Top rééditions/archivals/comps 2020 de Bruit de Fond

2020 fut une année remarquable en ce qui à trait les nouvelles parutions musicales. Vous n’avez qu’à lire notre SUCCULENT Top 50 (cheap self plug) pour vous en apercevoir. Cependant, l’année ne fut décidément pas en reste au niveau des rééditions, compilations et “sorties d’archives” de tous azimuts. À chaque année, de véritables trésors sonores sont exhumés, des disques sont littéralement “ressuscités” et ce, pour le plus grand bonheur des mélomanes, contents de pouvoir enfin mettre la main sur une merveille (parfois convoitée depuis des années) sans avoir à vendre un rein pour un original extra “crispy” et beaucoup trop onéreux.

Des artistes/groupes parfois oubliés sont célébrés par un plus large public. Des trucs parfois injustement ignorés lors de leur sortie originelle ont la chance de vivre une seconde vie et font finalement mouche auprès de gens aux horizons musicaux plus élargis. Ou encore, des machins qui n’avaient juste jamais vu le jour et qui, pourtant, sont hautement fabuleux ! Les compagnies/labels derrière ce processus le font plus souvent qu’autrement par amour et respect tangibles du contenu et cela paraît (dans la qualité du packaging et du remastering). Bref, je trouve cette démarche aussi belle qu’essentielle. Et c’est pourquoi l’équipe de Bruit de Fond voulait vous parler de quelques unes des rééditions qui ont marqué l’année 2020.

Cette liste n’est pas dans un ordre d’appréciation particulier et ne contient pas toutes les sorties du genre qui nous ont fait vibrer (cela serait trop long).

As always, bonne lecture 🙂


YUMIKO MORIOKA – Resonance

(Métron)

La réédition de l’année selon moi… Simplement fabuleux. Beau comme ces jardins de pierres japonais. Yumiko Morioka, pianiste et compositrice de son état, n’a publié qu’un seul album, ce Resonance si singulièrement magnifique. Le disque est initialement paru en 1987 sur l’étiquette Green & Water de Akira Ito (ancien membre de Far East Family Band et grand pionnier en matière de new age environnemental nippon). Et pour son seul jet discographique, on peut dire que mamzelle Morioka aura pondu un chef d’oeuvre tétanisant de beauté (autant diurne que nocturne).

On navigue ici entre compositions pour piano seul, piécettes de musique de chambre (où le piano se voit accompagné à merveille par un haut-bois et un violon), le tout souvent agrémenté de field recordings de petits cours d’eau). Ça peut faire parfois penser à la délicatesse des oeuvres pour piano de Sakamoto, aux oeuvres ambient d’Eno (surtout le Music for Airports), aux Impressionnistes français (Ravel, Debussy, Delius, Dukas)… Mais ça reste totalement unique et personnel. Il n’y a aucun disque qui sonne exactement comme cela dans ma discothèque. Rien qui irradie de cette beauté aussi particulière. Un disque pour vous réconcilier avec la vie.

-Salade d’endives


CHARLES CURTIS – Performances & Recordings 1998-2008

(Saltern)

Y a-t-il plus belle chose que le son du violoncelle? Sûrement. Reste qu’il est un instrument particulièrement évocateur, parfois solennel, parfois sensible, mais toujours touchant. Les albums de violoncelle en solo, lorsqu’il est entre bonnes mains, invitent à découvrir toute la profondeur de cet instrument et toute la portée émotive qu’il peut invoquer en nous. Cet énoncé est d’autant plus exact avec ce superbe coffret de Charles Curtis regroupant des enregistrements entre 1998 et 2008. À travers ses trois disques, le violoncelliste émérite interprète des compositions allant du quatorzième siècle jusqu’à aujourd’hui, souvent créées pour d’autres instruments que le violoncelle. Cela a pour effet d’étendre le champ d’expression de son instrument en le recontextualisant sous d’autres structures de compositions. Par exemple, son interprétation d’un drone d’Eliane Radigue lui permet d’étirer ses notes jusqu’à atteindre un état méditatif tout en dévoilant une tendresse qui n’est que sous-entendue dans la composition originale. Une compilation très variée qui souligne la grande versatilité du jeu de Curtis et, par le fait même, les possibilités expressives du violoncelle.

-Yannick Valiquette


V/A – Evangelion Finally

(Milan)

Neon Genesis Evangelion… la meilleure série d’anime japonais de tous les temps (après Mushi-Shi). Le truc télévisuel/cinématographique tellement fort et dévastant que ça en a changé l’industrie au grand complet. Philosophique, nihiliste, spirituel, dépressif à fond, psychotique, plus mind bending que du Lynch… Evangelion c’est tout ça à la fois. Tu penses que tu vas te taper des combats de robots géants puis finalement tu plonges dans les profondeurs de la souffrance humaine, by way of Nietzsche, Cioran et Hegel. Le plus magnifique pied-de-nez aux attentes d’un public complètement dépassé par une proposition de plus en plus expérimentale (au fil des épisodes). Une oeuvre qui aura valu des menaces de morts à son créateur et qui pourtant, demeure à ce jour un des plus grands succès commerciaux et critiques du genre.

Voici donc enfin cette compilation des pièces vocales tirées des bandes sons de la série originale, du film The End of Evangelion (chef d’oeuvre total) et des “Rebuild” (sortes de reboots de la série mais qui changent la trame narrative pas mal). On a affaire ici à de la somptueuse musique qui va autant lorgner du côté de la J-Pop euphorique très 90s, que du côté de la Bossa-Jazz-Pop sucrée (en passant par les cases “orchestrales”, “pop baroque”, “berceuses pour enfants dystopiques” et autres). Impossible de passer sous silence la chanson fleuve d’Evangelion, l’incroyable “Komm, Süsser Tod” (“Viens, Douce mort”). Un titre en allemand pour une chanson chantée en anglais et écrite par un Japonais ! Cette piste qui accompagne le moment le plus visuellement cinglé et grandiloquent de The End of Evangelion est comme la fusion parfaite de “Hey Jude” des Beatles mais avec une petite touche des Carpenters. Une des meilleure track de tous les temps !

-Salade d’endives

Est-ce que ça vous arrive d’avoir une compilation où il manque une chanson tellement importante que c’est un blasphème? J’étais déçu de voir que le vinyle de Cowboy Bebop n’incluait pas The Real Folk Blues. Heureusement, les deux versions d’Étoile et Moi ont été rajoutées pour l’édition vinyle d’Utamonogatari (d’ailleurs, la conception d’Evangelion Finally s’agence bien avec cette boîte!). Pour Evangelion, la chanson absolument nécessaire est Komm Süsser Todd. Finalement elle se trouve aux côtés de l’OP et l’ED de la série culte! Mais ce n’est pas tout, les différentes versions des chansons sont ahurissantes, choeur d’enfants, bossa-nova… je ne pouvais souhaiter plus comme instrumentality.

