Top Albums 2021 de Bruit de Fond

dessiné avec amour par Jonathan Arsenault

2021. The Return of the Son of Covid. Une autre belle année pandémique à ranger au placard, voire dans une boîte de CARTRON au sous-sol, à côté des pantoufles de phentex défraichies (l’invention du malin !). C’est justement les poumons gonflés à BLOC (merci Etron Fou Le Loublan) que je tente de vous écrire ces quelques lignes introductrices… Mais bon, qui dit année difficile pour plusieurs dit aussi : année musicale merveilleuse et proprement FANTABULESQUE. Parce que oui, 2021, dans le département, ce fut de la bonne.

Certains diraient que je me répète année après année (et ils auront raison) mais j’y vais encore une fois : je n’ai jamais autant écouté de bonne musique de toute ma vie que dans les 12 derniers mois. De tous genres et sous-genres, de toute contrée, de toute scène et anti-scène… Perso, j’aurais aisément pu faire un top 150 albums mais dans le but de rendre le tout digeste, nous avons du collectivement procéder à un douloureux (mais nécessaire) processus d’élimination nous menant à un Top 50 qui, je le crois, vous offrira un aperçu vraiment unique de toute la folie musicale qui a sévit (discographiquement) en l’an de grâce 2021.

Joyeuses fêtes de la part de toute l’équipe et bonne lecture à tous (oui, même les amphibiens).

N’hésitez surtout pas à nous faire part de vos impressions et commentaires en bas de page. Partagez vos listes persos aussi si l’envie vous prend ! Il est toujours intéressant d’apprendre ce qui a ensorcelé vos tympans cette dernière année.

Big Luv !

-Salade d’endives


50

JOHN ZORN – New Masada Quartet

(Tzadik)

On ouvre le bal avec le 987645743ème album signé John Zorn, alias le mec qui a une rivalité secrète avec Jim o’Rourke à savoir lequel des deux sortira/produira le plus de disques de leur vivant (à titre d’exemple, je crois que John a le temps de composer un quatuor à cordes bien dissonant et dédié aux arts sombres le temps que cela prend à son grille pain pour lui livrer deux rôties convenablement grillées et ce, tout en écrivant des liner notes de la main gauche). Je dois avouer que j’ai beaucoup de misère à suivre toutes les sorties de l’homme depuis 10 ans. Pas que c’est moins bon qu’avant ; LOIN de là. Mais ce serait une occupation à plein temps. Et j’ai une vie, une famille, un emploi et aussi d’autres disques à écouter. Et je dois aussi aller pisser de temps en temps. Les vrais de vrais fans endurcis de Johnny Z ne peuvent pas se permettre ça.

Cependant, Masada (et par là, j’entends LE Masada originel) a toujours été mon projet musical préféré de mon Zornounet adoré. Ce quatuor sax-trompette-contrebasse-batterie qui mariait à perfection Free Jazz à la Ornette Coleman et musique Klezmer fut une étoile filante dans le panorama de la musique expérimentale. 9 albums studio (+ un Ep) et une panoplie d’albums « live » tous plus intéressants les uns que les autres. Tout était génial, essentiel, fascinant… De loin la meilleure formation Jazz que j’ai vu en spectacle de ma vie. J’étais donc hyper heureux de voir arriver cette nouvelle mouture de Masada en version quatuor, avec un John Zorn au saxo tout le temps d’un disque (faisait longtemps !), cette-fois ci entouré de 3 nouveaux acolytes précieux, soit Julian Lage à la guitare, Jorge Roeder à la contrebasse et Kenny Wollesen derrière les fûts. Nos 4 joyeux drilles revisitent le catalogue bien fourni de Masada en apportant leur couleur bien particulière aux compositions polymorphes de Zorn. Tout est déjà hyper maitrisé et jouissif. Un grand groupe qui, je l’espère, produira encore beaucoup de disques de cette qualité.

-Salade d’endives


49

CHORO CLUB & 妹尾武 [TAKESHI SENOO] – « ARIA the CREPUSCOLO » « ARIA the BENEDIZIONE » Original Soundtrack Quattro

(CJ Victor)

L’anime le plus relaxant du monde est de retour avec pas un mais deux films. Et son pouvoir réconfortant n’est pas seulement dû au personnages qui découvrent les beautés que le monde a à offrir ou au message d’espoir que l’humanité pourrait un jour recommencer à zéro malgré l’imminente catastrophe environnementale, c’est surtout la musique de Choro Club qui vient détendre l’atmosphère. La musique brésilienne choro (qui signifie « pleur ») a un rythme rapide et des tonalités plutôt joyeuses, malgré son nom, mais cette interprétation japonaise est plus mélancolique et triste et le résultat est magnifique. Même si une des plus belle voix du japon, Eri Kawai (la voix de chant du personnage d’Athena Glory) s’est éteinte trop tôt à 43 ans, en 2008, mais nous avons ici la chance de la réentendre Barcarolle en duo auprès de Ryou Hirohashi (Alice Carroll), que pouvions nous espérer de mieux ?

-Jonathan Arsenault


48

ARMAND HAMMER & THE ALCHEMIST – Haram

(Backwoodz Studioz)

Derrière cette pochette incrédiiiible qui semble évoquer le groupe de Black Metal norvégien Mayhem se cache ce qui pour moi est le meilleur disque rap de l’année. Armand Hammer, duo de abstract hip-hop (composé des MCs Billy Woods et Elucid) s’associe avec le meilleur producteur actif actuellement : The Alchemist. La prod de l’alchimiste est parfaite, complexe, surréaliste, psychédélique, atmosphérique à souhait, jazzy-noctambule-enfumée, obtuse mais quand même accessible ; le tout bourré de samples biscornus (David Lynch !) et de transitions plus folles les unes que les autres… Un véritable travail d’orfèvrerie. Et nos deux lascars au micro nous livrent un des plus gros brûlots de l’année. Il n’y a pas de tabou ici. Ça parle de capitalisme sauvage, des manières souvent perfides d’exercer le pouvoir, d’injustices sociales, d’homophobie, de la dualité qui réside en chacun de nous… C’est souvent confrontant et ténébreux, parfois ludique et un peu plus ensoleillé, toujours poétique en diable.

-Salade d’endives


47

AKVAN – City of Blood /خونین شهر

(Subsound)

Dernier EP en date de ce projet Iranien de black metal brut, coupant et atmosphérique. Plutôt productif depuis sa formation en 2015, cette dixième parution parle surtout de la guerre et des batailles iraniennes remportées. Les riffs folk et épiques n’enlèvent rien au côté atmosphérique qui demeure bien mordant, tel une horde de Dives affamées se mourant de dévorer de la chair fraîche…

-Léon Lecamé


46

HTRK – Rhinestones

(Heavy Machinery)

J’ai suivi avec intérêt l’évolution de la discographie de HTRK, formation Minimal Wave australienne et si il y a une chose à laquelle je ne m’attendais pas d’eux, c’est un album acoustique. Le groupe nous avait habitués à un son synthétique froid et souvent répétitif. En ce sens, Rhinestones est une surprise intéressante. Peut-être que c’est l’influence de leur mentor, le regretté Rowland S. Howard, champion du country/folk gothique, qui se fait sentir sur cet album ? Rhinestones, le titre de l’album fait référence à ces bijoux de diamants faits de plastique. Un objet auquel on accorde une valeur sentimentale, une breloque précieuse pour celui qui la possède mais sans valeur matérielle réelle. Et ce titre représente parfaitement cet album, tout en simplicité, quelque part entre le folk country et la dreampop ambiente. Une guitare acoustique, une voix éthérée et des effets de reverb suffisent ici à nous transporter dans un univers nocturne, opiacé et enveloppant. Le seul défaut de cet album est probablement sa très courte durée, on en voudrait d’avantage, mais c’est aussi ce qui en fait un si précieux objet.

