productions Hérétiques)

C’est assez difficile de rendre justice à Ifernach. Non pas à leur musique, mais à ce que le groupe représente à mes yeux, au phénomène Ifernach. Découvert il y a 2 ans en première partie du concert de Forteresse et Akitsa à Québec, Finian et ses musiciens avaient joué un set assez court de black punk épineux. Non dénué de charme – je repense aux déguisements style Le Dernier des Mohicans – c’était selon moi un groupe qui ne ferait pas trop de vagues. Ça avait l’attrait d’être un peu différent du son QCBM, d’être gaspésien et de traiter, de l’intérieur, de culture autochtone. 

C’est seulement en revenant chez moi avec mes collègues, tous un peu éméchés encore de notre soirée de la veille, soirée où on avait vraiment pu sentir de près ce qui se trame de dangereux et de malsain dans la scène black métal de la vieille capitale, non sans en être à peu près autant excités qu’apeurés, c’est seulement en revenant, dis-je, que j’ai pu donner une vraie écoute à Ifernach en l’espèce d’une petite cassette blanche ornée de raquettes de babiches. Wastow que ça s’appelait. De la manière la plus économe, en deux pièces de 10 minutes, Ifernach venaient (venait, c’est un gars, en fait) de me faire oublier leur performance de la veille, arc à flèche et maquillage tribaux inclus. Imaginez la chose la plus belle et douce qui soit, à laquelle on infligerait toutes les pires tortures, déformant ses traits, les ensevelissant d’ecchymoses, de lacérations, de bosses et de sang… Ce qui ressort ne peut être laid qu’aux yeux de celui qui ne veut pas voir, qui ne voit pas ce qui anime l’amas de chair gonflé qui survit devant ses yeux. Voilà ce que c’est qu’Ifernach à son meilleur; une belle blessure ouverte. 

L’esprit qui hante les compositions de Wastow, et celles de sa sœur Waqan, sortie en  février dernier, est d’une douceur insoupçonnée pour celui qui ne s’en tiendrait qu’à la production un peu crue et à la voix tranchante de Finian Patraic. On reconnaît peut-être les influences finlandaises – je me suis plu récemment à rebaptiser le groupe Animiste Warmaster –, mais ce n’est jamais copié sur et ce ne pourrait l’être puisque que la forme, ici le black métal, n’est qu’un véhicule pour ce qu’Ifernach semble vouloir dire, ou plutôt faire ressentir. 

Depuis 2018, le jeune ermite gaspésien, aussi excentrique que prolifique, nous a redonné plusieurs fois l’occasion de se sentir vivant. Un album en 2019 (Skin Stone Blood Bone), un autre album (The Green Enchanted Forest of the Druid Wizard), deux splits (avec Pan-Amerikan Native Front et Invunche) et le susmentionné EP (Waqan) en 2020. C’est de ce dernier dont j’ai voulu parler.  Pourquoi Waqan et non les trois autres sorties d’Ifernach cette année? Possiblement parce que c’est la meilleure des quatre, la plus aboutie, mais surtout parce que c’est ce qui se rapproche le plus, dans la déjà bien étoffé discographie d’Ifernach, de Wastow, et donc d’un des moments forts du black métal atmosphérique québécois. The Green Enchanted Forest of the Druid Wizard c’est très bon, c’est même excellent, mais les interludes sont un peu envahissants et brisent le rythme de l’ensemble. À écouter, mais un peu plus bas dans la liste de lecture. Les splits, c’est très bien aussi. Pour dire vrai, il est probable que si Waqan n’avait pas vu le jour cette année, c’est à Green Enchanted Forest que serait dédié ce tout petit compte-rendu élogieux. Alors j’aurais peut-être moins donné dans le dithyrambique, mais c’est seulement parce qu’Ifernach, en deux ans, m’a habitué à un black métal des hauteurs et qu’il m’est désormais difficile de redescendre plus bas,  acclimaté à l’atmosphère raréfiée des cimes atteintes avec Wastow/Waqan.

Marcel de Berg


39

JESSIE WARE – What’s Your Pleasure?