-Jonathan Arsenault


HIROSHI YOSHIMURA – Green

(Light in the Attic)

C’est doux. C’est simple. C’est comme entendre la mélodie des nuages en les regardant dériver tranquillement. L’écoute de Green nous transpose dans des environnements à la fois communs et étranges, organiques et synthétiques, voilés et d’une clarté à couper le souffle. Le tout est d’une incroyable fluidité. Enfin, Green est accessible et réédité par les « toujours spot on » Light In The Attic. À travers la panoplie de rééditions des fameux et incontournables albums « environnementaux » japonais, notamment avec les excellentes parutions de Yutaka Hirose, Satoshi Ashikawa, Yasuaki Shimizu, et al. ainsi que la compilation Kankyō ongaku ayant propulsé l’engouement pour la cette musique, Green se faisait attendre depuis longtemps et se démarque admirablement. Probablement LE pilier de cette mouvance, il s’agit vraiment d’un album sublime où tout est parfait (et je ne dis pas ça à la légère). Vraiment. À la croisée des chemins entre la musique « ambiante » et la musique de la Berlin School l’ayant précédé d’une décennie et partageant certains traits avec le monde de l’art sonore, Green se mérite le statut convoité « d’intemporel ». Les compositions de Yoshimura témoignent de leur époque (et invoquent une certaine nostalgie), par le matériel utilisé et certaines références, mais elles revêtent un caractère décidément contemporain. Plonger dans Green, c’est explorer des contrées synthétiques où la douceur et la simplicité se révèlent à chaque moment de l’écoute.

-François Zaidan


JONI MITCHELL – Joni Mitchell Archives – Vol. 1: The Early Years (1963-1967)

(Rhino)

Comme je l’évoquais dans la critique de son tout premier album, j’aime Joni depuis que je suis dans le ventre de ma mère. Je possède toute sa disco des années 60-70 et quelques albums des années 80 et 90. Je suis un fan fini. C’est donc avec délice (et délectation) que j’ai appris la sortie de ce superbe objet. 5 CDs plein à rabord de matériel privé et exclusif. Du matériel qui n’avait jamais vu le jour de manière officielle auparavant. Des home-recordings de jeunesse, des “sets” confidentiels à des stations de radio canadiennes, des spectacles dans des petits clubs folk… Une fenêtre qui s’ouvre sur le passé sonore douillet et pastoral d’une des plus grandes chanteuses et compositrices folk de tous les temps. À travers ces offrandes disparates, qui défilent presque comme des entrées dans un journal intime dépoussiéré, on l’entend évoluer à travers des covers de chansons folk traditionnelles et de ses propres compos qui prennent vie petit à petit sous nos tympans gorgés de liesse… Et on réalise aussi que dès ses débuts, elle était déjà toute là la Joni. Singulière, fragile, intelligente, intime, renversante, essentielle.

-Salade d’endives


IKE YARD – Ike Yard

(Superior Viaduct)

Comme c’est le cas pour tous les grands labels de ce monde où nichent des groupes phares pour les genres dans lesquels ils se spécialisent, il arrive que quelques albums dignes d’attention glissent entre les doigts du public. Dans le cas de Factory, c’est évidemment des groupes comme Joy Division, New Order et The Durutti Column qui pouvaient porter ombrage à d’autres sorties de moindre stature mais tout aussi essentielles. Superior Viaduct est passé maître dans l’art d’exhumer des laissers pour compte afin de leur donner une deuxième vie, et c’est exactement ce qu’ils font avec la réédition du premier album de la formation new-yorkaise Ike Yard. Oeuvrant dans un no wave dépouillé, mécanique et menaçant, ce premier album autotitré s’inscrit parfaitement dans les froides expérimentations qui émanaient de Factory au début des années 1980. Avec sa rythmique krautrock squelettique, ses basses profondes, ses sonorités industrielles et ses voix glaciales, Ike Yard se danse dans le noir en attendant l’apocalypse.

-Yannick Valiquette


MORT GARSON

  • Music From Patch Cord Productions
  • Didn’t You Hear?
  • The Unexplained: Electronic Musical Impressions of the Occult by Ataraxia
  • Black Mass

(Sacred Bones)

Le Néo-Brunswickois le plus cool de tous les temps a ENFIN eu la reconnaissance qu’il méritait (d’un plus large public, pour préciser) quand, en 2019, les os sacrés ont réédité son chef d’oeuvre “Plantasia” (de la musique pour faire grandir vos plantes vertes dans l’amour et le respect !). Après le succès de cette entreprise fort louable, l’excellent label a décidé de récidiver en 2020 et a réédité une autre grosse partie de la discographie de ce cher pionnier en matière de musique électronique de bibliothèque + une superbe compilations de pièces inédites (“Music From Patch Cord Productions”). “Ataxia” et “Black Mass” (signé sous le sobriquet sans équivoque de “Lucifer”) sont des oeuvres électro-psychédéliques tournées vers l’occulte alors que “Didn’t You Hear?” est la première trame sonore totalement électronique de l’histoire de la musique (et où le moog se fait aller jusqu’à plus soif). Des disques importants qui ont longtemps été introuvables (à prix décent du moins). Essentiels pour tout fan de musique proto-électronique, de library music ou pour toute personne ayant les oreilles un tant soit peu aventureuses.

-Salade d’endives


K. FRIMPONG BACKED BY VIS-A-VIS – S/T

(Hot Casa)

Maudit qu’il était temps. Ça fait déjà plusieurs années que j’ai plongé à pieds joints dans le monde de la musique africaine, à recevoir des albums originaux des quatre coins du continent et à faire échanges par-dessus échanges. Le mythique Frimpong / Vis-A-Vis m’a toujours échappé ou a souvent dépassé mes maigres moyens lorsque rarement présenté en ligne. Donc… maudit qu’il était temps que cet opus reçoive le traitement préférentiel d’une réédition sur le label français Hot Casa (d’ailleurs un des labels en qui j’ai plus que confiance relativement à tout ce qui est droit d’auteur et redevances). Bien que la seconde face recèle de superbes morceaux, le moment de l’album demeure la longe pièce Aboagyewaa : un long développement afrobeat/afrofunk aux influences highlife jumpy à souhait. Les synthés, signature de Vis-A-Vis, ajoutent la touche qu’il faut pour rendre cet album exceptionnel; se fondant parfaitement avec les cuivres légèrement off, les guitares sinueuses et la section rythmique d’une surnaturelle solidité. Bien que toujours magnifique, la voix de Frimpong demeure souvent en retrait, laissant le développement instrumental à l’avant-plan et ajoutant à l’occasion le spleen nécessaire. Enfin, maudit qu’il était temps.

***Je lance un appel à l’univers pour une éventuelle réédition du similairement splendide Owuo Yi de Obiba Collins Marfo & His Super Stars.

-François Zaidan


MOMOKO KIKUCHI – Adventure

(Ship To Shore Phonograph)

Dans les deux dernières années, il s’est passé quelque chose de cocasse… La terre (quasi-) entière semble être tombée en amour avec la pop japonaise ultra lisse des années 80 (ce qu’on appelait la city-pop, vu son côté très urbain, joyeux et moderne)… et ce, alors que le Japon lui-même est le seul pays qui semble épargné par cette déferlante d’amour pour ce genre qu’on croyait mort. Je pense que l’étiquette “Light in the Attic” (alias le meilleur label actif actuellement) n’est pas étrangère à ce monstrueux regain d’intérêt, car tout cela semble découler de la sortie de leur superbe compile de 2019 (“Pacific Breeze”) qui offrait un survol kaléidoscopique du style.

