Top Albums 2020 de Bruit de Fond – Part 2 (+ Tops perso)

Et on poursuit le Top 2020 de Bruit de Fond avec les 25 meilleurs albums de l’année ! Si ce n’est pas déjà fait (j’aurais HONTE si j’étais vous !!!), allez lire tout de suite la partie UN !!!

Je veux remercier tous mes collègues du blogue (Yannick, François, Marcel de Berg, Mario, Alexis aka le Sandwich et Jonathan) d’avoir participé à ce Top on ne peut plus SEXY. Vous retrouverez d’ailleurs leurs tops perso (et le mien) en bas de page.

Bonne lecture/découverte 🙂


25

MOOR MOTHER – Circuit City

(Don Giovanni)

Conçu à la base pour une pièce multimédia ralliant théâtre, performance, poésie et musique, Circuit City n’aura finalement été une oeuvre complète que pendant un trop court laps de temps, évidemment à cause des restrictions imposées par la pandémie. Heureusement, son volet musical se tient merveilleusement bien par lui-même, offrant une sorte d’opéra poétique et futuriste où Camae Ayewa (Moor Mother) tient les rênes tout en étant accompagné par une flopée de musiciens qui élèvent sa vision au rang d’oeuvre majeure dans sa discographie. Flirtant plus souvent avec l’industriel et le hip hop expérimental pour livrer ses textes cathartiques, Circuit City adopte un ton résolument plus proche du free jazz, ajoutant ainsi une dimension historique en reliant une forme d’expression libératrice reconnue avec le désir de révolution exprimé dans le tumulte que nous connaissons aujourd’hui. À ce titre, Moor Mother rejoint Matana Roberts dans sa volonté d’allier le passé et le présent dans le récit des relations de pouvoir et du mépris exprimées aux États-Unis envers les communautés afro-américaines.

-Yannick Valiquette


24

OKKYUNG LEE – Yeo-Neun

(Shelter Press)

Autrefois plus connue pour son jeu de violoncelle très viscéral et aride (voir parfois même brutal/atonal), Okkyung Lee s’adoucit ici magnifiquement avec ce Yoe-Neun tout délicat et intime. Elle est accompagnée par Maeve Gilchrist à la harpe, Elvind Opsvik à la basse et Jacob Sacks au piano. Le quatuor fait la part belle aux compositions sublissimes et impressionnistes de Lee, qui va puiser son inspiration à travers différents courants (musique de chambre, classique contemporain, musique folklorique-traditionnelle coréenne). Les compos, éthérées, tantôt dociles, tantôt kaléidoscopiques/virevoltantes, sont bourrées d’orfèvreries somptueuses. On y retrouve parfois des envolées où l’improvisation surgit à l’avant-plan. Mais on revient toujours à la trame narrative cycliquement vôtre (souvent portée par un piano lancinant et nocturne). Le violoncelle d’Okkyung est absolument fascinant dans toute sa souplesse, sa rondeur et son côté parfois “oblique”… mais la belle laisse aussi une place de choix à ses comparses touchés par une grâce élégiaque, tricotant avec elle ces paysages sonores diaphanes. La chimie entre les musiciens est sans équivoque et j’ai personnellement très hâte de savourer d’autres hypothétiques disques enregistrés par ce petit ensemble qui ne sonne comme aucun autre au monde. Ce fut une des meilleures trames sonore pour le premier confinement, entre espoir et mélancolie.

-Salade d’endives


23

THE SORCERERS – In Search of the Lost City of the Monkey God

(ATA)

Comme pour Tame Impala, In Search Of The Lost City Of The Monkey God par The Sorcerers marque un retour en force après 5 ans de silence. Comme leur premier album, on se retrouve dans un univers jazz enfoncé dans les territoires vastes et profonds de l’Afrique. Sorti en tant que soundtrack pour le long-métrage du même nom, ISOTLCOTMG (une belle abréviation simple) baigne dans les rythmes africains, le tout fusionné dans du funk et la touche jazz juste parfaite. L’album possède beaucoup d’éléments qui me rappellent le travail de Djanko Nilovic : un groove soutenu sur chaque piste qui nous invite à suivre le rythme. Les sorciers nous font réellement voyager avec leur dernier opus et ce avec autant de complexité et de simplicité : je vous invite à écouter “Escape from the Catacombs” ainsi que “Summoning the monkey god“, ça déchire!

-Sandwich Électrique


22

PROTOMARTYR – Ultimate Success Today

(Domino)

Voici le 5e album très attendu du groupe post-punk de Détroit. Malgré une concurrence assez féroce dans le genre depuis les dernières années, la bande roule sa bosse un peu à l’écart, en parallèle des bands plus mainstream du genre. Une démarche qui force le respect d’une fanbase qui n’en finit plus de grossir. Ultimate Success Today sonne épique et brut ; un peu comme le premier Arcade Fire mais avec beaucoup plus de crasse et de dissonance. Après plusieurs écoutes, on découvre le talent fou des gars pour les bonnes compositions et les lignes de guitares grandioses. On comprend vite que les pièces sont tellement bonnes qu’elles pourraient être jouées dans un gros stade et ça fonctionnerait. On souhaite de tout cœur que le groupe continue dans la même veine dans le futur et ne vienne pas gâcher ça avec l’aide d’un nouveau producteur qui voudrait les « radiophoniser » avec un son plus léché. On a confiance en vous les gars, restez purs et un peu croches, on vous aime comme ça. Un album pour vous défouler en temps de pandémie ! Faite sortir le méchant avec Protomartyr !

-Mario Lemieux


21

SERMENT – Chante, Ô Flamme de la Liberté

(Sepulchral)

Le meilleur album de Forteresse depuis le dernier album de Forteresse. Retour à la forme pour Moribond, l’un des principaux membres du groupe depuis le jour un. Pour ceux qui ont suivi leur parcours, il est évident que rien ne s’est complexifié depuis Métal Noir Québécois ; Forteresse ne se sont jamais vraiment aventurés bien loin du sentier qu’ils ont tracé en 2006 et qu’ils ont pu retaper à quatre occasions depuis. Thèmes pour la Rébellion, leur album de 2016 qu’il est inutile de réencenser, avait tout de même le défaut, peut-être le seul, de mettre les drums très à l’avant-plan. On peut comprendre que le groupe ait eu envie de souligner la présence d’un nouveau batteur – un bon batteur c’est un peu comme la trophy wife du métal – mais j’ai parfois eu l’impression de trop sentir la présence de ce dernier sur l’album et la production m’avait un peu gêné tellement elle semblait précise et immédiate dans son traitement des drums. 

