Vic Chesnutt – North Star Deserter

Année de parution : 2007
Pays d’origine : États-Unis
Édition : Constellation
Style : Folk contemporain, Slowcore

Jusqu’à sa mort et au-delà, Vic Chesnutt a toujours frôlé le succès qu’il aurait dû connaître, sans jamais l’atteindre. Pourquoi? Parce que c’est la vie, je dirais. Ce n’est certainement pas par manque de talent. Michael Stipe (R.E.M.) avait d’ailleurs perçu le potentiel de Chesnutt dès ses balbutiements musicaux, puisqu’il l’a pris sous son aile et a réalisé ses deux premiers albums (« Little » et « West of Rome »). Ce n’est pas plus parce qu’aucune maison de disque de renom n’a voulu lui laisser de chance, puisque Capitol et Rough Trade ont sorti quelques-uns de ses albums.

La vie, je vous dis.

À peine trois ans avant que Vic Chesnutt ne s’enlève la vie, c’était au tour de Constellation de le signer. Avec le recul, c’était le plus bel héritage qu’il pouvait nous léguer. Parce que Constellation n’a pas été qu’une maison de disque pour Chesnutt, elle a été une maison tout court. Alors qu’il a été habitué à travailler seul, des membres de The Silver Mt. Zion Orchestra et, bien sûr, de Godspeed You! Black Emperor ont fait office de « house band » pour l’artiste et ont donné une toute nouvelle dimension à sa musique. Ajoutez à ça la contribution de Guy Picciotto (Fugazi), pour compléter le portrait et vous savez que vous avez affaire à quelque chose de grandiose. Folk, slowcore, americana, post-rock, tout y passe.

 

À l’instar de son successeur At the Cut, North Star Deserter cherche à tirer pleinement profit des ressources disponibles au studio Hotel2 Tango et crée par la même occasion les albums musicalement les plus riches de sa carrière : choeurs, guitares en crescendo, violons, orgue, field recordings, jamais les chansons de Vic n’auront reçu autant d’attention pour leur habillage. Au coeur de tout ceci, cependant, réside toujours son expression artistique dans sa forme la plus pure. Des chansons folk un peu glauques, avec un sens de l’humour en demi-teinte qui vient parfois alléger l’impression d’assister à une confession funeste. Sa voix nasillarde et plaintive arbore toujours cette étrange chaleur dont on explique mal la présence. Mais elle est là. Quand il parlait de mort, Vic Chesnutt était plein de vie.

Les deux derniers albums de Chesnutt sur Constellation sont remarquables. ils sont la somme musicale de tout ce que Chesnutt a exploré durant sa carrière et plus encore. Et beaucoup plus encore. Ses idées sont emmenées plus loin, les émotions sont plus bruts, les pièces s’étendent pour avoir plus d’impact. Ce ne sont pas nécessairement des albums qui sont faciles d’approche, mais n’empêche qu’ils sont incroyablement beaux. Beaux et fragiles.

La vie, je vous dis.


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Un commentaire

  1. Très bel article pour un hommage à ce maudit du rock à la voix bancale, un écorché folk que j’ai eu la chance de voir sur scène, porté par l’ensemble sonore des Godspeed you Black Emperor ! Fabuleux moment.
    J’aime aussi toutes les suggestions faites ici : de Bonnie Prince à Sparklehorse (Mark Linkous, autre dépressif génial qui a quitté la scène sur une fin tragique), en passant par l’ami Callahan et le regretté Jason Molina, orfèvre en mélodies mélancoliques.

    J’aime

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