Quand on pense aux disques les plus légendaires de city-pop, ce troisième album de la belle Kikuchi est aisément en haut de la pile. C’est de la synth-pop parfaite, sucrée jusqu’à la moelle, on ne peut plus optimiste, catchy as hell, évidemment doucereuse/fromagée (mais dans le contexte, on aime ça). L’influence de la musique américaine est très présente (le RNB discoïde late 70s, le jazz fusion commercial, l’AOR, le boogie et le funk) et il y a bien évidemment cette petite touche japonisante qui vient me retrousser tous les malins petits poils du corps. De la musique d’ascenseur kitschouille pour certains ; un caramel sonore onctueux pour les autres. Moi j’ai choisi mon camp et je ne boude pas mon plaisir.

-Salade d’endives


THREE BERRY ICECREAM – the selection of three berry icecream

(blue-very label)

On pourrait croire que Three Berry Icecream était un one hit wonder avec son 7 pouces éponyme de 1999, mais cette sélection prouve que Three Berry Icecream a autant de bonnes chansons que d’instruments dans leur répertoire. Un cornet de shibuya-kei avec une boule de twee pop, saupoudrée de gammes blues. La crème de la crème du band est sucrée à souhait et vous fera sentir tout chaud à l’intérieur.

-Jonathan Arsenault


DON CHERRY – Om Shanti Om

(Black Sweat)

Don Cherry en mode hippie free-form céleste avec l’Organic Music Society (un des plus beaux ramassis de chamans-musiciens siphonnés et épris de liberté extatique). La trompette de poche de Don sublimée par les élucubrations percussives du grand Nana Vasconcelos, la tanpura dronesque en diable de Moki et la guitare “jazz de feu de camp” de Gian Piero Pramaggiore… L’ensemble évolue à travers des compos/impros parfois longues, parfois courtes, et où la voix des différents intervenants prend une place centrale ; susurrant ces mantras surnaturels dans une nuitée-mystère recouverte de volutes de fumées hallucinogènes. La rencontre bienveillante et obtuse de tous les continents, dans un jam tribal apaisé où sont distillées des influences indiennes, amérindiennes, asiatiques, brésiliennes, latines… Musique flottante mais terrestre, expérimentale mais accessible. Dans le top 5 de ce que Cherry a fait de mieux dans toute sa carrière, avec une prise de son absolument parfaite. C’est à se demander sérieusement pourquoi ces enregistrements somptueux n’avaient pas émergé avant ?!? Mieux vaut tard que jamais.

-Salade d’endives


WHITE HEAVEN – Out

(Black Editions)

Un indice pour savoir si une maison de disque est légendaire ou non est lorsqu’un nouveau label voit le jour exclusivement pour rééditer son catalogue. C’est ce que Black Editions s’est donné comme mandat pour l’étiquette japonaise PSF. Visiblement un travail d’amour et de respect, ce projet de rééditions a pour objectif de remettre en circulation l’entièreté des parutions, souvent très difficiles à trouver, sous la bannière PSF. C’est un travail colossal, mais c’est un travail nécessaire, puisque leurs sorties sont une véritable mine d’or pour tout ce qui touche à la scène expérimentale japonaise et au rock psychédélique. Ce premier album de White Heaven fait partie de cette dernière catégorie. Un rock psychédélique pesant, bruyant et un peu bluesy. C’est direct, ça s’engoufre souvent dans la distortion, ça n’a aucune autre ambition que de faire défoncer le toit. Et c’est exactement ce que ça accomplit. L’enregistrement nous donne l’impression d’être dans une salle minuscule où les gens s’entassent et transpirent les uns sur les autres. En cette année maudite, cette image semble particulièrement exaltante.

-Yannick Valiquette


SWEET TRIP – Velocity : Design : Comfort.

(Darla)

Ça vous dirait d’entendre L’IDM faire l’amour au shoegaze ? Vous vous êtes souvent dit que ça manquait d’Autechre dans votre My Bloody Valentine ? Ou bien que Oval sonnerait mieux avec des grosses guitares saturées et du reverb mur à mur ? Et bien mes chers amis, le deuxième album du Voyage Sucré se dresse là pour vous, prêt à satisfaire toutes vos pulsions glitch-noise-dream-ambient-pop inassouvies. Cette réédition, je l’ai attendue de pied ferme (je pourrais dire de “bite ferme” pour pousser le concept du fantasme sonore mais ce serait un peu grossier). Et voilà que 2020 m’a révélé qu’il n’y aurait pas que des épidémies meurtrières et des catastrophes humaines/naturelles en son sein… mais qu’elle nous amenait aussi ce sucre sonore synthétique hautement addictif. MON classique de RYM-core enfin sur des galettes (magnifiques), avec un son plus grand que nature et un packaging qu’il fait bon de caresser langoureusement. Malgré l’influence des genres ci-haut mentionnés, cette merveille bruitative improbable ne sonnait comme absolument rien d’autre à sa sortie initiale en 2003… Et c’est encore le cas en 2020. Pop mutante et rutilante qui se déguste comme un cornet trois boules de Coaticook (cheap plug to the queen of ice cream, t’entend Valiquette ?). Exaltant, comme croquer à pleines dents dans une kit-kat que t’as laissée au congélo pendant 8 mois.

-Salade d’endives


MICHELE MERCURE – Pictures of Echoes

(Freedom to Spend)

Faisant suite à une première compilation parue en 2018, Pictures of Echoes poursuit l’exploration du travail de Michele Mercure (à ne pas confondre avec Michèle Mercure) en plongeant davantage dans ses cassettes autoproduites dans les années 1980. Cette fois-ci, la sélection s’étend jusqu’à des pièces collaboratives ou encore des compositions pour trames sonores. Comme c’était le cas pour Beside Herself (2018), Pictures of Echoes met l’accent sur la large portée expressive dont Mercure fait preuve à partir de ses synthétiseurs et de ses échantillonnages. Chaque pièce est un monde en soi où on se laisse facilement transporter afin de créer nos propres histoires. Que ce soit à partir de sonorités pop d’avant-garde (Dreamplay 1 pourrait aisément se retrouver sur un des meilleurs albums de Laurie Anderson), d’ambiant quelque peu tribal ou encore d’un minimal synth avec un penchant industriel, Pictures of Echoes s’avère tout aussi essentiel que son prédécesseur en soulevant les qualités évocatrices des compositions de cette artiste qui mérite amplement sa place au seins des artistes d’avant-garde notables.

-Yannick Valiquette


SERGE GAINSBOURG – Intégrale Des Enregistrements Studio, Volume 1 : 1958-1970

(Universal Music France)

Fuck… Que dire ??? Les 8 premiers Gainsbourg (+ une compile des pièces pour le cinéma)… Half-speed mastered aux studios Abbey Road…. en MONO !!!!! C’est splendeur fait de splendosité. Et j’espère sincèrement qu’AmazoUne (oui, je sais, je suis un être vil mais j’essaie d’arrêter) va me livrer ma commande avant 2052 parce que je frisonne à l’idée de déposer l’aiguille sur une de ces sacro-saintes galettes miraculées…. Et si vous annulez ma commande sans livrer la marchandise, Jeff Bezos et moi on va devoir se parler assez sérieusement. Don’t mess with me Jeff, sinon je sors mon inner-Gainsbarre !