Sur Chante, ô flamme de la liberté, c’est tout le contraire et c’est presque aux larmes qu’on retrouve notre vieil ami le drum machine, le même que sur Métal Noir et Les Hivers de Notre Époque. C’est d’ailleurs principalement à ce dernier, le 2e album de Forteresse, que je comparerais celui de Serment, si je n’avais pas en tête quelques formules un peu surannées qui le décriront peut-être mieux. En voici quelques-unes, en bloc : « magnifiquement vieillot », « beau comme une fin d’après-midi d’automne (à ne pas confondre avec le Crépuscule d’octobre, qui est une tout autre chose) », « presque transcendant », « album de la terre » et, terme qui a perdu de sa noblesse, mais qui s’applique ici : « épique…» 

On pardonnera la énième intro de vent, pour ensuite se plonger dans les sensibles compositions de Serment, simples, mais réfléchies; couronnées de pads de synthé qui ne seront pas pour déplaire à quiconque a un cœur. Les paroles, elles, souhaitent nous rendre nostalgiques d’un Québec lointain, d’une époque révolue ou tout simplement fabulée, comme ce fut toujours le cas pour Forteresse, tableau de Krieghoff à l’appui. Mais pour tout ce qu’on pourrait trouver à redire de cette thématique de vieil indépendantiste aux yeux mouillés, j’aime croire qu’il s’agit de l’envers romantique, de nos jours refoulés, du souverainisme de projet, souverainisme administratif, parlementaire et concret ; souverainisme de carte-soleil. Plus proche du Chanoine que de QS, celui de Serment (et donc de Forteresse) c’est le souverainisme un peu naïf – mais naïveté dont on se passerait mal – de l’enfant qui s’émerveille devant le soleil lui-même.

Marcel de Berg


20

BRUNHILD FERRARI / JIM O’ROURKE – Le piano englouti

(Black Truffle)

Non mais regardez-moi cette pochette ! C’est pas beau ça ? l’ami Jiminounet (celui qui a le temps de sortir 8 albums solo + 5 albums collabos le temps que tu tires une pisse) a été évidemment très productif en 2020. Cette collaboration avec la veuve du grand Luc Ferrari (elle-même compositrice de renom dans le domaine de l’électro-acoustique et de la musique concrète) est un de ses plus grands crus de l’année. À travers les deux longues pièces gravées sur le divin disque (une par côté), on voyage loin (mais leeeeentement), vers des contrées embruinés et improbables…

Sur la pièce-titre, on navigue dans une mer sibylline de sons confus et nébuleux, entre drone maritime, remous hypnotiques, musique liturgique païenne (oui, j’ai décidé que ça existait), flots électrifiés, discussions fantomatiques et bien sûr : cet espèce de piano sous-marin échoué sur des rives impossibles. Les field recordings qu’on entend dans l’morceau ont été prélevés respectivement en 1996 sur une île grecque bordée par la mer Égée et en 2010, sur une petite île japonaise très isolée.

“Tranquilles Impatiences”, plus près d’un morceau électronique (mais pas que) est basé sur du matériel que Luc Ferrari avait mis sur bande en 1977. Ça scintille de partout dans la nuit marine et psychédéliquement vôtre. Des espèces de feux follets sonores brillent/grésillent dans ces ténèbres transfigurées. Des bruits métalliques (au loin) se mêlent à leur danse crépusculaire. Le spectre d’un clavecin morricone-esque semble errer ça et là. Et presque imperceptiblement, la piste monte en intensité ; de nouvelles couleurs apparaissent à l’horizon. Le Soleil semble se lever mollement au loin, perçant l’opacité un peu plus à chaque seconde…. On croirait entendre une oeuvre hyper-tonale à la Reich (mais profondément enfouie sous l’électricité opiacée) qui fait l’amour à l’Île Re-Sonante de Radigue. Bref, c’est du bonbon.

-Salade d’endives


19

MARJA AHTI – The Current Inside

(Hallow Ground)

Ce n’est pas comme si l’année n’avait pas été faste en sorties de musique concrète et électroacoustique. Mais The Current Inside est une oeuvre si convaincante qu’elle ne peine aucunement à côtoyer les parutions de certains géants, comme Jim O’Rourke. Basé sur le courant liant l’air, l’eau et l’électricité, ce deuxième album solo de Marja Ahti puise dans les éléments extérieurs pour nous mettre en contact avec les forces qui nous entourent et qui font partie de nous. En se laissant transporter par les différentes prises de son et les manipulations électroacoustiques, The Current Inside accompli exactement ce que son titre indique, c’est-à-dire de nous plonger dans un univers où les courants naturels et électroniques sont filtrés à travers nous dans une sorte de poésie qu’Ahti maîtrise exceptionnellement bien.

-Yannick Valiquette


18

ANA ROXANNE – Because of a Flower

(Kranky)

2020 fut une année parfaite pour se claquer de l’ambient. Confinés, livrés à nous-mêmes (ou à nos bulles respectives), dans notre cocon ouaté, emmaillotés dans nos pensées intimes pendant que se jouait le destin du monde… Période de réflexion obligée (qui ne semble pas avoir le lot de tout le monde, malheureusement), appréciation des petits plaisirs de la vie ; cette même vie au ralenti, dans sa forme plus pure et posée.

Le disque d’Ana Roxanne est un des meilleurs disque d’Ambient paru en 2020, selon votre humble serviteur. Mais pouvait-il en être autrement (après son EP si magnifique de l’an précédent) ? Intime, réconfortant, consolatoire, hypnagogique, flirtant délicieusement avec le new age, la pop atmosphérique, le spoken word et le drone. De sa voix céleste et finement loopée ou reverb-ée, Ana Roxanne nous convie à un des plus beaux (et doux) voyages sonores de l’année. Un disque de recueillement suprême.

Salade d’endives


17

ANNA HÖGBERG ATTACK – Lena

(Omlott)

Lena s’ouvre ce que l‘on pourrait considérer comme un manifeste du jazz d’avant-garde européen. Avec son introduction au saxophone à la limite entre la dissonance et la mélodie plus traditionnelle, la pièce lance aussitôt une attaque (désolé pour le jeu de mots) exaltante au piano, trompette et aux percussions avant de reprendre forme dans une harmonie quasi festive pour quelques instants. Si l’album ne retourne pas dans une zone aussi abrasive et urgente, cette première salve établit d’emblée la chimie existante entre ce sextet visiblement admiratif du jazz visionnaire des années 1960. On entend Mingus, Albert Ayler et Cecil Taylor, mais on entend surtout l’immense talent d’Anna Högberg (également membre du Fire! Orchestra) pour mettre en place autant d’idées de manière aussi cohésive. La passion est palpable, et vous trouverez difficilement un album plus excitant dans le genre paru cette année.