-Simon Fortin


45

FEU ! CHATTERTON – Palais D’argile

(Caroline)

Tu as reçu une invitation pour une soirée très classe dans un gros palais en France : Le palais d’argile. Un band live qui a un nom un peu bizarre sera présent. Oui d’accord ; ils se la pètent un peu et sont un peu maniérés, mais je pense que ça va quand même plaire à beaucoup de monde qui aime des styles de musique différents. C’est un groupe très caméléon qui a certainement beaucoup d’influences dans la vielle chanson française, mais je pense qu’ils écoutent beaucoup de musique actuelle aussi et qu’ils veulent quand même explorer. Les arrangements sont très beaux, y a beaucoup des petits détails pour embellir les chansons et y a même des trucs vraiment dansants et planants. Je suis sûr que ça va te plaire man même si t’écoute des affaires ben expérimentales parce que t’es capable de voir le talent toi.  En tout cas, les critiques ont capoté en malade…

Mario Lemieux


44

RICHARD DAWSON & CIRCLE – Henki

(Domino)

En voilà une collaboration que nous n’avions pas vu venir. Pourtant, à l’écoute de ce premier album rassemblant Richard Dawson et Circle, force est de constater que le mariage des deux est tout ce qu’il y a de plus naturel. La folk progressive et l’incroyable flair art pop de la coqueluche anglaise épouse merveilleusement bien les excentricités krautrock et space rock de ces hurluberlus finlandais pour donner naissance à un album qui capitalise sur les forces de chacun sans que la couverte soit tirée d’un des deux côtés. Henki est la lune de miel sonore d’une union que nous souhaitons fructueuse et prolifique.

-Yannick Valiquette


43

KËKHT ARÄKH – Pale Swordsman

(Livor Mortis)

Le meilleur disque de Black Metal de l’année à mon avis… Le premier album de Këkht Aräkh (super amusant d’essayer de prononcer le nom du projet 15 fois d’affilé avec 15 biscuits soda dans la bouche) était déjà absolument renversant, notre homme éploré a réussi le parti de nous servir quelque chose d’aussi magique avec son second opus.

C’est un savant mélange excessivement bien dosé de plein de choses que j’adore dans le style… du Black cru et primaire fortement ancré dans la tradition des 90s, lo-fi et croustillant, nostalgique à fond, avec du délicieux reverb bien ronronnant tout partout. Mais ce BM est aussi teinté d’un romantisme tragique très rococo qui m’évoque des groupes de Goth Metal, voir de Goth pur jus. Des passages dark-folk viennent aussi agrémenter le tout de bien belle façon. Et c’est sans compter ces interludes au piano en mode « Satie neurasthénique » qui, malgré la prise de son volontairement abjecte et le côté hyper-simpliste, me font presque monter des larmes au yeux.

Ce disque est un mix fascinant entre Burzum, Mutiilation, le Darkthrone de Transylvanian Hunger, My Dying Bride, Chopin, le Ulver de Nattens Madrigal, Empyrium, ColdWorld, le Alcest des débuts et même, pourquoi pas, le Cure de « Seventeen Seconds ». Magistral et fragile à la fois.

Salade d’endives


42

COSMO / MARCO FORESTA / ENRICO ASCOLI – Nuova Sauna Possibile

(Ivreatronic)

Parfois dans l’univers des découvertes musicales, vous pouvez voir une série de noms pour la première fois devant l’une des plus belles découvertes de votre vie (exemple: Andrea Ferraris, Matteo Uggeri, Mujika Easel et Andrea Serrapiglio). Encore une fois, la musique ambiante des Italiens est d’une beauté insurmontable. Par chance, la maison de disque Ivreatronic à accroché mon attention avec son esthétique soignée, et quelques extraits accrocheurs. L’oeuvre en entier est phénoménale, de l’électronique progressif au style de Kengo Tokusashi, des extraits sonores soignés à la manière de Lionel Marchetti et une intimité envers les « field recordings » qui rappelle Gianfranco Pernaiachi. Franchement une de mes découvertes les plus cool. Point.

-Jonathan Arsenault


41

VIJAY IYER, LINDA MAY HAN OH & TYSHAWN SOREY – Uneasy

(ECM)

Trio de feu que voilà !!! Le pianiste Vijay Iyer, la contrebassiste Linda May Han Oh et le batteur Tyshawn Sorey, tous trois redoutables séparément, associent leur forces et nous livre le meilleur disque de jazz actuel de l’année. Au programme : 8 compositions originales de Iyer, certaines récentes, d’autres remontant à ses débuts, à l’aube des années 2000. Elles sont ici réactualisés magnifiquement par les 3 comparses qui sont en osmose totale et complète. Alliant un sens mélodique hors pair à une tension percussive quasi-permanente (merci Tyshawn, un des batteurs les plus inventifs actif actuellement), ces virtuoses assurent comme des bêtes. Mais la technicité (très) apparente n’est jamais démonstratrice et demeure au service exclusif de la musique avant tout. Ces deux mecs et cette fille ont une complicité évidente et un fun fou à jouer ensemble. Cela s’entend ! Cela se ressent !

À noter qu’une des deux reprises de l’album, « Drummer’s Song » (version hautement personnelle d’un des grands standards de Cole Porter : Night and Day) est possiblement ma pièce préférée de l’année. La batterie de Tyshawn y est fabuleuse. Les lignes mélodiques du piano sont à la fois captivantes, charmantes et hyper complexes. Et impossible de passer sous silence la pièce suivante, « Augury » (au piano seul) qui est un enchantement en soi.

-Salade d’endives


40

(Domino)

JON HOPKINS – Music For Psychedelic Therapy

Sur Music For Psychedelic Therapy (qui porte très bien son nom), Jon Hopkins délaisse pour l’instant d’un album ses percussions électroniques pour se concentrer sur une musique ambiante, méditative, spirituelle qui fait du bien à l’âme et qui calme. C’est un peu comme si le Britannique nous partageait son remède contre l’anxiété en ces temps difficiles. Le projet n’est pas nouveau, il est même assez commun pour un artiste de faire un album ambiant sans sa carrière, mais là où il surprend, c’est le fait de nous apporter avec lui dans un voyage qu’il a fait en 2018, là où il a visité des grottes en Équateur. Le fait d’entendre des ruissellements sur des parois rocheuses produit un effet enveloppant et lui rajouter des nappes de sons et des oiseaux nous réconforte et nous fait facilement voyager. Pour profiter au maximum des bienfaits, à écouter dans le noir allongé par terre (selon ce que recommande le créateur).