-Salade d’endives


CYTE – Best of 2016​-​2020 Cytekinesis Past Perfect

(Cytekinesis)

Kusoikore, kusoi = クソい = merde. C’est ce que les ravages causés au cerveau par les dessins animés japonais et la volonté d’explorer les bas-fonds crasses de l’internet vous entraînent à écouter. J’aime les tounes avec un gros beat par minute pour courir, mais ici on dépasse 999 bpm et on fait le tour du compteur. La compilation va chercher le meilleur des tounes de CYTE, rempli d’échantillons provenant de Chobits, de Touhou Project, etc. Un des albums référés a sur sa couverture une femme-chat animée qui se fait littéralement brainfuck. Tabarnak j’ai honte.

-Jonathan Arsenault


FLAMING TUNES – Flaming Tunes

(Superior Viaduct)

Ça existe du This Heat pastoral et enchanteur ? Du This Heat de chambre (ou plutôt de bedroom) ? On dirait bien que oui… et c’est absolument fabuleux. Les “tounes enflammées”, c’est le projet de Gareth Williams (ex-This Heat) et de Mary Currie (non, pas la fameuse physicienne/chimiste polonaise mais une autre). On a affaire ici à de l’avant-prog-pop proto-hypnagogique enregistrée sur cassette à la maison (donc avec un son vraiment très lo-fi et délicieusement croustillant) en l’an de grâce 1985. C’est spontané, c’est frais, c’est lumineux. Ça respire le bonheur, mais un bonheur un peu dérangé quand même. Les fans des albums pop 70s de Brian Eno (dont je suis) ne doivent pas passer à côté de cette petite merveille. Il y a du Eno (beaucoup) mais aussi de la naïveté façon Daniel Johnston, du minimal wave à la sauce Solid Space, le côté joueur-expérimentateur d’un truc comme Aksak Maboul (ou Robert Wyatt) et même un peu de Broadcast (l’aspect rétro-futuriste du machin). Un trésor sonore dans lequel il fait bon se perdre.

-Salade d’endives


BERNARD PARMEGIANI – Violostries

(Recollection GRM)

Les coïncidences sont agréables. Dans une épique session de « digging » (ou d’excavation de disques obscures) cette année, je suis tombé sur une copie originale de Violostries, paru sur l’excellent sous-label de Philips : Prospective 21e Siècle. En bon complétiste de ce sous-label aux pochettes argentées et miroitantes de science-fiction, ça faisait un bon moment que ce disque échappait à mon radar. Au même moment, je suis agréablement surpris d’apprendre qu’une réédition de Violostries vient de sortir sur Recollection GRM. Quelle coïncidence! Mais surtout : QUEL ALBUM ! En fait, ce n’est pas surprenant car tout ce qui a été composé par Parmegiani, que ce soit son travail strictement acousmatique, ses trames sonores ou ses « jingles », tout frôle la perfection. Dans le cas de Violostries, la perfection prend la forme d’une composition pour violon, de ses déformations extrêmes, le tout combiné à des ponctuations et textures électroniques bruitistes. Le résultat est une agréable aventure en musique mixte ainsi qu’un détour nécessaire pour tous ceux et celles ayant déjà entendu et apprécié le travail de Parmegiani ou simplement pour ceux et celles désirant plonger dans le magnifique monde de la musique électroacoustique.

-François Zaidan


PALE COCOON – 繭 (Mayu)

(Incidental)

Étrange, atypique, très expérimental, enfantin, intriguant, énigmatique, sublime… Ce seul album longue durée du mystérieux collectif sonore Pale Cocoon est un de ces albums qui étonne autant par sa singulière bizarrerie que par son intimité à fleur de peau (une intimité presque inconfortable). Nos tympans évoluent ici dans une sorte d’Ethereal Wave Minimale brumeuse à souhait. Et dans la brume diffuse, il y a le spectre des claviers froids et distants, il y a des libellules-timbales, des araignées-castagnettes, des coccinelles espiègles et joueuses de flûte, de la guitare jangleproto-slowcore au ralenti (et fichtrement évocatrice/mélancolique)… C’est un beau rêve confus de sieste de fin d’après-midi enneigée, qui flirte parfois avec le cauchemar ; le genre de rêve dont on se réveille tout désorienté, l’esprit empli à rabord d’images fantasques mais non discernables… Des photographies surréelles et jaunies d’une époque qui n’a jamais vraiment existé, et qui retournent rejoindre leurs limbes cotonneuses, s’effaçant au contact de la réalité. Musique de ces ailleurs indomptables.

-Salade d’endives


VALIUM AGGELEIN – Black Moon

(Numero Group)

Après avoir réédité la superbe discographie du non moins superbe groupe Duster, la superbe maison de disque Numero Group (le mot-clé est superbe) s’attaque désormais à rééditer la courte discographie de leur projet parallèle, Valium Aggelein. Et c’est un très bon coup de Numero Group, puisque ce petit frère de Duster restait largement à être découvert par plusieurs fans de la formation de San Jose. Rassemblés par une économie de moyens et un sens de la retenue similaires, Valium Aggelein se démarque toutefois du slowcore un peu brouillon de Duster en ajoutant une bonne dose de rock cosmique et en lui appliquant un lustre qui le rapproche parfois du post-rock. Malgré sa lenteur, la musique de Valium Aggelein s’avère plus planante que mélancolique. Ce mini coffret rassemble donc les deux seuls albums du projet, Dweller on the Threshold et Hier kommt der schwarze Mond, en plus d’ajouter quelques pièces bonus. Hier kommt… vaut le prix d’entrée à lui seul; avec ses textures célestes et son indie rock détendu, on a parfois l’impression d’avoir envoyé Pavement dans l’espace.

-Yannick Valiquette


COIL – Musick to Play in the Dark

(Dais)

Une plongée dans l’inconscient, dans la nuit libidineuse, dans tes rêves les plus surnaturels/opiacés, dans tes cauchemars les plus opaques et illogiques… This is Moon musick. Des claviers oppressants et gelés, des bruits métalliques/aquatiques, une voix désincarnée qui te susurre l’impossible devenu possible à l’oreille… “N’est pas mort pour toujours qui dort dans l’éternel. Mais d’étranges éons rendent la mort mortelle”… Et puis, dans la nuit finement mise en place (sur son trône d’ébène), les oiseaux rouges, déments, moitié-chair moitié-machine, arrivent de l’est, scindent le ciel, et s’abattent sur la ville endormie, dévorant les buveurs attardés et autres badauds qui ont osé sortir à l’heure impie. Une prophétie de Nostradamus, bande son de Tangerine Dream… Après un fracas électronique déstructuré au possible, tu t’en vas continuer la nuit du côté du jazz-bar de David Lynch. Des volutes de fumée noires et toxiques recouvrent les lieux à un point tel qu’on ne sait pas si ce sont des gens comme toi et moi qui se trouvent à l’intérieur… ou bien juste leurs ombres qui se sont détachées de leurs carcasses mourantes. Des ombres horribles aux yeux rougies. Un piano solitaire, pétrifiant, possédé…. Une ligne de basse hypnotique et obsessive-compulsive… Et un narrateur-sorcier qui s’attaque à ta réalité, qui connaît tous tes malaises existentiels, les déclament au vide… Des batraciens invisibles répètent ses missives surannées en fond sonore. Oh ! Mais c’est l’heure du drone-EAI végétatif ! Tu es soudainement dans un champ où poussent des brocolis extra-terrestres ; géants, difformes, purulents. Ils brillent d’une luminosité frelatée. Tu fuis les environs mais tu te retrouves dans le vide, à tomber, tomber, tomber… dans une obscurité totale. Sommeil profond. Et dans le néant, tu entends les oiseaux invraisemblables piaffer. Tu ne les vois pas mais ils volent ça et là. Ils sont énormes. Et inquiétants. Puis tu t’en va rejoindre l’éternel, alors qu’un druide méphistophélique te chante une berceuse (à ton chevet), te caressant le front de ses doigts squelettiques.