(Virgin)

Un album de disco/soul en 2020 n’est pas censé m’intéresser mais quand toutes les critiques l’encensent, tu te dis qu’il doit y avoir de quoi de spécial. Jessie Ware est une Britannique qui s’est déjà fait remarquer dans le passé avec des trucs un peu plus trip-hop/soul quand même intéressants. Elle sort donc son 4e album et se paye la totale. Le band de feux, la production de feux, une orchestration riche comme seuls les Anglais peuvent le faire. Les compositions sont bonnes et accrocheuses et restent dans la tête. Je vous mets au défi de trouver un seul défaut à cet album. Au delà de tous ces excellents atouts, ça reste juste du bonbon et on a envie d’y retourner. Il y a un ingrédient magique dont seul Jessie connait la recette. Pour danser ou pour courir, ça fonctionne très bien!! Soyez pas gênez. En veux-tu des tubes, en voila un tas.

Mario Lemieux


38

ULVER – Flowers of Evil

(House Of Mythology)

Avec les années, c’était devenu une quasi certitude qu’Ulver n’effectuerait jamais un deuxième tour d’une même piste. Pourtant, Flowers of Evil emprunte largement la formule de son prédécesseur, The Assassination of Julius Ceasar, c’est-à-dire une synthpop aux mélodies prononcées, approfondies par la voix immédiatement identifiable de Kristoffer Rygg et par une réalisation intrigante. Si son approche plus directe l’empêche d’être relégué au rang de réplique, tous les éléments qui faisaient de leur dernière incarnation un tel succès sont à nouveau mis à profit. Les loups évoluent, comme le clame la bande norvégienne depuis longtemps, mais parfois ils peuvent se permettre de passer une deuxième nuit dans la même tanière. 

-Yannick Valiquette


37

MAMA!MILK – Musique De Terroir

(Música Global)

Étrangement mes deux bands favoris ont un point d’exclamation au milieu de leurs noms respectifs. Mama!Milk est un groupe japonais jouant le tango. Quietude à longtemps été mon album favoris d’eux, avec une immersion intime de leur performance à la Dancing in Tomelilla. Cette performance a la même stratégie d’immersion et la performance est sublime.

-Jonathan Arsenault


36

JONATHAN FITOUSSI – Pein Soleil

(Obliques)

Ce ne sont pas les albums « ambients » qui manquent ces dernières années et les nappes de sons de synthétiseurs se multiplient et se ressemblent souvent trop. Ce qui fait qu’un album qui ressort du lot mérite amplement de figurer au sommet d’une liste de parutions annuelles. Plein Soleil du français Jonathan Fitoussi est un bijou d’album de synthèse, intemporel tout en étant d’une actualité surprenante. Les sons des modulaires Synthi AKS, de Buchla et de Minimoog, tout en conservant leur caractère d’une autre époque, se fusionnent pour créer des pièces où la direction est claire; pas de superflus ou d’expérimentations en textures inertes et inexpressives. Fitoussi propose un ensemble cohérent d’explorations sonores fluides et apaisantes qui encouragent la contemplation et qui méritent d’être écoutées attentivement et réécoutées ad infinitum.

-François Zaidan


35

CIRCLE OF OUROBORUS – Viimeinen juoksu

(His Wounds)

Sortie au tout début de l’année, la dernière offrande des Finlandais de Circle of Ouroborus semble être passée en dessous du radar de pas mal de gens, malgré les 10 mois qui nous séparent maintenant de sa sortie. C’est pourtant regrettable, parce qu’il s’agit là du meilleur album que ce groupe aux contours un peu flous nous ait offert en date. L’année précédente, en 2019, ceux-ci s’étaient déjà dépassés en nous donnant Vangin Lulu, dont la sortie est passée elle aussi inaperçue. Dans la même lignée, la leur seule, ils sont revenus à la charge avec Viimeinen juoksu.

En déposant l’aiguille, on est porté, tout doucement, par la très belle intro de guitare hyper-saturée, sans drum, seule, qui revient plus tard clore l’album et qui rappelle énormément le Blazebirth Hall, plus particulièrement Branikald – influence distinguée s’il en est une. Le reste de l’album est de la même trempe et je ne pourrais vanter suffisamment les mélodies inhabituelles de Viimeinen juoksu, presque aussi colorées que sa belle pochette aux crayons de bois. La production, noyée de reverb, est un peu «sua drogue», mais je le dis avec respect, parce qu’à mon corps défendant, sans trop savoir comment, ça fonctionne non seulement très bien, mais ça laisse un bon goût en bouche.