Mario Lemieux


39

SPRINGTIME – Springtime

(Joyful Noise)

Aussi difficile que cela puisse être de l’admettre, le dernier Tropical Fuck Storm nous aura laissé sur notre faim. Heureusement, Gareth Liddiard, tête pensante de la formation de rock apocalyptique, avait plus d’un tour dans son sac pour 2021. En se réunissant avec deux comparses australiens notoires, Jim White (Dirty Three) et Chris Abrahams (The Necks), Liddiard donne vie à Springtime en dévoilant une facette plus intime et tamisée de son art. Sans perdre quoique ce soit de son jeu de guitare anxieux, les pièces composées pour ce nouveau projet bénéficient du des sensibilités post-rock de White à la batterie et de l’approche jazzy d’Abrahams au piano, laissant toute la place désirée à Garreth pour y poser sa voix à fleur de peau. Un album parfait pour accompagner vos crises existentielles.

Yannick Valiquette


38

VOODOO GLOW SKULLS – Livin’ The Apocalypse

(Dr. Strange)

Mon groupe préféré de skacore, que j’écoute depuis les débuts, sont revenus cette année (après presque dix ans d’absence) avec un album bien direct, festif et un peu angoissant. Livin’ The Apocalypse ne peut être un titre plus actuel. Le mélange de ska, de punk rock et de punk hXc (ainsi qu’une touche Mexicaine) apporte toutes les subtilités pour transcender la complexité de la situation, tout en nous faisant vivre un plaisir qui aide à la résilience. Soulignons aussi la présence du vocaliste de Lamb of God sur le dernier titre. Bref, un baume des plus propices.

P.S. Si vous aimez The Offspring vous devriez aimer Voodoo Glow Skull.

-Léon Lecamé


37

NICK CAVE & WARREN ELLIS – CARNAGE

(Goliath)

C’est en plein confinement, pendant une période de creation intense de 8 semaines, que Carnage a pris forme. Collaborateurs de longue date, Nick et Warren n’en sont certainement pas à leurs premières frasques. Ils ont déjà plusieurs trames sonores à leur actif (voir entre-autres : The Proposition ou The Assasination of Jeasse James by the Coward Robert Fort). Cave, dans son habituel rôle de crooner gothique, nous livre ici un album dense, riche et énergique rempli d’histoires surréelles. Le leader des Bad Seeds nous avait déjà habitués à son écriture bien particulière, teintée d’imagerie religieuse, de beauté lyrique et de violence. En ce sens, ce plus récent album est un intéressant retour aux sources. Sans être en totale rupture avec les trois derniers albums, plus autobiographiques, de Nick Cave and the Bad Seeds (où le thème du deuil était central), l’album nous transporte dans des histoires brutales ou romantiques, le tout porté par des choeurs, des cordes et la voix chaude et réconfortante de Nick Cave. Carnage, s’écoute comme la trame sonore d’un film surréaliste teinté d’une inquiétante étrangeté.

-Simon Fortin


36

MARI LWYD – Y Ddraig Goch

(Gondolin)

Un parfait mélange de folk médiéval et de dungeon synth, sans le côté épique, misant tout sur les atmosphères. Le clavecin apporte énormément de texture, un synthétiseur apportant tantôt un côté symphonique, tantôt une ambiance champêtre ou solennelle. On pourrait presque sentir la présence de fées, de lutins ou de feux-follets qui batifolent dans les herbes hautes et les canopées, entre deux mondes, deux espace-temps… C’est la première parution physique de l’album, parut il y à trois ans. Le résultat est assez sublime pour l’inclure dans cette liste.

-Léon Lecamé


35

THE CITY GATES – Age Of Resilience

(Icy Cold)

Les montréalais de City Gates sont déjà des habitués de la scène post-punk où ils se sont taillés une place enviable. Ils ont partagé la scène avec des icônes du genre tels Trisomie 21 et Actors. Leurs influences se sentent bien et vont du shoegaze (A Place to Bury Strangers ou Jesus and Mary Chain), de la musique alternative des années 80 (Love and Rockets ou Chameleons) ou du son plus post-punk «classique» (Joy Division ou leurs émules contemporaines Interpol et The Editors). Ils s’attaquent, avec Age of Resilience, au sujet ambitieux de notre époque et de ses tourments. La pandémie, la présidence de Trump et les mouvements sociaux inquiétants qui nourrissent nos peurs quotidiennes. Mais l’album se nourrit également d’angoisses beaucoup plus personnelles qu’ont vécus les musiciens ces dernières années, divorces, deuils ou enjeux de santé mentale. Les paroles en anglais côtoient ici agréablement des pièces en français (le Silence, qui rappelle agréablement le son du groupe Asylum Party) ou en allemand (Siegfried 1969). City Gates nous offre un album écorché vif où les guitares noyées dans le reverb nous font voyager à cent milles à l’heure dans un paysage nocturne froid et hivernal. Une descente dans le maelström des inquiétudes qui hantent notre monde moderne.

Simon Fortin


34

ERIS DREW – Quivering In Time

(T4T LUV NRG)

Vous aimez la house de Chicago ou de Détroit des années fin 80, début 90 ? Y’a des trucs assez fous qui se faisaient à cette époque, des raves illégaux qui se tenaient dans de vieux édifices abandonnés, des collectifs obscurs d’artistes multidisciplinaires qui se formaient comme le fameux Underground Resistance (UR). Eris Drew est née à Chicago et nous sort en 2021 son premier album tout frais, mais tellement axé sur ces belles années de la musique électronique. Parce que oui c’est surtout ce qu’on se dit en écoutant l’album, c’est donc ben frais ça ! On se dit aussi : je connais ça, c’est surement un sampling de ça et non surprise, il n’y a aucun échantillonnage, juste de la composition qui nous fait danser longtemps sans arrêt. Comment elle fait pour faire de la bonne musique originale que tout le monde à l’impression d’avoir déjà entendue ? Magie ! Qui vient danser ?

-Mario Lemieux


33

ANNEA LOCKWOOD –
Becoming Air / Into The Vanishing Point

(Black Truffle)

Un gong qui illustre le passage presque imperceptible vers l’autre monde. Les lamentations d’une trompette (ou bien est-ce des grillons électriques ?). Le souffle de la montagne. Presque le silence mais ça bourdonne très très loin là-bas alors que la nuit tombe sur les cimes brumeuses. Explosions de rouge vermeil sur les arbres en amont ; ciel rosâtre violacé. Le gong revient, comme pour annoncer le crépuscule qui vient se fondre sur les environs immédiats. Les mouches de feu écarlates se mettent à grésiller et osciller tout autour. La trompette insectoïde se rapproche, accompagnée de ces espèces de gémissements des ciels d’avant orage. Le dernier quasi-silence funèbre avant que ne déferle un drone métallique cuivré et discordant. Le monstre-acouphène te pétrifie mais… il finit par être avalé par une bande magnétique qui passait par là… Vient ensuite les balbutiements d’une nature peu rassurante, elle qui, de jour, t’apaise mais qui, dans les heures sordides de la nuit, te font réaliser que tu es au plus profond de ses tripes, en train de te faire digérer lentement par elle… Le chaos phosphorescent s’amplifie. Les bestioles grouillantes sont de plus en plus nombreuses autour de toi. Leurs carapaces sont des cristaux scintillants qui aveuglent ; qui vont même jusqu’à te brûler la cornée. Tu fermes donc tes oeillères et tu entends les notes d’un piano sépulcral… les notes qui résonnent une à une… qui résonnent une à une…. qui résonnent une à une….