-Salade d’endives


AMMAR EL-SHEREI – Oriental Music

(Wewantsounds)

Le label parisien Wewantsounds s’est surtout fait remarquer grâce à ses superbes rééditions d’albums solo de Ryuichi Sakamoto et de Yukihiro Takahashi, tous deux membres du défunt groupe Yellow Magic Orchestra. Et bien que leur catalogue fasse la part belle aux artistes japonais, on y trouve également plusieurs pépites qui proviennent d’un peu partout dans le monde. Parmi celles-ci, Oriental Music du musicien et compositeur égyptien Ammar el-Sherei (nommé Omar el Shariyi sur cet album pour une raison obscure). Réédité pour la première fois depuis sa parution originale en 1976, interprète six compositions classiques de Mohamed Abdel Wahab avec un style qui lui est propre. À l’aide d’un orgue électrique et de synthétiseurs, Ammar el-Sherei interprète ces compositions traditionnelles aux effluves moyen-orientales tout en expérimentant avec les sons électroniques disponibles à l’époque. Les amateurs d’orgue seront évidemment servis, mais l’inventivité de ses interprétations, livrées avec un enthousiasme et un dynamisme remarquables plaira aux oreilles avides de sonorités à la fois aventureuses et classiques.

-Yannick Valiquette


YOKO KANNO & THE SEATBELTS – Cowboy Bebop

(Milan)

Tout fan d’animé japonais un peu sérieux se doit d’avoir regardé Cowboy Bebop au moins une fois dans sa vie… Avec le ci-haut mentionné Evangelion, il s’agit probablement de la série la plus importante du genre, et une de celles qui a le plus influencé le médium. C’est une proposition complètement éclatée, drôle, touchante, pleine d’action et de folie, de références à pleins de genres et de sous-genre (la science-fiction, le western spaghetti, la nouvelle vague française, le gangster movie et j’en passe). À l’image du récit qui va dans tous les sens (merveilleusement), la bande son de madame Kanno (qui est accompagnée par son super groupe jazz “les ceintures de sécurité”) est omnivore au possible. Ça ratisse large : hard-bop, folk désertique et morriconesque, jazz modal nocturne, smooth jazz (avec chants amérindiens tribaux à l’appui), musique tex-mex qui rappelle la trame sonore de Ry Cooder pour “Paris, Texas”), acid-jazz (oui le mot “jazz” apparaît souvent que voulez-vous que j’vous dise ?!?), dub, blues, complainte rock à l’orgue, etc…

Cette compilation sur deux disques vinyles ne contient malheureusement pas toute la fastueuse trame sonore (mais OÙ est “Green Bird”, bordel de merde ?!?). Pour cela, il faut se tourner vers les 4 volumes en CD (ou encore le merveilleux CD-Box que j’ai eu la chance d’avoir à un prix ridiculement bas). Mais bon, ça reste quand même du Yoko Kanno. Et ça reste du Cowboy Bebop. Ça frise donc la perfection totale.

-Salade d’endives


ARNOLD DREYBLATT – Star Trap

(Black Truffle)

Les compositions les plus populaires d’Arnold Dreyblatt se retrouvent certainement sur l’album Animal Magnetism, paru sur Tzadik en 1995. Être hébergé sur un label d’une telle envergure a sûrement aidé à répandre son travail dans un plus vaste éventail d’oreilles, mais parions que c’est également parce que le compositeur new-yorkais avait décidé d’habiller cette collection avec The Orchestra of Excited Strings, orchestre regroupant plusieurs instruments à corde et à vent. Cela avait pour effet de transformer son approche minimaliste en une véritable explosion de tonalités se superposant les unes aux autres. Le retour de cet orchestre est donc accueilli avec grand enthousiasme sur Star Trap, qui regroupe des compositions des années 1990 que l’on peut entendre pour la première fois grâce au toujours excellent label Black Truffle. Minimalisme ou totalitarisme? Disons un minimalisme total. Les six pièces de Star Trap débordent de vie et excitent les sens comme si on foulait le pied dans une nouvelle ville étourdissante de mouvements. Fidèle au genre minimaliste, les rythmes de bases sont constants et se développent lentement, à l’exception qu’avec l’aide de l’orchestre, la retenue fait place à un dynamisme jubilatoire dont on devient rapidement dépendant.

-Yannick Valiquette


ALBERT AYLER – New Grass

(Third Man)

L’album incompris de la discographie de Ayler… Un genre de reverse-suicide commercial où le bon Albert, surtout connu alors pour son Free Jazz foutraque et hanté (fortement inspiré par des marches folkloriques et des chants funèbres) se retrouve dans un contexte de jazz-fusion de fanfare hyper joyeux et festif. Traitrise pour certains… alors que les autres découvrent avec délice (et surprise !) une autre corde à l’arc d’un des musiciens les plus polymorphes que la Terre ait porté. Ayler est ici accompagné par des musiciens R&B et il y a même beaucoup de pistes vocales, ce qui confère au disque un charme typiquement Motown-esque. Le saxophoniste si unique fait son truc sur cette trame plus funky et accessible. Puis le mariage sonore insolite opère merveilleusement bien. Un très grand cru qui, je crois, sera maintenant apprécié à sa juste valeur.

-Salade d’endives


HARUOMI HOSONO, SHIGERU SUZUKI & TATSURO YAMASHITA – Pacific

(Great Tracks)

Un légendaire album de city-pop qui est aussi une lettre d’amour multicolore à l’Exotica late 50s/early 60s des Martin Denny, Les Baxter, Esquivel et Arthur Lyman. 3 musiciens japonais, dont deux déjà hyper importants à l’époque (Hosono et Suzuki, tous deux ex-Happy End et ex-Tin Pan Alley) et un petit nouveau qui fera beaucoup parler de lui par la suite (Yamashita). Plutôt qu’un album collaboratif, il s’agit plutôt d’une compilation de pièces signées de la seule main de chaque intervenant. Et pourtant, tout colle majestueusement et s’enchaîne à merveille. On a l’impression d’être sur une chaise longue, à siroter tranquillement une Piña colada dans un tiki-mug et ce, sur la côte d’une île paradisiaque de l’océan pacifique… Mais le serveur est en fait un Game-Boy géant et les palmiers brillent d’une étrange luminosité électrique, ce qui nous rappelle que l’orchestre jaune magique n’est pas bien loin…

-Salade d’endives


PHAROAH SANDERS – Live In Paris (1975) (Lost ORTF Recordings)

(Transversales Disques)

AMOUR, AMOUR, AMOUR! En tant que Pharoah-iste fini, cette réédition m’a bouleversé au plus profond de mon être. Je n’arrive toujours pas à croire que ce type de document avait pu demeurer dans l’ombre depuis 1975. La plus simple analogie que je peux faire serait de comparer cette réédition (ou cette parution étant donné l’inexistence du document original) à la découverte d’une relique d’une inestimable importance. Quel cadeau à l’univers! Ce disque est une relique d’amour pur et une extase sonore comme seul Pharoah peut être le messager.