-Yannick Valiquette


16

THE MICROPHONES – Microphones in 2020

(P.W. Elverum & Sun)

Depuis le brutalement honnête A Crow Looked at Me (2017), Phil Elverum explore une méthode de création axée sur le récit spontané, la musique servant de support à ses paroles plutôt que l’inverse. Cela se traduit par des compositions qui s’éloignent des structures traditionnelles, comme de reprendre un refrain à un moment prédéfini. Pour ce retour surprise sous le pseudonyme de The Microphones, Elverum poursuit cette approche en composant une longue pièce de 45 minutes qui progresse doucement sous ses mots. Tandis que la guitare acoustique installe un climat immersif en répétant ses boucles auxquelles s’ajoute éventuellement une instrumentation plus riche, Elverum retrace l’aventure des Microphones à l’aide d’anecdotes et d’impressions. L’équivalent musical de regarder un album souvenir.  

-Yannick Valiquette


15

FREDDIE GIBBS & THE ALCHEMIST – Alfredo

(ALC)

Je comprends Pitchfork d’aimer autant Freddie Gibbs. Ce gars là a un sacré flow, juste et chaleureux. Il a tout d’un certain 2Pac: beau gosse, l’attitude cool de la côte ouest, baigne dans des trucs pas trop nets, le joint toujours pas trop loin… Dans le cas d’Alchemist, c’est un intouchable du hip-hop des années 2000, rien à lui reprocher. La table était mise pour une très belle collaboration que les deux gars voulaient faire depuis belle lurette. Malgré tout ça, j’ai pris un temps fou à l’écouter parce que j’avais l’impression de l’avoir déjà entendu avant même de l’écouter!! Mais grosse erreur de ma part, j’aurais du lui montrer de l’intérêt dès sa sortie.

On constate vite le travail exceptionnel d’Alchemist dans son choix des samplings, de la manière de les éditer et de les agencer pour en faire un nouveau plat, une nouvelle pièce. Il choisit la bonne mesure de 8 temps, la met en boucle et lui rajoute quelques effets. Ça peut paraître simple, mais essayez de faire ça pour un album complet et que ça reste cohérent du début à la fin. La musique sonne comme un vieux film mafieux-blaxploitation des années 1970 extra classe où la soul n’est jamais trop loin. Venez rajouter à ça un MC beaucoup trop à l’aise et vous avez une belle grosse assiette de pâtes Alfredo. Malgré la présence de quelques gros invités de marque (dont Tyler the Creator) sur l’album, ça reste un projet très personnel entre AL et Fredo.

La pochette de l’année finalement pour moi.

Pis par la suite, je me suis mis à manger des pâtes Alfredo à tous les jours…

-Mario Lemieux


14

ORANSSI PAZUZU – Mestarin kynsi

(Nuclear Blast)

Depuis leurs débuts avec Muukalainen (2009) qu’Oranssi Pazuzu menace de créer un trou noir menant à la fusion parfaite entre black métal d’avant-garde et rock psychédélique. Avec Mestarin kynsi, la formation finlandaise semble enfin avoir créé une dimension qui rassemble le meilleur des deux mondes. En distillant leur réflexe atmosphérique pour n’en conserver que l’essentiel, ils atteignent une concision et une efficacité d’exécution qui a le potentiel de rassembler autant les fans de rock interstellaire que de métal aventureux. Véritable tour de force, ce cinquième album se positionne assurément comme point tournant dans leur trajectoire visant à brouiller les lignes entre les genres et à atteindre un langage universel.

-Yannick Valiquette


13

SARAH DAVACHI – Cantus, Descant

(Late)

Simple, délicat, empreint d’une douce et positive religiosité, Cantus, Descant de Davachi évoque une étrange nostalgie d’un temps où la possibilité de croire était à l’honneur. Peut-être est-ce une cure potentielle, en parallèle aux avancées scientifiques et pharmaceutiques, qui nous sortira des méandres de 2020. Chacune des courtes pièces évoquent la douceur et la simplicité. En filigrane, les citations sont présentes mais sont proposées avec un certain détachement et demeurent conséquentes avec l’ambiance de tout le disque. On y entend des drones d’orgue similaires à The Sacrificial Code de Kali Malone (2019), des chœurs de mellotron ayant pu provenir d’un album perdu de Popol Vuh, même le thème de Twin Peaks semble enfoui au beau milieu d’une des pièces. À mon avis, les moments forts de Cantus, Descant demeurent ceux où Davachi s’aventure dans des textes chantés d’une sublime beauté. Ça fait du bien d’enfin croire.

-François Zaidan


12

MEITEI – Kofu

(Kitchen)

La tradition a toujours occupé un élément central dans la musique de Meitei. À travers ses manipulations de bandes et ses compositions ambiantes, l’artiste japonais a toujours pris grand soin de présenter son héritage culturel en le contextualisant à partir de procédés plus modernes. Kwaidan (2018) dévoilait un côté mystérieux avec sa narration pouvant s’apparenter au hip-hop, tandis que Komachi (2019) conservait un aspect méditatif tout en incorporant des captations en direct. Kofū pige dans ces deux sources tout en élargissant son champ d’exploration, notamment en complexifiant ses collages sonores et en établissant une dynamique beaucoup plus rythmée. Avec son sens de l’humour toujours implicite, Meitei alterne entre pastiche dansant et atmosphère poignante afin de créer un univers où le passé se mêle au présent, et où les clichés s’imbriquent avec les coutumes.

-Yannick Valiquette


11

NIDERNES – Darkness Cenotaph

(Black Gangrene)

Maaaaaan…. la scène Black Metal portugaise ne cesse de vomir des géniales atrocités purulentes de ses entrailles faisandées. Vous avez déjà entendu un marais d’eau douce enregistrer de la musique, vous ? Nidernes, c’est ça. C’est poisseux, humide, infectieux, suppuré, empesté, truculent. C’est délicieusement abject. Et au travers de ça, poussent des plantes difformes et moribondes (aux couleurs violacées). Grouillent des batraciens et des gros lombrics gémissants… La rage dans le marais surréaliste. La nature brute et hideuse dans toute sa gloire. À la fois repoussant et bizarrement invitant… On a juste le goût de ravaler sa bile et de s’immerger entièrement dans l’eau froide et sale, de s’enduire de vase noire, de bouffer cette glaise habitée, d’en ressortir le corps et l’âme noircis, le regard fauve et primaire.

Dans une année sans Paysage d’Hiver, ce deuxième album des Portugais aurait sans aucun doute été le meilleur opus black métallique de l’année pour moi. Nidernes ont trouvé le juste milieu entre cruauté, émotion, nostalgie, violence et atmosphère. Un grand, TRÈS GRAND album de Black Metal.