-Salade d’endives


32

WURDULAC – Lurking Hand of Fate

À la limite du funeral doom, j’ai rarement entendu un son aussi tendu entre saleté, chaos et rapacité. Les riffs sont juste assez lents et déconstruits, avec des vocaux saturés vomis dans la réverbération. Un peu d’occult ambient pour bien refroidir les atmosphères d’outre-tombe et vous voilà parti pour un voyage inquiétant et agressant de 40 minutes.

Léon Lecamé


31

ANNA WEBBER – Idiom

(Pi Recordings)

Un des albums les plus complexes et captivants que vous pourrez entendre cette année, Idiom n’est rien de moins qu’un manifeste sur les possibilités créatives offertes par l’improvisation dans un cadre conceptuel. À cheval entre le jazz d’avant-garde et le classique contemporain, Anne Webber explore les limites sonores des bois pour ensuite les traduire vers des instruments provenant d’autres familles et les intégrer dans un ensemble orchestral. Si cette prémisse peut s’avérer complexe, c’est surtout le plaisir et l’enthousiasme de l’artiste canadienne qui prédomine Idiom. Sans être nécessairement accessible, les expérimentations de Webber s’avèrent étrangement espiègles pour un concept aussi spécifique, faisant en sorte que l’auditeur partage l’excitation des nombreux détours créées par cette artiste qui ne cesse d’épater. The Shape of (Another) Jazz to Come!

-Yannick Valiquette


30

MELVINS – Working With God

(Ipecac)

Enfin un bon disque des Melvins en 2021 ! Après des tonnes d’albums pas si intéressants sortis dans les 5 dernières années, Buzz nous balance des riffs de guitare abrasive en pleine face, Dale quitte le drum pour la basse et on retrouve l’ami Dillard à la batterie pour reproduire la formation en béton armé de 1983. Malgré trois reprises assez dispensables, la musique sur Working with God rappelle la belle époque de Stag  ou Hostile Ambient Takeover, là où le band se permettait plusieurs expérimentations sonores en début ou en fin de pièce. L’album est donc conventionnel dans l’écriture mais regorge de fioritures qui séduisent les fans de longue date. Il est intéressant de constater que même la rédaction du site Bleep qui est spécialisé dans les musiques plus électroniques lui a consacré pour la première fois une chronique élogieuse.  Un mix de foutage de gueule (parce qu’ils ne se prennent jamais au sérieux), de rock pesant et de musique plus exigeante. Excellent et incontournable pour les fans du groupe.

-Mario Lemieux


29

ANTHONY BRAXTON – 12 Comp (ZIM) 2017

(Firehouse 12)

12 Comp de la maison de disque Firehouse 12 prouve une fois de plus qu’Anthony Braxton est une légende intemporelle. Voici douze pièces de « modern creative » qui dérivent du « modern classical » et des techniques de jazz avant-gardiste, avec une panoplie d’instruments dont des harpes, de l’accordéon, du tuba, du violoncelle et bien d’autres qui s’enchevêtrent pour créer un melting-pot d’idées musicales comme jamais présenté auparavant. Je vais faire ca court ; l’album dure plus de 10 heures alors n’attendez pas.

-Jonathan Arsenault


28

CIRCUIT DES YEUX – -io

(Matador)

À regarder sa feuille de route, on pourrait avoir l’impression qu’Haley Fohr tente de collectionner toutes les maisons de disque d’envergure de la scène indépendante américaine. Après avoir sorti des albums sur Ba Da Bing!, Thrill Jockey et Drag City, son projet de pop expérimentale baptisé Circuit des Yeux trouve refuge chez le non moindre imposante Matador. Et comme un grand nom implique de grandes responsabilités (j’ai peut-être modifié l’adage, ne cherchez pas), Fohr profite de cette tribune pour frapper fort avec ce qui est possiblement son album le plus ambitieux jusqu’ici. S’appuyant sur des arrangements orchestraux qui se placent au coeur de ses compositions, -io atteint un sentiment de grandeur que l’on pouvait à peine deviner sur ses albums précédents.

-Yannick Valiquette


27

MEROPE – Salos

(Stroom / Granvat)

Salos, c’est l’exemple typique du disque obscur et miraculeux découvert dans l’année, qui m’a plu, que j’ai presque oublié mais dont je rêvais secrètement et qui finalement s’est imposé à moi (en fin d’année), me révélant enfin tous ses somptueux secrets, me les susurrant si gentiment à l’oreille. Parce oui, ce disque est gentil. Et bienveillant. Mais aussi brumeux et réservé, cachant sa magnificence énigmatique sous dix milles couches de brume. Ils ont trouvé le plus beau des trésors mais ont préféré l’enfouir au tréfonds des bois pour qu’il soit un jour inhumé, par hasard, par un quelconque randonneur.

Merope font une folk de chambre pastorale et vaporeuse, à mi chemin entre l’ambient, le new age et la musique traditionnelle lithuanienne. Surtout instrumentales, les pièces qui composent « Salos » sont parfois transpercées par la voix envoutante de Indrė Jurgelevičiūtė, elle-même secondée par une chorale de Vilnius (qui peut rappeler celle qui accompagnait impérialement l’islandaise Björk lors de la tournée « Vespertine »).

Ce disque est mon jardin secret de 2021.

-Salade d’endives


26

CONTROLLED DEATH – Hymn To Eternal Death

(Total Black)

Harsh noise, death industrial, power electronics, ça vous sonne une cloche ? Et bien voici le nouveau méfait du Japonais Masonna (Maso Yamazaki) qui officie en plein dans ce registre. Un des styles les plus extrêmes , cette anti-musique existe pourtant depuis belle lurette et demeure très underground, avec des cohortes de die hard fans. 53 minutes d’agonie et d’acharnement pour annihiler votre esprit et vous rendre parfait.

-Léon Lecamé


25

CONVERGE & CHELSEA WOLFE – Bloodmoon ● I

(Epitaph)

Sur leur 11e album en carrière, Jacob Bannon et sa bande nous surprend avec une livraison beaucoup plus calme qu’à l’habitude. On aime beaucoup la grande qualité des invitées et amis du groupe qui viennent ajouter une nouvelle palette de couleur aux sonorités comme par exemple la mystérieuse Chelsea Wolfe qui chante et prend beaucoup de place (pour notre plaisir) ou de Steve Brodsky du groupe de Boston Cave-in qui a surement beaucoup travaillé aux excellentes mélodies. Bloodmoon se dévoile sur plusieurs écoutes comme un bon album qui finit par nous rester dans la tête et qu’on chantonne par cœur. Converge sonne plus mature mais ce n’est pas un défaut, c’est une capacité d’évoluer et de s’adapter à leur réalité. 

