Pharmakon – Devour

Année de parution : 2019
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Sacred Bones Records, format digital
Style :  Harsh noise, power electronics, death industrial, drone

Margaret Chardiet a.k.a Pharmakon, membre fondatrice du Red Light District collective (un événement récurant de noise DIY à Far Rockaway), est une figure importante de l’underground expérimental New-Yorkaise depuis ses 17 ans. Inspirée par de nombreux artistes locaux talentueux et ouverts qui la poussaient à toujours se dépasser dans la création, plusieurs projets ont vu le jour durant les quatre années de sa participation active au collectif, tel que Yellow Tears et Halflings.

À la fois un désir de confrontation des autres et une tentative de se libérer de ses propres afflictions, cet album de Pharmakon est un acte de guerre, une démonstration suintante et malodorante, une ode au malaise et à l’inconfort. Des vocaux cassants à la limite du black metal se superposent aux bruits modulés, aux relents machinaux prédateurs et aux bourdonnements fiévreux. La hargne est contagieuse et nous laisse le choix entre profiter de la catharsis ou s’abandonner à la répulsion. Il n’y aura pas de morts, ni de survivants…

En représentation, Seule sur scène, elle éructe son fiel comme une damnée écorchée vive, toussant et s’étouffant, utilisant une pièce de métal pour produire des sons et les moduler avant de les mettre en boucle, la rareté des artifices rendant l’expérience d’autant plus immersive et troublante.

Margaret est renommée pour ne jamais improviser, reproduisant l’exactitude de la composition qui suit subtilement une ligne directrice, comme une élève rebelle qui rêve de faire taire le maitre en le poignardant dans le dos. « Sa musique est peut-être aussi câline qu’une foreuse, mais elle est tout aussi précise. Une altercation soigneusement calibrée entre fréquence et résistance. » – Spin Magazine

Selon une entrevue (Pitchfork) pour son album Bestial Burden parut en 2014, une chirurgie lourde qui l’a laissé à la limite de l’impotence, suivi d’une longue et douloureuse réhabilitation, fût une expérience traumatisante qu’elle a transcendé dans ses impulsions créatives de l’époque et qui, indubitablement, laisse une marque au fer rouge sur sa création actuelle:

J’avais un kyste [bénin] de 12 centimètres en formation dont je ne savais rien. Il est devenu si lourd que l’un de mes organes s’est écrasé. Quand je suis sorti de l’anesthésie, ils ont dit: “Nous ne pouvions pas le vider, nous avons dû le retirer – et retirer l’organe auquel il s’était attaché.” J’ai donc eu des incisions à travers mon nombril et trois qui ont traversé le muscle de l’abdomen, ce qui explique en partie pourquoi la récupération a été si intense – vous ne réalisez pas à quel point vous utilisez ces muscles. Être traité comme un morceau de viande à l’hôpital a eu un impact énorme sur certaines de ces idées derrière l’album.

Et pendant que j’étais là-bas, j’ai vu un homme mourir à côté de moi, il criait pour sa fille. Elle n’est pas venue. Il ne s’agissait donc pas seulement de l’expérience de ce qui m’est arrivé, mais aussi d’être là – de passer sous anesthésie et de ne pas savoir ce qui allait manquer à mon réveil. Ne sachant pas à quoi m’attendre de l’autre côté.

L’autodestruction et l’auto-cannibalisation, une allégorie de pulsion de mort, scarifie Devour, le quatrième album de Pharmakon. « Pas seulement sur le plan personnel, mais en tant qu’espèce, en tant que culture, en tant que société. » Un cycle de souffrance à plus grande échelle, comme un microcosme.

« Ce projet a toujours été une technique de survie et un mécanisme d’adaptation pour moi, transformer la négativité en quelque chose de viscéral et réel et un moyen de me connecter avec d’autres êtres humains. Pharmakon veut dire poison, mais aussi remède. »

Photos @Impose Magazine


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