15 Bruits de Fond à écouter avant de trépasser : Épisode 2 – Félix Pélissier (aka Salade d’endives)

Illustration : Jonathan Arsenault

Pour ce second épisode des 15 BRuITS de Fond à écouter avant de trépasser, le chroniqueur maison préféré des petits et des moins petits, Salade d’endives (c’est à dire moi-même), vous invite dans une plongée sonore vers sa psyché, ses errances et ses souvenirs.

Au menu, vous retrouverez du Jazz plus que libre, de l’ambiant éthéré, du métal noir hypnotique, du doo-wop reverb-licieux, de la noise-pop enchanteresse, du classique contemporain, de la musique d’Afrique de l’Ouest, du rock choucroute et beaucoup de merveilles japonaises de tous les créneaux.

Bonne écoute m’sieurs-dames (et même les libellules électriques !!!).


Igor Stravinsky – Le Sacre du Printemps

On commence avec l’oeuvre musicale qui a potentiellement donné naissance au 20ème siècle… Un ballet païen dément, démoniaque, terrassant. Un truc qui a littéralement causé une émeute à sa toute première représentation. La machine à écrabouiller de l’oncle Igor reste tout aussi violente en 2021 qu’en 1913. Les premiers blast beats de l’histoire sont ici les amis ! Proto-Death Metal.

Boredoms – Super Going

NEU! sont de retour en version bouddhiste-goa-trance les potes ! Possiblement le plus grand morceau de rock germanique de tous les temps… et créé par des Japonais ! Ils ont out-germanisés les Allemands les vils salauds ! De la grande musique tribalo-ritualistique-répétitive où la candeur bon enfant rime avec une certaine forme de violence rythmique sans égal. Un squirting orgasme infini mis en musique. Ça dure 12 minutes mais j’aurais pu en bouffer 700 000.

The Flamingos – I Only Have Eyes for You

Ambient doo-wop anyone ? Une sucrerie irrésistible des late fifties avec du reverb partout. Du reverb sur les instruments. Du reverb sur les voix. Du reverb sur le reverb. REVERRRRRBBB. Le genre de truc en dehors du temps ; le hit qu’on entendrait dans une salle de bain à l’acoustique parfaite, six milles lieux sous l’océan (un océan lunaire).

Doji Morita – You Are Trembling

Possiblement la pièce la plus morose de tous les temps… Une berceuse-complainte éthérée au piano, avec la voix terriblement mélancolique de Morita… puis le violoncelle, funéraire, mélodramatique, larmoyant, tétanisant de beauté… nous invite à une sorte de valse-drone désolée.

Cluster – Sowiesoso

Beau, beau, beau… et Zen… un petit ruisseau printanier, au matin, avec la brume qui se dissipe ça et là. L’équivalent musical de ce matin parfait, avec la nature qui s’éveille, gentiment happée par les rayons d’un Soleil naissant. Le choix d’un morceau de Kraut (genre que j’affectionne particulièrement, vous vous doutez bien) fut excessivement difficile mais je crois que cette pièce d’ouverture de mon album préféré de Cluster illustre bien toute la magie qui sévissait en Allemagne dans les années 70.

Super Biton de Ségou – Siseni

Un morceau plus réflectif/élégiaque du groupe africain le plus SWAG de tous les univers. C’est groovy en diable, hypnotique, merveilleux, nutritif. Du Mandé de grande qualité, avec des passages afro-jazz bluffants. Paraît que si tu dis SUPER BITON 666 fois devant ton miroir de salle de bain à minuit le 31 août d’une année bissextile, l’orchestre au grand complet apparaît dans ta salle de bain et te joue le meilleur show que t’auras jamais vu de ta vie.

Burzum – Jesus’ Tod

Cette pièce est une sorte de drogue impie pour tous mes sens. Cela pourrait durer une heure ou 8 ans que je serais toujours accroché à ce riff en constante permutation. C’est un peu la rencontre inespérée entre le Black Metal et une certaine forme de Trance (si, si).