-Mario Lemieux


24

PESTE NOIRE – Le Retour Des Pastoureaux

(La Mesnie Herlequin)

Un des groupes qui représente le mieux l’infamie et la défiance de la conformité, Peste Noire persiste et signe avec ce nouvel album qui mélange encore tradition et modernité. Les Pastoureaux désignent un mouvement d’insurrection populaire en France vers 1320, qui fut maté d’une façon sanglante et sans pitié par les autorités de l’époque. Mais c’est l’esprit de rébellion que Famine a voulu reprendre dans son concept d’album, basé sur sa vision propre, qui prend des idées autant dans l’extrême gauche que l’extrême droite, pissant au cul de la bien-pensance actuelle. Toujours entre dégout et émerveillement.

-Léon Lecamé


23

PATRICK SHIROISHI – Hidemi

(American Dream)

L’année dernière, Patrick Shiroishi faisait paraître un album dédié aux Japonais injustement incarcérés dans des camps de concentration durant la Deuxième Guerre mondiale. Descension était une oeuvre cathartique, empreinte de détresse et de souffrance. Hidemi reprend cette trame narrative, mais cette fois à partir du point de vue du grand-père de Shiroishi, devenu prisonnier lors des événements de Pearl Harbor. Cette suite se distingue immédiatement par son atmosphère plus sereine, puisque le très prolifique artiste s’est concentré sur les émotions ressenties suite à la libération de son grand-père et à son retour au sein de sa famille. À l’aide de son saxophone et rien d’autre, Shiroishi fait preuve encore une fois de l’incroyable expressivité à laquelle il peut accéder en superposant son instrument en strates. Tout aussi avant-garde et complexe que son prédécesseur, Hidemi s’avère toutefois immensément plus pénétrable que celui-ci, puisqu’il emploie sa technique dans un contexte plus lumineux, faisant foi de sa versatilité apparemment sans limite.

-Yannick Valiquette


22

CORNELIUS CARDEW (THE MONTRÉAL SCRATCH ORCHESTRA) – The Great Learning

(Tone Glow)

Est-ce une coincidence, un hazard ou une obscure référence à the Venture Bros. que deux de mes meilleurs albums de l’année sont représenté par un morpho bleu et un monarque ? Est-ce un triste augure que la plupart de mes favoris sont des ré-interprétations d’ancienne pièces ? Mais comme la version Wild Up de Feminine, j’y vois plutôt une raison de célébrer d’avoir la chance d’écouter des versions fraiches de vieux classiques, surtout cette pièce car elle vient remplacer pour moi la version de 1971, avec son orgue plus proéminent, ses chants plus aliens (et le shoot out à Montréal !).

-Jonathan Arsenault


21

JORANE – Hemenetset

(L-A be)

La chanteuse éthérée originaire de Saint-Sauveur revient cette année avec un projet musical imposant et risqué, dans le monde imaginaire et onirique qu’elle a construit et entretenu au fil des ans. Rappelons que « Vent Fou », son premier opus, remonte à 1999. Au programme : toujours le même procédé d’improvisation comme canevas et du studio comme peaufinage, elle va encore plus loin car Hemenetset est la trame sonore d’un spectacle qui sera lui aussi improvisé, en avril prochain. Mais cela ne lui fait pas peur, elle a déjà souvent improvisé des pièces en live, comme pour le Festival de Jazz de Montréal et le titre ‘Riopel’ (invitée à la prestation de Bobby McFerrin). La musique de cet opus est hautement cinématographique, ambiant, un peu électro, inspirée par la musique contemporaine… Ensorcelant, féérique, instinctif, voilà les adjectifs qui me viennent à l’esprit, mais le voyage est tellement unique que vous devez l’écouter pour vous faire une idée.

-Léon Lecamé


20

TIRZAH – Colourgrade

(Domino)

Le pouvoir des Anglais de créer de nouvelles tendances musicales est bien connu. Ce projet est tellement fait de manière honnête et personnelle qu’il ne ressemble à pas grand-chose d’autre. L’influence de substances psychoactives dans sa musique est très palpable, on baigne dans une musique étrange et familière à la fois. La musique nous tient en lévitation pas trop loin du sol et on se laisse bercer par des airs d’une simplicité désarmante.  On est surpris d’entendre un son ovni par ici qui n’est pas censé être la, un effet de voix par là… et tout ça arrive de manière imprévisible pour notre plus grand bonheur. À la fin de l’écoute de l’album, on est surpris et pas certain d’avoir bien compris, on se dit qu’on veut y retourner rapidement au cas où on aurait pas tout vu. Mon album de l’année. 

-Mario Lemieux


19

CASSANDRA JENKINS – An Overview On Phenomenal Nature

(Ba Da Bing!)

Une fois de temps en temps, il y a un album qui arrive un peu de nulle part et qui définit parfaitement l’époque dans lequel il a été créé sans même avoir essayé. Avec ses réflexions sur les échecs, le deuil et le processus de guérison qui en surgit, Cassandra Jenkins a réussi, peut-être malgré elle, à transformer des récits personnels en une expression universelle de ce que plusieurs d’entre nous avons vécu au courant de cette année. Avec sa folk atmosphérique aux accents pop et sa réalisation intimiste, Jenkins livre un deuxième album trompeusement simpliste. C’est par l’écoute répétée que la richesse des arrangements s’imprègne complètement dans notre esprit, comme une relation qui se développe au fil du temps. 

-Yannick Valiquette


18

MICHAEL PISARO-LIU – Tombstones

(elsewhere)

Une autre version d’une de mes oeuvres préférées de mon compositeur américain chouchou ? Moi je dis OUI !!! Avec « Tombstones », Pisaro-Liu est à la lisière de la pop expérimentale, de la musique de chambre, du réductionnisme et de la musique « non déterminée » (allez lire sur Morton Feldman, chers amis). C’est probablement sa création sonore la plus accessible et donc une excellente porte d’entrée dans son univers si atypique pour quiconque serait intrigué par le monsieur.

« Tombstones » c’est un recueil de chansons (mais des chansons très très loin d’être conventionnelles, il est nécessaire de le mentionner) composées par Pisaro-Liu entre 2006 et 2010. S’inspirant de bribes de chansons populaires signées Lennon, McCartney, Dylan, Jay-Z et Robert Johnson, Pisaro conçoit un cycle de 20 pièces, dont 11 sont ici reprises par la pianiste Barbara Dang et l’ensemble Muzzix collective. On retrouve tous les patterns typiques d’une chanson « pop » (couplet-refrain-couplet) mais à part ça, on est en apesanteur dans le grand vide astral minimaliste de Michael Pisaro, lui qui laisse toujours une place de choix au silence ; à ces moments d’absence qui viennent appuyer la note suivante (qui viendra forcément), la colorant de teintes abstraites.