C’est peut-être pas unique – je me méfie de mots comme celui-là, au même titre que je me méfie de chef-d’œuvre ou génie -, mais c’est singulier, chose certaine. C’est une marque de noblesse que d’avoir un adjectif dérivé de son nom, de son petit nom à soi. Mais Ouroboruesque ou Ouroborien ne figurent toujours pas au Larousse et c’est bien dommage, car on m’aurait alors évité quelques phrases. En vérité, à bout d’adjectifs, je ne saurais identifier avec trop de science ce qui rend cet album – et le son de COO en général – aussi particulier et, à bien y penser, je n’en vois pas nécessairement le besoin réel. Certains y entendent du post-punk, c’est bien possible. Tout ce que je sais, c’est que je suis ravi que ce groupe un peu louche existe. Quelques soient leurs inspirations ou les procédés ésotériques par lesquelles ils ont pu nous livrer Viimeinen juoksu, ce qui en ressort est charmant comme tout, et mémorable surtout, ce qui n’est pas banal. 

Marcel de Berg


34

IMPERIAL TRIUMPHANT – Alphaville

(Century Media)

Tu cherches un album à mettre en arrière plan lors d’un souper avec tes beaux-parents ? Tu te dis que tout le monde va aimer parce que dans le fond, il n’y a personne qui écoute vraiment ? Ça va passer comme une musique d’ambiance, ça dérangera pas trop ? Ben ce n’est exactement pas cet album qu’il te faut !

Alphaville, c’est du très très gros stock bien gras et filamenteux. Un album dérageant, brutal, complexe et noir. On pourrait y apposer les étiquettes de black métal ou Jazz mais c’est avant tout un album d’avant-garde. On ne se surprendra pas de savoir que le batteur (Kenny Grohowsk) se produit très régulièrement dans différents projets heavy de John Zorn depuis les dernières années. Les musiciens ici sont tous au sommet de leur art. Le visuel est en quelque sorte la pierre angulaire sur laquelle la musique a été composée. C’est pourquoi on a l’impression que cette fausse bande sonore a été composée pour accompagner un film du futur ou l’humanité a disparu et a été détruite par de méchantes machines qui dirigent tout. Ce n’est pas très agréable à écouter mais on n’a pas le choix d’avoir la langue à terre devant autant de créativité et de virtuosité. C’est clairement le projet que je veux le plus voir en live après la pandémie. Alphaville, c’est un mastodonte qui écrase tout sur son passage (incluant tes beaux parents).

-Mario Lemieux


33

YAN JUN & TOSHIMARU NAKAMURA – Oh My God, and Yours

(Sub Jam)

J’ai commencé à suivre Yan Jun depuis Amplify 2020. Il a publié qu’il travaillait sur un album avec une pochette miroir avec sieur Nakamura. J’étais tellement excité par la sortie d’un tel truc que je l’aurais acheté sans même avoir essayé, surtout que je souhaitais avoir du Toshimaru Nakamura en vinyle depuis Good Morning Good Night. Mais ici vous pouvez juger l’album par sa pochette, mon amour pour le noise a été rallumé par les pièces les plus dynamiques du genre. À plusieurs moment vous vous retrouverez à vous dire « OMG… and yours ».

-Jonathan Arsenault


32

FLUISTERAARS – Bloem

(Eisenwald)

C’est assez rare que l’on puisse décrire comme beau un album de black métal. 

Oubliez la pochette. C’est très joli, peut-être trop, je vous entends. On est aveuglé par le côté un peu post-rock de la photo, on croirait à un nouveau tome de Sun Kil Moon, on voudrait ces fleurs d’un bleue franc et non d’un rouge comme celui-là, qui ne fait qu’ajouter à l’équivoque. Bleues, ces fleurs auraient le mérite de ne pas mentir sur les intentions que l’on prête à Fluisteraars à la vue de la couverture. On se dit que ces Hollandais font dans le sentimental, dans le mièvre, qu’il s’agit encore une fois de non-initiés qui se sont essayés au cascadian… C’est peut-être vrai pour le premier qualificatif, mais le reste n’est que niaiserie. 