-François Zaidan


PAULINE OLIVEROS, STUART DEMPSTER & PANAIOTIS – Deep Listening

(Important)

Un des disques de drone ambient les plus importants de tous les temps a finalement été réédité, pour le plus grand bonheur de tous (euh… à part ceux qui ont acheté le premier pressage qui, paraît-il, était désastreux). Comme son nom l’indique, “Deep Listening” s’écoute mieux lorsqu’on ne fait rien d’autre que de se fermer les yeux et se laisser envahir par cette musique qui prend tout son temps pour nous recouvrir l’âme entière d’un épais brouillard contrôlé. Il y a du New Age là-dedans, du raga indien trad, du dark ambient à la Cold Meat Industry, du Eno (surtout le Eno de Ambiant 4 : On Land), même du proto Sunn o))) sur l’imposante pièce d’ouverte “Lear”. Il y a l’incroyable Pauline sur son fidèle accordéon, mais qui joue aussi du violon et… euh… des coquillages !?! Il y a Stuart au trombone et didjeridoo. Puis Panaiotis qui officie aux “instruments électroniques”. Les 3 utilisent aussi leurs voix pour tisser ces espèces de mantras nouveau genre qui magnétisent/tétanisent le mélomane qui accepte de dire adieu à la réalité le temps d’un beau et fascinant voyage d’environ une heure.

-Salade d’endives


STANO – Anthology

(Allchival)

Anthology est la deuxième parution consacrée à Stano par le label Allchival, qui se spécialise dans la redécouverte d’artistes irlandais. Après avoir réédité son premier album Content to Write In I Dine Weathercraft (1983), c’est maintenant un tour d’horizon des douze premières années de carrière de ce musicien de Dublin qui est mis à jour. Sur cette compilation de dix-huit pièces, on retrouve Stano en mode minimal wave comme on l’avait connu sur son premier album, mais cette plus longue enjambée dans le temps nous permet d’entendre l’évolution de ses idées entourant le genre. Flirtant avec l’industriel, le darkwave et le rock gothique, Anthology conserve un sens du rythme tout en traçant de légers contours expérimentaux qui suscitent une écoute répétée.

-Yannick Valiquette


V/A ‎- Cha-Cha Au Harem Orientica: France 1960-1964

(Born Bad)

Born Bad est un de ces labels dont il faut surveiller la parution des compilations thématiques (même chose du côté de Numero Group, Light in the Attic, Soul Jazz et Analog Africa). Ici, ils nous exhument de merveilleuses pépites françaises d’exotica à saveur maghrébine (le tout apprêté à la sauce jazzy-afro-latino-cubaine ; bref ce qui avait la côte à l’époque). On est en plein dans une vision fantasmatique de l’orient, de ses couleurs, de ses mets parfumés, de ses danseuses du ventre plantureuses, de ses contes des milles et une nuits, de ses déserts recelant de secrets antiques… On est donc vraiment du côté de l’exploitation et pas du tout du côté trad/authentique de la chose. N’empêche que c’est savoureux. Et tellement fun. Cette fusion bâtardisée et hautement kitsch de plusieurs courants musicaux de tous azimuts nous fait rêver aux clubs enfumés du Swinging Paris du début des années 60… une époque prospère et sans soucis, où l’on pouvait se délecter de loukoums à la rose en se dandinant le popotin sur des rythmes nouveaux, où l’on pouvait encore voir ce qu’il y avait en dehors de l’occident avec des yeux de gamins tout neufs ; avec magie et fascination.

-Salade d’endives


POLE – 1 2 3

(Mute)

Comment une approche minimale du glitch peut produire pas un, mais trois des meilleurs albums dub techno? C’est la musicalité de Basic Channel, l’ambiance de GAS avec l’approche du son de Ryoji Ikeda. J’ai acheté la boîte même si j’avais déjà les albums qui étaient inclus. Antoine de Saint-Exupéry dit que la perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer. Ici, il n’y a rien à changer. 1 + 2 + 3 = 5 étoiles.

-Jonathan Arsenault


LOST AARAAF – Lost Aaraaf

(Super Fuji Discs)

Lost Aaraaf (aussi épelé “Aaraaff” selon les sorties), c’est le groupe de jeunesse d’un certain Keiji Haino (ma pop-idol préférée de tous les temps). Nous sommes en 1971 ici (surtout). Haino a 19 ans. Il s’habille déjà en noir, porte des lunettes fumées et aime beaucoup crier très fort et murmurer comme le fantôme d’une belle femme japonaise qui est morte étranglée. Mais il ne joue pas que de la guitare ici. Il joue aussi du saxo (!!!). Et il ne fait pas encore dans le noise-rock-psychédélique à la Fushitsusha. Il évolue plutôt dans un espèce de chaos free jazz kraut psych complètement ensorcelé. C’est “live” au grand complet. C’est féroce. Fushitsusha font de la musique noire. Lost Aaraaf font de la musique ROUGE. Il y a une contrebasse bien élancée, une batterie intrépide qui se fait taper bien méchamment et cet espèce de piano schizoïde qui, tout malléable qu’il est, se glisse partout ça et là, qui lie la grande messe bruitative de belle façon. Une écoute fascinante et inoubliable pour quiconque veut explorer la jeunesse d’un des plus grands expérimentateurs sonores de tous les temps.

-Salade d’endives


JON GIBSON – Songs & Melodies 1973-1977

(Superior Viaduct)

Jon Gibson est surtout reconnu pour son travail d’accompagnateur, souvent aux instruments à vent, pour d’autres grands compositeurs tels que Steve Reich, Philip Glass et Terry Riley. Mais le musicien new-yorkais était également un compositeur à part entière, enrôlant d’autres figures influentes à ses oeuvres, notamment Arthur Russell et Julius Eastman. Cette compilation de Superior Viaduct souligne le large éventail expressif de son travail, allant des airs amusés propulsés par des instruments à vent jusqu’à des compositions nettement plus introspectives pour violons et piano. Pour quiconque s’intéressant à la genèse du renouveau minimaliste, ce recueil de pièces de Jon Gibson offre une pièce du puzzle jusqu’ici difficile à trouver.

-Yannick Valiquette


LUNAR AURORA / PAYSAGE D’HIVER – A Haudiga Fluag / Schwarzä Feus & Schwarzäs Isä

(Kunsthall)

Un des 5 meilleurs splits de Black Metal de tous les temps dans un magnifique digibook (avec des pièces bonus toutes excellentes) ?!? Moi je dis OUI, milles fois OUI. On ne présente plus Paysage d’Hiver et Lunar Aurora, deux des projets les plus importants et novateurs dans le domaine du Black Metal atmosphérique. Cette co-parution des deux entités, initialement parue en 2004, était rendue introuvable à des prix décents… Je salue donc l’entreprise de nos sombres camarades d’avoir réédité le tout de la plus belle des façons.

Lunar Aurora est plus romantique, épique et boursoufflé que son confrère. Avec “A haudiga Fluag”, le duo livre leur morceau le plus long en carrière (21 minutes) et aussi un des meilleurs. On dirait qu’il ont quelque peu adapté leur son pour ce split en y incorporant plus de touches d’ambient (ce clavier froid et évocateur qui fait la part belle aux riffs hypnotiques qui évoluent subtilement). Par le fait même, c’est une des pistes les plus singulières de leur répertoire. Après la rage fantasque des premières 10 minutes, le morceau devient de plus en plus mélancolique dans sa seconde moitié ; avec ses cris/pleurs saccadés (émotifs en diable), cet espèce de spoken word guttural/biscornu (électriquement déstructuré) et cette outro acoustique belle à chialer. Du BM narcotique, hivernal, intelligent, magistral.