-Salade d’endives


10

NEPTUNIAN MAXIMALISM – Éons

(I, Voidhanger)

Hey toi ! Aimes-tu avoir l’impression de descendre au plus profond des limbes de l’enfer accompagné d’un groupe jazz de feu ? Et bien, Éons par Neptunian Maximalism est pour toi ! En 2020, cette “Communauté d’ingénieurs musicaux” (comme ils se nomment) a réellement frappé un grand coup de circuit avec cet album TRIPLE de free-jazz-drone-noise ultra diversifié, mais surtout absolument in-croy-able. Ce disque regroupe une quantité tellement phénoménale d’inspirations culturelles qu’il est impossible d’en faire une liste. Un véritable melting-pot sonique aux proportions gargantuesques. Chaque moment sur cet album est presque oppressant avec l’apocalypse se rapprochant à chaque piste. Selon moi, Éons est et restera absolument incomparable et un 10/10 pour mes tympans.

-Sandwich Électrique

Magma, Sunn o))), le Fire! Orchestra, les Swans, Albert Ayler, Bohren & Der Club of Gore, les Ruins, Colin Stetson, Kayo Dot et Sonny Sharrock qui façonnent ensemble la trame sonore d’une orgie kabbalistique de fins des temps (à l’intérieur d’une comète).

-Salade d’endives


9

ANNA VON HAUSSWOLFF – All Thoughts Fly

(Southern Lord)

Active depuis 2010, Anna Von Hausswolff a été grandement remarquée en 2018 pour son Dead Magic. Son album instrumental de cette année, All Thoughts Fly, est en quelque sorte mon initiation à sa musique et ce n’est donc pas en amateur de longue date que je m’exprime ici, mais avec la seule autorité de celui qu’a fait pleurer le dernier disque de Hausswolff. Rien de bien étonnant, c’est une musique élégiaque et lyrique qu’elle nous offre; une musique d’orgue tout sauf austère, mélancolique au possible sans être déprimante. All Thoughts Fly : musique de funérailles, ou peut-être de fête, mais pour on ne sait trop qui… Pour tout le monde, peut-être.

Les mélodies peuvent paraître sommaires. L’oreille aiguisée reconnaîtra même dans Outside the Gate (for Bruna), la dernière pièce de l’album, le même air que celui de The Middle de Jimmy Eat World. C’est peut-être une observation insignifiante, mais ça permet d’estomper la distance entre une chanson populaire, un hit à tout le moins, et cet album d’une artiste drone/expérimental, album d’orgue, au surplus. Mais ce léger manque de complexité tonal est compensé par la texture et surtout par l’impression vive d’être tout près de Hausswolff et de ses instruments ; on entend l’orgue respirer après chaque note, reprendre son souffle, se tendre et relâcher son air. 

All Thoughts Fly, c’est un peu comme s’étendre dans un petit cercueil vraiment douillet avec une jeune fille vraiment belle, en sachant très bien, dès le départ, avant même d’enlever sa chemise, qu’on ne peut y entrer que seul.

-Marcel de Berg


8

KEIJI HAINO – The Meaning of Blackness

(Old Heaven)

Le prolifique Keiji Haino nous gâte une fois de plus avec une de ces meilleures performances jamais enregistrées sur vinyle (quoi que ça vient à gros prix). L’album démarre par une pièce électronique très abrasive, viscérale, puis c’est le calme après la tempête avec Koko, ma pièce préférée de l’artiste. Dans la deuxième moitié Haino est à son meilleur. De la noirceur en haute définition.

-Jonathan Arsenault

Keiji Haino en “live”, c’est toujours quelque chose d’extrêmement puissant. Ça demeure la performance musicale/spirituelle la plus physique dont j’ai fait l’expérience dans ma courte vie. Cette nouvelle offrande discographique de mon héros absolu contient près de 90 minutes de pure folie sonore ; 90 minutes à travers lesquelles sieur Haino s’adonne à une forme de messe noire antique dédiée à la naissance et à la fin des temps. C’est aussi une magnifique oeuvre-somme, qui réussit à incorporer plusieurs éléments/techniques/instruments mis de l’avant par Haino à travers toute sa riche et incompréhensible carrière. On retrouve les cris caractéristiques du shaman japonais (les meilleurs cris de tous les temps, selon votre chroniqueur), sa redoutable guitare électrique ben déchirante et acide (qui semble toujours sur le point de créer un vortex vers d’autres dimensions insoupçonnées), son espèce de air-synth (sorte de thérémine méphistophélique) qui produit des sons mutants/extra-terrestres, des loops de drum-machine hypnotiques et une ribambelle d’effets électroniques tous plus dissonants les uns que les autres. Haino s’offre même le plaisir de revisiter quelques classiques de son légendaire groupe Fushitsusha… Il y a tout ici pour un ESTI de gros badtrip : du gros noise-rock psychédélique, du drone suranné, de l’ambient damné, du post-rock envoutant, du blues désincarné, des moments folky-acoustiques solennels tout en grâce qui viennent casser un peu l’opacité du cauchemar rutilant… Un des meilleurs opus de l’homme en noir. À s’enfiler d’une traite, selon la prescription du docteur.

-Salade d’endives


7

WILLIAM BASINSKI – Lamentations

(Temporary Residence)

Il y a de ces musiciens.nes, artistes, concepteurs.trices sonores pour qui chaque parution est un pèlerinage auditif qui tend invariablement vers l’extase. Pour moi, Basinski est un de ces artistes. J’ai découvert son travail avec les intemporels Disintegration Loops jouant à la radio lors d’une longue nuit d’autoroute au retour d’un concert. Arrivés à destination, moi et un ami étions ébahis par la beauté de ces boucles de bande magnétique où chaque itération s’avère légèrement différente. Nous avons écouté l’entièreté d’une des longues pièces, simplement pour savoir quelle divinité nous faisait parvenir cette bénédiction. Plus de dix ans ont passé et l’écoute du travail de Basinski me fait inévitablement le même effet. Bien qu’un brin plus difficile d’accès, Lamentations n’est pas une exception. Chaque pièce semble composée avec un soin monastique. Le tout est sombre et les mélodies plongées dans un épais brouillard de réverbération. L’addition de voix, bien que m’ayant laissé indifférente aux premières écoutes, m’a finalement conquis (peut-être en raison de certaines similarités avec Gorecki, Pärt, et al.). Il ne s’agit peut-être pas DU disque de Basinski, mais il s’agit néanmoins d’un album qui s’imposera comme un pilier de la musique ambiante.

-François Zaidan


6

FUJI||||||||||TA – iki

(Hallow Ground)

Le iki de FUJI​|​|​|​|​|​|​|​|​|​|​TA (alias Fujita Yosuke) a été en gestation pendant 11 ans. 11 années à tenter de maîtriser son orgue mutant qu’il a créé de toutes pièces. Un orgue de seulement 11 tuyaux. Un orgue sans clavier… Pour générer des sons à travers sa bête bruitative, Fujita appuie sur une sorte de pompe à air connectée au machin. Et en trame sonore sous-jacente, alors qu’on a les tympans aspergés de ces sons complètement uniques et extra-terrestres, on entend le claquement réconfortant d’un métronome de plomb qui répond aux mouvements des ondes de la pièce (et ceux générés par Fujita lui-même).