D’accord, la pochette n’évoque rien de sordide, de douloureux ou même de victorieux, mais est-il interdit au black metal de donner dans le sublime et dans la beauté périssable du printemps ? Si on nous parle sans cesse de la neige et du froid, c’est forcément qu’on est préoccupé, comme devrait l’être tout septentrional, par le dégel et l’arrivée de la verdure. Et bien le voici, ce dégel. Voici de bien belles fleurs de sang, qui mourront bientôt, mais qui auront été splendides pendant ces quelques mois où elles furent dressées vers le soleil. Je ne vois pas pourquoi le pouvoir que possède le black métal, dans ses formes les plus mélodieuses, d’évoquer des moments triomphants et radieux, serait réservé à la horde de plus en plus omniprésente de groupes qui donnent dans le néo-romantisme nationaliste. La musique de Fluisteraars évoque toute autre chose que ce à quoi le black métal nous a souvent habitués, mais rien qui ne soit vraiment étranger à la sensibilité qui l’a toujours traversé. On s’écarte peut-être de la lettre, délaissant la nuit pour le soleil de midi, mais pas de l’esprit. On dénote peut-être des éléments quelque peu extérieurs au genre, mais ce ne sont jamais des moments qui semblent venir contaminer l’essence du son de Fluisteraars. Tout est construit de la façon la plus organique qui soit et ces moments baroques sont eux-mêmes constitutifs de ce qui nous rend l’album aussi charmant (le meilleur exemple étant l’immense Eeuwige Ram, pièce maîtresse de l’album, quoique la plus courte).  Une belle prise de risque, au final assez prudente.

Marcel de Berg


31

AUTECHRE – Signs

(Warp)

Bon je dois avouer être un gros fan d’Autechre et je pense que c’est de loin ce qui se fait de mieux en musique électronique depuis les 20 dernières années. Ceci étant dit, j’arrive toujours à rester un peu objectif avec eux quand même.

Voici le nouvel album qui sort sous un format plus traditionnel dans la durée après plusieurs sorties qui n’en finissaient plus de finir. On est plusieurs à ne pas avoir encore digéré leurs 4 sessions NTS dans leur intégralité. En plus, cet album n’arrive pas seul puisque qu’un mois après la sortie, PLUS est annoncé. Vous êtes essoufflés ? Ce n’est rien, c’est normal et c’est ben correct de ne pas digérer un album de ce duo fou. C’est exactement pourquoi on aime ça, non ? On ne réussi jamais à vraiment percer le mystère…

L’album Signs est donc un album qui nous ramène à un son des débuts, moins touffu, plus calme, plus apaisant. Mais pas vraiment dans le fond… ouffff. La seule chose que je peux vous décrire à son propos, ce sont les images que cette musique évoque dans ma tête et elles sont reliées à l’eau, le calme après la tempête, la pluie, l’Angleterre, l’attente. Je suis désolé, mais c’est comme ça. C’est trop beau pour le décrire avec des mots. C’est peut-être la bonne porte d’entrée aussi pour ceux qui voudraient pénétrer dans leur monde et leur discographie. Du pur génie. Seul bémol : je pourrais parier que c’est Warp qui les a un peu obligés à sortir un album plus standard de 70 minutes. Je ne crois pas que ce format leur convient bien et cela s’entend sur quelques pièces (plus ambiantes) qui se terminent de manière un peu trop directes.

Mon album de l’année tout style confondu. Vive la musique, vive Autechre.

-Mario Lemieux


30

PATRICK SHIROISHI – Descension

(Thin Wrist)

Il est difficile d’aborder Descension sans l’associer au climat anxiogène dans lequel il est né. Paru à l’aube des événements qui ont changé la réalité d’à peu près tout le monde, cette captation en direct datant de 2016 semble destinée à représenter la complexité émotive que nous partageons, peut-être même de manière plus juste que bien des artistes qui s’y penchent désormais avec un certain recul. En l’espace d’à peine 27 minutes, Shiroishi se lance dans une improvisation solo mêlant free jazz et électroacoustique qui touche autant à la résilience qu’à la résignation. Sur Tomorrow Is Almost Over, la pièce maîtresse qui occupe pratiquement la moitié de l’album, c’est la rage dans sa forme la plus primale qui est exprimée lors d’un long solo de saxophone d’une rare intensité. 