Fishmans – Long Season

Ma pièce préférée de tous les temps et de tout l’univers ? Peut-être bien, ouais… Morceau-fleuve de 35 minutes (qui constitue tout l’album du même nom en fait), cette longue saison des hommes-poissons est une sublime anomalie dans la discographie des Japonais. Les quelques notes de piano cyclique resteront gravées dans votre âme et votre psychée à jamais… Quelque chose de doux, de spirituel, d’apaisant, d’irradiant, de mélancolique émane de partout ici. La voix androgyne de Shinji Sato vient nous bercer pendant qu’on part à la dérive sur une eau Dream Pop cristalline. Des relents de musique minimaliste (Steve Reich), de dub ambient, de prog-pop et de néo-psych s’échappent de cette chose toute fragile et pourtant criante de vie… La cornemuse et le violon nous font pleurer de bonheur. Après un milieu de pièce des plus expérimentaux et atmosphériques, on retrouve notre thème hypnotique pour un climax retentissant de beauté. Une incroyable ballade surréaliste dans une forêt mystique. À écouter tout le temps, mais idéalement lorsque l’été se fond en automne et que les premières feuilles rougies tombent au sol.

Sun Ra and His Arkestra – Sleeping Beauty

Dur de suivre le précédent morceau mais l’énigmatique Sun Ra y parvient avec la pièce-titre de son album de 1979. Je qualifierais ceci de Free Avant-Garde Fusion Assoupi et Cosmique. Juste ça. Aussi essentiel et spirituel que Le Love Supreme de Coltrane. Deep deep smooth stuff.

David Bowie – A New Career in a New Town

Pièce hautement sous-estimée du grand rouquin étrange. C’est elle qui introduit magnifiquement la portion instrumentale de Low (mon album préféré de Bowie). Parfaite juxtaposition de l’harmonica mélancolique à la froideur très électronique des claviers. BEAU.

Serge Gainsbourg – Initials B.B.

Le monument pop baroque de Gainsbourg, écrit en hommage à son ancienne muse. Un chef d’oeuvre tant au niveau des paroles que des arrangements et de la production. Juste un morceau absolument parfait. Et merci à Dvorak pour le petit emprunt !

Ichiko Aoba – The Rain From Light And Shadow

Possiblement le disque et l’artiste la plus “intimiste” que mes tympans ont eu la chance d’entendre dans leur vie de moins en moins courte… Quand Ichiko chante et joue de la guitare, on a l’impression que c’est pour nous, seul. On la sent toute proche, comme si elle était dans la pièce. C’est d’un ravissement sans égal. C’est doux, nocturne, satiné, réconfortant. Un véritable médicament sonore. Et un qui fut ma foi fort précieux (voir essentiel) lors de la période la plus difficile de ma vie.

Luciano Cilio – Primo quadro « della conoscenza »

La plus belle musique au monde ? Entre prog, musique de chambre et divagation contemporaine, cet opus d’un homme éploré (qui s’est suicidé quelques années après la sortie de cette seule offrande discographique) est un de ces trésors retrouvés du 20ème siècle. Mon Jiminounet O’Rourke adoré le vénère. Et tous ceux à qui j’ai fait entendre cette chose hautement nostalgique, aussi belle que trouble, s’en sont retrouvés pantois.

Yo La Tengo – Blue Line Swinger

Le genre de toune que je veux qui joue à mes funérailles. Le genre de toune qui te donne le goût de brailler ta vie tout en dansant tout seul comme un cave, le sourire remonté jusqu’aux sourcils… magnifique dualité de la musique qui se veut célébration de la vie et d’amertume à la fois. Quel putain d’esti de groupe.

William Basinski – El Camino Real

Mon loop préféré de Billy… Ce drone, je l’ai tellement souvent écouté (dans “feu” mon lecteur mp3) lors de mes marches de fin d’été, entre chien et loup, alors que le Soleil se mourait dans un ciel lézardé de milles couleurs folles. Laissez vous transporter ; vous ne le regretterez pas.


Voilà donc ce qui conclue cette deuxième édition des 15 BDF. Désolé pour le retard par rapport à la première. Nous tenterons de sortir les prochaines éditions sur une base plus régulière.

Un grand merci encore une fois à Jonathan pour la sublime image qui accompagne ce mix !

À bientôt.

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