Cassandra Jenkins – An Overview on Phenomenal Nature

Année de parution : 2021
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Ba Da Bing!
Style : Folk, Pop ambiante

Au-delà des prouesses musicales, il y a l’attachement émotif. Ça en est presque injuste. Quelqu’un peut bien composer une suite pour orchestre incroyablement développée qui explore les lieux communs les plus touchants de la vie, elle ne peut rien contre une bête succession d’accords enregistrée avec une vieille guitare désaccordée qui nous a accompagnée durant un moment charnière de notre vie. C’est là toute la beauté de la musique; elle défie les lois de la logique en s’adressant à parts égales à notre tête et à notre coeur. Cassandra Jenkins ne fait pas d’accords grossiers sur An Overview on Phenomenal Nature, mais ses réflexions sur le deuil et la guérison qui en découle dépasse largement l’aspect technique de ses mélodies pour s’adresser directement à ce que nous avons de plus humain.

« I’m a three-legged dog, working with what I got » est la première phrase que prononce Jenkins sur Michelangelo, avec une voix plus empathique que résignée. « And part of me will always be, looking for what I lost » achève le premier couplet qui donne le ton pour les 30 minutes qui vont suivre. Sur ce deuxième album, l’autrice-compositrice ne se cache pas derrière les métaphores et touche à l’existentiel avec une clarté déconcertante. Ses mots ne semblent pas avoir été écrits avec une intention de confession, mais plutôt avec une idée de communion, comme si elle prenait pour acquis que nous partagions ses sentiments. Pourtant, les sujets qu’elle aborde sont très personnels, par exemple la mort de son bon ami David Berman (Silver Jews, Purple Mountains) sur Ambiguous Norway et New Bikini, mais An Overview on Phenomenal Nature ne met pas tant l’accent sur les événements que sur les processus de cicatrisation qu’ils déclenchent.

Musicalement, l’album se trouve à la croisée des chemins entre la musique folk de chambre et la pop ambiante, avec une instrumentation tout en retenue qui parcourt ses chansons. Au premier abord, son approche peut sembler familière, mais c’est dans l’agencement de ses influences que Jenkins trouve sa propre voie. Les mélodies qui soutiennent les paroles sont chaleureuses, la voix bienveillante de Jenkins nous rappelant parfois celle de Laurie Anderson. Hard Drive, pièce maîtresse de l’album, surprend par son spoken word en nous transportant à travers différents stades de reconstruction sur fond de pop ambiante légèrement orchestrée qui évoque fortement I Trawl the Megahertz de Prefab Sprout. L’album tire paisiblement sa révérence sur The Ramble, pièce instrumentale qui ne laisse filtrer que les nappes ambiantes de synthétiseurs et un saxophone langoureux. 

Bien qu’intimes, les chansons qui composent An Overview on Phenomenal Nature sont faites pour être appropriées. La candeur avec laquelle Cassandra Jenkins se dévoile n’a rien d’apitoyant, ce sont des observations sur des drames ordinaires qui prennent différents visages mais qui se rejoignent dans la volonté de les surmonter et d’en grandir. C’est un album à propos de ce que nous partageons dans nos cheminements respectifs, avec tout ce que ça a d’émouvant et d’absurde. Heureusement pour nous, Cassandra Jenkins n’a pas exprimé cette beauté universelle avec une guitare en décrépitude, mais même si ça avait été le cas, ses chansons auraient tout de même éclipsées la plus distinguée des symphonies.

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