À travers les 4 longues pistes improvisées composant l’opus, on touche à un certain état de grâce élégiaque. On se laisse porter par cette musique à la fois austère, nostalgique et solennelle. Et bordel que c’est beau. Mais d’une beauté toute secrète, comme si au coeur de l’oeuvre flottent dix milles mystères fuligineux (les fantômes du Gagaku)…. L’ami Valiquette appelait ça du “drone japonais ancestral à l’orgue” quand il m’a présenté le divin disque. Et il n’avait pas tort le bougre. En tout cas, c’est un disque qui sonne comme absolument rien d’autre et auquel je reviens souvent avec délice afin de me plonger tout entier dans son étrangeté si singulière.

-Salade d’endives


5

KLÔ PELGAG – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs

(Secret City)

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, c’est d’abord ce qui est inscrit sur un panneau routier que Klô, alors gamine, apercevait fréquemment lors de trajets en voiture avec ses parents. Ce nom de municipalité certes un brin biscornu fut source de terreur et de cauchemars souffreteux pour la jeune fille rêveuse à l’imaginaire déjà débordant… Dans sa tête, elle voyait un village damné, avec ses maisons poussiéreuses et désertes, ses rues noires et pluvieuses ; un endroit qui puait la solitude et la mort… Des années plus tard, alors que mamzelle Pelgag se retrouve dans une impasse mentale assez sévère (rapport ambigu face au succès, surmenage professionnel, problèmes relationnels), les fantômes du passé viennent la retrouver au creux de son mal-être… Et pour tenter de rompre avec le trouble qui l’habite, elle décide d’aller faire un tour du côté de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, question d’affronter ses peurs d’enfants. Au lieu d’y trouver l’horrible village fantasmé, elle tombe sous le charme d’une île de seulement 37 âmes. Une île pure, belle, avec ses chemins de terre, sa nature luxuriante, ses magnifiques maisons en bois coloré et ses habitants chaleureux qui vivent un peu en dehors du temps.

La guérison commence alors, ainsi que la gestation de l’oeuvre musicale et oh combien poétique. Ce troisième album de Klô est définitivement son disque le plus sombre et personnel ; mais aussi porteur d’espoir dans la tourmente. C’est une oeuvre sur la perte et la mort. La chanteuse y évoque sa dépression, sa reconstruction, sa haine/incompréhension face à une certaine image d’elle-même, le décès de son père, sa rupture sentimentale avec un membre de sa famille… Bref, c’est du lourd. Et encore une fois, tout ceci est relaté de manière totalement unique, avec la plume toujours aussi surréaliste (et bourrée de métaphores folles) d’une écrivaine dont le talent n’est plus à prouver. Probablement la meilleure parolière de sa génération.

Musicalement, l’album est un foutu tour de force. La prod est orgiaque. La pop baroque de l’Étoile-Thoracique (son précédent opus) est toujours présente mais se retrouve sublimée par des vagues surnaturelles/atmosphériques de synthétiseurs analogiques tout ronronnants et éclaboussants de milles et une couleurs irréelles. C’est éthéré, dream pop-esque, parfois proggy, toujours divinement atmosphérique. Tout en étant faciles d’approche, les compositions sont ce que Pelgag a fait de plus audacieux dans sa courte carrière. C’est un disque moins immédiat que ses oeuvres précédentes, mais qui révèle toute sa richesse au fil des écoutes… Et je peux maintenant dire sans hésiter que c’est ce qu’elle a fait de mieux à date. Le meilleur disque québécois de l’année (et possiblement des 10 dernières aussi).

On notera aussi la présence du sublissime François Zaidan (co-chroniqueur sur Bruit de Fond) à la guitare et aux synthétiseurs. Voilà une autre raison d’admirer ce joyeux drille !

-Salade d’endives


4

CLIPPING. – Visions of Bodies Being Burned

(Sub Pop)

L’incorporation d’éléments industriels et expérimentaux dans le hip-hop est loin d’être nouveau ou inattendu, mais le trio clipping. détient quelques cartes dans leur jeu qui lui permettent de se positionner en tant que porte-étendard du genre. Tout d’abord, la réalisation de William Hutson et Jonathan Snipes est taillée sur mesure pour se faufiler entre l’industriel et le dark ambient avec une fluidité remarquable. Même lorsque le beat se fait engloutir par une vague de noise s’élevant devant lui, Visions of Bodies Being Burned demeure engageant grâce à leur souci du détail et à leur volonté de garder une tension constante. L’autre arme secrète de ce quatrième album de clipping. est bien entendu Daveed Diggs, qui porte la voix de l’album sur ses épaules avec son flow froid et affilé, parfait pour épouser l’ambiance inquiétante que l’album dégage.

-Yannick Valiquette


3

JIM O’ROURKE – Shutting Down Here

(Portraits GRM)

Il y a prolifique et il y a Jim O’Rourke. À travers les nombreuses sorties d’album, de collaborations, de performances apparaissant à chaque année, j’avoue avoir une certaine difficulté à suivre le fil et l’évolution de son travail. Ce qui fait que beaucoup doit avoir échappé à mon radar auditif. Toutefois, étant un assidu follower du GRM (Groupe de Recherches Musicales) et de leurs différentes parutions des années 70-80 à aujourd’hui, je me suis empressé d’écouter Shutting Down Here. J’ai été surpris par la quasi-perfection de cet album : impeccable mélange d’éléments concrets, de field recordings et d’interventions instrumentales douces et nostalgiques. À la différence de nombreux albums phares de la musique concrète et électroacoustique qui peuvent parfois s’avérer arides et difficiles d’accès pour les auditeurs peu avertis, Shutting Down Here est peut-être la porte d’entrée parfaite pour un monde de découvertes de cette niche sonore et musicale.

-François Zaidan


2

PAYSAGE D’HIVER – Im Wald

(Kunsthall)

Deux heures de black métal. Relisez. Oui. C’est une montagne de guitares saturées et de grain qui se dresse devant celui qui voudrait s’attaquer au dernier Paysage d’Hiver. On peut se croire initié, mais on n’est jamais vraiment prêt et totalement disponible pour deux heures de black métal, même celui du plus haut pedigree. Vous savez, de nos jours, à l’ère des télécommunications, etc. Mais est-ce qu’un album devrait se niveler et s’abaisser à notre quotidien ? Je vous arrête. La réponse est un non sec et sans retour. L’art, le vrai, ne négocie pas avec celui qui souhaite l’approcher, et non tout simplement le consommer. On n’assimile jamais complètement une œuvre; on ne peut que l’aborder, tourner autour et respirer ce qui s’en dégage. Je ne sais pas si Im Wald est une grande œuvre d’art, mais c’est cette attitude de révérence sacrée que l’album m’inspire.

