Nurse With Wound ‎– Salt Marie Celeste

Année de parution : 2003
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Jnana – 2005
Style : Dark Ambient, Drone, Experimental, Paralysie du Sommeil

Vous, est-ce que vous en avez des disques qui vous effraient ? Je veux dire : sérieusement là. Je ne parle pas ici de Death Metal gloupide et faisandé qui vous file des malins petits frissons de plaisir vu son côté déliquescent-purulent. Je ne parle pas non plus de la vaste majorité de ce qui se fait en dark ambient qui, malgré une aura somme toute maléfique, ne va pas jusqu’à vous glacer les sens tout entier. Moi qui se considère un peu comme un expert en matière de musique sombre et dérangée, il n’y a pas beaucoup d’albums qui vont aller vraiment jusqu’au bout… au bout de mes craintes, de mon malaise… au delà de ce que je juge confortable (et il faut d’or et déjà dire que j’ai le confort élargi par rapport à la vaste majorité des mélomanes).

“Salt Marie Celeste” est un de ceux-là. Une (seule) longue piste dronesque et ULTRA-minimaliste que je qualifierais d’ambient de “perdition”. C’est une oeuvre qui fut créée pour la gallerie d’art expérimentale Horse Hospital à Londres. Et c’est un objet sonore totalement à part dans la très vaste (et très éclectique) discographie de Steven Stapleton. C’est en quelque sorte la version (complètement) assombrie, occulte et sans espoir du “Sinking of the Titanic” de Gavin Bryars. Une version dépourvue de toute humanité, de toute merci, de toute délivrance/catharsis.

Je vous dresse le portrait : vous êtes sur un navire fantôme qui dérive inlassablement dans la nuit originelle. Vous êtes seul, terriblement seul. Le reste de l’équipage a depuis longtemps déserté les lieux (ou bien il y a t’il déjà eu un équipage ?). La tempête fait rage dans toute son épouvantable constance. Comme seuls bruits environnants : le ressac nauséeux des vagues noires qui effritent la coque, le vent gémissant qui semble vous susurrer à l’oreille que votre heure est proche… et puis… les bruits tétanisants de l’embarcation qui commence petit à petit à se disloquer… Le bois qui craque violemment, les mats qui grincent sournoisement, l’eau salée qui s’infiltre partout… Vous êtes complètement impuissant devant ce spectacle sordide. Vous ne pouvez qu’y assister, paralysé, engourdi, grelottant, la morve au nez, les larmes aux yeux. L’horreur du trépas inévitable, du moment où vous, comme votre vaisseau mourant, irez retrouver les limbes, les poumons gorgés d’écume.

La première fois que j’ai écouté ce disque, ça n’allait pas super bien dans ma tête. Je traversais une période dite d’anxiété généralisée. Je n’étais pas loin de la psychose. En proie à de violentes et persistantes crises panique, je décidai un soir d’automne de m’étendre dans mon lit en me mettant un petit disque d’ambient, question de relaxer… C’est là que j’ai découvert Salt Marie Celeste, dans cet étrange état d’esprit où déjà, je croyais me noyer en moi. J’ai fermé les yeux et j’ai vu toute la scène évoquée ci-haut. Et quand, après 15 ou 20 minutes, les bruits de bois craquelants (très hauts dans le mix) sont arrivés sans crier gare, j’ai ressenti de la terreur, de la vraie. Comme je n’en ai jamais vécu (avant ou après) en écoutant un vulgaire disque de musique.

Joyeux Halloween.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

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