Paysage d’Hiver reprend la même scène mais y ajoute un blizzard infini et occulte. Une tempête de neige infinie qui n’a ni début, ni fin, qui recouvre tout depuis l’origine des temps. Deux pièces d’environ 10 minutes : Schwarzä Feus et Schwarzäs Isä. Une intro austère et caverneuse, puis après c’est le cosmos blanc. Black lo-fi frigorifié qui semble être capté par un transistor radio grugé par les intempéries et retransmis dans le baladeur cassette le plus cheap possible. Blastbeat métronomique. Vocaux criards au possible. Basse inaudible. Et par dessus ça, les synthés-fantômes et la guitare rêveuse tissent des mélodies distantes et enchantées. Tout ceci est magnifiquement laid ou horriblement beau, comme toujours chez Paysage d’Hiver.

-Salade d’endives


BEVERLY GLENN-COPELAND – Transmissions: The Music of Beverly Glenn-Copeland

(Transgressive)

Une superbe rétrospective de l’oeuvre d’un des plus grands “outsider” de la scène musicale canadienne. Mystérieux, sensible, versatile, polymorphe, généreux, pur… Berverly et sa musique, c’est tout ça à la fois. Dur de définir son “son”. Les influences sont on ne peut plus diverses : gospel, jazz spirituel, New Age, minimalisme, folk, pop, soul… On entend tout ça ici mais, avec une approche tellement unique, atypique et personnelle qu’on a vraiment l’impression d’écouter de la musique pour la première fois de notre vie. Et puis, il y a la voix… Cette voix “opératique”, changeante à travers les années, mais qui te va toujours directement à l’âme, qui la masse langoureusement, qui te donne des frissons partout sur le corps et qui peut parfois te faire pleurer. Une voix qui rappelle celles d’Antony Hegarty, de Joni Mitchell et de Jimmy Scott (le fabuleux chanteur du Black Lodge dans Twin Peaks). De la musique essentielle et réconfortante en ces temps incertains.

-Salade d’endives


THE GEROGERIGEGEGE – > (decrescendo)

(The Trilogy Tapes)

 Des criquets, des criquets, HOLY SHIT DES GENS QUI RIENT

-Yannick Valiquette


TANGERINE DREAM – Sorcerer

(Waxwork)

Le rêve mandarine en mode lugubre, nocturne et tendu pour une bande son d’un remake du “Salaire de la Peur” de m’sieur Friedkin (Exorcist)… remake qui fut hélas un bide incommensurable au box office mais qui, paraît-il, est une petit trésor oublié du cinéma américain. C’est la première trame sonore composée par TD et ils sont alors au sommet de leur art… C’est donc un TD moins “cosmique” qu’on entend, un Tangerine Dream en formule abrégée (la pièce la plus longue faisant à peine 7 minutes et des poussières). Mais le TD “terrestre” est plus glauque, perfide, malsain, ténébreux… Parfois plus expérimental (la pièce titre est un condensé cauchemardesque de sons approximatifs qui s’entre-choquent dans une obscurité putride). Parfois plus minimal aussi (ces pièces qui font fi des longues “mises en bouche” et qui vont directement au coeur des choses : générer un malaise probant chez l’auditeur). Superbe édition de Waxwork, une étiquette qui se spécialise dans les BO (surtout d’horreur) et que j’affectionne particulièrement.

-Salade d’endives


MOUSE – Untitled

(Karnage)

Un des meilleurs albums speedcore a enfin son repress tant attendu. C’est génial que ce soit une femme, Stella Michelson, sous le nom de Mouse, qui sort l’album le plus hardcore de la scène française. Untitled (avec 666-1 d’engravé dans le groove) nous offre quatre longues chansons qui déchirent et un petit morceau lugubre pour nous ramener à l’innocence après nous avoir fait découvrir à quoi ressemblerait un rave cyberpunk en enfer. Absolute banger.

-Jonathan Arsenault


FRANCK DERVIEUX – Dimension ‘M’

(Return to Analog)

Le premier disque véritablement “prog” produit au Québec, par un monsieur que la maladie nous aura tristement enlevé trop vite. Québécois d’adoption, le pianiste français Franck Dervieux était paraît-il le meilleur pote de Jean-Pierre Ferland (ils se sont rencontré à Paris). Il a joué quelque temps avec Ferland, Ginette Ravel et Monique Leyrac avant de s’attabler à ce seul album paru sous son nom. Et c’est un vertigineux tour de force. Accompagné par les futurs Contraction (Michel Robidoux à la guitare, Yves Laferrière à la basse, Christian St-Roch à la batterie et Christiane Robichaud aux bruissements de sirène lysergique qui rappellent ceux d’Edda Dell’Orso sur les oeuvres de maestro Morricone), Dervieux livre ici de magnifiques compositions instrumentales qui lorgnent plutôt du côté de l’avant-prog que du prog typique rutilant dont nous avons tous soupé un peu… S’enchevêtrent ici des influences classiques, jazz, lounge, de “library” music, psychédéliques, funk… C’est bellissime et envoutant, à la fois accessible et abracadabrant. Merci à RTA pour le beau boulot !

-Salade d’endives


TOHO SARA – Eastern Most

(Black Editions)

Bien que l’étiquette PSF était surtout reconnue pour avoir mis au monde plusieurs brûlots psych rock, la récente campagne de rééditions de leur catalogue par Black Editions nous permet de découvrir à quel point la mythique maison de disque était vitale pour la scène expérimentale au Japon. Originalement paru en 1995, Eastern Most est le premier album du duo constitué d’Asanito Nanjo (High Rise) et de Makoto Kawabata (Acid Mothers Temple). Divisé en sept parties (huit sur cette première édition en vinyle), l’album traverse une multitude d’états qui sont liés par une atmosphère ritualistique tantôt sereine, tantôt expiatoire. Composé et improvisé à partir d’une multitude d’instruments anciens, Eastern Most enfouit la ligne séparant avant-garde et tradition, laissant planer un doute si nous assistons à la communion entre deux musiciens ou à une incantation finement calculée pour invoquer un dieu oublié.

-Yannick Valiquette


BERNARD FORT – FRACTALS / Brain Fever

(Recollection GRM)

À nouveau, Recollection GRM rend possible ces incroyables découvertes et ces œuvres oubliées de la musique électronique et électroacoustique. J’ignorais tout de l’existence de Bernard Fort. FRACTALS / Brain Fever s’avère être un sublime et aride exemple de musique acousmatique mettant à profit des variations d’une seule source sonore, à la manière du précurseur « Variations pour une porte et un soupir » de Pierre Henry. L’écoute de ces pièces devient une réflexion sur la perspective, sur notre propre manière d’investir le monde du son et sur les différents angles que notre écoute peu dis-cerner.