-Salade d’endives


17

WORM – Foreverglade

(20 Buck Spin)

Oh, la belle dégueulasserie extatique que voilà ! Et puis vous avez vu c’te pochette de fous furieux (signée Brad Moore) ? Les lombrics Floridiens viennent ici de livrer le meilleur album de Funeral Doom de l’année. Worm réussit (haut le tentacule lovecraftien) le parti risqué de faire un album de Doom funéraire à l’ancienne (on pense à autant à diSEMBOWELMENT qu’à Evoken ou encore à Thergothon) avec un côté volontairement « campy » qui ramène au grandiloquent du Heavy Metal pur jus et ce, TOUT en intégrant une bonne dose de modernité dans leur musique marécageuse/poisseuse à souhait. Tous les musiciens sont exquis mais c’est l’atmosphère génialement surannée qui est l’aspect le plus remarquable de ce grand disque ; déjà une des meilleures galettes du style (toutes époques confondues). Le monstre qui vous poursuit (au ralenti) et qui, au premier retard, semble être en caoutchouc cheap made in Hollywood est en fait un vrai de vrai monstre fait de pustules purulents, avec la peau couverte de centaines d’yeux effervescents, de sangsues violacées et avides ; couvert de la chair humide des victimes récentes qui est en train de fusionner avec l’entité en question… et quand il vous aura en son sein, et qu’il pondra ses immondices dans votre chair faisandée, vous aurez finalement compris que derrière tout le « fun » apparent de Worm, il y a une démence pas nette du tout.

-Salade d’endives


16

KAROLINE WALLACE – Stiklinger

(Øra Fonogram)

J’aime cette femme. J’aime son univers complètement déglingué, sensuel et sensoriellement frissonnant. J’aime ses précieux collaborateurs (on a affaire à un octet de haut calibre ici). J’aime qu’en 2021, on puisse encore réinventer le Free Jazz de chambre d’une manière aussi personnelle et naturaliste. J’aime TOUT de ce disque, sa folie, son instrumentation bigarrée, sa rigueur, sa beauté hirsute, son mélange de styles et d’influences (minimalise hyper-tonal, free improv, folk scandinave, jazz libre à l’européenne, opéra, chants de gorge et j’en passe). Ce disque est un bonheur pour toute personne qui aime intensément (comme moi) la musique avant tout ; la musique aventureuse, foisonnante, libre, singulière, légèrement névrosée, belle, belle, BELLE. Et merde, avez-vous déjà entendu un disque aussi grandiose inspiré par le jardin d’une grand-maman ??? À son écoute, je pense déjà à mes fines herbes du printemps prochain.

-Salade d’endives


15

AROOJ AFTAB – Vulture Prince

(New Amsterdam)

La tour du silence est une tour circulaire utilisée pour les rites funéraires perses. Elle permet au corps du défunt de ne pas se décomposer à même le sol, mais d’être en hauteur, en offrande aux vautours. À son image, Vulture Prince de Arooj Aftab, est une structure aérienne majestueuse, construite à même le deuil et la perte. Imprégnée du décès de son jeune frère Maher, la chanteuse tisse cette œuvre délicate, flottante, quelque part entre le classique minimaliste et la musique traditionnelle ghazal. Précisément au cœur de cette œuvre, se trouve une surprenante et joyeuse pièce de reggae (Last Night), qui vient illuminer le désespoir de ce chant funéraire. L’album est porté par la harpe, la guitare et surtout, ce chant majestueux et triste de Aftab. Sans nécessairement comprendre les paroles en urdu, on y devine la mélancolie, la douleur et la nature fugitive des moments de bonheur. Vulture Prince est une complainte profondément humaine, sur la fragilité de la vie, quelque part entre l’émotion à fleur de peau et la lumière.

Simon Fortin


14

CHES SMITH AND WE ALL BREAK – Path of Seven Colors

(Pyroclastic)

Quel excellent disque de jazz caribéen moderne que voilà ! Ches Smith est un percussionniste/compositeur new yorkais qui se passionne pour la musique haïtienne depuis qu’il a découvert le « tambour vaudou » en 2000. Depuis, il s’est spécialisé dans le créneau, le faisant évoluer de bien belle façon à travers son ensemble « We all Break » qui combine allègrement musique haïtienne hyper rythmée et jazz d’avant-garde. Je dirais qu’il fait un peu avec la musique vaudou ce que John Zorn a fait pour la musique folklorique hébraïque avec Masada.

« We All Break » a débuté en tant que quatuor en 2015 ; l’édition CD de l’album comprend d’ailleurs un deuxième disque bonus présentant les enregistrements de cette version de la formation. Mais la pièce résistance, elle est livrée par la version 2020 de la troupe, qui officie maintenant sous forme d’octet. Le groupe comprend 3 joueurs de tanbou (tambour de baril haïtien), plusieurs vocalistes (dont la sublime soliste principale Sirene Dantor Rene), un pianiste, un contrebassiste, un saxophoniste + Ches lui-même à la batterie, percussions et voix. Tout ce beau monde est en osmose totale et la cohorte fait la part belle à des compositions enlevantes et ouvertes ; où l’improvisation n’est jamais bien loin et où une polyrythmie assez hypnotique (gracieuseté des percussionnistes) prend une place de choix. L’album alterne de longues pistes instrumentales aussi souples qu’inventives et des pièces vocales tétanisantes de sensualité.

Comment transposer Port-au-Prince et ses traditions folkloriques dans une Manhattan hyper moderne ? Demander ça à ce cher Ches Smith. Il en a le secret.

-Salade d’endives


13

SARAH DAVACHI – Antiphonals

(Late)

Avec un rythme de sorties aussi soutenu, il est assez surprenant de constater à quel point la vision artistique de Sarah Davachi évolue d’un album à l’autre. Ses sources d’inspiration semblent inépuisables, et la façon subtile avec laquelle elle les transposent dans son travail laisse croire que les possibilités sont tout aussi éternelles que les orgues qu’elle utilise. Sur Antiphonals, l’artiste canadienne livre quelques-unes de ses compositions les plus diffuses tout en laissant paraître son amour pour le rock progressif, notamment par le choix de synthétiseurs employés. Alors que ses plus récents albums semblaient vouloir de nouvelles méthodes de composition, ce dernier opus

-Yannick Valiquette


12

WILLIAM PARKER – Migration Of Silence Into And Out Of The Tone World

(Centering)

Essoufflant… Grandiloquent… Jusqu’au boutiste… Varié jusqu’à plus soif… Peut-être trop long (?) pour son propre bien mais tellement jouissif la plupart du temps, ce projet de 10 CDs (oui, je répète : 10 CDs !!!!!!) du contrebassiste/compositeur autodidacte new yorkais William Parker est l’album-orgie par excellence de 2021. L’album de tous les excès sonores fantasques. Le grand exutoire céleste. Tout y passe. Free Jazz, Jazz spirituel, Jazz vocal, Free Improv, Poésie récitée, Jazz de Chambre, Modern Creative, Third Stream, musiques folkloriques des Amériques (at large), Classique contemporain, Ambient Jazz… Il y en a pour tous les goûts, si bien sûr vous avez les oreilles assez aventureuses pour apprécier ce long voyage haletant. Je vous recommande cependant de prendre quelques pauses au travers de votre écoute, question de pouvoir apprécier chacune des sections de l’oeuvre. Et dire que ce n’est même pas la seule sortie discographique de William cette année… Essaie t’il de rivaliser avec Jiminounet (O’Rourkounet) et Jean Zorn ?