Il est d’usage, pour décrire du black métal, de faire appel à des métaphores météorologiques. Ainsi, Im Wald pourrait certainement être comparé à une tempête de neige, à un blizzard, mais j’ai l’impression que de s’attarder aux précipitations elles-mêmes nous égare quant à la nature de l’album, qui repose dans sa durée monumentale. Il me semble d’ailleurs que ce n’est pas à tout hasard si Im Wald est à peu près aussi long que la traversée par un voyageur du Parc des Laurentides, qui lui aussi, tout comme les albums de Paysage d’Hiver, en appelle à son propre bulletin météo. Les montagnes enneigées qui défilent devant nos yeux pendants deux longues heures, les lacs gelés, les côtes sinueuses que l’on monte et que l’on descend à répétition, voilà qui résumerait très bien ce que c’est que cet Im Wald. Mais outre le lyrisme et les paysages, c’est par des aspects un peu troubles que j’en viens à cette association d’idées saugrenues entre l’album et le Parc.

Immense et fier, insensible à notre fatigue au volant, à nos craintes de prendre le clos, le Parc des Laurentides c’est cette pochette de Bergtatt qui s’anime par la fenêtre; ce tableau vivant, hivernal à l’année, ne cédant en rien à rien. Il est une mystique du Parc que l’on méconnait, surtout lorsque l’on a beaucoup côtoyé cette étape aujourd’hui banale de la découverte, pour un Saguenéen, du reste du monde – c’est-à-dire de Québec et Montréal… La familiarité finit par voiler la majesté suspecte de ces quelques 7000 km² de forêt noire ou, disons d’un vert très foncé. C’est un peu la même chose pour Im Wald et celui qui s’est adonné trop souvent aux arts sombres. Ce dernier approche l’album simplement comme un bon album de black atmosphérique qui en dure trois. L’autre, le néophyte intimidé devant la tâche que représente l’écoute, non, la traversée de l’album de Paysage d’Hiver, la belle âme qui remet l’épreuve à plus tard, se sentant trop petit devant ces quelques treize pistes, celui-là est probablement plus près de la vérité de Im Wald que son admirateur irréfléchi.

-Marcel de Berg


1

ICHIKO AOBA – Adan no kaze

(hermine)

Juste en regardant le clip miraculeux de “Porcelain” (3ème piste de l’album), je savais que je tenais là mon album de l’année. Un des albums les plus importants de toute ma vie même. Je vous parlais des propriétés médicamenteuses de la musique dans mon intro (ma foi assez personnelle) de la partie un du Top… Et bien Ichiko a été mon médicament sonore durant ce dernier tiers d’année excessivement difficile, voir presque anéantissant. En fait, toute la discographie de la belle n’a été que baume libérateur (de larmes et de frissons) pour votre humble serviteur alors que sa vie changeait à jamais.

Ichiko quitte ici la sobriété folk-psych qui caractérisait ses oeuvres passées pour se donner naissance dans un contexte d’art-folk-de-chambre rutilant d’extases sonores multiples, d’orfèvreries baroques scintillantes (ces cordes et ces instruments à vent), de flûtes proggy mystiques, de harpes ensorcelantes et satinées, de célesta impressionniste qui te masse directement l’âme. Et bien sûr, la fidèle guitare de la demoiselle hors du temps conserve une place de choix dans l’ensemble. Et cette voix… cette voix… c’est splendeur fait de splendosité. Quasi impossible d’évoquer l’organe vocal soyeux de Aoba avec de vulgaires mots qui ont les limites qu’elle n’a pas. Je pourrais vous parler d’Hildegaard von Bingen mais là encore, ce n’est pas tout à fait ça.

Une musique aussi magistrale que ce que Ravel, Debussy, Nick Drake, Brian Eno, Douji Morita, Joe Hisaishi, Kate Bush et Vashti Bunyan ont fait de mieux dans leurs vies artistiques respectives. Et le disque le plus envoutant…. de tous les temps ? Peut-être bien.

-Salade d’endives


TOPS PERSO DES CHRONIQUEURS

Salade d’endives :

  1. Ichiko Aoba – Adan no kaze (hermine)
  2. Jim O’Rourke – Shutting Down Here (Portraits GRM)
  3. Paysage d’Hiver – Im Wald (Kunsthall)
  4. FUJI||||||||||TA – iki (Hallow Ground)
  5. Keiji Haino – The Meaning of Blackness (Old Heaven)
  6. clipping. – Visions of Bodies Being Burned (Sub Pop)
  7. Haruka Nakamura – Still Life I & II (灯台)
  8. Nidernes – Darkness Cenotaph (Black Gangrene)
  9. Klô Pelgag – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (Secret City)
  10. Neptunian Maximalism – Éons (I, Voidhanger)
  11. Meitei – Kofu (Kitchen)
  12. Siti Muharam – Siti of Unguja: Romance Revolution On Zanzibar (On the Corner)
  13. Oliver Leith – good day good day bad day bad day (Another Timbre)
  14. Deogen – The Endless Black Shadows of Abyss (Knife Vision)
  15. The Microphones – Microphones in 2020 (P.W. Elverum & Sun)
  16. Ana Roxanne – Because of a Flower (Kranky)
  17. Oranssi Pazuzu – Mestarin kynsi (Nuclear Blast)
  18. Brunhild Ferrari / Jim O’Rourke – Le piano englouti (Black Truffle)
  19. Anna Högberg Attack – Lena (Omlott)
  20. Freddie Gibbs & The Alchemist – Alfredo (ALC)
  21. Kommodus – Kommodus (GoatowaRex)
  22. Okkyung Lee – Yeo-Neun (Shelter Press)
  23. Atramentus – Stygian (20 Buck Spin)
  24. Barbara Hannigan & Ludwig Orchestra – La passione (Alpha)
  25. Ifernach – The Green Enchanted Forest of the Druid Wizard (Tour de Garde)
  26. Marja Ahti – The Current Inside (Hallow Ground)
  27. LEYA – Flood Dream (NNA)
  28. Void Prayer – The Grandiose Return to the Void (Black Gangrene)
  29. Pink Siifu & Fly Anakin – FlySiifu’s (Lex)
  30. Aki Onda – Nam June’s Spirit Was Speaking to Me (Recital)
  31. William Basinski – Lamentations (Temporary Residence)
  32. Serment – Chante, ô flamme de la liberté (Sepulchral)
  33. YUKIKA – Soul Lady (Estimate Entertainment)
  34. Ulver – Flowers of Evil (House Of Mythology)
  35. Moor Mother – Circuit City (Don Giovanni)
  36. Anna von Hausswolff – All Thoughts Fly (Southern Lord)
  37. The Sorcerers – In Search of the Lost City of the Monkey God (ATA)
  38. Lone Wanderer ‎- The Faustian Winter (Fucking Kill)
  39. Roger Eno & Brian Eno – Mixing Colors (Deutsche Grammophon)
  40. Old Sorcery – Sorrowcrown (Essential Purification)
  41. Dewa Alit & Gamelan Salukat – Genetic (Black Truffle)
  42. Nubya Garcia ‎- Source (Concord Jazz)
  43. Kaatayra – Só quem viu o relâmpago à sua direita sabe (Pest)
  44. 36 & 扎克 – Stasis Sounds for Long​-​Distance Space Travel (Past Inside the Present)
  45. Despondent Moon ‎- The Infernal Shadows Of Winter (His Wounds)
  46. Tuluum Shimmering – Flowers Of Daybreak (Tuluum Shimmering)
  47. Wagner Ödegård – Om kosmos och de tolv järtekn (Brugmanziah)
  48. Groupe RTD – The Dancing Devils of Djibouti (Ostinato)
  49. Aesop Rock – Spirit World Field Guide (Rhymesayers)
  50. Enslaved – Utgard (Nuclear Blast)