-Yannick Valiquette


29

MANAMI KAKUDO – Oar

(Universal International)

Son blogue parle de “Adan no kaze” de Ichiko Aoba et de “The Generation of Tribulation” de Lang Lee, mais moi je veux parler d’elle, ma plus belle découverte récente. La magnifique voix calmante de Manami est accompagnée d’une multitude d’instruments, dont des passages grandioses de violoncelle et des moments intimes à la mandoline. Elle fait des albums chamber pop expérimentaux d’une beauté à couper le souffle. Asmr et larmes au rendez-vous.

-Jonathan Arsenault


28

NUBYA GARCIA ‎- Source

(Concord Jazz)

Comment être encore impressionné par des musiciens Jazz en 2020 quand on est un fan de John Zorn depuis les 20 dernières années ? Cela parait presqu’impossible hein ? On se dit qu’on a tout entendu et tout vu. Et puis… on tombe sur cet album. On va devoir encore une fois se retourner vers la scène jazz UK cette année pour déguster le meilleur du Jazz 2020. Sur la Source, on s’éloigne du coté parfois trop académique de musiciens virtuoses pour se retrouver seulement dans le groove. J’ai reçu une grosse claque dans la face quand j’ai entendu pour la première fois la section rythmique sur cet album. Ca fait belle lurette que je n’ai pas entendu autant de fraicheur provenant de percussionnistes. Il ne faut pas oublier que c’est le premier album pour la saxophoniste londonienne qui faisait beaucoup parler d’elle depuis plusieurs années. Elle a su trouver sa couleur (parfois latine ou africaine) et son dosage parfait tout en retenu. On mise sur les ambiances ici avant tout. Très impressionnant donc, une artiste à suivre…

Ma pièce de l’année tout style confondu : La cumbia me está llamando feat. La Perla

À écouter absolument avec des écouteurs pour entendre l’ensemble de l’œuvre.

-Mario Lemieux


27

DEWA ALIT & GAMELAN SALUKAT – Genetic

(Black Truffle)

Le gamelan, vous connaissez ? Moi, j’en raffole depuis que j’ai découvert sa version un brin transmutée/schizoïde sur la sublime bande son du film d’animation japonais AKIRA (chef d’oeuvre). Je me suis alors plongé dans les disques de Gamelan purs (via les disques de la série Nonesuch Explorer, entre autres). J’en ai juste jamais assez.

En fait, le gamelan n’est pas UN instrument à proprement parler mais le nom qu’on donne à un ensemble musical traditionnel javanais ou sundanais. Cet ensemble se centre surtout autour des percussions (gongs, cymbales, métallophones, xylophones et tambours diverses. À cela peuvent s’ajouter des instruments à cordes frottées ou pincées, de la flûte suling et/ou du chant. Dewa Alit (et son ensemble Salukat) est parmi les compositeurs/musiciens les plus respectés et actifs de la scène… euh… gamelienne contemporaine. “Genetic” est sa première sortie discographique parue en dehors de son Indonésie natale. Et bordel que ça fait plaisir de pouvoir enfin se plonger dans cette musique riche, totalement “autre”, tantôt minimaliste (ces longs passages contemplatifs/hypnotiques/immersifs), tantôt maximalistes (l’hyper tonalité presque reichienne des moments les plus enlevants). C’est beau comme dix milles soleils. Une musique absolument vitale et spirituelle. Et c’est un disque parfait pour quiconque veut s’initier au gamelan balinais.

-Salade d’endives


26

ROGER ENO & BRIAN ENO – Mixing Colors

(Deutsche Grammophon)

Le duo des frérots Eno nous a offert un superbe album en 2020 : Mixing Colours. On quitte ici partiellement le style purement ambiant typique des Eno (reverb à la planche) et on a plutôt affaire à une musique dont la structure est plus classique ; avec une utilisation presque exclusive du piano, accompagné de quelques effets sonores typique du travail de Brian. Mixing Colours est une expérience très sereine, intime et réfléchie. Un album très simpliste sans le côté expérimental des dernières collaborations. Si cela peut vous aider, l’album est sorti sur la fameuse étiquette Deutsche Grammophon réputée pour le classique, genre que frôle cet album double. En général, malgré la réception partagée de l’album par le public, il reste un must pour les fans des Eno. 

-Sandwich Électrique


FIN DE LA PARTIE UN DU TOP…. VOICI LA PARTIE DEUX

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