-Salade d’endives


11

LITTLE SIMZ – Sometimes I Might Be Introvert

(Age 101 Music)

Il ne fait aucun doute que les Anglais ont leur nouvelle reine du hip hop ! Elle n’aura pas perdu de temps pour sortir son « classique » parce qu’à l’écoute de cet album, on arrive difficilement à penser qu’elle pourra faire mieux après.  La jeune de femme de 27 ans impressionne par son niveau de maitrise et de maturité en produisant un album plus grand que nature, grandiose et magistral. On ne doutait aucunement de ses capacités avec son excellent album Grey area mais ici elle frappe encore plus haut avec une musique très inspirée des classiques souls et le RNB du passé en y ajoutant des éléments très modernes et nouveaux comme sur l’excellente pièce Point and kill. L’immense orchestration très présente tout au long de l’album augment le sentiment d’écouter un vrai chef d’œuvre qui perdura dans le temps un peu la manière de son équivalent et ami Kendrick Lamar. 

-Mario Lemieux


10

RIP HAYMAN – Waves: Real and Imagined

(Recital)

Possiblement le plus beau disque dédié aux océans de l’histoire de la musique ? Je pense que oui, moi. Désolé m’sieur Rivard mais « Je voudrais voir la mer » en prend pour son rhume ici (ooooh la blague de merde). Rip Hayman est un musicien/compositeur qui concentre son art autour des field recordings. Il a étudié auprès de personnes tels que John Cage, Ravi Shankar, Chou Wen-chung et Philip Corner. Rip Hayman est aussi marin. Tout ce parcours joue pour beaucoup dans l’élaboration du chef d’oeuvre qu’est ce Waves qui m’a fait frissonner à plus d’une reprise.

L’album comporte deux longues pistes, chacune occupant une face entière du disque. La première, « Waves for Flutes », qui date de 1977, consiste à une superposition de différentes pistes de flûte (jouée par Harman) qui, combinées, évoquent le large, des ondes imaginaires, le ressac des vagues, le chant des sirènes, le piaffements des oiseaux… Ressemblant parfois à une complainte folklorique médiévale bourrée d’envolées lyriques au flutiau, c’est une piste qui vous plongera dans un profond état de bien être. C’est le côté rassurant et inerte de la mer qui semble être représenté ici. On imagine une journée ensoleillé sur une goélette en plein coeur de l’océan, le Soleil irradiant tout de sa lumière séraphique. C’est tellement tellement beau.

La seconde, « Seascapes », est un field recordings de vent et d’eau, le tout enregistré/prélevé à bord même d’un navire sur l’océan pacifique, en 2020. On navigue plutôt ici dans du côté plus mystique, solitaire, mystérieux (voir même inquiétant) de l’océan. Mais ce n’est pas moins magnifique. Le vent gémit langoureusement, siffle à travers les voiles, se percute au mats… Et trouve son écho dans les vagues puissantes de l’eau qui ricochent contre la coque. C’est incroyable. Et on se sent tout petit et insignifiant face à tant d’immensité.

-Salade d’endives


9

YUKI TAKEUCHI – つぐみの森 (Tsugumi no Mori)

(エス・ピー・オーケストラ)

Le son féérique d’un ruisseau qui coule paisiblement. Le chant des oiseaux. Un piano bienveillant, lumineux, minimaliste… Puis l’erhu qui surgit dans la clairière ensoleillée, envahissant nos tympans de liesse sonore liquide. Cet instrument chinois à deux cordes frottées, vieux de plus de milles ans, est ici exploité de la plus sublime des manières, avec douceur et sensualité, au travers d’un court disque de new age néo-classique qui, à chaque écoute, me renverse un peu plus, me fait vivre des émotions nouvelles, me chavire tous les sens… Le genre de disque qui détruit tout négativisme en vous et qui vous fait apprécier ce que la vie a de plus beau à vous offrir.

P.S. : Les amateurs de Debussy trouveront ici un hommage absolument renversant de beauté à « La Mer ».

-Salade d’endives


8

MAMA!MILK – Charade

(Musica Moschata)

Mes parents avaient acheté il y a fort longtemps un cadre avec un Morpho, pareil comme sur la pochette d’album de Charade. C’est un très beau spécimen mais j’avais complètement oublié cette jolie décoration qui ornait un mur dans mon enfance. Dans cette album, Mama!Milk interprète des classiques des courants jazz, classique et tango, sous leurs angles à eux, comme si le morpho, symbole d’une nostalgie oublié, pouvait retrouver sa magie d’antan si on le regardait sous un autre angle. Leur méthode de composition reflète ceci « au lieu de créer quelque chose à partir de rien, c’est l’action d’écouter les chansons réparties à travers le monde et d’exprimer leurs murmures ». Mais prenez garde, les résonances de la contrebasses peuvent se faire ressentir jusqu’à vos glandes lacrymales.

-Jonathan Arsenault


7

VANESSA ROSSETTO / LIONEL MARCHETTI ‎– The Tower (The City)

(Erstwhile)

Un album de field recordings réussi est un album qui peut créer ou recréer un environnement sonore, qu’il soit ancré dans la réalité ou dans l’imaginaire. Un album de field recordings d’exception est un album qui va au-delà de la narration pour évoquer des émotions qui seraient autrement intraduisibles. Ce que Vanessa Rossetto et Lionel Marchetti sur The Tower (The City) accomplissent est aisément de cette trempe. Comme son titre peut le laisser deviner, les captations et les manipulations subséquentes de ces sons dressent une tour de Babel moderne et urbaine, nous transportant dans une multitude de scènes qui peuvent parfois sembler familières mais qui, une superposée à l’autre, donnent un vertige devant cette pluralité humaine. Monumental. 

-Yannick Valiquette


6

FLOATING POINTS, PHAROAH SANDERS & THE LSO ‎– Promises

(Luaka Bop)

Il est de ces collaborations improbables qui nous mènent à des chefs d’œuvres insoupçonnés. Sam Sheperd, producteur, DJ et musicien EDM (qui travaille sous le pseudonyme de Floating Points) collabore sur cet album avec le jazzman américain Pharaoh Sanders, véritable icône du Spiritual Jazz (voir le classique Karma). C’est au travers de cette rencontre inattendue entre un jeune musicien de 34 ans et un saxophoniste ténor de 80 ans que s’articule Promises, une œuvre d’une richesse foisonnante, en 9 mouvements. Le compositeur électronique met en place un dialogue tout en finesse, avec des motifs minimalistes auxquels le saxophone de Sanders semble répondre. L’album s’articule comme une conversation subtile entre le son, l’espace, le silence et la beauté des cordes (viole, violoncelle et contrebasse gracieuseté du London Symphony Orchestra). Zen, méditatif, allant du simple au grandiose, cet album est à écouter à plein volume (ou avec des écouteurs de qualité). Sans se cantonner à un seul genre, quelque part entre l’ambient, le classique contemporain et les improvisations organiques du jazz, c’est une œuvre cosmique et ambitieuse, qui semble parfois toucher à la beauté de la nature et au divin.