Yannick Valiquette :

  1. Patrick Shiroishi – Descension (Thin Wrist) // Free Jazz
  2. Jim O’Rourke – Shutting Down Here (Portraits GRM) // Électroacoustique
  3. Ichiko Aoba – Adan no kaze (hermine) // Chamber Folk
  4. Meitei – Kofu (Kitchen) // Ambiant, Plunderphonics
  5. Fujita – iki (Hallow Ground) // Drone à l’orgue
  6. Moor Mother – Circuit City (Don Giovanni) // Free Jazz
  7. Dewa Alit & Gamelan Saluktat – Genetic (Black Truffle) // Gamelan
  8. clipping. – Visions of Bodies Being Burned (Sub Pop) // Hip Hop
  9. Sarah Mary Chadwick – Please Daddy (Rice Is Nice) // Indie Rock
  10. Marja Ahti – The Current Inside (Hallow Ground) // Musique concrète
  11. Oranssi Pazuzu – Mestarin kynsi (Nuclear Blast) // Black Metal
  12. Anna Högberg Attack – Lena (Omlott) // Avant-Garde Jazz
  13. John Chantler & Johannes Lund – Andersabo (Johs & John) // Free Improvisation
  14. William Basinski – Lamentations (Temporary Residence) // Ambiant
  15. The Microphones – The Microphones in 2020 (P.W. Elverum & Son) // Indie Folk
  16. Ana Roxanne – Because of a Flower (Kranky) // Ambiant
  17. Okkyung Lee – Yeo-Neun (Shelter Press) // Chamber Music
  18. Sarah Davachi – Cantus, Descant (Late) // Drone
  19. Brunhild Ferrari & Jim O’Rourke – Le piano englouti (Black Truffle) // Musique concrète
  20. Protomartyr – Ultimate Success Today (Domino) // Post-Punk
  21. Ulver – Flowers of Evil (House of Mythology)
  22. Anna von Hausswolff – All Thoughts Fly (Southern Lord) // Drone à l’orgue
  23. Decoy with joe McPhee – AC/DC (OTOroku)
  24. Mary Lattimore – Silver Ladders (Ghostly) // Ambiant
  25. Phillip Sollmann – Monophonie (A-Ton) // Électro, Minimal Techno
  26. Kim Myhr & Australian Art Orchestra // Classique contemporain
  27. Craven Faults – Erratics & Unconformities (Leaf) // Progressive Electronic
  28. Susan Alcorn – The Head Sutra (Ideologic Organ) // Avant-Folk
  29. Gard Nilssen’s Supersonic Orchestra – If You Listen Carefully the Music Is Yours (Odin) // Jazz, Big Band
  30. Will Guthrie – Nist-Nah (Black Truffle) // Gamelan
  31. Stephen O’Malley – Auflösung der Zeit (Mego)
  32. Rope Sect – The Great Flood (Iron Bonehead) // Gothic Rock
  33. Kassel Jaeger – Swams / Things (Shelter Press) // Électroacoustique
  34. The Necks – Three (Northern Spy) // Avant-Garde Jazz
  35. Gogoj – Oviparity (WV Sorcerer) // Électroacoustique
  36. Golem Mécanique – Noma, decima et morta (Ideologic Organ) // Drone
  37. Pimpono Ensemble – Survival Kit (Love & Beauty) // Avant-Garde Jazz
  38. Jackie Lynn – Jacqueline (Drag City) // Art Pop
  39. Lone Wanderer – The Faustian Winter (FK) // Funeral Doom Metal
  40. Pole – Fading (Mute) // Dub Techno
  41. Loke Rahbek & Frederik Valentin – Elephant (Posh Isolation) // Ambiant
  42. Oldowan Gash – Hubris Unchained (Drakkar) // Black Métal
  43. Giulio Aldinucci – Shards of Distant Times (Karl) // Ambiant
  44. Jim White & Marisa Anderson – The Quickening (Thrill Jockey) // Free Folk
  45. Duma – Duma (Nyege Nyege) // Cybergrind
  46. Coen Oscar Polak – Haarlemmerhout (Moving Furniture) // Field Recordings
  47. Giovanni Di Domenico – ISASOLO! (Canti Magnetici) // Minimalisme
  48. LEYA – Flood Dream (NNA) // Chamber Folk
  49. Waclaw Zimpel – Massive Oscillations (Ongehoord) // Progressive Electronic
  50. Lea Bertucci – Acoustic Shadows (SA) // Électroacoustique

François Zaidan :

  1. Jim O’Rourke – Shutting Down Here (Portraits GRM)
  2. Jonathan Fitoussi – Pein Soleil (Obliques)
  3. William Basinski – Lamentations (Temporary Residence Limited)
  4. Lucrecia Dalt – No Era Solida (Rvng. Intl.)
  5. Paysage D’Hiver – Im Wald (Kunsthall)
  6. Sarah Davachi – Cantus, Descant (Late Music)
  7. Jasmine Guffond – Microphone Permission (Editions Mego)
  8. Ben Shemie – A Single Point of Light (Hands In The Dark)
  9. Josiah Steinbrick – Liquid / Devotion & Tongue Street Blue (Hands In The Dark)
  10. Praed Orchestra – Live in Starjah (Morphine Records)

Jonathan Arsenault :