-François Zaidan


TADAO SAWAI, KAZUE SAWAI, TAKESHI INOMATA, NORIO MAEDA, HOZAN YAMAMOTO – Jazz Rock

(Mr Bongo)

Ne vous laissez pas tromper par le titre peu évocateur de l’album… Ce Jazz Rock est bien plus singulier que la plupart des disques étiquetés “fusion” qui se trouvaient dans les bacs américains et britanniques de l’époque (nous sommes en 1973). Donc oui, il y a des rythmes jazzy, de la guitare distortionnée et des breakbeats bien funky comme il faut mais… c’est avant tout un disque hautement japonais dans l’approche et dans l’instrumentation. S’inspirant de la musique Min’yō, le talentueux collectif incorpore des instruments traditionnels japonais dans le mélange, comme cette flûte de bambou (le “shakuhachi”) qui vient conférer un aspect très rêveur/mystique/méditatif aux compositions majestueuses et bourrées de petits détails sonores renversants. Le koto (instrument à cordes pincées) se joint aussi à la fête, ce qui n’est pas pour me déplaire vu qu’il s’agit d’un de mes instruments préférés ! “Jazz Rock” est un album à conseiller de toute urgence à quiconque aime les mariages sonores insolites et groovy en diable.

-Salade d’endives


TOPS PERSOS

Salade d’endives :

  1. Yumiko Morioka – Resonance (Métron)
  2. V/A – Evangelion Finally (Milan)
  3. Hiroshi Yoshimura – Green (Light in the Attic)
  4. Joni Mitchell – Archives Volume 1: The Early Years 1963-1967 (Rhino)
  5. Mort Garson – Reissues (Sacred Bones)
  6. K. Frimpong Backed By Vis-A-Vis – S/T (Hot Casa)
  7. Serge Gainsbourg – Intégrale Des Enregistrements Studio, Volume 1 : 1958-1970 (Universal Music France)
  8. Kikuchi Momoko – Adventure (Ship To Shore Phonograph)
  9. Sweet Trip ‎- Velocity : Design : Comfort (Darla)
  10. Don Cherry – Om Shanti Om (Black Sweat)
  11. Flaming Tunes – Flaming Tunes (Superior Viaduct)
  12. Pale Cocoon – Mayu (Incidental)
  13. Tadao Sawai, Kazue Sawai, Takeshi Inomata, Norio Maeda, Hozan Yamamoto ‎- Jazz Rock (Mr Bongo)
  14. Coil – Musick To Play In The Dark (Dais)
  15. Lost Aaraaf – Lost Aaraaf (Super Fuji Discs)
  16. The Seatbelts ‎- Cowboy Bebop (Milan)
  17. Albert Ayler – New Grass (Third Man)
  18. Charles Curtis – Performances & Recordings 1998​-​2018 (Saltern)
  19. Haruomi Hosono – Pacific (Great Tracks)
  20. Pauline Oliveros / Stuart Dempster / Panaiotis ‎– Deep Listening (Important)
  21. Valium Aggelein – Black Moon (Numero)
  22. V/A ‎- Cha-Cha Au Harem Orientica: France 1960-1964 (Born Bad)
  23. Pharoah Sanders – Live In Paris 1975: Lost ORTF Recordings (Transversales Disques)
  24. Lunar Aurora / Paysage D’Hiver – A Haudiga Fluag / Schwarzä Feus & Schwarzäs Isä (Kunsthall / Cold Dimensions)
  25. Beverly Glenn-Copeland – Transmissions: The Music of Beverly Glenn​-​Copeland (Transgressive)
  26. Ammar El Sherei – Oriental Music (Wewantsounds)
  27. Tangerine Dream – Sorcerer (Waxwork)
  28. Franck Dervieux – Dimension ‘M’ (Return to Analog)
  29. Bernard Parmegiani – Violostries (Recollection GRM)
  30. V/A – Mizik la ka dansé (Atangana)
  31. Ceramic Hello – The Absence Of A Canary (Ice Machine)
  32. Théâtre du Chêne Noir – Aurora (Souffle Continu)
  33. Ofege ‎- Try And Love (Imara)
  34. Jon Hassell – Vernal Equinox (Ndeya)
  35. Sharhabil Ahmed – The King Of Sudanese Jazz (Habibi Funk)
  36. V/A – Uzelli Elektro Saz: 1976-1984 (Uzelli)
  37. Peter Davison ‎- Music On The Way (Fact Of Being)
  38. Miguel Noya ‎- Canciónes Intactas (Phantom Limb)
  39. Roedelius – Tape Archive Essence 1973​-​1978 (Bureau B)
  40. Cyte – BEST OF 2016​-​2020 Cytekinesis PAST PERFECT (Cytekinesis)
  41. Pale Saints ‎- The Comforts Of Madness (4AD)
  42. Fairuz – Maarifti Feek (Wewantsounds)
  43. Neil Young ‎- Homegrown (Reprise)
  44. White Heaven – Out (Black Editions)
  45. V/A – Still In My Arms (a colourful storm)

Yannick Valiquette :

  • Valium Aggelein – Black Moon (Numero Group)
  • Ammar El Sherei – Oriental Music (Wewantsounds)
  • Toho Sara – Eastern Most (Black Editions)
  • Arnold Dreyblatt – Star Trap (Black Truffle)
  • Michele Mercure – Pictures of Echoes (Freedom to Spend)
  • Jon Gibson – Songs & Melodies 1973-1977 (Superior Viaduct)
  • Charles Curtis – Performances & Recordings 1998-2008 (Saltern)
  • White Heaven – Out (Black Editions)
  • Ike Yard – Ike Yard (Superior Viaduct)
  • Stano – Anthology (Allchival)
  • The Gerogerigegege – >(decrescendo) (The Trilogy)
  • Priscilla Ernel – Origens de la luz (Music From Memory)

Jonathan Arsenault :

  • Cyte – BEST OF 2016​-​2020 Cytekinesis PAST PERFECT (Cytekinesis)
  • Tenniscoats – Music Exists Box (Alien Transistor)
  • The Gerogerigegege – >(decrescendo) (The Trilogy)
  • V/A – Evangelion Finally (Milan)
  • Three Berry Icecream – The Selection of the Three Berry Icecream (blue-very)
  • Pole – 1 2 3 (Mute)
  • Mouse – Karnage 01 (Karnage)
  • Mlehst ‎– Poacher Turned Gamekeeper Turned Poacher (Belief Recordings)
  • Roland Kayn – Sound​-​Hydra (RRR)
  • Various ‎– Vanity Music,Tapes & Demos (Kyou / Vanity)
  • Світлана Няньо [Svitlana Nianio] & Олександр Юрченко [Oleksandr Yurchenko] – Знаєш як? Розкажи (Znayesh yak? Rozkazhy) (Skire)
  • Hiroshi Yoshimura – Green (Light in the Attic)
  • Tolerance – Tolerance (Kyou / Vanity)
  • Kikuchi Momoko – Adventure (Ship to Shore Phonograph)
  • Estas Tonne & Peter Moore – Internal Flight (Poetic Version)
  • Susumu Hirasawa – Virtual Rabbit (Universal Music)
  • Elysia Crampton Chuquimia – Selected Demos & DJ Edits [2007​-​2019]

François Zaidan :

  1. Hiroshi Yoshimura ‎– Green (Light In The Attic)
  2. K. Frimpong Backed By Vis-A-Vis – S/T (1978, reissue Hot Casa)
  3. Pharaoh Sanders – Live In Paris (1975) (Lost ORTF Recordings) (Transversales Disques)
  4. Bernard Fort – FRACTALS / Brain Fever (Recollection GRM)
  5. Bernard Parmegiani – Violostries (Recollection GRM)

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