Simon Fortin


5

ELIANE RADIGUE – Occam Ocean 3

(Shiiin)

Les compositions d’Éliane Radigue sont une mer calme, une houle dont on anticipe la tension, mais dont le choc est purement imaginaire. Ses oeuvres électroniques détiennent un côté méditatif qui prend forme dans la constance des drones que la compositrice émet. Mais lorsque l’interprétation bascule du côté des instruments à corde, une certaine désunion se crée entre l’idéalisation de la note éternelle et les limites performatives de l’humain. La série des Occam Ocean met justement l’accent sur cette relation fragile en entretenant une sorte de friction paisible par le va-et-vient des archets de Deborah Walker, Silvia Tarozzi et Julia Eckhardt. Que ce soit en solo, en duo ou en trio, les trois interprètes invoquent les qualités les plus microtonales de leur violon, viola et violoncelle pour donner une dimension plus tragique à l’oeuvre d’une des plus grandes compositrices de notre époque. 

-Yannick Valiquette


4

LOW ‎– HEY WHAT

(Sub Pop)

Low, les champions du slowcore, nous bercent de leurs harmonies douces amères depuis bientôt 30 ans. La musique de ce duo du Minnesota est dépouillée, sombre, souvent ardue et lente mais jamais ennuyeuse. 13 albums plus tard, paraît Hey What, un album dystopique d’une actualité troublante, en ces temps de confinement. Le groupe nous avaient déjà préparé à des nouvelles expérimentations dans le domaine de la dégradation du son, avec leur album précédent (Double Negative paru en 2018). On sent cependant qu’ils sont en plein contrôle de leur art sur Hey What. Distortion écrasante, bruit de statique et désintégration sonore, se marient à des harmonies vocales délicates et touchantes. Aucune percussion sur cet album. Seulement la pulsation régulière de ces vibrations qui nous frappent, comme le ressac d’une vague abrasive. Quand enfin l’auditeur s’habitue à cette absence de rythme, le duo attaque la pièce The Price You Pay (It Must Be Wearing Off), long crescendo aux tambours puissants, mécaniques. Puis, le silence, la fin. Hey What, c’est une œuvre d’une beauté désarmante, pour un monde au bord de l’effondrement.

-Simon Fortin


3

WILD UP – Julius Eastman Vol. 1: Femenine

(New Amsterdam)

Comme dirait mon estimé collègue Jonathan Arsenault, on dirait que chaque nouvelle version de Femenine est encore meilleure que la précédente. Cette oeuvre (peut-être la plus emblématique) du compositeur jadis maudit du minimalisme hyper-tonal américain est d’un ravissement sans égal. Présenté devant public la première fois en 1974, soit la même année que Philip Glass a aussi dévoilé son « Music in 12 Parts », Femenine ne récolta pas le succès mérité et escompté. Je me demande : comment être insensible à tant de splendeur éblouissante ?

Julius connu un destin tragique. Mort dans la rue en 1990, drogué, sans le sous, dans l’indifférence la plus totale… Cela demeure aussi incompréhensible qu’inexcusable. On le célèbre maintenant à juste titre. On se rattrape ; trop peu, trop tard… Mais mieux vaut tard que jamais. Femenine bouillonne pourtant de vie et de lumière. On dirait que Julius voulait crier tout son désir d’exister ici, son désir d’être aimé et d’être compris, d’être accepté par ses pairs.

C’est une oeuvre magique qui se dessine petit à petit, sur une toile exquise (ce motif répétitif de 16 notes jouées par des cordes et des maillets). Ce mantra sonore, pourtant toujours présent et faisant office d’assise principale à la composition, deviendra progressivement subliminal à nos oreilles vu que notre esprit sera tour à tour hypnotisé, entraîné dans multiples cascades de pianos limpides, torrents de cordes virevoltantes, jungles de clochettes célestes, de cuivres suaves, de marimba/vibraphone étincelants, de synthés enveloppants…

On tient là une des plus grandes compositions de musique hyper-tonale de tous les temps. Une merveille Chamber-Jazz sans pareil… et la version de l’ensemble californien Wild Up est certainement la plus belle, la plus soyeuse, la plus naturaliste. Et que les amateurs de Eastman se réjouissent car il s’agit là de la première parution d’une anthologie (de 7 volumes !) que la troupe dédie au compositeur !

Mon disque de l’année, tous genres confondus.

-Salade d’endives


2

GAS – Der Lange Marsch

(Kompakt)

Dans ce qui semble être au mieux un regard vers l’arrière et au pire un testament artistique, Der lange Marsch est certainement un point tournant dans la carrière de Wolfgang Voigt. Utilisant certains motifs tirés d’albums passés pour les incorporer dans ces nouvelles compositions, Der lange Marsch reprend la formule de techno ambiante de GAS pour s’engager dans un long sentier qui ne cesse de gagner en intensité jusqu’à son climax digne d’un drame dans les mains de Wagner. Que ce soit la fin ou le signe d’un nouveau commencement, ce septième album d’un des pionniers du genre est une oeuvre complexe et magistralement ficelée qui peut servir à la fois d’introduction et de conclusion à son impressionnant corpus. 

-Yannick Valiquette


1

MYRIAM GENDRON ‎– Ma Délire – Songs Of Love, Lost & Found

(Feeding Tube)

Certains albums suivent des tendances, ou innovent en explorant des territoires ou des sons inconnus avec ingéniosité. D’autres nous bouleversent par leur simplicité, leur caractère intemporel, et leurs thèmes universels. Des artistes comme Cohen ou Dylan arrivent à nous toucher, avec comme seuls outils une guitare acoustique et la qualité de leurs textes. Ma délire – Songs of Love, Lost and Found est de cette deuxième catégorie. La montréalaise, originellement libraire de profession, nous partage ici sa passion pour le patrimoine et le littéraire. On y retrouve des reprises de classiques du folk américain, québécois et français. Elle avait déjà obtenu une certaine reconnaissance internationale avec son premier album, le touchant Not so Deep as Well (recueil de reprises folk de poèmes de Dorothy Parker). C’est dans la foulée de ce succès et pour travailler sur un projet personnel, que Gendron obtiendra, en 2016, une résidence d’artiste d’une semaine, au Bic, dans un ancien moulin transformé en atelier de réparation de bateaux. Elle y écrit d’abord la pièce Au cœur de ma délire (reprise d’une chanson de Dominique Tremblay et du violoniste Philippe Gagnon). Elle capte également les sons atmosphériques qui figurent sur la chanson du même nom (le chant des oiseaux, la pluie, les sons du moulin, une radio allumée en arrière plan ou les paroles de sa fille de deux ans). Sur Ma délire – Songs of Love, Lost and Found, les textes sont des collages et rappellent les courtepointes qu’on trouvait chez nos ancêtres. À titre d’exemple, la superbe Poor Girls Blues (qui mélange habilement les classiques Un Canadien Errant et Boy Long Way Home). On y trouve également des sons plus contemporains : impossible de ne pas avoir de frissons en écoutant les pièces où Bill Nace accompagne la chanteuse à la guitare électrique. Gendron nous livre ici un album intemporel, dont les thèmes d’amours perdus alimentent le folklore depuis que le monde est monde. Un album automnal, mélancolique, dépouillé au possible. Au-delà des modes, au-delà du temps. 

-Simon Fortin


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