  1. Manami Kakudo – Oar (Universal International)
  2. Yan Jun & Toshimaru Nakamura – Oh My God, and Yours (Sub Jam)
  3. Mama!milk – Musique De Terroir (Música Global)
  4. Keiji Haino – The Meaning of Blackness (Old Heaven)
  5. 徳差健悟 [Kengo Tokusashi] – Music for Sauna Whisk (Vihta)
  6. Ichiko Aoba – Adan no kaze (hermine)
  7. Choi Joonyong / Jin Sangtae – Hole in My Head (Erstwhile)
  8. Lang Lee – The Generation of Tribulation (Sweet Dreams Press)
  9. Hatechild. – Headbngrzballl Live Mix
  10. Lionel Marchetti – Planktos
  11. れこると [Recolte] – 笛の音 収穫体験 しませんか? (Symphonie)
  12. Riko Matsuoka – New Beginnings (Riko Matsuoka)
  13. Hoshigata no Niwa – breath and breadth (Tobira)
  14. Utah Kawasaki – 20200503
  15. Ko Ishikawa, Nikos Sidirokastritis, Giorgos Varoutas, Harris Lambrakis & Anna Linardou – Τhe Depths Above (Underflow)
  16. Oleksandr Yurchenko – • Лічи до ста • Симфонія №1 • (Delta Shock)
  17. Rie Takeuchi & Gideon Juckes – Music for Isolation
  18. Toshiya Tsunoda & Taku Unami – Wovenland 2 (Erstwhile)
  19. KAZE & Ikue Mori – Sand Storm (Libra)
  20. Akira Uchida – Sasanami (IIKKI)
  21. Mo*Te – An Idle Complaint (Dada Drumming)
  22. Klaus Filip & Moe Kamura – p a s s a g e i n (Winds Measure)
  23. Julius Eastman – Evil Nigger, Gay Guerilla Live at Moers Festival 2020 (Neue Meister)
  24. Chiyono Ide – わたしの高校生活 (Natural Make)
  25. Charan-Po-Rantan – +BD (Avex)
  26. Reinier van Houdt / Dante Boon – L’air, l’instant – Deux pianos (elsewhere)
  27. Manfred Werder / Taku Sugimoto – S/T
  28. Anthony1 / Exodia / Sienna Sleep – Ateriavia (Dismiss Yourself)
  29. DJ Hardvore – Princess Lumina’s Dance Party, Starring Barbie as Princess Lumina
  30. PassCode – Strive (Universal)
  31. 5años – Major Seventh
  32. YUKIKA – Soul Lady (Estimate Entertainment)
  33. Park Hye Jin – Like This (Ninja Tune)
  34. 広瀬淳二 [Junji Hirose] – SSI​-​7 (Hitorri)
  35. Anna von Hausswolff – All Thoughts Fly (Southern Lord)
  36. Aksak Maboul – Figures (Crammed)
  37. Klimperei – Presque Fini (Tribe)
  38. Tatsuhisa Yamamoto – Mipyokopyoko / Mupyokopyoko
  39. Rinko Eniwa – Zensekai-kara
  40. Green-House – Six Songs for Invisible Gardens (Leaving)
  41. Babi – 植物組曲
  42. coconoe – The Dolphin’s Long Dream (NEUF)
  43. V/A – Save the Nature – Use Fluxus (HC1)
  44. M.B. / Frag – Psychation (4iB)
  45. Grim – Hermit Amen (Steinklang)
  46. goreshit – I Can’t Help You.
  47. FUJI||||||||||TA – iki (Hallow Ground)
  48. Hideki Umezawa & Andrew Pekler – Two Views of Amami Ōshima (CN)
  49. Incapacitants – Onomatopée suicida (Total Black)
  50. Keith Rowe – An Assemblage / Construct for 45 Voices
  51. Catherine Christer Hennix – Unbegrenzt (Blank Forms)
  52. Airway / Hijokaidan – The Lowest Form of Music (Helicopter)
  53. Clara Iannotta / JACK Quartet – Earthing (Wergo)
  54. Eric Wong – Cognitive Dissonance (Wandelweiser)
  55. suzueri – Fata Morgana (Hitorri)
  56. Dai Dai Dai – ∅ (Demon)
  57. Aki Onda – Nam June’s Spirit Was Speaking to Me (Recital)
  58. Kazuya Nagaya – Dream Interpretation (SCI + TEC)
  59. Kaede – Stardust in Blue (T-Palette)
  60. The New Blockaders + K2 – Kyomu​-​No​-​Ne (4iB)
  61. Tzusing – RA.741
  62. Clarice Jensen – The Experience of Repetition as Death (130701)
  63. Jon Collin & Demdike Stare – Sketches of Everything (DDS)
  64. Sarah Davachi – Cantus, Descant (Late)

Mario Lemieux :

  1. Autechre – Signs (Warp)
  2. Imperial Triumphant – Alphaville (Century Media)
  3. Ichiko Aoba – Adan no kaze (hermine)
  4. Jessie Ware – What’s Your Pleasure? (Virgin)
  5. K-Lone – Cape Cira (Wisdom Teeth)
  6. Eartheater – Phoenix: Flames Are Dew Upon My Skin (Pan)
  7. Mac Miller – Circles (Warner)
  8. Nubya Garcia – source (Concord)
  9. Freddie Gibbs & The Alchemist – Alfredo (ALC)
  10. Sault – Rise (Forever Living Originals)
  11. Hey Colossus – Dances/Curses (Wrong Speed Records)
  12. Mourning [A] BLKstar – The Cycle (Don Giovanni)
  13. Junglepussy – JP4 (Jagjaguwar)
  14. Stephen Malkmus – Traditional Techniques (Matador)
  15. Young Jesus – Welcome to Conceptual Beach (Saddle creek)
  16. Clipping – Visions of Bodies Being Burned (Sub pop)
  17. The Strokes – The New Abnormal (RCA)
  18. Protomartyr – Ultimate Success Today (Domino)
  19. Jockstrap – Wicked City (Warp)
  20. Klô Pelgag – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (Secret City)

Marcel de Berg :

  1. Fluisteraars – Bloem (Eisenwald)
  2. Circle of Ouroborus – Viimeinen juoksu (His Wounds)
  3. Anna Von Hausswolff – All Thoughts Fly (Southern Lord)
  4. Ifernach – Waqan (Les Productions Hérétiques)
  5. Paysage d’Hiver – Im Wald (Kunsthall)
  6. Serment – Chante, ô flamme de la liberté (Sepulchral)
  7. Nidernes – Darkness Cenotaph (Black Gangrene)
  8. Hate Forest – Hour of the Centaur (Osmose Productions)
  9. Departure Chandelier – Dripping Papal Blood
  10. Conway the Machine – From King to God (de Rap Winkel)

Sandwich Électrique :

  1. The Sorcerers – in the search of the lost city of the monkey god (ATA)
  2. Klô Pelgag – Notre-Dame-des-Sept-Douleurs (Secret City)
  3. Paysage d’Hiver – Im Wald (Kunsthall)
  4. Neptunian Maximalism – Éons (I, voidhanger)
  5. Hooshyar Khayam – RAAZ (30M)
  6. Roger Eno & Brian Eno – Mixing Colors (Deutsche Grammophon)
  7. Tame Impala – The Slow Rush (Interscope)
  8. Khruangbin – Mordechai (Dead Oceans)

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